• Dans ces trois longues nouvelles, les narrateurs doivent faire face à des obligations familiales : l'un a une nièce à garder, l'autre une tante à déménager, le dernier un père à supporter... Au départ, rien d'extraordinaire, en dehors de quelques patronymes inhabituels ou de quelques exigences étonnantes... Pourtant, subtilement et sans effet théâtral, le récit glisse vers un fantastique absurde et poétique, qui doit plus au merveilleux qu'à l'horreur.   

    A l'instar de celui de Matheson, le fantastique de Pierre Stolze plonge en effet ses racines dans le quotidien le plus banal. Mais alors que Matheson distille angoisse et terreur, le climat est ici à l'ironie et à l'optimisme... Bourrées de références littéraires ou cinématographiques, ces nouvelles prennent des allures d'allégories, mais avec malice et bonne humeur, grâce et légèreté. 

    Un immeuble semble contenir l'univers, un dragon s'envole pour un destin inconnu... Pierre Stolze n'explique guère, et le lecteur devra donc se débrouiller seul pour chercher un sens à ces images fortes et mystérieuses. L’intrigante nouvelles qui donne son titre au recueil nous mène vers un phénomène physique inexplicable qui prend une ampleur impossible et qui cesse... brusquement. En effet, autour de la Maison Usher ne cesse de s'étendre un trou immense et improbable, un ravin aux profondeurs bientôt insondables qui menace d'engloutir l'antique demeure. Fils du propriétaire des lieux, Rodrigue n'y voit qu'un moyen pour son insupportable géniteur de se rendre intéressant. Il sera pourtant bien obligé de se réconcilier avec lui pour éviter la chute de la Maison Usher. 

    Dans ces trois récits, Pierre Stolze œuvre dans un registre devenu fort rare : un fantastique jovial, le genre de fantastique qu'on n'a guère de chance de lire dans la plupart des collections. L'intérêt de ces trois contes doit également beaucoup à l'écriture de l'auteur, qui manie comme personne et avec un appétit vorace le procédé d'accumulation, sans jamais lasser le lecteur. Il fait montre d'une telle gourmandise narrative, et ses personnages sont pour la plupart tellement extravagants, que l'on ne peut suivre qu'avec délectation leurs pérégrinations.  


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  • Vatnek, neuvième calife des abbassides, vivant à Samarah, reçoit deux sabres portant une inscription stipulant qu'ils sont destinés au souverain le plus puissant. D'abord honoré, le calife tombe vite malade, les inscriptions se transforment pour mettre en garde contre la recherche des secrets impies. Un homme lui propose alors un remède sous la forme d'un pacte : s'il abjure sa foi, il aura accès au palais souterrain empli de trésors sous la coupe du terrifiant Elbis, le prince des enfer

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    Par bien des côtés, à la lecture de ce court roman, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser aux contes des mille et une nuit dans un Orient plein de magie ou se côtoient beauté et horreur.

    Vathek est un roman hybride qui refuse toute classification. Composé de différents genres d'écriture de la fin du XVIIIè siècle, sa souplesse et son unicité font de lui un texte au potentiel étrange. Vathek est un conte oriental, un récit embelli d'une figure historique et une fable morale. Peut-être mieux comme une oeuvre fantastique, il combine différents sous-genre du fantastique. Le sous-genre prédominant est le gothique. 

    On pourrait dire que des éléments du genre oriental et de l'écriture gothique se chevauche : par exemple, les génies monstrueux et menaçant trouvé dans Les Mille et une nuits, sont des figures surnaturelles que l'on trouve dans l'écriture gothique. 

    Beckford a écrit à l'origine Vathek en français car le conte oriental était considéré au 18è siècle comme un genre français. Il a ensuite fait appel à un instituteur, Samuel Henley, pour l'aider à traduire le roman en anglais. Henley non seulement publia sa traduction sans autorisation mais supprima même toute mention de Beckford, affirmant qu'il avait traduit l'histoire à partir d'un ancien manuscrit arabe. Irrité par la trahison de Henley, Beckford révisa le texte et publia en 1816 une nouvelle édition anglaise de Vathek.  


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  • Trois jeunes américains (hommes), poussés par la curiosité et la recherche d'aventures qu'ils imaginent romanesques, entament l'exploration d'un pays totalement isolé, uniquement peuplé de femmes. 

    Ils vont découvrir un monde idéal, ignorant les conflits et la guerre, construit par les femmes qui peuvent simplement être elles-mêmes, libérées qu'elle sont des contraintes du patriarcat. Donnant à leur tour naissance par parthénogenèse, uniquement à des petites-filles, elles sont à la fois de très bonnes mères pour tous ces enfants et des femmes libre de développer tous leur talents physiques, pratiques, intellectuels ou spirituels.

    Devant leur principes doucement mais fermement contestés, nos trois aventuriers vont évoluer chacun à leur manière.

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    Hertland est une utopie féministe dans le premier sens du terme  il s'agit d'un non-lieu, d'un lieu qui n'existe et n'existera pas, peuplé de femmes dont la constitution physique et psychologique est exceptionnelle. C'est un rêve à atteindre, un lieu qui ne peut qu'inspirer le reste du monde comme il inspire, au final, les trois aventuriers qui le découvre. Hertland tient beaucoup plus des Utopies comme celle de Thomas More que des récits de sciences-fiction dans lesquels les femmes prennent le pouvoir ou sont les seules survivantes sur Terre.

    Loin des classiques Amazones, si souvent dépeintes, ces femmes ont bâti une société utopique, sans conflits, solidaire, et exploitant son territoire de manière raisonnée et raisonnable.

    D'abord assuré de leur supériorité, à la fois physique, intellectuelle et culturelle, les trois hommes reçoivent bientôt une grande leçon de modestie devant le fonctionnement impeccable de cette société débarrassée de la violence, qui ne connait ni la guerre, ni la maladie, ni la souffrance. Jeff et Van apprécient de plus en plus les qualités de cet étrange pays, remarquablement civilisé et éclairé, aspirant toujours au progrès et à l'accroissement des connaissances.

    Sans malice ni mauvaises intentions, l'esprit critique des habitants de Herland et leur logiques imparable pousse peu à peu le narrateur à reconsidérer ses certitudes. Lui, qui avait toujours été fier de son pays, se trouve troublé par ce mode de vie et cette société fonctionnant sur des principes si éloignés de ceux qu'il connait.

    Ce roman de Charlotte Perkins Gilman écrit en 1915 et paru en feuilleton ne fut publié en livre qu'en 1979. Un roman qu'il faut redécouvrir de toute urgence. 


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    Dan B Davis est un ingénieur de génie et il se trouve dans une situation désespérée. Après avoir avec passion passé des mois à la conception d'un robot à tout faire, qui risque de révolutionner la vie de tous les concitoyens, il se voit mis à la porte de sa propre entreprise du fait de la duperie de sa fiancée et de son meilleur ami, à l'origine du projet. Il compte se faire hiberner avec son chat Petronius pendant trente ans pour vivre une autre époque loin de tous ses tracas actuels. Fuyant dans le futur, Davis va se trouver placé dans une série de situations tour à tour cocasses, tendres, naïves ou inconfortables. 

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    Pétronius est ce chat qui, en hivers, disposant d'une chatière, plutôt que de l'emprunter et de sortir dans la neige, préfère se planter tour à tour devant les onze portes de la maison, attendant qu'on lui ouvre celle qui donne sur l'été. En fait ne cherchons nous pas tous cette fameuse porte qui s'ouvre sur l'été ?

    Ainsi, Ainsi, après un sommeil de plusieurs années, notre héros se réveille et doit se réintégrer dans une société qui ne l'a pas attendu. Que sont devenus ses amis et ses ennemis ? Comment va-t-il retrouver un travail ? Heinlein ne choisit pas de munir son personnage d'un compte en banque dodu où il n'aurait qu'à puiser à son réveil. C'est plutôt le contraire, l'ingénierie a changé et la société a évolué de façon imprévue. Dès lors, il est presque impossible à Davis de s'en sortir et il ne doit son salut qu'à son ingéniosité et à son travail. On comprend donc que les éléments de science-fiction pure et ceux de la réalité telle que nous la connaissons s'unissent pour former un tout vivant, aussi satisfaisant pour l'esprit que pour le cœur. En effet, tous les protagonistes sont palpables. Leur sort n'est pas indifférent au lecteur qui passe de l'inquiétude à la jubilation, de l'incertitude à l'espoir, bref de la simple lecture à la vie dans une aventure enivrante.

    Variation sophistiquée sur le thème du voyage dans le temps, ce roman particulièrement bien construit de Heinlein est un vrai bonheur de lecture. L'auteur évite en effet tous les clichés du genre et nous fait sourire à maintes reprises. De plus, les idées s'agencent comme un jeu de cubes pour édifier une histoire cohérente, alors que l'on pourrait facilement basculer dans le ridicule 

    Robert Heinlein fait partie de ces romanciers qui ont exploré à peu près tous les genres de la science fiction. Avec " Une porte sur l'été ", il nous donne un aperçu de son talent dans le domaine prospectif, il imagine le début du XXIè siècle. Il donne libre court à son imagination concernant les futures amélioration concernant les futures améliorations technologique du XXè siècle.

    Ecrit en 1957,c'est avec flair qu'il pense à l'automatisation robotisée des tâches répétitives. Sa table à tracer est en effet un concept qui sera développé effectivement. Quant au robot ménager, même s'il n'est pas aussi autonome et indépendant qu'il imagine, le XXè siècle en a connu des progrès technologiques qui soulagent en partie la ménagère aujourd’hui. On lui pardonnera sans peine les quelques fausse prédictions technologique que n'aurions pas imaginé il y a à peine une vingtaine d'années.  

    Heinlein arrive également à aborder l'aspect hibernation, et par extension le voyage dans le temps, thème qu'il va développer avec brio dans la dernière partie qui s'oriente complètement dans cette optique, et qu'il arrive à mettre en place à la perfection. Et de l découle la réflexion sur le paradoxe temporel.

    Rappelons que Heinlein a été considéré aux USA comme le meilleur auteur de science-fiction de son époque. Un excellent raconteur d'histoire. 

     


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  • Umberto Eco - Le nom de la Rose

    En 1327,l'ex-inquisiteur Guillaume de Baskerville se rend dans une abbaye bénédictine, située entre la Provence et la Ligurie, accompagné par son novice Adso qui est le narrateur de l'intrigue. Dans un climat de conflit théologique entre les franciscains et l'autorité pontificale au sujet de la pauvreté du Christ – l'ancien inquisiteur doit reprendre sa charge à la demande de l'abbé, à la suite de la mort suspecte d'un des moines. Rapidement, ce que beaucoup semblaient considérer comme un suicide prend des allures de plus en plus inquiétantes. Lorsque l'inquisiteur dominicain Bernardo Gui se rend à l'abbaye à la demande du pape, et commence à se mêler à l'enquête, cela est loin d'arranger les choses.

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    Umberto Eco - Le nom de la Rose

     

    Pour son premier roman, Umberto Eco nous livre une fresque moyenâgeuse extraordinaire tout en jouant sur de nombreux tableaux : historique, philosophique, policier et romanesque qui forment une imposante fistion, étourdissante de démesure et d'érudition. A côté d'une intrigue digne des meilleurs romans policiers, Umberto Eco, possédant une culture phénoménale, a su parfaitement intégrer à son récit les éléments historiques et religieux afin de bâtir un gigantesque monument littéraire.

    Guillaume de Baskerville rappelle bien sûr l'oeuvre de Conan Doyle " Les chiens de Baskerville", le moine franciscain endossant le rôle du génial enquêteur Sherlock Holmes, accompagné d'un Watson qui prend les traits du jeune disciple Adso de Melk. Le gardien au savoir encyclopédique de la colossale bibliothèque se nomme quant à lui Jorge de Burgos... un hommage non déguisé à Jorge Luis Borges dont la fantastique érudition et ses œuvres ont pour beaucoup inspiré Umberto Eco dans la rédaction du roman. La bibliothèque construite en un étourdissant lbyrinthe, est elle aussi directement inspirée d'une nouvelle de Borges " La bibliothèque de Babel ", tout comme les multiples références sur les œuvres sacrées et leur impact dans l'inconscient collectif. Cette bibliothèque, élément central du roman, renferme tous les savoirs de l'humanité.

     

     Le Nom de la rose est une histoire en sept chapitres, chiffre symbolique qui représente le nombre de jours et d'étapes de l'enquête ainsi que le nombre approximatif de morts.
    C'est l'occasion pour le romancier de nous raconter par le menu les débats théologiques, l’Inquisition ou encore les conflits de l'époque entre autorités religieuses et civiles.

    Ce roman est, à lui seul une véritable bibliothèque, d'où son grand succès universel. Il a su réjouir un public varié. Il est rare de trouver une oeuvre littéraire aussi aboutie que " Le nom de la rose "


    Un roman d'une rare érudition à la "Eco".
    A lire.

    Umberto Eco - Le nom de la Rose


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