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    Pour le Moyen-Âge, les défunts poursuivent une autre vie dans un au-delà qui reçoit diverses formes et qui, la plupart du temp, reste proche de notre monde. Ils se manifestent sous la forme de fantômes et de revenants. Les textes fourmillent littéralement d'histoire sur eux... Précisons d'emblée qu'il ne faut pas confondre ces deux types de trépassés, erreur commise par nos lointains ancêtres qui ne faisaient pas vraiment la différence entre eux. 

    Le mutisme des fantômes est normal pour Cicéron qui s'étonne qu'on leur prête la parole, " comme s'il était possible de parler sans langue, sans palais, sans que fonctionne les organes de la gorge, de la poitrine, des poumons ". 
    A la fin du XVè siècle, l'Anonyme de Byland note qu'un revenant " formait ses mots dans ses entrailles et ne parlait pas en utilisant sa langue "

    Au XIIIè siècle,un comte procure à un défunt une sépulture décente ; celui-ci l'aide à gagner la main d'une dame et, lorsque le comte veut lui serrer la main, il ne saisit que du vide. Le clerc anglais  Gautier Map a avancé une explication de ce type de phénomène : " A propos d'une hallucination, c'est-à-dire d'une apparition furtive, on parle de fantôme " ; ce sont en fait les démons qui créent d'eux-mêmes ces apparences, ajoute-t-il.
    Parlant d'un fantôme, Guillaume de Newbury note : " Il sortait la nuit de sa sépulture, à l'instigation de Satan, comme on le croit. " Pour les Chrétiens, les apparitions sont toujours de nature diabolique ; ce sont des fantasmagories, des illusions.

    Ekkehart de Saint-Gall évoque dans sa Chronique une apparition singulière qui eut lieu en 1125 : les sentinelles d'un château de Saxe virent un homme sortir du mur de la forteresse ; son corps brûlait comme une torche. Pour les clercs, il ne peut s'agir que de damnés, comme le confirme un exemplum composé entre 1180 et 1200 : deux clercs s'adonnent à la nécromancie ; l'un trépasse après avoir promis de se montrer trente jours après son décès. A la date indiquée, il apparaît enveloppé dans un manteau et accompagné de démons. Il sort la main de son manteau : elle brûle et des gouttes incandescentes en tombent.

    Tous ces morts qui ne trouvent pas le repos font connaitre leur présence par des bruits. Thietmar de Mesebourg relate dans sa Chronique un fait étonnant : le vendredi 1 décembre, au premier chant du coq, une lumière jaillit de l'église de Rottmersleben et on entend un fort grognement, ce qui annonce la mort de Liudgard, une cousine de l'auteur qui déclare : " Un jour, moi et mon compagnon entendîmes des morts parler entre eux " Pour Thietmar, ces bruits annoncent un décès pour l lendemain, cela ne fait aucun doute. Un mauvais aumônier hantait les alentours du monastère de Melrose en poussant " des grognements effrayants ".

     Parfois les apparitions s'accompagnent de cris, de tintements, de coups sourds, comme dans l'histoire de la maison hantée d’Athènes que rapporte déjà Pline le Jeune dans une lettre à Lucinius Surra : un fantôme a prit possession des lieux car il a été enterré dans la cour et ne trouve pas le repos ; il se montre enchaîné. Vers 1115, Guilbert de Nogent nous dit avoir entendu, une nuit d'hiver, " un bruit de voix proches et nombreuses " qui précède de peu l'apparition d'un défunt. L'immense majorité des témoignages nous apprennent, lorsqu'ils précisent les faits que les bruis sont d'abord dus à des morts relevant de la catégorie des âmes en peine ou des âmes du purgatoire, dans une optique chrétienne.

    Constance de Lyon rédige la Vie de saint Germain vers 475 - 480 et rapporte un épisode étonnant de vie du saint : avec ses compagnons, alors qu'il passait la nuit dans une maison hantée et isolée, " apparut soudain un hideux fantôme tandis qu'une grêle de pierres s'abattait sur les murs de l'édifice ", ce qui apparente ce mort à un poltergeist. Conjuré par saint Germain, le " hideux fantôme " parle, révèle ses crimes et demande une sépulture. Depuis le petit traité de saint Augustin sur Les Soins à donner aux morts, écrit entre 422 et 424, la notion de sépulture chrétienne est en effet étroitement liée aux apparitions. Plus païenne est la notion des défuns n'ayat pas reçu la sépulture rituelle.

    Dans les Loisirs impériaux, Gervais de Tilbury nous raconte qu'un défunt se montra à une jeune fille de Beaucaire en 1211 ; répondant au nom de Guillaume, il apparut trois ou cinq jours après son décès à celle qu'il avait aimée, et elle seule le voyait.

    Parfois les morts se regroupent : " En petite Bretagne on vit des proies nocturnes et des chevaliers les conduisant qui passaient toujours en silence. La troupe et les phalanges allant de nuit, que l'on appelait d'Herlethingus, assez célèbres en Angleterre, apparurent jusqu'à l'époque de notre roi Henri II " nous confie Gautier Map. Cette cohorte fantôme fut par la suite interprétée comme un purgatoire itinérant et trouva place chez de nombreux auteurs de l'Occident médiéval.

    Les défunts apparaissent aussi dans les rêves. " Une nuit, la jeune Herdis rêva qu'une femme venait à elle, rapporte la Saga des habitants du Val au Saumon ; elle portait un manteau de laine et un linge recouvrait sa tête. "
    L'apparition délivre un message ; on arrache le plancher et on trouve des ossements noirs et inquiétants d'une sorcière, un bel exemple de ce que l'on appelle " l'influence des restes ". L'empreinte chrétienne est très forte dans les histoires de fantômes. La grande leçon des textes est que le péché est toujours puni mais que les vivants peuvent secourir les morts par des suffrages. Le poète Michel Behain illustre même le danger d'évoquer le nom de Dieu : 

        Un beau jour, le comte Eberhard de Wurtemberg partit seul chasser en forêt . Il entendit bientôt un grand fracas et vis paraître une créature inquiétante qui poursuivait un cerf. Effrayé, il mit pied à terre, se réfugia dans un bosquet et demanda à l'apparition si elle lui voulait du mal. L'inconnu lui répondit :
    " Non, je suis un homme comme un autre. Autrefois, je fus un seigneur qui aimait passionnément  la chasse et je demandais un jour à Dieu de me permettre de chasser jusqu'au Jugement dernier. Pour mon malheur, je fus exaucé et il y a déjà 500 ans que je traque cet unique cerf. " Eberhard lui dit alors : " Montre-moi ton visage afin que je puisse éventuellement te reconnaître. " L'autre se découvrit : son visage était à peine gros comme le poing, ridé et sec comme une feuille morte - puis il s'éloigna à la poursuite du cerf.

    Il existe enfin des armées fantômes dans le témoignage d l'historien Giraud de Barri. Dans la Conquête de l'Irlande, il rapporte comment l'armée de Robert Fitz-Stephen, campant à Ossory, fut alarmée par le bruit produit par des milliers d'hommes, accompagné de choc des armes et des haches, et Giraud d'ajouter : " De telle apparitions spectrales se font souvent voir en Irlande aux armées en campagne. "

    Reflétant une interrogation majeure sur le destin de l'homme après son décès, les histoires de fantômes apportent leur propre réponse en fonction de la religion des témoins. C'est une tentative d'explication de croyances irrationnelles venue du fond des temps et qui jouissent encore aujourd'hui d'une étonnante pérénité car elles suscitent l'espoir que la mort n'est pas une fin.      

     

     

     

     


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  • Divers rôles sont attribués aux personnages de l'empire des morts gouverné par Hadès, l'un des douze grands Olympiens, et son épouse Proserpine. Le chien Cerbère entre autres, y est le gardien de la porte des Enfers.

    Selon les dires du poète Virgile, il convient, pour parvenir en ce lieu, d'atteindre le fleuve Achéron où le passeur Charon a la charge, avec sa barque, de convoyer les âmes des morts. Les défunts parviennent ensuite à la porte menant au Tartare puis à celle des Enfers gardée par Cerbère. Le rôle de ce chien est à la fois de contenir les intrus et de veiller à ce que les défunts ne quittent pas le monde souterrain. La bête sera d'ailleurs confrontée à maints visiteurs inattendus. 

    Ainsi, le héros Héraclès doit le ramener du royaume d'Hadès afin d'accomplir le dernier des douze travaux imposés par son cousin le roi Eurysthée. Il ne pourra cependant compter que sur ses propres aptitudes, Hadès lui ayant interdit d'utiliser quelque arme que ce soit pour accomplir cet exploit. Héraclès atteindra l'univers des ombres par une grotte située au cap Ténare pour découvrir Cerbère dans l'estuaire de l'Achéron. Il le soulève alors et le conduit à la surface de la Terre puis jusqu'à Mycènes. Eurysthée, dévasté par la vue du monstre, ordonne à Heraclès de le ramener à son poste, renonçant ensuite à accabler le héros.

    De même, Psyché dut se soumettre à Vénus, qui jalousait sa beauté, dans l'espoir de retrouver son époux. La déesse la soumit à quatre épreuves dont la dernière consistait à rapporter un peu la beauté de Proserpine dans un contenant. Psyché se retrouve donc aux portes du royaume des morts à la recherche de cette dernière afin de lui réclamer l'élément exigé et, confrontée au redoutable gardien, offre un gâteau à la bête. Cerbère se laisse alors apprivoiser et lui permet d'accéder au lieu désiré.

    Le musicien et poète Orphée, quant à lui, aimait une jeune fille appelée Eurydice mais elle mourut sitôt leur noce achevée, ayant été mordue au pied par une vipère. Il décida donc d'aller la quérir chez les défunts et utilisera la lyre pour vaincre divers obstacles. Sa musique suffira à faire relâcher la garde de Cerbère, permettant à Orphée de poursuive sa quête.   

     

     


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  • Fils de Cronos et de Rhéa, Hadès reçut le monde souterrain lors du partage avec ses frères Zeus et Poséidon.
    Les Grecs croyaient que son nom d'Hadès " Celui que l'on ne voit pas ", qui lui venait de la kunée, casque fabriqué par les Cyclopes dont le pouvoir était de rendre invisible, portait malheur. Ils désignaient alors le dieu des morts par un surnom flatteur, pour ne pas l'indisposer mais témoignant aussi d'autres attributs : ainsi était-il pour beaucoup ploutôn, " le riche ", car il représentait aussi les richesses du sol fertile et du sous-sol. C'est pourquoi il est fréquemment représenté avec une corne d'abondance. Il était aussi klimenos, " le renommé ", car dans ls conceptions anciennes la mort scellait définitivement la renommée qu'un mortel avait pu acquérir de son vivant.

           En dépit de sa réputation de dieu sinistre et inflexible, Hadès n'était en rien une figure démoniaque, bien au contraire. Représenté comme un homme mûr, assis sur son trône et tenant un sceptre à deux fourches, il avait pour mission principale d'empêcher que les âmes des défunts quittent les Enfers. Mais il passait aussi pour être la figure par excellence du juge, comme le présente notamment Eschyle, même si la conception grecque du Jugement dernier différait notablement de celle des Égyptiens ou des Chrétiens par la suite. Il partageait ce rôle avec Minos, Rhadamante et Eaque qui assignaient une place à chaque nouvel arrivant.

    Le royaume d'Hadès  était par ailleurs clairement défini et délimité. Selon une antique croyance, il était même situé à l'ouest, à l'endroit où se couche le Soleil, mais une tradition postérieure le place sous la Terre. Il était délimité par des rivières au rôle symbolique qui convergeaient au centre du monde souterrain vers un vaste marais : le Styx représentait la haine, l'Achéron le chagrin, le Cocyte les lamentations et le Léthé l'oubli. C'est Charon qui permettait le passage sur le Styx et qui recevait de la part du défunt une obole afin de le rétribuer. C'est pourquoi , à partir du Vè siècle av J-C, une pièce de monnaie était glissée dans la bouche du mort, sous la langue.

    A l'image des autres royaumes, celui d'Hadès était polymorphe : ainsi pouvait-on y distinguer pour commencer l'Erebe, où les défunts expiaient temporairement leurs fautes, et la plaine des Asphodèles, vaste espace où se rendaient la plupart des âmes pour y mener une existence floue et imprécise, pâle reflet de leur vie sur la Terre. Ceux qui avaient gagné la faveur des juges se rendaient aux Champs Elysées ou sur l'île des Bienheureux, où régnait un printemps éternel. Enfin ceux qui avaient offensé les dieux, à l'image de Prométhée ou de Sisyphe, allaient dans le Tartare, y revivant indéfiniment maux et tourments. Afin qu'aucune âme ne s'échappe, Hadès sortait peu de son royaume à l'exception notable du rapt de sa future épouse. 

     

     

     


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  • De quand date le chameau chevauché par une jeune fille aux ailes de papillon ? Cette oeuvre remonte à la période hellénistique (IIIè ou IIè siècle av J-C). Elle a été retrouvée à Alexandrie de Troade, une cité côtière du nord-ouest de l'Asie Mineure. Le chameau est représenté de manière assez exacte : même si les pattes ressemblent un peu trop à celles d'un cheval, on reconnait bien le long cou recourbé et les oreilles rabougries ; la bosse est cachée. Le chameau est visiblement apprivoisé puisqu'il porte une bride terminée par un pompon, des rennes et un couffin sur sa bosse. Il est monté par une jeune fille dotée d'aile de papillon. Qui est cette jeune fille ?

    On a retrouvé sur des monuments crétois des représentations de l'âme d'un guerrier mort, comme une figure ailée. A l'époque dite classique, sur les vases grecs, on voit fréquemment l'âme d'un guerrier mort figurée par un petit être humain de la taille d'une poupée qui s'échappe du cadavre en s'envolant à l'aide d'ailes d'oiseau. Or, parfois, les ailes de l'âme ne sont pas des ailes d'oiseaux, mais de papillon. Le symbole de la renaissance y est sans doute pour quelque chose : la chenille, que l'on croyait morte dans sa chrysalide, renaît sous sa forme de papillon. Il n'y a donc aucune hésitation à identifier la jeune fille de notre bas-relief comme l'âme.

    On connait par l'auteur romain Apulée qui le raconte dans l'Âne d'or le conte d'Eros et Psyché (Amour et Âme). On y retrouve de nombreux éléments de contes traditionnels mais aussi des motifs symboliques liés à des courants philosophiques mystiques qui se sont précisément développés à partir de l'époque hellénistique : l'Amour tourmentant l'Âme et l'Âme perdant tous ses repères à cause de l'Amour.

       Or, nous avons de nombreuses représentation iconographiques représentant Eros l'Amour associé à Psyché l'Âme. La plus ancienne représentation du couple date du IIIè siècle av J-C. Elles vont ensuite se multiplier : ils sont alors toujours représenté comme des enfants, soit, en couple amoureux, soit Eros tourmentant un papillon ou une jeune fille aux ailes de papillon. 

    Ils peuvent également être représentés comme voyageant ensemble, au milieu du cortège de Dionysos : nous nous rapprochons alors beaucoup de notre oeuvre de départ, avec un bas-relief du couple chevauchant un éléphant, ou encore une fresque de Pompéi figurant Éros sur un chameau et psyché sur un dromadaire !

    Il semble bien que l'âme représentée ici ne soit pas l'âme d'un mort voyageant vers sa dernière demeure, mais l'âme bien vivante des représentations hellénistiques, voyageant peut-être de concert avec l'amour.

    Notre chameau est bien psychopompe, mais vraisemblablement pas dans le sens actuel de la langue française, puisque, s'il est bien le conducteur de l'Âme, ce n'est pas vers la Mort, mais vers l'Amour qu'il la conduit.  

     

     


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  • Michel Le Nobletz

    Michel Le Nobletz (1577 - 1652) est un missionnaire issus d'une famille aisée de la petite noblesse. Il grandit au manoir de Kerodern, près de Plouguerneau dans le Finistère Nord. 

    Mais si le nom de ce missionnaire est resté dans l'histoire, c'est surtout dû à l'originalité de sa pédagogie : il utilise en effet des cartes peintes. Par l'entremise de sa sœur Marguerite, il a fait la connaissance de Françoise Troadec, une veuve qui fait partie de l'école de cartographie du Conquet. Le missionnaire a l'idée d'utiliser le dessin pour mieux se faire comprendre de la population illettrée et bretonnante. 

    Certes, l'utilisation de l'image n'est alors pas nouvelles : L'Eglise avait vite compris la puissance éducative de l'image pour l'éducation des masses Les vitraux sont là pour le prouver, mais ce qui est nouveau, c'est l'utilisation de l'image pour l'évangélisation au sein d'un cénacle familial. 

    Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, les thèmes évoqués sur ces cartes ne sont pas des scènes biblique narrant la vie de Jésus ou de Moïse, mais des éléments pouvant aider les gens de l'époque à mener ce qui était considéré comme une vie de bon chrétien. 

    Michel Le Nobletz

    Par exemple, un tableau montre deux chemins larges menant en Enfer et un chemin étroit menant au Paradis.
    On y voit des scènes de tous les jours, des danseurs, des paysans, des magistrats... Ce sont les seules représentation existantes de la vie quotidienne en Basse Bretagne. 

    Le prêcheur et son assistante sillonnent donc la campagne bretonne avec leurs cartes peintes roulées sous le bras, qui viennent à l'appuis de leurs paroles.

    Michel Le Nobletz - Le prêtre fou

     

    Ci-dessus : La carte de coeur qui consiste en une série d'illustration de coeurs commandé par le missionnaire, comme outil de conversion. Par la représentation dessinée des péchés capitaux, il visait a effrayer les non-croyants superstitieux de son époque, en attisant chez eux la peur de l'enfer.

    Le missionnaire aurait fait réaliser environ 70 cartes peintes, qui seront après sa mort connues sous le nom breton de " taolenn " (tableaux). Quatorze sont parvenues jusqu'à nous et se trouvent exposées au public pour la première fois depuis 1952. Parmi elle, une carte relativement précise des côtes de l'Amérique centrale : On y voit les bateau des pécheurs se perdre au nord et au sud, tandis que ceux des bons chrétiens parviennent à bon port...

       


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