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    Qu'elle est mystérieuse, religieuse et sacrée, la Provence, cette terre auguste ranimée par l'aile des ombres et des magies perdues ! Que d'étoiles jalonnent le chemin des mages, depuis la crèche des Baux et le rais d'escarboucle des seigneurs provençaux jusqu'à la double étoile de Moustiers-Sainte-Marie, nous rappelant le divin attelage du bouvier céleste, Hercule, et les bœufs de Géryon.

      Oui, vraiment, par les nuits claires de Provence, les bergers de Giono peuvent croire un instant que " le ciel est sur la terre " ! Nostradamus l'avait bien compris, lui le natif de Saint-Rémy, qui fixa sa demeure à Salon pour y recueillir l'écho de la " mémoire des siècles "dont le sablier s'écoule vers le présent.

    Entre la fontaine miraculeuse de Vaucluse, qui inspira Pétrarque, et le plateau des Antilles, éternisant la mémoire des petits-fils d'Auguste au pied de cette chaîne des Alpilles justement célèbre, c'est là que Marius écrasa les envahisseurs teutons, en 102 avant J-C. C'est là, si l'on en croit les prophéties " que se déroulera la future bataille d'où naîtra cet empire qui mettra sa capitale en Avignon ". 

    Voici comment Mistral, en une poétique et visionnaire description, voit dans ses Mémoires et récits ce pays béni des dieux :

    " D'aussi loin que je me souvienne, écrit-il, je vois devant mes yeux, au midi, là-bas, une barre de montagnes dont les mamelons, les rampes, les falaises et les vallons bleuissaient du matin aux vêpres, plus ou moins clairs ou foncés, en hautes ondes. C'est la chaîne des Alpilles, ceinturée d'oliviers  comme un massif de roches grecques, un véritable belvédère de gloire et de légende.

    " Le sauveur de Rome, Caïus Marius, encore populaire dans toute la contrée, c'est au pied de ce rempart qu'il attendit le Barbares, derrière les murs de son camps ; et ses trophées triomphaux à Saint-Rémy sur les Antiques sont, depuis deux mille ans, dorés par le soleil. C'est au penchant de cette côte qu'on rencontre les tronçons du grand aqueduc romain qui amenait les eaux du Vaucluse dans les arènes d'Arles ; conduit que les gens du pays nomment " ouide di Sarrasin " parce que c'est par là que les Maures d'Espagne s’introduirent dans Arles. C'est sur les rocs escarpés de ces collines que les princes des Baux avaient leur château fort. C'est dans ces vals aromatiques, aux Baux, à Romanin et à Roque-Marine, que tenaient cour d'amour  les belles châtelaines du temps des troubadours. C'est à Montmajour que dorment sous les dalles du cloître, nos vieux rois arlésiens . C'est dans les grottes du Vallon d'Enfer, de Cordes, qu'errent nos fées. C'est sous ces ruines, romaines ou féodales, que gît la chèvre d'or. "

    Par une rencontre singulière, c'est non loin de l'antique Méthamis, évocatrice de légendes, de cités mortes, au pied des plateaux de Vaucluse, que se situe, dans un cadre de cyprès et d'oliviers tout proche d'Oppède et de Venasque, l'évocation du vieil Israël, avec un air de Toscane ou d'Assise.

    Pourquoi retrouve-t-on ici et non ailleurs la secte des chrétiens des Derniers Jours, les adeptes du Christ de Montfavet et, vers Bollène, le dieu du pèlerinage aux sources de Lanza del Vasto, revenu en ces lieux d'éternité, favorables aux prières des religions de sable et de soleil, après un long détour qui le mena près de Gandhi, sur les bords du Gange. Comme l'a souligné Maurice Pezet, " la secte des Chrétiens des Derniers Jours, ou Anges de l’Éternel, ne pouvait naître et durer en terre comtadine.

    Leur credo, naïvement altruiste, paraît une anticipation d'un nouvel âge d'or  : " La science de la vie est résumée par l'altruisme total, et, pour y arriver, il faut vivre " la loi universelle ". Chaque chose existe pour le bien de l'autre, et toutes choses ont communions entre elles. Le Soleil gravite sans heurt, sans bruit, pour le bien de toutes les planètes... Cette même loi se retrouve partout dans la nature, l'atmosphère, l'eau, l'air et même dans le corps de l'homme, où chaque organe est aussi altruiste. Par contre, le cerveaux de l'homme pense égoïstement , et c'est pourquoi il meurt, alors que, par sa constitution altruiste, tout s'accorde pour dire qu'il devrait vivre, aimer éternellement. "

    Revenons un instant sur Arles, aux destinées prodigieuses. Reflet de Rome dans les Gaules, elle vit couronner, sous les voûtes de Saint-Trophine, l'empereur Barberousse roi d'Arles, en 1178. " La tradition impériale avait quand même duré en Provence de l'an 29 avant J.-C., date à laquelle Octave fondait l'Empire, jusqu'en 1481 ; soit plus de quinze cents ans ", écrit Eric Muraise dans Saint-Rémy et les secrets de Nostradamus.

    Arles, la greco-latine, doit à Rome sa première enceinte, son aqueduc long de 75 km, son théâtre antique, ses arènes aux formidables assises, le palais impérial de Constantin, dont il subsiste aujourd'hui les thermes. A la Grèce, elle doit son port fluvial, sa Vénus marmocéenne, aux formes noblement classiques, surgie miraculeusement des fouille du théâtre et immortalisée par une nouvelle de Mérimée.

    Mais Arles partage avec Rome le privilège unique d'avoir offert à Auguste pour son triomphe un bouclier de marbre et, comme on l'a souligné justement, il s'agit d'un gage d'union, qui  marque une affinité singulière entre le Tibre et le Rhône. 

    A propos d'Arles, il faudrait encore évoquer la beauté des Arlésiennes, soulignée par leurs coiffes élégantes, au profil d'une beauté athénienne, louée par Mistral et Charles Maurras, ainsi que le mystérieux cimetière des Alyscamps, qui entoure la ville, avec ses funèbres allées de sarcophages aux toits grecs sous les grands arbres murmurants. Sur la chapelle Saint-Honorat, qui ferme la perspective de l'immense nécropole planté de cyprès, arbre de l'immortalité, se retrouve le sigle DM dont Nostradamus a fait la clé de ses prophéties, comme au musée d'art païen.

    C'est saint Trophime, envoyé de Rome par le pape Zosime pour occuper le siège épiscopal d'Arles au Vè siècle, qui choisi ce lieu, guidé par une inspiration divine, pour en faire le champ du repos éternel, lui qui avait tant fait pour les vivants. Gravissant la colline des Moulins-à-huile, il fut saisi par le calme, la douceur et la gravité des lieux : les pins bruissaient sous la caresse de l'air, les micocouliers faisaient une ombre délicieuse, et le saint pensa que les défunts y reposeraient dans la paix, tandis que les vivants viendraient s'y recueillir et y connaitre un avant-goût du Ciel. Le saint évêque entoura les lieux d'une enceinte de croix en bois d'olivier, arbre imputrescible une fois coupé.

    Quand vint l'instant de bénir la future nécropole, le Christ, en gloire, apparut à Trophime et lui dit : " Grâce à toi, Trophime, cette terre est sainte et demeurera protégée et libre à jamais des emprises des démons et des esprits malfaisants "

    A l'endroit où le Christ s'était manifesté demeura dans la pierre la marque de ses genoux et, afin de commémorer ce miracle, saint Trophime fit bâtir la chapelle de la Genouillade, donnant à ce lieu le nom d'Alyscamps, ou " Champs des Lys ", anagramme du séjours des bienheureux : les Champs Elysées. Puis il fit édifier aux quatre angles de la nécropole de grandes arches de pierre où furent rassemblés les restes des saints et des martyrs. La légende veut qu'il fût enterré là, ainsi que saint Cézaire et saint Honorat, tant et si bien que ces tombeaux illustres ne firent qu'accroître la gloire des Alyscamps au cours des siècles. Tous voulaient y mourir, tous voulaient y reposer, portés par le Rhône, devenu fleuve des morts pour la Gaule, comme la Gange pour l'Inde.

    Les corps des nombreux chrétiens qui désiraient y être enterrés étaient transportés sur des radeaux, les morts tenant entre leurs dents serrées l'humble pièce de monnaie, obole à Charon, le nocher des Enfers, quand on ne les déposait pas simplement dans des cercueils bitumés abandonnés au flot, signalés aux nautoniers par le tremblant fanal d'une lampe à huile posée à même la bière. La nuit, le clocher de l'église Saint-Honorat, au sommet duquel brillait une lanterne servant de fanal, chassait les mauvais esprits et guidait les funèbres convois à bon port. 

    L'Arioste et Dante, ces deux géants de la poésie, vinrent se recueillir en cette nécropole d'Arles, la " ville sainte " du Rhône. Comme à Montmajour, tout près de là, comme à Saint-Rémy, à Orange, la légende épique s'est emparée des lieux, évoquant les ombres de Charlemagne, de Guillaume d'Orange et des preux de Roncevaux. Paladins et patriciens, princes et gueux, saints, bateliers et podestats reposent dans la même terre arlésienne et ressusciteront un jour à l'appel des trompettes du Jugement dernier, tandis que les vivants connaîtront la royauté du Grand Monarque qui doit réveiller la chrétienté enfin rassemblée. Le sigle DM ou DMS (objet voué au dieux mânes), lisible sur les sarcophages païens et les tombes chrétiennes des Alyscamps, est lié à cet événement, ainsi que  nous le rappelle opportunément Nostradamus dans ses écrits.

    Une autre lettre jouera dans l'avenir un rôle important, comme cela s'est déjà vérifié dans le passé. Nous voulons parler de la huitième lettre de l'alphabet latin : le " H ". A-t-on songé combien d'Henri sont liés aux destinées et aux prédictions du mage de Salon et que le futur roi, annoncé par les Centuries, est nommé le
    " Grand Chyren ", anagramme d'Henryc ?

    En 1579, Henri III et sa mère, Catherine de Médicis, toujours en quête d'oracles et de prophéties, se rendirent en Provence, lors de leur " tour de France " des provinces, afin de raffermir la loyauté de leurs féaux sujets. 
    A cette occasion, ils ne manquèrent pas de consulter Nostradamus, en sa bonne ville de Salon. Plus tard, en 1600, l'année qui ouvre le Grand Siècle, Henri IV devait lui aussi honorer la Provence de sa visite et faire son entrée triomphale en Avignon, accompagné de son épouse, Marie de Médicis, recevant l'hommage de la cité qui éleva à cette occasion sept arcs triomphaux du signe H, en l'honneur du nouvel Hercule gaulois et de la nouvelle Diane.

    Le prophète et voyant de Salon avait prévu, sous le signe fatidique de la lettre H, marquée par la puissance de Pluton, le déchaînement des forces incontrôlées liées à la fin du cycle. mais cette force pouvait aussi bien jouer dans un sens maléfique que bénéfique, selon l'usage qui en serait fait.

    Maléfique s'avérait la lettre H, ou de mauvais augure, si l'on songe que Henri II, Henri III et Henri IV, les seuls rois capétiens à avoir porté ce nom, périrent tous trois de mort violente, et si l'on veut bien se souvenir, plus près de nous, du monogramme H qui est l'initiale de Hitler, dont l'apparition marqua le monde d'une aussi tragique empreinte. " H.H." sont également les initiales de l'empereur du Japon Hirohito, sous le règne duquel la ville d'Hiroshima fut réduite en cendre par la bombe atomique lancée le 6 août 1945, jour de la fête de la Transfiguration, signe d'une terrible inversion des symbole. La lettre H désigne encore la bombe thermonucléaire et se rappelle à notre souvenir dans la centrale nucléaire de Cadarache, en Provence, sur les bords de la Durance. L'encadrement nucléaire de la Provence se complète d'ailleurs par l'usine atomique de Pierrelatte au nord et celle de Marcoule un peu plus au sud, flanquée de la base de missiles du plateau d'Albion.

    Mais H est encore l'initiale du futur roi de Blois " Grand Monarque " et " empereur d'Occident " qui doit régner sur l'Europe " avant la fin des temps " sous le nom d'Henri V de France et d'Henri VIII du saint Empire. N'oublions pas, dans cette évocation, un personnage mythologique, le héros Hercule, symbolisant la force bénéfique victorieuse, dont les douze travaux sont un résumé de l'oeuvre de la nature, par opposition à l'antinature. Est-ce un hasard si le roi de France Henri IV est désigné dans le labyrinthe royal comme 
    le " nouvel Hercule gaulois triomphant ", le géant Ogmios ?

    Dans les centuries de Nostradamus, le lettre H inaugure le sigle "HDMP" aux obscures interprétations, et le fameux oracle d'Horappolo, cher à l'Astrophile, qui réunit la puissance conjuguée d'Horus l'Egyptien et  (le Soleil levant) d'Appolo, le fils de l'Hellage (le Soleil au zenith), en hélios (Tout-Voyant).

    Mais la lettre H, par une application inversée de la hiérarchie spirituelle, qui parodie le sacré en sacrilège, peut bien désigner aussi l'Antéchrist, que beaucoup confondront avec le Grand Monarque, bien qu'il sorte de l'Abime, c'est-à-dire de l'Hadès, monde de la haine et de l'horreur.

    La Provence est concernée au premier chef par les Centuries de Nostradamus car elle est la plaque tournante des événement qui doivent accompagner la consommation prophétique. Marseille est mentionnée pas moins de sept fois par Nostradamus, dans les quatrains II-53 (grande peste de 1723), X-58 (Seconde Guerre mondiale) pour ce qui est des événements passés : et pour l'avenir dans les quatrains III-86 : " Un chef venu d'Italie ira en Espagne par la mer. Il s'arrêtera à Marseille " ; III-79 : " Les ennemis s'empareront de la ville " ; IX-28 " les musulmans débarqueront dans le port phocéen quand l'Italie aura été envahie du côté de l'Autriche " ; X-88 : " encore l'invasion et l'occupation par l'ennemi " ; XII-59 : " Marseille sera livrée à toutes sorte de luttes " ; VII-3 : " après une grande victoire sur mer, les habitants de Marseille, avec ceux de Barcelone et de Salins (?) seront dans la joie ".

    Antibes, les îles de Lérins, au large de Cannes, ainsi que les îles d'Hyères, les îles d'Or de Mistral, sont évoquées dans le quatrain VII-37 : " Léryn, Stechades  nefs, cap dedans la nerte ", pour signifier le naufrage ou la défaite d'une grande flotte de guerre.

     Ce que Nostradamus nous annonce à travers les autres quatrains, fort nombreux, où il est question de la Provence et en particulier des villes d'Avignon, d'Arles, de Saint-Remy, d'Orange, de Salon d'Aix, de Bonnieux, des Baux, c'est le déroulement de grands combats sur le sol méridional, combats qui verront la victoire du Grand Monarque sur ses ennemis, qui sont aussi les ennemis de la chrétienté. Cette victoire s'accompagnera de la restauration de la Monarchie universelle.

    Dans Avignon, tout le chef de l'Empire
    Fera arrest pour Paris désolé : 
    Tricast tiendra l'Annibalique ire
    Lyon par change sera mal consolée.

    Le docteur de Fontbrune, un des meilleur exégètes de Nostradamus, donne cette interprétation :

    Le Roy de Blois en Avignon régner
    Une autre fois le peuple en monopole,
    Dedans le Rosne, par murs fera baigner
    Jusques à cinq le dernier près de Nole.

    Ensuite, le prophète voit la révolution s'imposer en Italie et l'invasion du pays entraîner la persécution de l'Eglise et le repli du Saint-Siège en Provence.

    Après une période d'accalmie de courte durée, les guerres reprendront, suivies du dépeuplement et de la ruine des villes du littoral méditerranéen : Nice, Monaco, Pise, Gêne, Savone ; Marseille sera investie et mise au pillage. Enfin, après de grandes tribulations, les nouveaux croisés triompheront du Croissant (l'Islam ?), le Grand Chyren (Henry) rétablira le pape sur le siège de Rome, libérant la France et l'Italie, qui jouiront d'une période de paix et de bonheur. Le sceptre et les lis triompheront en attendant la " montée de la Bête sortie de l'abîme " qui propulsera l'Antéchrist sur la scène mondiale, avant le bouleversement général de la " fin du monde ", qui ne sera peut-être que la fin " d'un monde ".

    Un dernier mot sur le blason de la Provence car il est symbolique et chargé de sens. Les véritables armes de la Provence ne sont pas celles de l'Aragon : d'or à quatre pals de gueules. Elles ne sont pas on plus celles de l'Anjou, qui portent un Lambel de gueules et une fleur de lis d'or sur fond d'azur. Le véritable et authentique blason de la Provence est celui de la sainte ville d'Aix, capitale historique des rois et comtes de Provence jusqu'à la Révolution. Ces armoiries sont celles de Louis 1er, duc d'Anjou, roi de Sicile et de Jérusalem, fils de Jean le Bon, roi de France.

    Certains auteurs de l'époque ajoutent à ces armes : " sur le tout d'Aragon qui est d'or, à quatre pals de gueules ".

    Tel est donc le blason intégral et ordonné de la Provence, que le magistrat suprême de la ville d'Aix garde jalousement en l'hôtel de ville et sur lequel le conseil d'Etat veille.

    Si le blason d'Aragon est cher, c'est parce que c'est celui de Béatrice, qui apporta la Provence en dot à Charles d'Anjou, et pour des raisons dynastiques et linguistiques : les langues catalanes et provençale sont sœurs. Ces armes résument le passé de la Provence et préfigurent son destin à venir.

    Relisons enfin le poète de Maillane et son Ode à la race latine, aux allures prophétiques :

    " Dresse-toi, race latine, sous la chape du soleil ; le raisin brun bout dans la cuve, le vin de Dieu jaillira bientôt. Avec ta chevelure qui se dénoue au vent sacré du Thabor, tu es la race lumineuse qui vit de joie et d'enthousiasme. "

     


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    Georges, tribun, né en Cappadoce, vint une fois à Silcha ville de la province de Libye

    À côté de cette cité était un étang grand comme une mer, dans lequel se cachait un dragon pernicieux, qui souvent avait fait reculer le peuple venu avec des armes pour le tuer il lui suffisait d'approcher des murailles de la ville pour détruire tout le monde de son souffle.

    Les habitants se virent forcés de lui donner tous les jours deux brebis, afin d'apaiser sa fureur, autrement c'était comme s'il s'emparait des murs de la ville il infectait l'air, en sorte que beaucoup en mouraient.

    Or, les brebis étant venues à manquer et ne pouvant être fournies en quantité suffisante, on décida dans un conseil qu'on donnerait une brebis et qu'on y ajouterait un homme.

    Tous les garçons et les filles étaient désignés par le sort, et il n'y avait d'exception pour personne.

    Or, comme il n'en restait presque plus, le sort vint à tomber sur la fille unique du roi, qui fut par conséquent destinée au monstre. (...)

    Alors elle se jeta aux pieds de son père pour lui demander sa bénédiction, et le père l'ayant bénie avec larmes, elle se dirigea vers le lac.

    Or, saint Georges passait par hasard par là et, la voyant pleurer, il lui demanda ce qu'elle avait. " Bon jeune homme, lui répondit-elle, vite, monte sur ton cheval, fuis, Si tu ne veux mourir avec moi" - " N'aie pas peur, dit Georges, mois dis-moi, ma fille, que vas tu faire en présence de tout ce monde ?" - "Je vois, lui dit la fille, que tu es un bon jeune homme, ton coeur est généreux. Mais pourquoi veux-tu mourir avec moi ? Vite, fuis !" Georges lui dit: "je ne m'en irai pas avant que tu ne m'aies expliqué ce que tu as.  " Or, après qu'elle l'eut instruit totalement, Georges lui dit : " Ma fille, ne crains point, car ou nom de Jésus-Christ, je t'aiderai." Elle lui dit : " Bon soldat ! Mais hâte-toi de te sauver, ne péris pas avec moi ! C'est assez de mourir seule, car tu ne pourrais me délivrer et nous péririons ensemble. " Alors qu'ils parlaient ainsi, voici que le, dragon s'approcha en levant la tête au-dessus du lac. La jeune fille toute tremblante dit : "Fuis, mon seigneur, fuis vite." 

    Saint Georges et le dragon - La Légende dorée

    A l'instant Georges monta sur son cheval, et se fortifiant du signe de la croix, il attaque avec audace le dragon qui avançait sur lui : il brandit Sa lance avec vigueur, se recommande à Dieu, frappe le monstre avec force et l'abat par terre : "jette, dit Georges à la fille du roi, jette ta ceinture ou cou du dragon ne crains rien, mon enfant". Elle le fit et le dragon la suivait comme la chienne la plus douce.

    Or, comme elle le conduisait dans la ville, tout le peuple témoin de cela se mit à fuir par monts et par vaux en disant : " Malheur à nous, nous allons tous périr à l'instant !"

    Alors saint Georges leur fit signe en disant :

    " Ne craignez rien, le Seigneur m'a envoyé exprès vers vous afin que je vous délivre des malheurs que vous causait ce dragon : seulement, croyez en Jésus-Christ, et que chacun de vous reçoive le baptême, et je tuerai le monstre."

    Alors le roi avec tout le peuple reçut le baptême, et saint Georges, ayant dégainé son épée, tua le dragon et ordonna de le porter hors de la ville.

    Quatre paires de boeufs le traînèrent hors de la cité dans une vaste plaine.

    Or, ce jour-là vingt mille hommes furent baptisés, sans compter les enfants et les femmes.

    Quant au roi, il fit bâtir en l’honneur de la bienheureuse Marie et de saint Georges une église d'une grandeur admirable. Sous l’autel, coule une fontaine dont l’eau guérit tous les malades : et le roi offrit à saint Georges de l’argent en quantité infinie; mais le saint ne le voulut recevoir et le fit donner aux pauvres.

    Alors saint Georges adressa au roi quatre avis fort succincts. Ce fut d'avoir soin des églises de Dieu, d'honorer les prêtres, d'écouter avec soin l’office divin et de n'oublier jamais les pauvres. Puis après avoir embrassé le roi, il s'en alla.

     


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    La Provence est Terre d'empire. Son nom même le dit, Provincia, dont l'origine latine fait d'elle la province romaine élue entre toutes. Cette vocation pourpre, à la royauté, à la lumière rejoint toutes les données de la géographie sacrée.

    Ainsi, toute terre prédestinée par les lieux, ses peuples et sa mystique est un reflet de la " Terre primordiale ", centrale et polaire par excellence, et constitue par rapport à elle un centre privé. On en veut pour preuve, sur les bords de la Méditerranée, que l'extraordinaire odyssée du navigateur Pythéas, qui parti de Marseille à la recherche de l'Apollon hyperboréen, franchit les Colonnes d'Hercule et s'aventura sur le grand Océan, découvrant tour à tour la Grande-Bretagne, la verte Erin et peut-être l'Ultima Thule... le Groenland, dont la calotte glaciaire recouvre le mystère originel.

    Semblable au Latium, à l'Arcadie, à la Palestine, la Provence est donc une terre sainte, et ce n'est pas un hasard si la tradition chrétienne fait aborder dans le delta du Rhône les saintes femmes et Maximin, chassés de Judée et abandonnés sur une barque en pleine mer, faisant d'eux les premiers apôtres d'occident.

    De même, si Massalia (Marseille) est une fondation de la grecque Phocée et devient dès lors une projection hellénique en Gaule au point de servir d'exemple aux auteurs anciens, avec le déclin du monde antique et le Bas-Empire, c'est Arles qui prend le relais au Vè siècle, brillant d'un tel éclat qu'elle devient une seconde Rome.

    Aux temps barbares, le royaume d'Arles maintient la civilisation gréco-latine et accède au rang de cité impériale en tant que préfecture des Gaules, chère au cœur des premiers empereurs germaniques qui viennent s'y faire couronner.

    C'est encore en Provence qu'un magistrat romain, élève de saint Augustin, crée, dans les Alpes, près de Digne, la cité de Dieu : Théopolis, en hommage à l’évêque d'Hippone. En Provence toujours que s'élève le Trophée d'Auguste à La Turbie, au-dessus de Monaco, fondation mythique d'Hercule, non loin de Nice la grecque, dont le nom signifie : la victoire. En Provence, enfin, que les souverains pontifes porteurs de la triple couronne, la tiare, installent pour un siècle le siège de la papauté en Avignon, dans cette région du bas-Rhône où Nostradamus prévoit la bataille d'Armagédon des textes apocalyptiques, le plus gigantesque affrontement entre les armées de Gog et Magog à la veille de la fin des temps.

    La clé du destin de la Provence est dans l'union. Union entre autorité spirituelle et pouvoir temporel. Union entre Orient et Occident. Union entre peuples de race et de civilisation latines. Union entre l'Europe continentale et le monde méditerranéen. Ce mariage est celui de Protis et Gyptis, des marins grecs et des terriens celtes, noces mystiques entre les montagnes et l'eau sous le ciel lumineux, avec pour prêtre le soleil. 

    Le sceau de la Provence s'irradie dans les quatre directions de l'espace et signe le grand livre de son histoire secrète. Au nord s'étend, comme une barrière naturelle, la frontière des Alpes et le Dauphiné, province mal définie, contestée entre les ducs de Savoie, les comtes de Provence et la monarchie française, partagée entre parler d'oil et parler d'oc, terre de transition dont le seul couloir est la vallée du Rhône, vivante artère qui fait communiquer le Lyonnais et la Provence par Vienne et Valence, dont le nom rappelle les comtes catalans. Du nord vient aussi, avec les invasions (Celtes, Germains, Francs) le maître vent, le fameux mistral, ou maestral, dont le souffle puissant dissipe les nuages efface les moiteurs lagunaires, s'engouffre dans la Crau, seulement arrêté par les contreforts de l'Estérel.

    Enfin, du nord coule le fleuve-dieu, le Rhône, au toponyme grec dont le son appelle l'évocation de Rhodes, l'île des roses. Ses eaux, avant de se jeter dans la Méditerranée, s'étalent en un vaste delta, triangle sacré rappelant celui du Nil, jusque dans les flamants roses de Camargue. Près de là, Marseille semble une réplique d'Alexandrie.

    La mare nostrum fait entendre son irrésistible appel. Baignée par ses flots, la Provence est largement ouverte sur la Méditerranée. Et il faut contempler, depuis la villa Kerylos, à la pointe du cap Martin, où la folie généreuse de Théodore Reinach a édifié cette demeure athénienne, l'horizon maritime qui s'offre au regard depuis l'Italie jusqu'à la Ville-franche pour comprendre que rien d'essentiel ne nous sépare de Carthage, de Syracuse ou de Beyrouth. En commun, une mère, Sophia : la sagesse, une Bona Dea que les provençaux reconnaissent dans la Bonn Mère, Stella Maris, et que les Égyptiens identifiaient à Isis. N'oublions pas le succès de l'Artémis d’Éphèse, à Marseille, sous l'influence des Phocéens ; Pirenne, le grand historien, a distingué avec raison les empires maritimes des puissances continentales.

    Mais la Provence est une balance, une heureuse exception, point d'équilibre où réside un secret, entre ces deux plateaux que sont l'Espagne à l'Ouest, l'Italie à l'est. Par la mer, la Provence respire, vit, communique et commerce au nom de Mercure, dieu des Voyages, de l'Intelligence insaisissable et subtile, mais aussi des Mystères dont l'origine plonge dans les eaux de la mer Ionienne aussi bien qu'aux sources du Nil.

    Par voie de terre, la Provence est reliée à la sœur latine et  la Catalogne à travers le Languedoc et tous ces pays occitans que le Moyen-Age, féru de poésies des troubadours désignait sous le nom général de Provenza. Frédéric Mistral, dans l'hymne qu'il a dédié à sa patrie provençale, en fait le tabernacle d'un trésor sacré : Coupo Santo, le Saint-Graal, qui nous vient des Catalans par l'abbaye de Montserrat. N'oublions pas  qu'au XIIIè siècle la langue provençale, celle des poètes et des lettrés, mais aussi celle du peuple, est parlée de Barcelone à Pise et de Limoges à Valencia, véritable passeport ouvrant la porte des cours seigneuriales et des château, de la Sicile à la Souabe.

    De cette grandeur, les pays du sud de la Loire ont gardé la nostalgie, comme celle de leurs couleurs, le sang et l'or qui se fondent dans un creuset alchimique où s'unissent le magistère du soleil, d’Apollon, et celui de la lune, de Vénus, dont l'emblème est le taureau au sang vermeil.

    Couleur royale, conquérante, alliée au feu, le rouge, lié à l'amour, est inévitablement associé à l'or olympien, solaire, sacerdotal, dans le blason de l'Espagne, de la Catalogne, du Roussillon, du Languedoc et de la Provence.

    De la pourpre, la Provence a gardé le souvenir de la Pax romana, à travers les prénoms brocardés qu'elle donne à ses enfants : César, Marius, Auguste. De gueules, pour reprendre le terme héraldique, est le souffle brûlant de la tarasque et des dracs embrasés de " sainte folie ", qu'il s'agisse de l'amour courtois, culte de la femme-vierge, chanté par Pétrarque, ou de l'amour passion cher à Boccace. Le roi René, roi chevalier, qui écrivit un traité sur l'art des tournois, fut le même qui rédigea l'histoire symbolique de Cœur d'amour, au XVe siècle, en sa bonne ville d'Aix.

       Par un paradoxe qui n'est qu'apparent, ces deux couleurs se retrouvent dans l'arène, lieu ou se déroule un jeu sacré venu de Crète et Thanatos, dans l’enceinte solaire qui fait du sable une poussière d'or, les noirs toros zébrés de sang et les hommes de lumière, sous l'éclairage violent du ciel et devant une assemblée de fidèles venus célébrer un culte millénaire.

     Telles sont les corridas de Nîmes, d'Arles ou de Fréjus. Drame vécu, drame total qui s'accomplit dans le sacrifice de l'animal tellurique et cornu aux forces lumineuses, alliance du naturel et du surnaturel, de la matière et de l'esprit, antique cérémonie du taurobole, venue du lointain Orient védique avec Mithra, le dieu des pactes et des alliances.

    Sang et lumière sont les deux mystères de la vie puisque, selon une croyance ancestrale, c'est un peu de l'âme qui est infusée dans le précieux liquide qui coule dans nos veines. Mystère de la chair, mystère de l'esprit qui nous vient d'une autre terre méditerranéenne, la Palestine, où s'accomplit le drame divin de la Passion, de la Mort et de la Résurrection. Les témoins de la crucifixion du Fils de l'Homme, du sang versé, du corps brisé, de l'âme abandonnée et de la réconciliation, arrivent en Provence avec Marthe, Marie Jacobé, Marie Salomé qui viennent annoncer la religion du Salut.

    Mangeons donc ces navettes de la Chandeleur en pensant à la barque ballottée et abandonnée aux flots. Non loin de là, dans la crypte de Saint-Victor où l'on vénère la Vierge noire, Notre-Dame-de-sous-Terre, brillent les cierges verts de l'espérance, tandis que, sur la colline qui domine Marseille, la statue de Notre-Dame-de-la-Garde contemple le plus lointain horizon, dressée entre le ciel et l'eau.

    Telle est la Provence, sous son double aspect, solaire et tellurique, visible et caché. Les assises du temple sont profondes afin que les colonnes soutiennent facilement le fronton. Comment ne pas évoquer alors l'image d'Athéna tenant une branche d'olivier, sage protectrice des cités au front casqué, dont l'arbre aux feuilles argentées parle d'abondance et de gloire, d'oleifiantes libations, de lampes allumées devant les autels, des fruits de la terre et du travail des hommes, comme la vigne et le blé, ces trois richesses de la Provence de toujours ? Le blé, c'est l'or, le pain, la vie. Le vin, c'est le sang de la terre. L'huile, c'est le fruit du soleil, la lumière. Encore une fois, terre et ciel, rouge et or, visible et invisible... Provence.

     D'un côté, le soleil, la lumière, les temples d'Auguste, d'Apollon, les chapelles des sommets, le Ventoux, le pur génie de l'air et le laurier des poètes Mistral, Maurras, Giono, le royaume heureux de la reine Jeanne, la Provence aimable et souriante des Lettres de mon moulin, où le mythe fleurit en galéjade.

    De l'autre côté, la lune, l'ombre, les cryptes et les grottes vouées au bénéfiques Vierges noires, à Sara la Bohémienne, à Marie-Madeleine aux long cheveux, les eaux profondes et les fleuves, refuges des dragons, des trésors confiés à la chèvre d'or, les forêts initiatiques et les montagnes sinistres du Lubéron, théâtres de révoltes religieuses suivies d'affreux massacres, le pays gavot des masques, des sorcières et des génies de la terre. Provence inquiétante d'Henri Bosco... Provence macabre des Salyens, avec leur culte magique des têtes coupées à Entremont ou Roquepertuse... Anarchie bouillonnante des esprits qui cherchent la vérité contre la réalité, se font libéraux sous la monarchie, royalistes sous l'Empire, républicains sous Louis-Philippe.

    Pourtant, la Provence est propice aux travaux de l'esprit, aux écrivains, aux artistes et aux poètes qui aiment y trouver refuge. Elle apaise, elle inspire, elle équilibre, savant dosage entre les éléments : terre, air, eau et feu. Une sorte de perfection est le secret de l'âme provençale qui s'ouvre facilement mais se livre peu, cherchant à se maintenir sur un sentier de crête, entre le ciel et l'eau, comme la fleur de lis jaillissant des eaux bleues de son blason, tandis que le lambel rouge de son chef est une arche pour l'avenir, un pont, une balance, où viennent s'annuler toutes les contradictions.

     Ses couleurs héraldiques sont, en quelque sorte, ses âmes parlantes? Elles portent la marque de son destin : passé, présent et avenir.

    La Provence est l'héritière de trois mondes : le grec, le celte et le romain. Elle a déjà vu s'accomplir la mort de deux empires : le romain germanique. Les prophéties qui la concernent ont trait à la venue du " grand monarque ", au règne de l'Antéchrist et à la fin des temps. La Provincia verra donc refleurir un troisième empire qui sera le dernier, sous le signe des lis et du verger, ce qui nous transporte d'emblée au milieu des temps apocalyptiques.

    Nous voici dès l'instant situés dans un univers de géographie sacrée où l'espace et le temps viennent se rejoindre dans le triangle mystique d'Avignon, cité aux dimensions à la fois exotériques et ésotériques...

    Le coeur de la Provence se situe bien dans cette région du bas Rhône que délimitent au sud la Camargue et les Saintes-Marie-de-la-Mer, au nord les terres comtadines et le mont Ventoux, à l'est, enfin, les Alpes de Haute-Provencee, la ville de Moustiers et les gorges du Verdon. dans ce quadrilatère aisément repérable s'inscrivent Arles, Avignon et Salon-de-Crau, les Alpilles et le sîte des Baux, Saint-Remy-les-Antiques et Glanum, Aix et la montagne Lubéron, les abbayes de Montmajour et de Sylvacane, mais aussi les blanches étendues du plateau d'Albion où sont tapis les mortels vecteurs de la force plutonienne, à même leurs berceaux rocheux, l'usine atomique de Marcoule, le centre de Cadarache, l'immense camp militaire de Canjuers dans l'Artuby, tandis que Pierre-latte, au nord, sert de " gardien du seuil " à cet étrange taurobole du XXè siècle : l'influx nucléaire a remplacé le sang de Mithra.

    Non loin de là, Toulon veille, Neptune guerrier. Soleil clair d'Apollon et soleil noir de Pluton voisinent donc dans un triangle salin en d'étranges épousauilles, à la recherche d'un nouveau Tauroentum.

    Mais il y a bien d'autres lieux sacrés en Provence...

     

     


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