• Les délires de Velikovsky

    Deux ans après la publication de « Mondes en collision », le fameux ouvrage de Velikovsky, parut aux Etats-Unis, un livre satirique intitulé In The Name of Science. L’auteur : Martin Gardner, un journaliste du Scientific American. Dans cet ouvrage fort divertissant, il tourne en dérision les thèse pseudo-scientifiques le plus célèbres. Celle de la Flat Earth Society (Société de la Terre creuse), par exemple, ou celle de l’orgone, chère à Wilhem Reich.

    Voici comment Garder juge l’oeuvre de Velikovsky : « Le docteur Velikovsky est un cas typique. Se spécialisant dans une discipline où il s’est instruit par lui-même, il mène seul ses recherches. Il est convaincu de la portée révolutionnaire de ses idées, fruit d’une inspiration plutôt que d’une déduction scientifique. Aucun critique ne l’arrête dans son travail. »

    Gardner précise que Velikovsky n’apporte pour preuve que des mythes dont il fait les « rêves », souvenirs des catastrophes inscrits dans l’inconscient collectif des peuples du monde entier. Quand à la nouvelle interprétation de l’histoire orientale que propose Velikovsky dans « Age in Chaos », parue en 1952 , Gardner la compare à un récit de science-fiction sur lequel il se refuse à faire tout autre commentaire.

    Comment juger objectivement une oeuvre aussi démesurée ? Il faut bien admettre que la logique de la démarche de Velikovsky nous échappe parfois. Le lien entre une comète détachée de Jupiter et les sept plaies d’Egypte ne semblent pas a priori évident. Sans parler du partage des eaux de la mer Rouge, les murs de Jéricho et de la victoire sur les armées de Sennacherib, le roi assyrien qui osa s’attaquer à la ville de Juda. S’il est regrettable que Gardner se permette de juger « Ages in Chaos » sans même l’avoir lu, il faut aussi reconnaitre que son exaspération n’est pas sans fondement.

    Velikovsky est mort en novembre 1979 sans avoir eu le temps d’achever le troisième volume « d’Age of Chaos ». C’était une personnalité puissante, dévoré par une passion unique à laquelle il consacra sa vie entière. Pour bien le comprendre, il est essentiel de rappeler qu’il était un disciple de Freud. C’est la lecture de  « Moïse et le monothéisme » qui décida de sa vocation et qui le lança à la recherche de l’histoire de son peuple. Freud, son père spirituel, bâtit toute une théorie sur la « révélation » de l’origine sexuelle des névroses. Il fallut des années avant que les psychiatres osent remettre en question l’interprétation freudienne et en estiment les limites.

    Semblable en cela à Freud, Velikovsky était obsédé par la théorie et en voyait partout la confirmation. Puisque les textes anciens décrivaient Vénus comme une planète menaçante et imprévisible qui déversait des pluies de feu sur la terre, Velikovsky en vint à se poser la question suivante : n’était-ce pas Vénus, alors qu’elle n’était encore qu’une comète, qui était responsable des catastrophes mentionnées dans la Bible ?

    Tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Antiquité savent que certains mystères n’ont jamais été résolus. Que penser, par exemple, de la soudaine disparition de la civilisation minoenne, vers 1500 avant notre ère ? Faut-il l’attribuer, comme certains le pensent, à l’éruption du volcan de l’île de Santorin, situé au nord de la Crète, qui aurait fait l’effet d’une bombe atomique ? Quelque auteurs font de l’île de Santorin le continent mythique de l’Atlantide ; d’autres prétendent que l’explosion détruisit le civilisation minoenne. C’est une hypothèse plausible. 

    Il existe cependant une contradiction majeure : Phaïstos, située en Crète du Sud, fut détruite à la même époque. Or, il est impossible que les vagues d’un raz de marée aient franchi la chaine de montagne qui sépare les deux endroits. L’hypothèse de Velikovsky – le passage de la comète trop près de la Terre – est plus vraisemblable…

    Malheureusement, Velikovsky eut tort de faire référence à l’Atlantide, ce qui lui enleva immédiatement la considération du monde scientifique. Il s’attira d’autre part les foudres des historiens en changeant sciemment la chronologie communément admise de l’Antiquité du Moyen-Orient.

    Selon la thèse que Freud développe dans Moïse et le monothéisme, l’exode aurait eu lieu pendant le règne du pharaon Akhenaton. Ce dernier serait mort assassiné pour avoir voulu imposer la nouvelle religion solaire monothéiste. C’est par Moïse qu’elle se serait transmise au peuple juif. D’abord d’accord avec cette thèse de Freud, Velikovsky en vint à la rejeter complètement. Un des grands mystères de l’Antiquité méditerranéenne est de comprendre la destruction de l’ancienne Crète et l’émergence de la Grèce d’Homère – Puis celle de Socrate. C’est comme si l’histoire s’était soudain arrête.

    Fidèle à lui-même, Velikovsky n’hésita pas à remettre tout en question. Selon lui, la réponse était évidente : les historiens se trompaient tout simplement dans les dates. Les événements importants auxquels ils faisaient allusion s’étaient passé six cents ans plus tard qu’ils ne le prétendaient. Ce qui résolvait le problème des années vides. Velikovsky entreprit alors une étude comparée des histoires égyptiennes, juives, assyriennes et babylonienne. Age in Chaos est le résultat de ce titanesque travail de compilation et reste d’un abord très difficile.

    Prenons l’exemple ce de que l’on a appelé les « tablettes d’Ammizaduga », retrouvées sur le mont Kuyunjik, site de l’ancienne Ninive, parmi d’autres documents de la grande bibliothèque du roi Assurbanipal. Les informations qu’elles nous donnent sur Vénus ne coïncident pas avec ce que nous savons des mouvements actuels des planètes. Les anciens astronomes se seraient-ils trompés dans leurs observations et dans leurs calculs ? Non, répond Vlikovsky. Ces tablettes prouvent tout simplement que la trajectoire de Vénus n’était pas régulière à l’époque des babyloniens !

    L’American Association for the Advancement of Science organisa, en 1974, une réunion spéciale dont l’objectif était de démontrer une fois pour toutes que les thèses de Velikovsky étaient erronées. A cet effet, la mathématicien Peter Huber assura qu’il suffisait d’effectuer quelques corrections mineures pour retrouver la trajectoire actuelle de Vénus. Toutefois, le professeur Lynn Rose et Raymond Vaughan, démontrèrent que pris à la valeur nominale, les chiffres fournis par les tablettes indiquaient une orbite différente. Et ce, en ne tenant compte que d’un pourcentage minimal d’erreurs d’écriture. Ce qui n’était pas le cas des calculs effectués par Peter Huber. Pour retrouver l’orbite actuelle de Vénus, il avait corrigé « 30% d’erreurs d’écriture » Rose et Vaughan affirmaient quant à eux que c’était 60% d’erreurs qu’il fallait admettre pour effectuer le réajustement.   

    Velikovsky triompha aussi dans un autre domaine. Les bouleversements qui, selon lui, avaient agité notre système solaire faisaient entrer en ligne de compte de puissantes forces électro-magnétiques qui, d’après les hommes de science de l’époque, n’existaient pas. La découverte dans les années 1960 des ceintures de Van Hallen donna raison à Velikovsky.

    Avec les années, les défenseurs de Velikovsky se firent de plus en plus nombreux. Au moment de sa mort, en 1979, le public avait de lui l’image d’un savant brillant et courageux à qui on pouvait simplement reprocher sa trop grande curiosité intellectuelle. En 1972, le magazine américain Pensée lui consacra plusieurs numéros qui furent plus tard rassemblés et publiés sous le titre « Velikovsky reconsidered ». En 1966, un livre intitulé « The Velikovsky Affair », lui avait déjà rendu justice en révélant au public la bassesse des méthodes utilisée contre lui. Vers la fin de sa vie, il fit de nombreuses conférences et participa à de nombreuses émissions télévisées. Réussit-il à faire admettre ses idées ? Vraisemblablement non. Du moins rassura-t-il le public sur sa bonne foi et son sérieux.

    Comment, en conclusion juger son oeuvre ? Bien qu’il soit difficile de trancher, il semble que sa thèse ne soit pas fondée. A l’étude des prétentions géologiques de Earth in Upheaval et ses arguments historique de « Ramses the Second and His Time », les commentaires ironiques de Martin Gardner reviennent à l’esprit. La plupart des hommes de science ne rejettent pas l’idée de grandes collisions, mais il est tout simplement impossible qu’elles aient pu se produire si récemment. Les géologues n’ont jamais trouvé la moindre preuve d’une catastrophe naturelle qui se serait produit il y a quelques millions d’années.

    Une chose est certaine : malgré son immense travail de compilation, Velikovsky n’apporte aucune preuve définitive à l’appui de sa thèse. L’avenir lui donnera peut-être raison. Son oeuvre constituera alors un très bel exemple d’inspiration scientifique.    

     


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    Nous l’avons vu : ce n’est ni par hasard ni par caprice que Versailles « au Val de Gallie » devint la résidence royale. De la part de Louis XIV, une telle décision répondait à tout un courant d’idées dont Guillaume Postel et Tommaso Campanella, entre autres, furent les théoriciens, et l’on doit à des hommes tels que Richelieu, ce redoutable prince de l’Eglise d’avoir traduit ces aspirations sur un plan concret : aussi bien guerrier que diplomatique.

    Car, pour utopique qu’elle paraisse, la Cité du Soleil de Campanella est sans conteste un manifeste théologico-politique de la monarchie absolue et de l’illuminisme gallican issu de la Contre-Réforme. Quant à Versailles, cet ensemble architectural et paysager unique au monde, il en sera la réalisation artistique, la concrétisation symbolique. Le Vau, F. d’Orbay, Mansart, Le Brun, Marsy, Tuby, Girardon, Le Nôtre, Le Hongre, Coysevox, parmi maints autres artistes du siècle, y exprimeront le meilleur d’eux-mêmes.

    A l’examen, en effet, la demeure du Roi-Soleil se révèle tout autre chose que la manifestation de la rationalité triomphante et de l’esprit géométrique. Outre l’esthétique baroque dont parfois ils témoignent, les bâtiments, les allées, les jardins, les bassins, les fontaines nous donnent à lire ce qui fut leurs raisons d’être véritables : une mythologie à la mesure de celui qui y avait élu séjour, et comme un condensé de l’idée que le roi se faisait de sa mission et de son pouvoir.

    C’est ce qu’à fort bien vu Talleyrand, lorsqu’il déclarait : « La gloire de Louis XIV a resserré toutes ses idées dans les limites de Versailles. »

    A Versailles, la moindre décoration est devise, tout se fait « armes parlantes ». Ainsi bien sûr, des mascarons qui ornent le linteau des portes, et où l’on retrouve la figure solaire.

    Toutefois, certains emblèmes sont moins évidents, quoique tout aussi nombreux. Pourquoi , par exemple, tant de lyres ? Et ce dès l’entrée du château, sur les grilles qui bordent la place d’Armes. Comme on le sait, la lyre est l’attribut d’Apollon, dieu solaire des Arts, auquel Louis XIV, en tant que mécène, ne pouvait que s’identifier. Mais cet instrument de musique est aussi une invention d’Hermès, le gardien des portes, le messager, celui qui, dans la tradition ésotérique, est chargé de préserver le secret, et tout à la fois de le révéler à quiconque s’en montre digne. Secret ou symbole aux multiples facettes, d’ailleurs, dans lequel l’initié puise à sa convenance, mais surtout selon la pénétration et la profondeur de son savoir.

    Cette idée n’était pas du tout étrangère au maitre des lieux, qui, tel Hermès, dispense à ses sujets, ses lumières à proportion de ce qu’ils peuvent en comprendre et en fonction de ce qu’ils sont, le souverain détenant seul la compréhension intégrale de tous les signes et de tous les mystères.

    Aussi, comme l’a remarqué M. Hautecoeur, le roi quand il se trouve en présence d’un visiteur de marque versé dans les belles-lettres, prend-il soin d’expliquer telle particularité de son palais par les Métamorphoses d’Ovide. Mais, lorsqu’il a affaire à un marin ou à un guerrier, il met l’accent sur les enseignement fournis par les allégories relatives à Neptune ou à Mars. Devant les gens du négoce, il en appelle à Mercure. Quelqu’une des personnes de son entourage a-t-elle besoin d’être encouragée dans ses pratiques religieuses ? Ainsi que le rappelle le R.P. Guillou dans son essais intitulé Le Palais du Soleil, Louis XIV ne dédaigne pas de commenter pour elle les symboles de la chapelle, ayant trait à la Résurrection et à la toute-puissance de Dieu…

    Versailles, cependant, ne se signale pas seulement par la valeur didactique de ses allégories, ou du moins ce n’est que d’une façon tout à fait secondaire, dans la mesure où le palais et ses dépendances sont à l’image du royaume, où ils sont le signe de cette monarchie idéale annoncée par Postel et Campanella. A ce titre, Versailles est bel et bien, certes, un microcosme dans le macrocosme, mais il tel que pour autant que le Roi-Soleil y habite et en est le centre. De là la disposition qu’affectent les appartements royaux eu sein de l’ensemble.

    Les auteurs du « Guide de Versailles mystérieux » notent à juste titre que « la disposition des sept salons de 1673 est rigoureusement astrologique ». « On entre, ajoutent-ils, sous le signe de la Lune, mère des générations, d’abord dans le salon de Diane ; on passe ensuite dans la salle des gardes, consacrés à Mars, dieu de la Guerre, puis dans le salon de Mercure, l’antichambre. La grande chambre du roi est consacrée à Apollon. Vient ensuite le cabinet de Conseil, sous le signe de Jupiter. On traverse enfin la petite chambre du roi, dédié à Saturne. Ma dernière pièce, Dont les fenêtres sont orientées vers l’appartement de la reine est décorée des symboles de Vénus.

    Remarques judicieuses, au reste ratifiées par l’historiographe des bâtiments lui-même André Félibien des Avaux, qui écrit : « Comme le Soleil est la devise du roi, l’on a pris les sept planètes pour servir de sujets de tableaux aux sept pièces de cet appartement, de sorte que dans chacune on y doit représenter ls actions des héros de l’Antiquité qui auront rapport à chacune des planètes et aux actions de Sa Majesté. »

    Le symbolisme est clair. L’appartement royal, dans sa répartition, est le reflet exact du système des valeurs, de leur hiérarchie, mis en oeuvre par Louis XIV. Le roi entend s’inscrire dans la lignée de ses ancêtres ; en accordant la préséance à la déesse des nuits, il reconnait sa filiation . De même, place est faite à ce qui lui permet de régner : la force des armes avec Mars, la diplomatie avec Mercure, le commandement avec Jupiter. Mais il n’oublie ni la sagesse réflexive ni la méditation solaire, non plus que le devoir de s’assurer une descendance.

    En somme, le parcours de pièce en pièce est à la fois logique et chronologique. Le premier salon représente le passé et rappelle que Versailles fut d’abord un pavillon de chasse. Le dernier est tourné vers l’avenir.

    Mais, ce qui apparaît comme beaucoup plus significatif encore, c’est la place qu’occupe la grande chambre du roi par rapport aux autres pièces. On s’aperçoit que cette pièce se situe au centre, entre, d’une part, Diane (ou la Lune), Mars, Mercure, et de l’autre, Jupiter, Saturne et Vénus.

    Cette place ne doit rien au hasard. En voici une preuve supplémentaire : à la suite des remaniements successifs dont Versailles fut l’objet, au cours des années, la grande chambre du roi ne se trouvait plus au centre du palais. Louis XIV la fit donc transférer assez tardivement, il est vrai ; mais, comme nous le verrons, non sans qu’il y ait là quelques- autre raison encore. 

    « Le transfert de la chambre de Louis XIV, écrit l’historien Pierre Verlet dans son essais Versailles, était presque inévitable. Selon une très ancienne tradition, le roi longeait au centre même de son château. Il était le cœur du château : lorsqu’il dormait, la vie semblait s’arrêter. Par les cérémonie du coucher et du lever, entre lesquelles le sommeil du roi libérait les courtisans de leur service, la chambre du roi fixait, plus encore que le cour du soleil, les limites des jours et des nuits de Versailles, et l’on peut noter comme un symbole que Louis XIV désigna pour la dernière chambre non seulement le milieu de son château, mais le plein est, l’axe même sur lequel le soleil se lève sur ses terres. »

    La nouvelle chambre donne en effet sur le grand canal, dans les eaux duquel le souverain peut voir se refléter, du levant au couchant, d’Orient en Occident, la course de l’astre du jour.

    Du fait du transfert de l’appartement royal, cependant, les salons planétaires disparaissent, et Louis XIV, très intentionnellement, ne fera rien pour conserver l’ancienne disposition. Désormais, Apollon gouverne et règne seul, roi des roi, monarque absolu. L’atteste d’ailleurs sa devise nouvelle : Nec pluribus impar, qui succède à la devise de sa jeunesse : Foecundis ignibus ardet. Après avoir brûlé de feux multiples, féconds, mais quelques peu désordonnés, Louis le Grand se déclare unique, incomparable, et toutes choses à Versailles répètent inlassablement ce qui en est devenu le dogme, aussi bien le rituel du lever et du coucher, les fêtes, l’habit de cérémonie du souverain constellé de pierreries, que les motifs ornementaux du palais, les immenses miroirs de la galerie des Glaces, l’alignement des statues et des plans d’eau, les dimensions de l’ensemble architectural et paysager…

    Versailles s’étend, en effet, sur quelque 7 milliers d’hectares, le canal mesure plus de 1 kilomètre et demi de longueur, sans compter ses branches perpendiculaires, qui totalisent plus de 1000 mètres ; et le tout à l’avenant !

    Devant tant de démesure, on serait tenté de croire que Versailles ne doit son existence qu’à la célébration du culte royal et qu’aucune place n’est laissée à autre chose qu’à cette autoglorification perpétuelle. Qu’on se détrompe, cependant : la demeure du Roi-Soleil recèle aussi sa part d’ombre, de nuit, de doute.

    Dans les métamorphoses, Ovide relate en effet l’infortune de Phaéton. Ce dernier passait généralement pour le fils du Soleil et de Clymène, une Océanides. Quelqu’un lui ayant soutenu le contraire, Phaéton se rendit au palais du Soleil pour apprendre de sa bouche la vérité sur sa naissance. Il supplia Phébus (alia le Soleil) de lui donner la permission de conduire son char, rien qu’une fois seulement, ce qui suffirait à prouver à tout l’Univers qu’il était bien son fils. Phébus tenta de détourner Phaéton de cette périlleuse entreprise. En vain.

    Le jeune homme prit donc les rêne, mais ne reconnaissant plus la main de leur maitre, les chevaux fougueux du Soleil se détournèrent de leur chemin habituel, tantôt s’élevant trop haut, descendant trop tantôt près de la Terre, et semant la désolation. Ce que voyant, et afin de limiter le désastre, Jupiter décida de précipiter Phaéton et son attelage dans le fleuve Eridan, où le jeune homme trouva la mort.

    Ce mythe doit se comprendre à la lumière de l’histoire personnelle de Louis XIV, dont on disait qu’il n’était pas le fils de Louis XIII, soupçonné d’impuissance. Il était d’autre part de notoriété publique qu’Anne d’Autriche avait été une femme volage. On comprend aisément quelle leçon Louis XIV pouvait tirer de ce mythe : en tenant fermement les rênes du char de l’Etat, ne prouvait-il pas à lui-même, que sa royauté n’était pas usurpée ?    


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    Terre brûlée par le soleil nécessaire à la croissance des plantes aromatiques, la péninsule Arabique a fourni au monde antique les parfums précieux et recherchés dont l’Antiquité a fait une consommation importante. Hérodote rappelle dans le troisième de ses Histoires que l’Arabie est « le seul pays du monde qui produise l’encens, la myrrhe, la cassie, le cinnamome et le laudanum ». Le légendaire « pays des aromates » se situait, pense-t-on, au Yémen. Ils produisaient l’encens et l myrrhe que transportaient vers Damas et Alexandrie les caravanes de chameaux. La « route de l’encens » longeait la lisière intérieure du haut plateau yéménite, aux confins du désert, là où le relief ne s’oppose pas au passage des chameaux. Partie du Dhofar, elle traversait le Hadramaout, puis se dirigeait vers le nord, parallèlement à la mer Rouge.

    Pline l’Ancien raconte dans son « Histoire naturelle » que 3 000 familles des Minéens d’Arabie possèdent un droit héréditaire d’exploitation des forêts d’encens. Au moment de la récolte, les collecteurs considérés comme « sacré » doivent de façon impérative éviter tout contact avec les femmes et les mort. L’incision à la hachette de l’écorce des arbres à myrrhe et à encens fait jaillir une écume visqueuse qui s’épaissit et se coagule et qu’on recueille ensuite sur une natte de palmier, ou sur une aire battue alentour. L’encens et la myrrhe se présentent sous l’aspect de boulettes irrégulières que forme en se solidifiant un suc blanchâtre.

    Dans son « Histoire des Plantes », le botaniste grec Théophraste décrit le caractère rituel de ces récoltes : « Toute la récolte d’encens et de myrrhe est rassemblée dans le Temple du Soleil, qui est l’endroit le plus sacré du pays de Saba. Des Arabes armés y montent l garde. Chacun porte sa récolte, entasse son lot d’aromates et l’abandonne à la surveillance des soldats, après avoir pris soin de placer sur son lot une tablette indiquant le nombre de mesures qu’il contient et le prix demandé pour chacune. Quand les marchands viennent s’approvisionner, ils examinent les inscriptions et chacun fait mesurer la quantité qui lui convient, tandis qu’il dépose le prix à l’endroit où il a prélevé la marchandise. Arrive ensuite le prêtre du Soleil, qui prélève le tier de la somme pour le dieu. Le reste demeure là jusqu’à ce que les propriétaires reviennent le prendre.

    La récolte des aromates est entourée de merveilleux. Les Histoires d’Hérodote rapportent l’étrange cueillette de la cassie : « C’est après s’être enveloppés de peaux de bœufs et autres le corps entier et le visage à la seule exception des yeux qu’ils vont la chercher ; elle croit dans un lac peu profond ; sur ce lac et autour séjournent, parait-il, des animaux ailés ressemblant fort à des chauves-souris, qui poussent des cris terribles et opposent une vaillante résistance ; il faut les tenir à l’écart de ses yeux et cueillir la cassie dans ces conditions. Quant au cinnamome, les Arabes le récoltent d’une façon plus étonnante encore. Où il nait, quelle est la terre qui le nourrit, on ne peut pas le dire, à cela près que certains, dont l’opinion n’est pas sans vraisemblance, prétendent qu’il pousse au pays où Dionysos fut élevé. Ce sont, dit-on, des oiseaux de grandes tailles qui apportent ces copeaux que, d’un nom appris des Phéniciens, nous appelons cinnamome ; ils les apportent pour la confection de leur nids, qu’ils attachent en les formant de boue contre des roches escarpées où l’homme ne peut aucunement accéder. En face de cette situation, voici donc l’artifice dont usent, dit-on, les Arabes : ils découpent en morceaux aussi gros que possible les membres des bœufs, ânes et autres bêtes de somme qui viennent à périr, les transportent dans la région des roches, les déposent à proximité des nids et se retirent à l’écart ; les oiseaux descendent aussitôt et remontent les quartiers de viande dans leurs nids qui, ne pouvaient en supporter le poids, se rompent et tombent à terre ; eux surviennent alors et recueillent ainsi le cinnamome, qui arrive de là dans d’autres pays »

    Produits du soleil, les aromates ne peuvent pousser que sur une terre brûlante et sèche comme la péninsule Arabique, d’où s’exhale, rapporte Hérodote, « une odeur merveilleusement suave » que sentit la flotte d’Alexandre au large des côtes de l’Arabie. Les Sabéens qui habitaient le sud de la péninsule Arabique, au Yémen, utilisaient les précieux aromates dans leurs cultes.

    De per fumare, le parfum établissait une médiation verticale entre les hommes et les dieux, d’où l’origine culturelle du parfum dans toutes les civilisations. Les parfums furent connus en Egypte dès l’Antiquité la plus reculée. Ils étaient utilisés dans les rites sacrés, pour l’embaumement et la conservation des morts, ainsi que pour la toilette. Dans les grands temples égyptiens, comme deux d’Edfou et de Médinet-Abou, existaient des laboratoires affectés à la fabrication des parfums dont les formules étaient inscrites sur les parois des sanctuaires. Sur les murs du temple de Médinet-Abou sont gravés le calendrier des fêtes religieuses et la liste des « parfums de fête » utilisés pour chacune d’elles. Certains étaient brûlés dans des encensoirs ou servaient à parfumer les statues divines. Les techniques d’embaumement des morts consistaient à vider la tête et le corps et à les remplir de Myrrhe, de cinnamome, et d’autre parfums à l’exclusion de l’encens. Le corps après avoir été plongé dans un bain de natron pendant soixante-dix jour, était enveloppé dans des bandelettes de lin enduites d’un onguent aromatique.

    Pendant longtemps, les aromates ne s’employèrent que pour les cérémonies religieuses et les embaumements, mais, à mesure que la civilisation se développait, les riches Egyptiens achetèrent aux prêtres des parfums fabriqués dans les laboratoires des temples. Les onguents parfumés étaient employés pour enduire tout le corps afin de conserver l’élasticité des membres. On les mettait dans des vases de pierre et de métaux précieux, parfois de terre émaillée ou de verre irisé. Les parfums servaient également à embaumer les salles de festin où ils brûlaient dans des cassolettes richement ornées.

    Pendant leur captivité en Egypte, les Hébreux apprirent l’art de la parfumerie. Rentrés en Judée, fertile en fleurs et plantes odoriférantes, ils brûlèrent des parfums en hommage à leur dieu, conformément à l’ordre que Moïse avait reçu lorsqu’il ramena son peuple de captivité . L’autel à parfums devait être en bois d’acacia, de forme carrée, entièrement plaqué d’or pur, avec des cornes à chaque angle, entouré d’une moulure et muni de barres pour le transporter. Aaron devait y faire brûler chaque matin et chaque soir le « parfum perpétuel ». Sur cet autel ne devait être offerts ni parfums profane, ni holocauste, ni libation. L’huile d’onction sainte, composée de myrrhe, de roseau, de cassie, servait à oindre la tente de la rencontre, l’arche de la charte, la table et l’autel de l’holocauste, la cuve et les grands prêtres, Aaron et ses fils. Le parfum sacré contenait du storax, le l’ambre, du galbanum, de l’encens, en partie égales. Ni le parfum ni l’huile ne devaient être imités ou utilisés pour des usages profanes sous peine de retrancher le coupable de sa parenté. L’Ancien Testament donne les formules de l’huile et de l’encens sacrés, mais leur fabrication pose des problèmes qui restent sans solution.

    L’utilisation de parfums dans un but de séduction est rapportée par de nombreux exemples tirés de la Bible. C’est ainsi qu’Esther, avant de comparaitre devant le roi Assuérus qui était un ennemi de son peuple, oint son corps « pendant six mois avec de l’huile de myrrhe, puis pendant six mois avec des baumes et des crèmes de beauté » De même Judith, pour séduire Holpherne dans le dessein de le tuer, « quitte ses habits de veuve, lave son corps, avec de l’eau, et l’oint d’une épaisse huile parfumée » Les aromates étaient également utilisés pour parfumer le vin, la maison, les vêtements.

    Les parfums d’Arabie ne furent pas seulement connus des Egyptiens et des Hébreux, mais de toutes les grandes civilisations antiques. Quoique l’Arabie fournit aux Athéniens la myrrhe, l’encens et les essences les plus recherchées, les Athéniens, qui de tous les Grecs étaient ls plus renommés pour leurs talents de parfumeurs, accrurent considérablement la liste des plantes odorantes en usage. Ils introduisirent dans la parfumerie les essences d’iris, de rose, de crocus, de marjolaine et fabriquèrent le meilleur nard. Les boutiques des parfumeurs étaient alors un lieu de rendez-vous comparable au café. On s’y réunissait pour y discuter politique, affaires privées et publiques. Les Athéniens disaient « aller au parfum » comme nous disons « aller au café ». La Grèce fit des parfums un usage considérable. Pour rendre honneur aux dieux et aux morts, mais aussi pour le bien-être des vivants qui raffolaient des huiles parfumées, des vêtements odorants, des onguents contenus dans des vases d’onyx et des boites d’albâtre. Les Grecs allaient jusqu’à parfumer abondamment les salles de banquets et les vins. Le luxe des parfums fut poussé si loin chez les Grecs qu’une loi de Solon en défendit l’usage aux Athéniens, mais en vain.

    Les Romains aimèrent les parfums jusqu’à l’excès, quoique leur vente fut d’abord rigoureusement interdite. Ils en faisaient venir leurs colonies d’énormes quantités. Ils les employaient avec une profusion inégalée pour parfumer leurs bains, leurs chambres, leurs lits. Ils en avaient, de même que les Grecs, pour les différentes parties du corps. Ils en versaient dans leur vin et en répandaient sur les têtes des convives sous forme de pluie. Lors des funérailles de sa femme Pompée, Néron fit bruler plus d’encens que l’Arabie ne pouvait en fournir en une année.

    L’avènement de la religion chrétienne va correspondre à une proscription de la parure, des fards, du luxe et bien sûr des parfums, symbolisant la frivolité du monde païen. Les textes des pères de l’Eglise, tel que Tellurien ou saint Cyprien, condamnent tous les artifices de la beauté et exaltent les parfums de la vertu. Ces reprochent répétés furent, semble-t-il, de peu d’effet. Bien plus que les exhortations puritaines, c’est l’abandon progressif des pratiques funéraires liées aux parfums et la disparition des antiques réseaux commerciaux avec l’Orient qui provoquent, en Europe, une diminution de la consommation des produits parfumés. L’empire d’Orient conservera les techniques de la parfumerie grâce à Byzance, où se perpétuent les modes de vie gréco-romains. En Europe, l’usage des parfums décline pendant six siècles. Les substances parfumées ne sont plus liées aux habitudes sociales comme dans l’Antiquité. Elles sont couteuses et réservées à une catégorie sociale puissante. C’est avec les croisades et la reprise des échanges commerciaux avec l’Orient, par l’intermédiaire de Venise et de Gênes, que renaît le commerce des produits aromatiques.

    Les parfumeurs vont alors former des corporations jusqu’à la Révolution. En 1190, Philippe-Auguste octroie aux parfumeurs des statuts qui furent confirmés par Jean le Bon, le 20 décembre 1357, et par lettre royale de Henri III le 27 juillet 1582. Sous Louis XIV, les parfumeurs, appelés aussi parfumeurs-gantiers, prennent une grande importance. Leur corporation obtient des patentes enregistrées au parlement. Leurs armes sont « d’argent à trois gants de gueules au chef d’azur chargé d’une cassolette antique d’or ». En qualité de gantiers, ils avaient le droit de vendre gants et mitaines de toutes matières, ainsi que les peaux employées pour les gants, et comme parfumeurs, ils avaient le privilège de parfumer les gants et de vendre toute espèce de parfums. Les gants parfumés étaient alors forts à la mode. Ils sentaient le musc ou l’ambre. Les plus estimés étaient ceux de Frangipane et de Néroli. A la Révolution, les parfums portent des noms inspirés par les événements. Sous le Directoire et l’Empire, Napoléon et Joséphine aimant beaucoup les parfums, la parfumerie se transforme en s’appuyant sur la science. L’usage des parfums liquide à base d’alcool, technique qui suppose la maitrise de la distillation en alambic, se généralise. Avec cette technique, oubliée en Europe depuis la fin du monde romain et qui réapparait à la Renaissance avec la redécouverte de l’alambic, la parfumerie va prendre son visage moderne.

    Venus à l’origine d’Arabie, les parfums, n’eurent pas seulement une utilisation cultuelle et érotique, mais aussi, comme nous le verrons par la suite, ils furent liés à la prophylaxie des épidémies et à la magie.      

            


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    Si les fantômes sont les esprits des morts, comme beaucoup le croient, comment peut-on expliquer les apparition « sans âme » - celle de animaux et des objets inanimés – qui ont été vues par maintes personnes dignes de foi ?

    Pour ce qui est des animaux, il nous semble que l’explication est possible et acceptable aujourd’hui que l’« effet Kirlian » est admis. Cet effet est ni plus ni moins ce que les ésotéristes nommaient jadis – et nomment encore – l’aura, c’est-à-dire cette luminosité mouvante qui entoure tous les êtres vivants, même les végétaux . Elle est régulièrement photographiée et même cinématographiée, en noir et en couleur. Or, cette aura peut demeurer après la mort. Les animaux en possèdent une comme nous , il peut donc, après la mort, se manifester un fantôme tout comme pour un être humain.

    Mais, où la logique nous semble en défaut, c’est lorsqu’il se montre ce qu’on est bien obligé de nommer aussi un fantôme, mais qui est l’apparition, la résurgence d’un objet inanimé, d’un objet normalement sans aura, comme ce fut le cas avec un autobus londonien, aux environs des années trente.

    C’était un grand autobus rouge, portant le numéro 7, qui harcela les automobilistes dans le secteur de Kensington Nord. Le point de jonction du boulevard Saint-Marc et des jardins de Cambridge, dans cette zone, passe depuis longtemps pour un coin dangereux – il est « aveugle », c’est-à-dire invisible en venant de l’une comme de l’autre des deux artères – et il a été la cause de nombreux accidents.

    La décision de l’autorité locale de redresser la courbe fut en partie influencée par le témoignage des automobilistes, roulant à une heure avancée de la nuit, qui prétendaient avoir dû faire un brusque écart, à la jonction des deux voies, pour éviter un bus à impériale qui descendit à toute vitesse le boulevard Saint-Marc aux première heure du matin, longtemps après la fin du service des autobus régulier…

    Un rapport à la police de Kensington disait : « Je tournais le coin quand j’ai vu un bus fonçant sur moi. Les lumières des deux étages et les feux avant éclairaient à plein, mais je n’ai pu voir aucune trace ni d’employés ni de passagers. J’ai braqué violemment et je suis monté sur le trottoir, après avoir raclé le bord. Le bus, à ce moment précis, s’est évanoui… »

    A la suite d’un accident fatal, au cours duquel un conducteur avait fait un écart et heurté le mur d’en face, un témoin oculaire dit à l’enquête du magistrat qu’il avait vu le mystérieux autobus foncer sur l’auto avant que le conducteur ait pris le virage. Lorsque le magistrat mit en doute cette affirmation, des douzaines d’habitant du quartier écrivirent à son bureau et au journal local en offrant de témoigner qu’ils avaient bel et bien vu l’autobus fantôme.

    Parmi les plus impressionnant de ces témoignages, il y eut celui d’un employé de la compagnie qui prétendit avoir vu le véhicule rentrer au dépôt des autobus aux premières heures du matin, s’arrêter moteur ronflant pendant un moment, et ensuite disparaître…

    Le mystère ne fut jamais résolu, mais il est peut-être significatif que le bus fantôme ne fut plus jamais revu après que le danger du virage à angle aigu eut été supprimé, et l’on suggéra que la vision était « projetée » à l’endroit même pour dramatiser le danger inhérent à l’intersection des voies . S’il en était ainsi, par qui se faisait cette « projection » ? Serait-ce dans l’esprit des automobilistes eux-mêmes, serait-ce une projection naturelle de leur peur au virage ? S’il en était ainsi, comment s’y prenaient-ils pour la superposer sur la vision des passants ? Et que valait le témoignage de l’employé du dépôt des us qui avait vu le véhicule fantôme d’un angle entièrement différent ?

    Enfin, si les apparitions sont des manifestations d’esprits désincarnés, si un fantôme est l’âme d’un mort, revenue sur terre, quelle explication peut-on trouver pour justifier des autobus fantômes et, du même coup , leur ancêtres, les voitures fantômes, qui tiennent une si large place dans le folklore ?

    La saga des esprits est parsemée d’histoire d’objets inanimés apparaissant soudainement au sens des observateurs, depuis l’accordéon fantôme qu’on a porté au crédit de Daniel Dunglas Home, le grand médium écossais du siècle dernier, jusqu’au poignard de Macbeth. Dans ce dernier cas, William Shakespeare, écrivant à une époque plongée dans la superstition, semble avoir été aussi au courant de l’anomalie des objets spectres qu’il l’était de presque tout autre domaine de l’expérience humaine : Es-tu ô poignard fatal, sensible au toucher comme à la vue, ou n’es-tu qu’un poignard de l’esprit, une fausse création, née du cerveau écrasé de chaleur ? »

    Une des histoires d’apparitions absolument sans âme les plus convaincantes se trouve rapportée dans le Journal de la Tour de Londres, un endroit qui, selon la croyance populaire, est saturé de spectres. L’homme qui écrivit le compte rendu de ce qu’il avait vu un dimanche soir du mois d’octobre 1817 était Edmond Lenthal Swifte, qui fut le gardien des bijoux de la couronne, de 1814 à 1842, soit pendant 28 ans.

    Laissons-lui la parole : « J’étais en train de souper avec ma femme, notre petit garçon et la sœur de ma femme dans le salon de la Maison aux Joyaux, qui a la réputation d’avoir été la triste prison d’Anne Boleyn et des dix évêques qu’Olivier Cromwell logea « pieusement » ici…

    « Les portes étaient toutes fermées, des rideaux lourds et sombres étaient accrochés du haut en bas des fenêtres, et la seule lumière dans la pièce était celle de deux chandelles sur la table. J’étais assis au bas de cette table, mon fils à ma droite, ma femme en face de la cheminée, et sa sœur du côté opposé. J’avais offert un verre de vin et d’eau à ma femme, quand, en le portant à ses lèvres, elle s’arrêta et s’exclama : « Bon Dieu ! Qu’est-ce que c’est que ça ? » Je regardais et vis un objet cylindrique, comme un tube de verre, quelques chose à peu près de l’épaisseur de mon bras et qui se balançait entre le plafond et la table. Son contenu avait l’air d’un fluide dense, blanc et azur pâle, roulant et se mélangeant sans cesse à l’intérieur du cylindre.

    « Cela dura environ deux minutes, jusqu’au moment où cela à commencer de se déplacer devant ma belle-sœur, puis, en suivant la longueur de la table, devant mon fils et moi-même. Passant derrière ma femme, l’objet s’arrêta un instant sur mon épaule droite. Aussitôt, elle se recroquevilla sur elle-même, et, couvrant son épaule de ses deux mains, elle poussa un cri : « Oh !mon Dieu ! Il m’a saisie ! »

    « Encore maintenant, en l’écrivant, je ressens l’horreur de cet instant. J’empoignait ma chaise et frappai sur l’apparition d’un coup qui atteignit la boiserie derrière ma femme. Alors, l’objet traversa le haut de la table et disparut dans le recoin de la fenêtre. »

    Toujours au crédit des fantômes sans âmes, il y a lieu de mentionner la tragique mésaventure du soldat qui mourût de peur à la vue d’un énorme ours noir . Il était de faction, aux alentours de minuit, à l’extérieure de cette même Maison du Joyau, quand il entendit un grognement guttural derrière lui. Se retournant, il vit la bête, dressée sur ses pattes de derrière, ses crocs découverts, ses yeux rouges de rage et ses griffes tendues vers lui. Le soldat enfonça sa baïonnette dans le ventre de l’animal : la pointe le traversa complètement… et l’apparition disparut. Cela se passa quelques années après la mésaventure de la famille Swifte.

    Quelques instants plus tard, une patrouille trouva le soldat sans connaissance, sa baïonnette fichée dans le bois de la porte. Il fut emmené, encore inconscient, à la salle de garde, où un médecin déclara qu’il n’était ni ivre ni endormi. Le matin suivant, ce fut justement Swifte qui l’interrogea . A plusieurs reprises, il raconta son étrange histoire et, au bout de trois jours, il mourut…

    Il y a quelque trois cents ans, la Tour renfermait une ménagerie royale, et parmi les animaux recensés il y avait un grand nombre d’ours. Comme il ne subsiste aucun compte rendu d’une quelconque autopsie du soldat, le fait qu’il soit mort trois jours après sa dramatique expérience pourrait laisser supposer qu’il était déjà malade sans le savoir, et que l’apparition n’était pas autre chose qu’une hallucination causée par sa maladie. D’autre part, des fantômes animaux ne sont pas inadmissible : ils apparaissent exactement comme dans la vie. Le fait que l’homme a perdu la plupart de ses instincts primitifs, tandis que les bêtes ont gardé le leur, peut aussi nous aider à comprendre leur rôle paranormal, inexpliqué jusqu’ici…

    Les histoires de chiens fantôme sont communes aux Etats-Unis, en Europe et dans plusieurs endroits d’Afrique. Chevaux, bétail et même moutons, à l’état d’ »esprits » ont leur place dans le folklore. Bien que, comme dans tous les contes populaires, les récits de leur apparitions aient, sans doute, été dénaturés dans la transmission orale au cours des siècles, quelques-uns d’entre eux gardent une étrange force de conviction.

    En 1908, la Société britannique de recherche psychique fit des enquêtes approfondies et complètes sur l’apparition de ce qui semblait être un porc fantôme dans le village de Hoe Benham, près de Newbury, dans le Berkshire.

    Voici les faits : le 2 décembre 1907, deux jeunes gens, nommé Oswald Pittman et Reginald Waud, étaient en train de peindre dans le jardin de leur maison, la villa Laburnum. A 10 heure du matin, Pittman se leva pour parler au laitier, et vit son amie Miss Clarissa Miles, qui montait le sentier. Elle venait rejoindre les deux hommes pour une séance de peinture. L’accompagnant comme son chien favori, il y avait un grand porc blanc, avec un groin d’une longueur anormale. Quand Pittman en parla à Waud, celui-ci lui demanda de dire à Miss Miles de laisser l’animal dehors et de fermer soigneusement la porte du jardin : Waud était un passionné de jardinage et il ne désirait nullement que cet animal allât lourdement errer au milieu de ses plantations.

    Cependant, quand la jeune fille parvint près d’eux, elle était seule et elle démentit toute connaissance de l’animal. Si une telle bête l’avait suivie, fit-elle remarquer, elle aurait sûrement entendu ses grognements… Néanmoins, elle et Pittman firent en sens inverse le chemin sur le sentier, interrogeant plusieurs enfants sur le parcours, leur demandant s’ils avaient vu un porc ce jour-là : aucun d’eux n’en avait aperçu.

    Le lendemain matin, le laitier, pressé par un Pittman énervé, signa une déclaration comme quoi il n’avait pas vu de porc, et il fit de plus remarquer que l’endroit était en quarantaine à cause de la fièvre porcine et que tout animal errant était abattu…

    Pittman et Waud vinrent à Londres pendant quelques mois. C’est là qu’ils eurent l’occasion de raconter l’étrange incident à un membre de la S.P.R.

    A leur retour en février à Hoe Benham, l’histoire de l’apparition à Pittman s’était largement répandue. Perdant leur réserve naturelle, les gens du village les inondèrent d’histoires de fantômes, antérieures au cochon de Pittman. Tous faisaient remonter ces apparitions au suicide d’un fermier du nom de Tommy Kinh, don’t la ferme était proche du sentier. La recherche dans les archives de la paroisse fit découvrir deux Tommy King, l’un mort en 1741 et l’autre en 1753, mais sans rien qui révélât lequel s’était suicidé. On dut se contenter du témoignage d’un vieillard , du nom de John Barrett : c’était en 1850, alors qu’il n’était que petit garçon.

    Tandis qu’il rentrait avec sept ou huit hommes sur une charrette de foin, la voiture longeait le sentier au cochon. Ce n’est pas un porc qu’il vit, mais une « chose blanche » qui apparut dans l’air. Tous les hommes l’avaient vues, et les chevaux aussi de toute évidence, car ils devinrent bizarres. La chose se mit à monter et descendre, et les chevaux à renâcler, jusqu’à ce que la voiture eût atteint le voisinage de la Ferme du Roi moment où la vision s’évanouit. En 1873, au même endroit, Barrett avait vu une créature, « comme un mouton », piétinant l’herbe de la sente. Il lui lança un coup de bâton, mais le mouton disparut avant que le bâton l’eût atteint.

    La sensibilité des animaux, en particulier chat et chien, au phénomènes paranormaux est presque un truisme. Le docteur Robert Morris, du Kentucky, parapsychologue qui employa des animaux comme « contrôles » de ses expériences dans les années soixante, a raconté ses recherches dans une maison hantée, dans une pièce de laquelle avait eu lieu une tragédie. Il se servit d’un chien, d’un chat, d’un rat et d’un serpent à sonnette.

    On y a fait pénétrer le chien de force. Il ressort aussitôt et refuse d’y rentrer. Le chat, qui est dans les bras de son maître, s’en échappe, lui saute sur les épaules, puis à terre, se dirigeant vers une chaise vide, autour de laquelle, pendant plusieurs minutes, il siffle, il crache, hérisse ses poils. Quand au serpent, il se met aussitôt en posture d’attaque, fixant la même chaise que le chat. Au bout de deux minutes, il avance lentement la tête vers une fenêtre, puis revient en arrière et se remet en posture d’alerte pendant quelques cinq minutes.

    Seul le rat n’eut aucune réaction. Les quatre animaux furent testés dans une autre pièce, un peu plus tard, et leur comportement fut normal.

    Dans le monde ténébreux des apparitions, personne, pas même le chercheur psychique le plus éminent, ne sait tout à fait quelle en est la cause. Ce que nous avons, c’est qu’elles ne se limitent pas aux êtres humains. Les fantômes aussi bien des animaux que des objets inanimés ont été enregistrés avec lucidité au fil des années, jusques et y compris l’âme d’un autobus de Londres…


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  • Les Empires perdus de l’Asie

    Les civilisations perdues laissaient derrière elle des traces passionnantes. L’histoire a montré que le processus d’extinction d’une civilisation est graduel pour peu que les populations concernées soient assez nombreuses. De plus, la tendance naturelle de l’homme face au désastre est de se raccrocher à sa maison et à ses biens le plus longtemps possible et de ne les abandonner que lorsqu’il n’existe plus d’autres solutions.

    Alors, pourquoi ces disparitions brutales ?

    L’invasion et la conquête sont les événement les plus susceptibles d’entrainer un exode brutal. Elles ont certainement joué un rôle dans la « disparition » du peuple d’Angkor, la capitale de l‘empire khmer d’Indochine, et ont également contribué à la ruine de la civilisation de l’Indus, qui se concentrait autour de Mohenjo-Daro et Harappa.

    La civilisation de l’Indus, extrêmement ancienne, est la moins conne. Elle remonte aux environs de 2 500 ans avent J.-C., ce qui la met, après la Mésopotamie, la Chine et l’Egypte, au rang des plus anciennes civilisations du monde. Elle a vu les débuts de l’agriculture dans la péninsule indienne.

    Comme les Khmers à Angkor, les peuples du bassin de l’Indus avaient organisé son existence et fondé son développement économique sur le système de drainage et d’irrigation élaboré. Les canaux d’irrigation et les retenues d’eau, comme les villes elles-mêmes étaient en briques. La dimension des briques était standard, non seulement à Mohenjo-Daro et Harappa, distants de 650 km, mais aussi en d’autres lieux le long des affluents du Gange à l’est, vers la côte méridionale de l’Inde. Cela montre bien la puissance et le rayonnement de cette civilisation. Les poids et mesures étaient aussi normalisés, indiquant qu’un gouvernement central avait juridiction sur ce vaste territoire.

    Il s’agissait d’une civilisation très raffinée. Elle possédait un système sanitaire complexe dans lequel chaque maison était raccordée à un réseau d’égout en briques. Ces deux cités sont, de toute évidence, l’oeuvre d’esprits ordonnés car elles sont bâties selon un plan quadrillé, les rues principales orientées nord-sud, les rues secondaires est-ouest. Le tour du potier était en usage et on y cultivait le coton.

    On a estimé à 35 000 habitants la populations de chacune des villes, ce qui met en évidence le haut niveau de développement de ces cités, fondé en partie sur le commerce, non seulement avec l’intérieur mais aussi l’extérieur.

    On a en effet retrouvé des traces du commerce pratiqué par les sociétés de l’Indus jusque dans le golfe Persique. Les voyages s’effectuaient probablement en logeant les côtes, mais l’entreprise atteste néanmoins du dynamisme et des qualités de marins de ces peuples. Les navires de commerce devaient relâcher dans le bassin de briques de Lothal, à 720 km au sud-est de Mohenjo-Daro, au fond du golfe de Cambay qui fait maintenant partie de l’Etat de Gujerat.

    Le bassin de Lothal était relié par un canal de 4 km à la rivière Narmada. Il faisait 23 mètres de long et 3 mètres de large. On a retrouvé à Lothal les pierres d’ancrage de grands bateaux, ainsi que des milliers de sceaux pour imprimer dans de l’argile : ils servaient, semble-t-il, a marquer les marchandises. Beaucoup de ruines, en particulier à Harappa, sont en très mauvais état et beaucoup d’autres restent encore à exhumer. L’écriture primitive doit être déchiffrée.

    La plupart de nos idées sur la civilisation de l’Indus ne sont donc que des hypothèses. Ceci inclut bien sûr les explications concernant sa fin. Des signes évidents indiquent que celle-ci survint soudainement à Mohenjo-Daro. Dans l’une des maisons, on a retrouvé treize squelettes d’hommes, de femmes et d’enfants, dont deux paraissent avoir été tué avec une hache ou une épée. Deux autres ont été découverts près d’un puits publics et trois autres encore dans une ruelle voisine. Neuf squelettes, dont ceux de cinq enfants, ont été retrouvés gisant dans des postures qui prouvent que la mort a été donnée avec violence.  

    Fait révélateur dans cette tragique histoire, les Aryens, que l’on tient le plus souvent pour responsables, possédaient des armes de bronze qui peuvent bien avoir causé les sévices dont on remarque les traces sur certains des squelettes. Les peuples de l’Indus n’avaient pas de métaux, ce qui leur donnait un énorme désavantage dans la bataille. Néanmoins, la supériorité des armes n’est pas toujours un facteur déterminant dans une guerre et d’autres traces archéologiques permettent de penser que les envahisseurs ont pris possession d’une cité déjà sur son déclin.

    Mohenjo-Daro et Harappa étaient pourvus de systèmes de défense : des citadelles très fortifiées surmontées de tours de guet. Cependant, certains savants sont convaincus que les quelques monuments moins bien conçus et moins bien réalisés suffisent à montrer qu’il y avait affaiblissement du gouvernement central et par conséquent de l’organisation de la défense. A cette époque, la civilisation de l’Indus a pu voir sa fin précipitée par le défrichement qui entraina à l’érosion et le dessèchement des sols.

    La cuisson des briques de construction des cités de l’Indus nécessitait beaucoup d’arbres pour alimenter les fours. Aux environs de 1750 avant J-C, après quelque 750 ans, il se peut bien que ce processus soit allé trop loin. Il est maintenant bien connu que réduire la quantité d’arbres au-dessous d’un certain niveau altère la fertilité des sols et, avec elle, la superficie des terres cultivables. Si cela s’est effectivement passé dans le bassin de l’Indus, ce ne sera ni la première ni la dernière fois que les êtres humains auront commis un suicide écologique.

    Une mauvaise gestion des ressources naturelles a pu jouer également un rôle dans la disparition mystérieuse de la société médiévale cambodgienne d’Angkor. Nous avons des indices beaucoup plus abondants et précis concernant Angkor, mais de nombreux mystères entourent encore sa chute.

    Fondée au IXe siècle, Angkor fût une puissance influente et fabuleusement riche pendant près de 600 ans. Ses ruines conservent encore la marque de la grandeur Khmère. Le temple d’Angkor Vat et ses énormes tours en forme de boutons de lotus émergent encore de la jungle pour stupéfier les visiteurs. Ses dimensions seules sont écrasantes : 1 500 mètres sur 1 200 mètres. Mais la beauté de ses terrasses et de ses pavillons, son fossé large de 60 mètres empli de nénuphars, de fleurs de lotus, d’orchidées sauvages et autres fleurs, ses bas-reliefs et ses sculptures, tout ceci abasourdit. Les vestiges de quelque 600 autres temples ont été retrouvés autour du temple principal et au fond de la jungle gisent les ruines de la capitale khmère, Angkor Thom, ceint d’un mur de 13 km.

    Plus dégradée qu’Angkor Vat qui fut entretenu par les moines bouddhistes errants depuis son abandon. Angkor Thom possède encore des merveilles : la grille d’entrée et la terrasse royale, une pléthore de magnifiques sculptures et la terrasse de l’Eléphant, sur laquelle est sculptée une procession d’éléphants longue de 400 mètres.

    Cependant, depuis l’époque où Henri Mouchot, naturaliste français, découvrit par hasard Angkor, en 1861, la cité fut abandonnée et négligée, reprise rapidement dans l’étau des broussailles et les racines énormes. Que lui est-il donc arrivé ?

    Une partie du processus historique est connue. Angkor est tombée aux mains des Siamois en 1431. Le siège d’Angkor dura sept mois et les destructions et meurtres perpétrés par les Siamois quand elle se rendit furent le dernier acte d’une longue série de coup portés par les voisins belliqueux des Khmers. Cependant, d’autres événements participèrent à sa chute et leur interaction affaiblit Angkor au point d’en faire une proie facile : les querelles sanguinaires entre les membres de la famille royale, une pénurie de riz, l’affaiblissement économique dû au manque d’entretient du système d’irrigation, les crues du Mékong, l’érosion et le dessèchement des sols, la trahison d’un certain nombre d’Etats vassaux de l’empire Khmer.

    Selon une théorie largement répandue, les Siamois revinrent à Angkor l’année suivante en 1432, pour se constituer un plus gros butin t trouvèrent la cité déserte. La population qui avait survécu après l’attaque de 1431, comptait environ un million de personnes, avait apparemment disparu dans la jungle environnante. Cette désertion est l’un des grands mystères sur lesquels se penchent encore ceux qui étudient l’histoire Khmère.

    Des recherches ont montré que les Khmers avaient l’habitude de quitter leurs villes quand elles ne leur convenaient plus. Les raison données pour l’abandon d’Angkor, en dehors de la crainte d’une nouvelle agression de la part des Siamois, font place à une épidémie, à une révolte d’esclaves, à l’impossibilité pour une économie ruinée d’entretenir une noblesse dépensière et des temples, à l’affaiblissement de la volonté entrainé par l’enseignement des doux et fatalistes prédicateurs bouddhistes.

    Ce n’était pourtant pas une mince affaire pour des milliers de personnes que de s’abandonner soudain à la jungle et aux animaux prédateurs qui la peuplent. Il n’était pas davantage facile à de bouddhistes fervents de commettre le sacrilège d’abandonner les temples de leurs dieux et leur profusion d’image religieuse. L’hypothèse avancée par John Audric est que ces obstacles religieux ont perdu de leur pouvoir avant même que le désespoir fût assez grand pour chasser les khmers d’Angkor.

    Selon Audric, l’abandon d’Angkor n’a pu se faire en une année. Il suggère que les Siamois ne sont pas revenus en 1432 mais beaucoup plus tard et que la famille royale Khmer est restée à Angkor avec les prêtres bouddhistes jusque vers 1433. Pendant ces deux années au moins, des efforts vigoureux auraient été fait pour réparer les épouvantables dommages causés par les Siamois au système d’irrigation. La culture sèche, le défrichage de la jungle pour la mise en culture permirent de réaliser un approvisionnement d’urgence en riz. Ces méthodes se révélèrent toutefois inadaptées et les problèmes d’Angkor se virent ensuite aggravés par les fléaux naturels – inondations dévastatrices, épidémie de malaria – et par un violent soulèvement parmi les esclaves. Bien que la rébellion fût maitrisée, le chaos qui en résulta et le désespoir étaient trop grands pour que la vie continuât à Angkor.

    Ce fut alors, soutient Audric, que les Khmers s’en allèrent, dans un premier temps à Bassac (Maintenant Laos) puis près de Phnom Penh, l’actuelle capitale du Cambodge. Ils construisirent un palais royal surmonté d’une tour en forme de cloche typique du sud-est asiatique, sur une montagne, où les Khmers bâtissaient traditionnellement des temples. Il est significatif que Phnom Penh date de 1434, alors qu’un roi nommé Pohea yat y installait sa capitale. Les arguments d’Audric paraissent fondés. Il semble qu’il y ait eu un bref retour du roi Khmer Baron Peachen II à Angkor au XVIIe siècle mais les Khmers s’en retournèrent bientôt à Phnom Penh.

    Les recherches futures pourront peut-être lever le mystère de l’abandon d’Angkor. Elles mettront peut-être en évidence que les fouilles n’on pas été aussi minutieuses que l’estiment généralement les savants. Peut-être quelques Khmers, en nombre très réduit, se sont-ils repliés en cet endroit après que les Siamois eurent achevé leur travail de destruction en 1431. Cependant, dans l’état actuel de notre savoir, l’énigme demeure.

      

     

     


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