• Sans l'ombre d'un doute, celui qui, houppelande noire en bataille et crinière au vent, nez pincé par un lorgnon et tête perdue dans ses pensées, circulait par les rue de la Cité de Londres, en se heurtant à des passants qu'il n'avait pas vus venir, était le plus singulier et paradoxal esprit que le royaume-Uni ait jamais vu naître.

    Il s'appelait Gilbert Keith Chesterton et il était né le 29 mai 1874 à Londres, d'un père agent immobilier et d'une mère écossaise d'ascendance franco-suisse. En 1892, il s'inscrit à l'université de Londres, tout en prenant des cours de peinture : plus tard, il illustrera plusieurs de ses ouvrages ainsi que quelques œuvres de ses amis. 

    Ayant fait la connaissance d'Ernest Hodder William, le futur directeur de la célèbre maison d'éditions Hodder & Stoughton, il devient l'un des critique littéraire du mensuel The Bookman. A peine âgé de 20 ans, il est déjà connu comme critique et journaliste. En 1899 et 1900, il publie ses deux premiers recueils de poésies. 

    Pour lors, il est trop engagé dans de violentes polémiques pour songer à faire une oeuvre romanesque. En effet, pendant la guerre d'Afrique du Sud, il a violemment pris le parti des Boers. De même, il s'engage tout aussi rudement dans une série de controverses philosophiques et religieuses qui seront recueillies en 1905, dans Hérétiques. Il trouve cependant le temps d'écrire quelques essais de critique littéraire sur Stevenson, Browing, Dickens et Blake.

    En 1904, il publie son premier roman, Napoléon de Notting Hill, bientôt suivi de son chef-d'oeuvre : Le Dénommé Jeudi (1908), une oeuvre à l'image de son auteur, inclassable et complètement débridée. C'est un prodigieux livre fantastique, un extravaguant ballet mystificateur où se croisent policiers et anarchistes sans qu'il soit possible de les distinguer les uns des autres, tandis que le christianisme est présenté comme le comble de la facétie et de la fantaisie, ou comme une promesse joyeuse jetée dans l'absurdité du monde.

    C'est aussi un roman policier métaphysique dont Pierre Klosswski définit ainsi le thème majeur : " Une force mystérieuse souveraine se refuse à toute identification jusqu'à celle du nom absolu, tandis qu'elle se prête aux quiproquos les plus espiègles et les plus absurdes dès que l'ordre quotidien, qui, en fait, la renie essentiellement, cherche à se l'assimiler "

    Journaliste paradoxal, car davantage soucieux des ombres portées par les faits qu'il analyse que de leur incidence immédiate, poète indiscipliné, mais soucieux de la liberté que procure la scrupuleuse observance des règles de la versification, essayiste et biographe plus enclin à disserter sur ce qui le concerne que sur l'auteur qu'il a décidé d'analyser, polémiste et pamphlétaire acharné, toujours prêt à brandir la plume quand il s'agit d'être le seul à défendre ou à attaquer une opinion, romancier de l'absurde et du non-sens qui porte les idées et les lieux communs à leur ultime niveau d'absurdité, anarchiste ou réactionnaire, quand ce n'est pas les deux à la fois, pour ceux à qui ses idées donnent le vertige et qu'il fait doucement frémir en jouant les casuistes libertins, épouvantail dressé face au trop convenable héritage victorien qui brandit le drapeau blanc et noir de la révolte de l'esprit, Gilbert Keith Chesterton incarne bien l'irréductible liberté poétique et philosophique de la pensée qui vagabonde, de celle qui proclame bien haut que le chemin le plus court d'une pensée à une autre est la ligne brisée. Tel sera le chemin qu'il suivra jusqu'au bout, démontrant que les voies de l'esprit sont aussi impénétrables que celles du Seigneur.

    En 1911, Chesterton publie La Sagesse du Père Brown, dont le thomisme achève de le brouiller avec ses amis libéraux et protestants, qui lui reprochaient déjà son roman La Sphère et la Croix et son essais Ce qui cloche dans le monde. La rupture sera consommée et irrévocable lors de la déclaration de guerre, quand il prendra violemment à partie l'Allemagne luthérienne et l'Angleterre protestante dans ses Crimes de l'Angleterre

    Dès lors, sa voie est toute tracée : en 1922, il parachève son personnage en se convertissant au catholicisme, ce qui étonne nombre de ses lecteurs attentifs, qui le croyaient attaché depuis toujours à l'Eglise romaine... Auteur comblé et respecté, il s'éteindra le 14 juin 1936 dans le sein de cette Eglise qui ne pouvait s'empêcher de penser qu'il était le plus hétérodoxe des orthodoxes.

    Près d'un demi siècle après sa disparition, l'oeuvre romanesque de Chesterton, policière ou fantastique, s'impose comme l'une des plus étranges qui soient : si quelques-uns de ses essais ou de ses pamphlets ont vieilli, ses romans les plus réussis : L'Auberge volante - Supervivant - Le Poète et les Lunatiques nous montrent combien notre logique n'est qu'une interprétation et qu'une lecture d'un univers qui pourrait bien en avoir d'autres, et qu'elle sert surtout à accréditer nos croyances invérifiables.

    Le catholicisme de Chesterton n'en fait pas pour autant un dogmatisme, bien au contraire : il lui permet de développer une vision magique du monde, qui s'appuie sur un christianisme aussi mystique que mythique, et qui, finalement, sent le soufre.

    Avec Le Dénommé Jeudi, Chesterton nous plonge dans les abîmes sans fond de la métaphysique et de la casuistique, en nous entraînant dans un ballet de mots, d'idées et de pensées qui donne le vertige. Pris par cette folle sarabande qui le mène aux limites de la déraison, là où s'abolit le rire, le lecteur ne peut que se demander s'il est la proie du plus humoristique des cauchemars ou du plus sinistre des rêves. A cela, Chesterton ne peut que répondre : " Pouvez-vous boire à la coupe où je bois ? "

    A sa manière, le très catholique Chesterton rejoint l'hérésie. N'est-ce pas le meilleur gage de sa foi ? L'assurance que ce " fou de Dieu " possède la clé d'or ? Celle qui ouvre les portes de la nature et du cosmos, celle d'un monde où un Christ anarchiste danse au son de la flûte du Grand Pan, avec lequel il finit par se confondre... 

     

     

     


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    Aux temps anciens, les fées peuplaient les îles de la mer. En ce temps-là, la mer était douce et l'on pouvait la boire comme l'eau des fontaines. Sous les vagues vivaient des créatures merveilleuses. Sur les lointains rivages où les marin bretons dirigeaient leurs vaisseaux, ils rencontraient parfois des géants redoutables.

    Si vous ne craignez ni sorcière ni diable, suivez la mer cruelle. Vous rencontrerez des damnés et leurs vaisseaux fantômes, des amoureux maudits qui trinque avec les matelots, des rats qui tuent... "Le diable commande à la mer " disent les marins ; mais souvent le démon perd la partie et les flibustiers n'ont pas de place au paradis.

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    Des contes retrouvés par Irène Frain à la Bibliothèque de France et retranscrit dans ce recueil pour notre plus grand bonheur.

    Les contes sont la mémoire de l'humanité et ceux-ci reflètent le combat incessant du bien et du mal. Ils nous emporte dans les mers du globe aussi mystérieuses que dangereuses. Les êtres maléfiques qui peuple ces mers, s'ingénient à persécuter ces pauvres marins qui ne demande que de retrouver leur foyer après une longue traversée. D'autres marins, font des pactes avec le diables et autres créatures maléfiques.

    La mer est belle quand elle vous porte loin mais elle peut être terrifiante lorsque vous dévié de votre chemin ou que vous faites de mauvaise rencontre. Voyez les vaisseaux fantômes qui voguent sans équipage. Leur histoire doit être terrible.

    Géants sourcilleux, îles dérivantes, vaisseaux fantômes, sirènes et fées, seigneurs du Vent, royaumes sous-marins, châteaux inquiétant, terres ensorcelées et capitaines maudits : le Navire de l'homme triste rassemble 28 contes marins a savourer sans modération...  

    L'idée de ce recueil de contes bretons et marin est intéressante, d'autant plus que les contes sont accompagné d'une notice expliquant leur origines. 

     


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  • Christian Jacq - L'Affaire Toutankhamon

    Christian Jacq nous conte la découverte de la tombe de Toutankhamon par le chercheur Howard Carter en 1922. On le suis de ses débuts où simple dessinateur recruté pour reproduire des fresques anciennes, il découvre avec émerveillement l'Egypte ancienne et la vallée des rois et décide de consacrer sa vie à découvrir tous ses mystères.

    Aidé par Lord Carnavon, il lui faudra se battre contre l'administration égyptienne et contre les pontes de l'archéologie de l'époque pour imposé son idée selon laquelle il reste une tombe à découvrir au sein de la vallée des rois.

    Ce combat lui prendra toute sa vie jusqu'à ce qu'il découvre enfin la seule tombe inviolée de toute la vallée, celle de Toutankhamon l'un des pharaons les plus connus de nos jours mais qu'à l'époque on considérait comme sans importance puisqu'on ne trouvait quasiment rien le concernant.

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    Christian Jacq - L'Affaire Toutankhamon

     

     

    Après la vie romancée des pharaons égyptiens, Christian Jacq relate ici la vraie vie de l'égyptologue qui a mis à jour le plus célèbre des tombeaux pharaoniques, celui de Toutankhamon : et c'est une aventure passionnante que l'on découvre au fil des pages, celle de ses découvreurs qui l'on tiré des sables de la Vallée des Rois.

    Il est vraiment très intéressant de découvrir les pratiques archéologiques de l'époque, les connaissances des égyptologues et leur méthodologie, parfois appuyée par la superstition. En effet, comme les fouilles se révèlent infructueuses, Lord Carnavon fait appel à des voyants pour localiser la sépulture et débloquer ainsi la situation. Tout ceci en vain, bien évidemment.

    Un livre passionnant qui nous permet de suivre toutes les étapes d'une fouille archéologique, où différents spécialistes et chercheurs aux domaines variés sont nécessaires pour la mener à bien. L'oeuvre d'une vie émaillée de difficultés presque insurmontables, de jalousie de la part de confrères, de mesquinerie de la part des autorités... Une quête qui a duré un demi-siècle. Cette recherche extraordinaire a été toute la vie de Howard Carter.

    Christian Jacq - L'Affaire Toutankhamon

    Pour ne rien gâcher, les descriptions de l'auteur sur la Vallée des Rois sont joliment évocatrices et dépeignent à merveilles l'engouement et l'émerveillement que l'on peut ressentir à contempler un tel décor.

    Ce roman au style fluide et envoûtant propre à Christian Jacq se lit aisément et devrait faire l'unanimité parmi les passionnés d'histoire et de tous ceux qui se sente attiré par l'Egypte ancienne.


    Une histoire qui nous tient en haleine d'un bout à l'autre, celle d'une découverte qui n'a pas finie de faire parler d'elle.

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    Christian Jacq - L'Affaire Toutankhamon

      


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    Le XXIIIe siècle...Imaginez 25 hommes et 25 femmes embarqués à bord du plus extraordinaire des vaisseaux spatiaux, le Leonora Christina, une nef capable de puiser son énergie au cœur même de l'espace et de se déplacer aux frontières de la vitesse de la lumière. Sa destination : une étoile située à environ 30 années-lumière de la Terre. 

    Si, du point de vue terrestre, le voyage durera 33 ans, du fait de la dilatation temporelle liée aux vitesses relativistes atteintes, pour les membres d'équipage, le périple ne prendra que 5 années. Oui. Sauf que lors de la première partie du voyage, le système de décélération du vaisseau est gravement endommagé par un nuage de poussières interstellaires. Incapable de décélérer, le Leonora Christina se trouve condamné à une fuite en avant terrifiante, une plongée vers l'inexorable, la vitesse de la lumière, le Tau Zéro. Dès lors, ce ne sont plus les secondes qui s'écoulent en un clin d’œil, mais les siècles, les millénaires, les éons, bientôt, alors que le vaisseau traverse les galaxies et s'enfonce toujours plus avant, au cœur de l'univers...

    Au-delà du temps et de l'espace, est-il encore seulement possible d'envisager le moindre retour ? 

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    Tau Zéro est un roman majeur du paysage de la science-fiction. Il est considéré par David Pringle comme l'un des cent livres de SF les plus importants jamais écrits et par James Blish comme un récit de science-fiction " ultime ". Tau Zéro est une référence incontestée de la hard SF moderne.

    Poul Anderson met magnifiquement en scène de nombreuses théories scientifiques et faits avérés.
    Théorie de la relativité, effet Doppler, facteur de Lorentz, Big Crush, Collecteur Bussard... les grandes idées de l'époque et d'autres plus anciennes y sont développées avec efficacité.

    On a une terrible envie de savoir ce qu'il va arriver à tous ces passagers et comment leur voyage en accélération constante va bien pouvoir se solder. Le reste devient accessoire tant le côté scientifique du récit est prépondérant et surtout bien mené.

    Poul Anderson est parti d'une trame classique : le vaisseau lancé dans l'espace, sans contrôle, porteur des derniers survivants de l'espèce humaine. On pense bien entendu à Croisière sans escale de Brian Aldiss. Son originalité tient de la volonté d'être plausible, tant dans la peinture du groupe et de ses réactions qu'au niveau de la crédibilité scientifique des hypothèses qui sont à la base de ce roman.

    Tau Zéro n'a été publié en France que quarante ans après sa sortie américaine. Un oubli incompréhensible heureusement comblée et orchestrée par Jean-Daniel Brèque, l'un des plus grand spécialiste français de Poul Anderson qui nous livre ici une traduction impeccable et illustrée par une postface limpide de l'astrophysicien Roland Lehoucp qui vient nous éclairer sur certains point scientifiques mis en scène par Poul Anderson  

    Ce livre est une ode au voyage et à la beauté de la science. 

     


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  • Poul Anderson nous emmène au Danemark, à l'époque du Haut Moyen-Âge et s'il s'inspire de l'histoire, des écrits et des mythes il se permet quelques largesses qu'il aborde en avant-propos. Une saga particulièrement haletante autour du plus grand prince Danois, Hrolf Kraki . Tenez fermement votre bouclier et raffermissez votre esprit, apprêtez-vous à recevoir de plein fouet une époque sauvage au pas de charge !

    Il est l'héritier des ténèbres.
    Son père est mort dans un odieux complot. Son grand-père a péri de la main même de son propre frère...
    Il est le fils du pouvoir. Dans ses veines coule le sang des Skjodumg, souverains d'un Danemark impitoyable et sauvage. Il est Hrolf Kraki, le plus grand prince danois du Haut Moyen Âge, né d'un amour incestueux, en guerre pour accéder au trône. Voici le récit d'une époque où régnait la magie des runes, où les êtres surnaturels marchaient aux côtés des hommes, où l'Histoire s'appelait Destinée et avait pour couleur celle du sang versé.

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    Poul Anderson - La saga de Hrolf Kraki

    Poul Anderson s'est donné pour objectif de nous conter la saga de Hrolf, roi légendaire du Danemark au VIème siècle et de retranscrire cette saga typiquement nordique en un roman capable de " concilier le plaisir de lecture et la fidélité aux modèles originaux ". Pour le plaisir, il prend quelques libertés en confiant la narration à une femme scandinave du Xème siècle, afin d'adoucir le style habituellement laconique des saga, d'y ajouter plus de sensibilité voire quelques anachronismes et surtout d'y introduire l'élément surnaturel dont les mythes se parent au cours des siècles.

    La saga de Hrolf Kraki ne doit rien en effet à Tolkien, pas plus qu'à Howard. Hrolf est un simple roi, puissant certes, mais rien d'un surhomme quasi invincible qu'est Conan. Sa place dans la saga est d'ailleurs assez mineurs : il ne naît qu'à la page 102 et même ensuite, les exploits de ses compagnons ou d'autres protagonistes surpassent souvent les siens.

    Voici un roman qui nous donne une pure jouissance de lecture, rendue disponible par une traduction remarquable qui parvient à préserver le rythme des chants, mais aussi la modernité du style Anderson.

    Poul Anderson - La saga de Hrolf Kraki

    Poul Anderson a ce talent d'émerveiller avec un soupçon de fantasy et de charmer les curieux des légendes scandinaves.Sa version de la saga de Hrolf Kraki, des plus convaincantes, est une ravissante découverte pour ceux dont les contrées des Pays du Nord sont inconnues ou qui d'ordinaire aime à vivre les légendes des contrées de Grande-Bretagne.

    La magie, les sorcières et les dieux sont omniprésents, imprégnant l’ambiance de vie de ces être d'un passé révolu mais qu'on touche ici du doigts avec une force impressionnante grâce à un auteur de grand talent.

    Pour Anderson nous offre une saga pleine de poésie ou les mots chantent à nos oreilles. Nul besoin d'aimer la fantasy pour apprécier ce livre qu'il faut (re)découvrir de toute urgence pour tous les amateurs du genre et ceux qui hésitent à franchir le pas. N'ayez pas peur. Ouvrez ce livre, lisez-e les premières pages et vous ne le lâcherez plus. 


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