• Le hasard peut-il expliquer l'évolution ?

     

    Le monde scientifique fait de l'évolution une certitude. Suffit-elle à expliquer la grande variété de tous les êtres vivants ? Fidèles aux concept néo-darwinien de l'évolution, les néo-darwinistes attribuent un rôle essentiel à la sélection naturelle. Cette notion traduit une réalité évidente. Elle constate que tous les organismes vivants varient et que ces variations semblent se transmettre aux descendants.
    Elle constate aussi qu'il naît trop d'individus, et que seuls les plus aptes survivent et se reproduisent. C'est donc par le biais de la sélection naturelle que se transmettent les mutations nuisibles se trouvant éliminées.

    Darwin lui-même admettait que si le hasard expliquait certains changements héréditaires, d'autres provenaient d'adaptations à des facteurs écologiques. Ainsi, les plantes qui naissent dans des endroits chauds et secs ont des feuilles plus épaisses que les plantes de la même espèce qui poussent dans des endroits humides et froids. De même, des animaux intelligents placés dans un nouvel environnement adoptent un comportement adapté aux circonstances.

    Selon Darwin, ces caractères étaient transmissibles. Il proposa une théorie explicative de ce phénomène de "pangénèse".
    Cette théorie reposait sur l'idée que chaque partie élémentaire indépendante de l'organisme peut produire un germe qui provoque la formation d'une partie analogue à celle dont il provient. Tous ces germes s'accumulent dans les ovules et les spermatozoïdes et reproduisent ainsi les habitudes et structures acquises. Des travaux ultérieurs ont malheureusement démontré que cette hypothèse n'était pas fondée.

    Comment expliquer alors que les chameaux, pour ne citer qu'un seul exemple, présentent des bourrelets de peau dure aux genoux ? A priori, la réponse semble simple : une couche protectrice s'est donc formée progressivement. La réalité est toutefois plus complexe, car les bébés chameaux naissent avec ces bourrelets aux genoux. 

    Le hasard peut-il expliquer l'évolution ?

    A l'époque de Darwin, les travaux de Gregor Mandel sur la génétique n'étaient pas encore connus.  Ils ne furent publiés qu'en 1900. Décédé en 1882 Darwin n'a donc pas pu les utiliser. Les néo-darwinistes en font en revanche un fondement essentiel de leur thèse. D'après Mandel, le patrimoine héréditaire d'un individu renferme un nombre important de gènes. Constitués d'A.D.N., ils sont répartis dans les chromosomes à l'intérieur du noyau des cellules. Les changement qui affectent les différentes parties du corps lors de la vie d'un individu ne s'inscrivent pas dans les gènes. 

    Cette loi de la non-transmission génétique des caractères acquis est une clef de voûte de la thèse néo-darwinienne qui explique les différences héréditaires en terme de mutations génétiques, c'est-à-dire lorsque, par le simple fait du hasard, des erreurs se produisent pendant la division cellulaire. Les bourrelets aux genoux des chameau ne s'expliqueraient donc pas par transmission d'un caractère acquis, mais par une mutation génétique, arbitraire par définition, qui aurait curieusement produit des bourrelet au bon endroit. Les néo-darwinistes admettent toutefois que le mélange des gènes qui se produit dans le désordre au cours de la reproduction sexuelle peut constituer une autre source de variation héréditaire. 

    En résumé, selon les néo-darwinistes, la créativité de l'évolution est le fait d'un hasard aveugle combiné aux restrictions que la élection naturelle impose aux individus. Il n'y a ni projet ni direction d'ensemble. L'homme, ainsi que tous les autres êtres vivants, n'a aucune finalité que celle de survivre et de se reproduire. Ceux qui, de nos jours, osent remettre en question un fait scientifique aussi établi sont bien peu nombreux. Pourtant, ils n'ont peut-être pas tout à fait tort. Pour quatre raisons, que nous allons exposer.

    En premier lieu, bien que la sélection naturelle élimine les individus mal adaptés à leur environnement, ce qui, par voie de conséquence, amène le développement de race localement adaptées au sein même de l'espèce, rien ne prouve qu'un nouvel organisme provienne de la sélection progressive de petite variation. Prenons l'exemple de la structure complexe des yeux des vertébrés ou celle des plumes d'oiseaux. Les documents paléontologiques manquent pour établir leur origine avec certitude. Brusques mutations ou modifications progressives ? La question reste posée.

    Darwin et ses disciples modernes, voulant à tout prix éviter tout ce qui parait miraculeux, défendent l'hypothèse d'une évolution progressive. Mais d'un côté comme de l'autre, les preuves manquent...

    Le hasard peut-il expliquer l'évolution ?

    D'autre part, si les espèces n'étaient que le produit d'une sélection naturelle progressive, l'adaptation au milieu devrait être beaucoup plus parfaite. Or, dans le règne végétal, des espèces qui présentent des formes de feuilles et de fleurs différentes semblent survivre aussi bien dans un même environnement. Comment expliquer que la sélection naturelle ait produit une telle variété de formes ?

    Après avoir procédé à des recherches sur le Podostemacae, l'éminent botaniste J.C. Willis conclut que, malgré la grande diversité des formes qui existaient dans cette espèce "il était impossible d'affirmer que la sélection naturelle était à l'origine de la multiplicité des formes de ces plantes, car elles poussent toutes dans les même conditions ". Il ajoute plus loin : " Il semblerait, dans ce cas comme dans beaucoup d'autres, que l'évolution poursuive son chemin sans que l'adaptation ait jouer un rôle. "

    En troisième lieu, la génétique n'explique qu'incomplètement l'hérédité. Elle ignore délibérément les résultats de travaux qui tentent à montrer que des champs morphogénétiques peuvent transmettre des "influences" d'une génération à l'autre et qu'il existerait donc une "mémoire collective". En conséquence, les caractères acquis se transmettraient sans modification du matériel génétique. Les individus n'auraient qu'à "capter" l'expérience ancestrale de leur espèce pour en bénéficier. 

    En dernier lieu, le néo-darwinisme repose sur une conception mécaniste de la vie qui reste très subjective. Ne faut-il vraiment voir dans les êtres vivants que des machines complexes régies par les seules lois de la chimie et de la physique ? N'est-ce pas là une vue trop réductrice ? C'est à cause de cette interprétation trop mécaniste de la vie que la plupart des biologistes rejettent a priori tout les phénomènes dit paranormaux. Cette attitude de refus systématique n'est pas très scientifique. Est-ce parce que certains phénomènes restent inexplicables dans l'état actuel de nos connaissances qu'il faut en nier l'existence ?

       Rien ne nous permet en effet d'affirmer que les lois de la matière n'ont plus pour nous un secret. Le fait que la recherche scientifique continue prouve bien le contraire. Si l'hypothèse des champs morphogénétiques était confirmée, cela entraînerait de nouvelles recherches sur les relations qu'entretiennent les organismes vivants avec l'espace et le temps. Relations étroites que beaucoup pressentent depuis longtemps, mais que la science s'est toujours refusé à prendre en considération. 

    L'interprétation mécaniste établit une totale analogie entre les organismes vivants et les machines. Entre l’œil et l'appareil photo, par exemple, ou entre le cerveaux et l'ordinateur. Les points communs sont indéniables, mais de là à affirmer que les êtres vivants ne sont que des machines, il y a un pas... qui ne devrait pas être franchi.

    Le hasard peut-il expliquer l'évolution ?

     Organismes vivants et machines ont tous deux une finalité, avec, toutefois une différence fondamentale : c'est l'homme qui crée la machine. Le fonctionnement d'un ordinateur, par exemple, dépend de la façon dont il a été programmé. Il reste donc à répondre à la question essentielle : qui conçoit et programme les organismes vivants ? Rien, affirment les mécanistes, pour qui la vie n'est que le produit du hasard et de la sélection naturelle.

    Ce type de raisonnement nous fait entrer dans un véritable cercle vicieux : l'interprétation néo-darwinienne de l'évolution repose sur une conception matérialiste de la vie, mais la vision matérialiste ne se justifie elle-même que par rapport à l'interprétation néo-darwinienne. A l'appui de leur théories , les mécanistes avancent que, puisque les mêmes composants chimiques se retrouvent dans tous les êtres vivants et que ces derniers obéissent à des lois connues de la physique, il n'y a pas de loi fondamentale que la science n'ait encore découverte. La faille de ce raisonnement apparaît tout de suite à la lumière de l'interprétation mécaniste de l’origine de la vie.

    On admet communément que les premières cellules vivantes apparurent il y a 2 milliards et demi d'années dans une "soupe primitive" qui contenait des substances organiques, comme les acides aminés. C'est l'effet des éclairs sur les gaz de l'atmosphère qui aurait donné naissance à ces premiers constituants de la vie? Ce scénario originel est certes très plausible. Toutefois, il sera toujours impossible d'en vérifier l'exactitude. Et rien n'interdit d'envisager que la vie soit, par exemple, venue d'ailleurs, que la Terre ait été "ensemencée" d'organismes primitifs venus - ou envoyés - de l'extérieur.

    Tenons-nous en toutefois à la version officielle de la "soupe primitive". La vie serait née d'agrégats non vivants. Pour rendre compte de ce phénomène, les mécanistes affirment que tous les éléments de la vie sans exception sont déjà présent dans la matière non vivante. Et que, par conséquent, il sera un jour possible de créer artificiellement des organismes vivants dans une éprouvette, car tout se réduit en fait à des combinaisons chimiques d'une complexité croissante.

    Il suffit de penser au fonctionnement d'un poste de radio pour comprendre que ce raisonnement est faux. Un poste de radio se compose de différents éléments. Son fonctionnement dépend de la façon dont sont reliés ces différents constituant. Il est intéressant de noter que l'assemblage ne modifie pas les éléments. Leur composition chimique reste identique. Cela ne veut pas dire pour autant que les réactions chimiques des constituants suffisent à expliquer le fonctionnement de la radio.

    Il en est de même des organismes vivants. Ce n'est pas parce que l'on connait les substances chimiques qui les composent et qu'ils sont peut-être nés d'une matière inorganique qu'ils se réduisent à quelques formules chimiques. 

    Le hasard peut-il expliquer l'évolution ?

    Imaginons maintenant une personne refusant de se rendre à cette évidence. Pour faire admettre son point de vue, elle tentera sans doute de construire une réplique du poste de radio en fabriquant elle-même les pièces nécessaire. Si elle réussi, ce qui est plus que possible, elle considérera avoir démontré qu'un appareil de radio ,'est bien que la somme et la combinaison de ces différents éléments. Et pourtant, l'importance des ondes radio lui aura totalement échappé !

    Les savants arriverons peut-être un jour à synthétiser artificiellement des organismes vivants. Or, malgré les apparences, cela ne prouvera pas que la vie n'est qu'une combinaison chimique complexe. 

    Quelle réponse la thèse mécaniste apporte-t-elle aux problèmes fondamentaux de la biologie ? Aucune. Rien d'essentiel n'a été résolu. Après des années de recherche, nous ne savons toujours pas comment se transmettent les formes de génération en génération ; comment, par exemple, une cellule donne naissance à une orchidée, à un paon ou à un tigre.

    Plus curieux encore sont les phénomènes de régénération spontanée. Comment chaque section d'un ver de terre coupé en plusieurs morceaux peut-elle donner naissance à un ver entier ? L'instinct des animaux, le comportement de la fourmi, par exemple, défie toute interprétation mécaniste.

    Tout s'expliquera un jour, affirment les biologistes modernes. Ils restent convaincu que la physique et la chimie viendront à bout des phénomènes inexpliqués...

     

     

     

     

     

        


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  • Des hommes plus fort que des ordinateurs 

    C'est un fait : il y a des individus qui ont une mémoire plus ou moins bonne. Beaucoup en possèdent une excellente, sans qu'on puisse taxer de pathologique. Ainsi Racine, qui, dit-on, pouvait déclamer des tragédies entières après les avoir lues une ou deux fois seulement. Auguste Comte trouvait plus simple, et surtout plus rapide, de composer "de tête" ses ouvrages avant de les coucher par écrit, d'où l'absence de ratures dans ses manuscrits.

    Robert Tocquet rapporte que " le docteur Fred Braum avait appris deux cent milliers de date de L'Histoire universelle et pouvait faire ses conférences en quinze langues différentes "... Soit ! Mais quelle part faire à la légende lorsqu'il affirme que " le cardinal Giuseppa Gasparo Mezzofanti, qui fut l'un des plus grands génies linguistiques de tout les temps, apprit cent quatorze langues et soixante-douze dialectes " ? Et lorsqu'il ajoute : " Dans cinquante-quatre langues au moins ", le même cardinal " pouvait se faire passer pour un autochtone " ?

    Si la chose parait improbable, c'est que,comme l'écrit Michel Tournier dans Le Vent Paraclet, à la différence de toutes les autres formes de connaissance dont l'assimilation " est affaire purement technique, l'assimilation véritable d'une langue exige nécessairement une immersion prolongée dans le milieu où elle est parlée. Là, le facteur temps intervient de façon irréductible. "

    En fait, il importe de distinguer, dans tous les phénomènes relatifs à la mémoire, les expériences truquées, dites " de mnémotechnie transcendante ", de celles qui n'ont pas cette prétention. Des exemples ? D'une part, le truc de Bottin, tour facile à réaliser, et, d'autre part, la présentation scénique de Rogello, homme de music-hall, certes, mais dont le numéro représente un exploit peu susceptible d'imitations...

    Dans le premier cas, l'illusionniste affirme connaitre par cœur le Bottin tout entier et demande à l'un des spectateurs de lui en faire, au hasard, réciter une double page, ou de lui poser toutes les questions qu'il voudra sur son contenu. Opération réussie à coup sûr : le Bottin en question est composé d'autant de feuillets qu'il faut pour avoir l'épaisseur requise, mais ces feuillets, hormis la numérotation des pages, qui contribue à créer l'illusion, reproduisent tous la même double page, au contenu en tous points identique...

     La prestation de Rogello, en revanche, ne repose sur aucun stratagème, aucune tricherie. Les ouvrages utilisés en la circonstance (les cinq volumes de l'histoire de France de Guizot et le Petit Larousse illustré) sont conformes à tous les autres exemplaires existants. Et Rogello, qui a appris par cœur, d'une part l'ouvrage de Guizot en son entier, de l'autre, les faits historiques correspondants renfermés dans la partie encyclopédique du Petit Larousse, connait également l'endroit exact où ces faits se situent dans l'un comme dans l'autre de ces ouvrages.

    Si bien que, lorsqu'un spectateur l'interroge sur un fait historique , Rogello lui répond non seulement en lui récitant les articles qui s'y rapportent dans les livres susmentionnés, mais en lui indiquant l’emplacement (pages, lignes,etc) qu'ils y occupent.

    Pour exceptionnelle qu'elle soit, la mémoire de Rogello n'est pas cependant sans similitude avec celle de ces "athlètes du savoir" qui se produisent au cours de certains jeux radiophoniques ou télévisuels. C'est une mémoire orientée, sélective, ultra spécialisée, dont l'extraordinaire doit plus, au bout du compte, à la direction qu'elle a prise et aux objets qu'elle se donne qu'à sa supranormalité.

    Tel était aussi le cas des griots, qui formaient, en Afrique Occidentale, une caste marginale, à la fois méprisée et crainte, car ces virtuoses de la parole, dont le rôle était multiforme, faisaient office de bouffons de cour, de journalistes oraux colportant louanges et médisances, et de conteurs capables de relater les récits ancestraux, à mi-chemin de l'histoire et de la légende. Leur mémoire était prodigieuse.

    Des hommes plus fort que des ordinateurs

    Témoin, Fadama Babou Condé, l'un des derniers grands griots, dont l'écrivain africain Camara Laye a recueilli les chants dans un livre intitulé Le Maitre de la parole, et publié par Plon en 1978.

      Babou Condé était alors agé de plus de 80 ans. Il appartenait à une longue lignée de griots, dont le premier en date semble bien avoir vécu dans le Mendén du XIIIè siècle. " C'est depuis cette époque lointaine, écrit Camara Laye, que les enfants mâles de la tribu des Condés de Fadama étaient exercés, dès leur plus tendre enfance, à l'art de parler. " Ils étaient soumis à un conditionnement quotidien, ce qui explique leurs prouesse. Il n'a pas fallu en effet moins d'un mois à Camara Laye pour enregistrer la psalmodie de Babou, à raison de quatre ou cinq heures par jour... Au surplus, les griots utilisaient largement ces procédés mnémotechniques que sont le geste, le mouvement, ma mimique lorsqu'ils sont associés à la parole. 

    Ici, donc, rien d'étrange. Mais il est des cas bien plus troublants... Exemple : Veniamin, le sujet étudié pendant plus de trente ans par le grand psychologue soviétique A.R. Luria. Jusqu'à la trentaine, rapporte ce dernier dans Une prodigieuse mémoire, Veniamin n'avait pas remarqué à quel point il différait du commun des mortels. Et comment aurait-il pu s'en rendre compte ?

    A l'école primaire, Veniamin avait été un élève moyen. Son gout pour la musique, notamment pour le violon, l'avait engagé à s'inscrire dans une école de musique. A la suite d'une affection de l'oreille interne, il comprit cependant qu'il ne pourrait jamais faire une carrière d'instrumentiste, car, tout guéri qu'il était, il n'avait plus l’ouïe aussi fine qu'auparavant. Il tâta donc de différents métiers avant de faire embaucher comme reporter dans un journal local.

    Tous les matins, comme de coutume, le rédacteur du service réunissait ses collaborateurs pour la distribution des tâches. Il leur dictait parfois de très longues listes d'adresses où ils devaient se rendre pour aller recueillir les renseignements souhaités ; et, bien évidemment, tous prenaient des notes...

    Tous, sauf Veniamin. Ce qui, lorsqu'il s'en aperçut, irrita fort le rédacteur qui, une fois le mouvement d'humeur passé, demanda au jeune homme de lui répéter dans le détail tous les consignes qu'il avait données pendant cette séance de travail. Veniamin les lui énonça toutes, dans l'ordre et sans la moindre erreur. Le rédacteur ne cria ni au prodige ni à la supercherie. Il en inféra plus sagement qu'un sujet comme Veniamin pouvait être utile à la psychologie et à la science.

    C'est ainsi que dans les années 1920, Luria rencontra Veniamin. Le psychologue soumit son patient à toutes sortes de tests. Or, il lui fallut bien se rendre à cette évidence : non seulement cet homme répétait sans difficultés aucune, des listes de 30, 50, 70 mots ou chiffres, mais ses capacités de fixations étaient telles qu'il était en mesure de restituer avec exactitude ces même listes quelques mois plus tard, et même parfois trente ans après... Phénomène d'autant plus extraordinaire que, Veniamin étant alors devenu un mnémoniste professionnel de music-hall, sa mémoire aurait dû depuis longtemps être arrivés à saturation.

    Des hommes plus fort que des ordinateurs

    A défaut de pouvoir jamais mesurer cette mémoire quasi monstrueuse dont les limites semblaient reculer en proportion de ce qu'on exigeait d'elle, le psychologue s'appliqua à en étudier les propriétés et le fonctionnement. Il lui apparut bientôt que les listes de syllabes ou de mots qu'on donnait à lire ou à entendre à Veniamin s'imposaient à ce dernier, sur l'écran intérieur de sa mémoire visuelle, avec autant de netteté que sur un tableau noir. Et s'il lui arrivait de se tromper, d'hésiter quelques temps avant de fournir la réponse juste, la raison n'était pas l'oubli, car à vrai dire Veniamin n'oubliait rien, mais un phénomène analogue à un défait de perception... Tout se passait alors comme si, déclarait-il, un mauvais éclairage l'eût induit en erreur, ou que la trace mnésique se fut confondue avec une atre trace de couleur identique qui l'aurait brouillée. 

    A l'évidence,, donc Veniamin avait une perception colorée des sons. C'est ce que confirmèrent les examens auxquels le soumit le laboratoire de psychologie de l’ouïe, à l'institut de neurologie de l'Académie de médecine de Moscou. Selon la hauteur du son et sa puissance en décibels, le sujet examiné "voyait" défiler différentes formes colorées. Et non seulement il "voyait", mais il percevait à l'audition des sensations gustatives et olfactives plus ou moins agréables, il ressentait sur sa peau certaines impressions, etc. Cela, il va sans dire, sans le recours à quelques drogue que ce soit.

    Ces sortes de transpositions sensorielles portent en psychologie le nom de synesthésies. Elles sont moins rare qu'on ne le pense généralement. L'extraordinaire, toutefois, chez Veniamin, c'est qu'elles étaient systématiques, constantes, tout en gardant leur caractères spontané. Et plus encore, qu'elles semblaient n'exister que comme moyen au service de la mémoire. Car la restitution du souvenir, pour cet homme, n'aurait pu se faire sans que soient à nouveau convoqués tous les récepteurs sensoriels qui avaient été sollicités au cours de sa fixation.

    La synesthésie n'était pourtant pas chez lui l'unique adjuvant de la mémoire. L'imagination qu'il avait vive, y concourait pour une large part. Sa fantasmatique était d'une telle richesse qu'il ne pouvait s'empêcher de doter chacune de ses syllabes qu'on lui épelait, par centaine, parfois, pendant une seule séance, d'une image et d'un sens qui contribuaient à la graver dans son esprit. 

    Les calculateurs prodiges sont tous, eux aussi, doués d'une mémoire proprement exceptionnelle, encore que spécialisée dans les nombres. Mais il semble s'y ajouter quelques choses de plus. Quelques chose d'apparemment incompréhensible, qui déconcerte la raison. Quoi exactement ?  

      


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    Les anciens Celtes de l'Antiquité partageaient l'année en période sombre de début de novembre à la fin d'avril, pui en période claire, de mai à octobre. A la limite entre ces deux périodes, les disparus pouvaient se manifester. C'est le sens de la fête d'origine celtique devenue Halloween, où les morts partent à la rencontre des vivants. C'est pourquoi, beaucoup plus tard, le catholicisme a conservé le 2 novembre comme " jour des trépassés ", où les morts doivent être honorés par des cultes et des offrandes afin de les apaiser.

    Nous voilà entré dans un mystère : peut-il arriver que dans des lieux pourtant consacrés par l'Eglise, des ministres du culte et représentant de la religion officielle deviennent des esprits nocturnes errants, des spectres , des fantômes, et se permettent d'intervenir parmi les vivants ? 

    Des exemple en France de prêtre revenants ne manque pas :

    En Haute-Bretagne, à Saint-Cast, un ancien vicaire décédé se promenait la nuit en chantant. Un ouvrier de Lamballe s'endort dans l'église, après y avoir été faire sa prière du soir. Au milieu de la nuit, il est réveillé par un spectre d'un prêtre en habits sacerdotaux qui s'avance livide, les joue décharnées, le regard éteint. 

    En Normandie, dans la Manche, Hyppolyte Sauvage raconte ainsi La Messe d'une heure : " La pieuse cérémonie s'accomplit encore au milieu d'un calme absolu. Comme la veille, rien ne vient la troubler ; personne n'entre dans l'édifice silencieux. Mais à l'instant où s'achève pour la troisième fois le dernier évangile, les ornements sacerdotaux qui couvraient les épaules du prêtre tombent à ses pieds ; à la place qu'il occupait, une forme incertaine apparaît vaporeuse, puis elle se dissipe au-dessus de l'autel en montant vers les cieux, comme voilée, aux spirales bleuâtres de l'encens. "

    En Corse, Julie Filipi évoque la légende du prêtre qui revient dire la messe à minuit : " On raconte qu'une nuit, entre minuit et une heure du matin, une vieille femme entendit sonner la première messe, qui d'habitude sonne à cinq heures. Elle se leva et alla à l'église ; la porte était ouverte, elle entra et s'agenouilla ; quelques minutes après, de la sacristie sortit un curé, prêt à dire la messe ; il demanda s'il n'y avait personne pour servir la messe ; la bonne femme était seule dans l'église, le curé rentra dans a sacristie, sans officier. La nuit suivante, la même scène se représenta, et la vieille, qui était accourue, s'en retourna comme la veille sans entendre la messe. La troisième nuit, cette brave femme réveilla son petit-fils, garçon de 13 à 14 ans, et le mena avec elle à l'église. Quand le curé demanda si quelqu'un pouvait servir la messe, le petit garçon monta à l'autel, et servit le curé, qui se retira lorsque l'office fut terminé. La grand-maman avec son petit-fils s'en allèrent, mais l'enfant, tout bouleversé dit : " Grand-maman, on dirait que le curé est un mort, il n'a pas d'yeux, ni de nez, il n'a que des trous à la place ".   

    A Aurillac, dans le Cantal, des prêtres dansent dans le cimetière et " nombre d'habitants avaient vu, la nuit, des prêtres au crâne blanchi, les orbites creuses, en chape noire, chantant des mots étranges... "  

    La plus célèbre abbaye hantée reste certainement celle de Mortemer, dan l'Eure : " Mathilde fut emmurée par son père qui lui reprochait sa conduite lgère. Elle errerait dans les ruines de l'abbaye surtout les nuits de pleine lune. De même, Pierre de Castel y rencontra une ravissante demoiselle blonde légère et transparente avec laquelle il dansa avant de comprendre qu'il s'agissait du fantôme d'une jeune fille morte quarante ans plus tôt. Les fantômes de quatre moines assassinés pendant la révolution hantent les lieux , faisant interminablement le trajet du cellier au pigeonnier. Plusieurs personnes affirment les avoir rencontrés à diverses époques. L'abbaye fut exorcisée en 1921, mais personne encore aujourd'hui ne passerait une nuit à l'abbaye de Mortemer, habitée par tant de revenants... On dit aussi qu'un chat-gobelin y garde encore un trésor.

    Le prêtre est un intermédiaire entre le monde divin et le mode terrestre. Les religieux représentèrent longtemps l'autorité morale indiscutable, et les paysans d'autrefois constataient que les curés et les moines ne vivaient pas comme des gens ordinaires, qu'ils ne travaillaient pas aux champs ni dans l'artisanat, n'avaient pas de famille, ne s'habillaient pas comme eux, bref qu'ils n'étaient pas des hommes ordinaires. De plus, les prêtres avaient des livres, détenaient le savoir quasi "magique". Ils menaçaient les ouailles de l'enfer ou du purgatoire si ceux-ci ne se conduisaient pas en bons chrétiens, s'ils ne respectaient pas les commandements. Ils se devaient d'être exemplaires, exempts de tout péché. Par conséquent, les religieux étaient plus menacés que tout autre d'une sanction divine en cas de péché.

    Dans les exemples précités, les prêtres, les prêtres maudits ne parviennent pas à trouver le repos après la mort parce qu'ils ont commis une faute morale. Parfois, ils se sont livrés à la débauche. D'autre fois, ils ont laissé mourir quelqu'un sans les derniers sacrements, par paresse de se déplacer. Ils n'ont pas fait dire la messe qui avait été payée, ou bien ont abrégé l'office. Le péché d'orgueil entraîne aussi la condamnation, comme chacun des sept péchés capitaux. Autre possibilité, ces religieux ont été tués dans des circonstances tragiques, donc sont morts sans confession ni onction. Il leur devient alors impossible d'aller au bout de leur voyage dans l'autre monde.

    L'étude des mythes est une science sociale qui démontre cette seule certitude : des gens ont cru depuis les temps les plus reculés, ou croient encore en ce XXIè siècle, aux manifestations surnaturelles que nous appelons spectres, fantômes, apparitions ou revenants. Ils ont transmis des récits, véhiculé des traditions. En ce sens de mythes, les prêtres-fantômes existeront certainement aussi longtemps que les croyances. 

           

     

     


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  • Les romans de chevalerie lui ayant tourné la tête, Alonso Quixano, gentilhomme de la Manche, eut la fantaisie de s'armer chevalier. Ainsi naquit don Quichotte qui, avec sa maigre jument baptisée Rossinante, part à la conquête du monde pour la dame de ses pensées, Dulcinée. Mais, plus ingénieux que valeureux combattant, il reçoit d'emblée quelques mauvais coups qui l'e,voie au lit. Son entourage se demande comment faire passer ces extravagances.

    Don Quichotte, à peine rétabli, entraîne son voisin Sancho Pança à la poursuite de ses chimères. Le brave Sancho, qui personnifie le bon sens, s'étonne parfois de voir le chevalier charger quelques moulins à vent pris pour des géants, mais il le suit, rêvant de posséder l'île que don Quichotte lui a promise comme salaire....

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    La silhouette longue et maigre du vieil homme, fièrement campé sur sa jument décharnée, accompagné d'un paysan courtaud monté sur un âne, est devenue familière. Car ce n'est pas la moindre qualité de don Quichotte que d'éveiller chez autrui la compassion et bientôt le respect. Chevalier revêtu d'une misérable armure, perdu dans son époque où la chevalerie n'a plus cours, don Quichotte conquiert toujours son entourage, et sa folie paraît parfois préférable à la platitude commune.

    Il y a donc, dans le Don Quichotte, comme une philosophie du cœur humain qui fait de ce roman le patrimoine de tous les peuples civilisés. Mais c'est aussi une oeuvre nationale, qui marque dans la littérature espagnole, une date importante, un pamphlet de haute critique, écrit à l'heure où l'Espagne, tardivement sortie du Moyen Age, se livrait enfin à la Renaissance.   

    Jorge Luis Borges nous dit : " Pour se moquer doucement de lui même, il inventa un homme crédule, troublé par la lecture de merveilles, à qui passe par la tête de chercher des prouesses et des enchantements dans des lieu prosaïques qui s'appellent Et Toboso ou Montiel. Vaincu par la réalité, par l'Espagne, don Quichotte mourut dans son village natal aux environs de 1614. Miguel de Cervantès lui survécut peu de temps.
    Pour l'un et pour l'autre, pour le rêveur et pour le rêve, cette trame entière consista dans l'opposition de deux mondes : le monde irréel des romans de chevalerie, le monde quotidien et banal du XVIIè siècle "    

     


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  • L'action se passe dans une ville californienne Lambda, Mill Valley. Miles Bennell, le narrateur, est un jeune médecin. Un jour, une de ses patientes, Wilma, vient lui parler d'un fait étrange lui arrivant : elle a le sentiment profond que son oncle, mais quelqu'un d'autre l'ayant remplacé insidieusement. Il est pareil que son oncle, mais selon elle, ce n'est plus lui ! Très vite, d'autres témoignages de personnes inquiètes affluent, et Miles va peu à peu se rendre compte qu'il s'agit apparemment d'extra-terrestres prenant l'apparence d'êtres humains, les remplaçant afin de prendre peu à peu le contrôle sur la Terre...

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    Paru en 1955, ce roman raconte une invasion originale avec des entités bien différente de ce qu'on voyait à l’époque. Il aborde son invasion extra-terrestre via la question de l'identité. Qu'est-ce qui définit un être humain ? En quoi ces copies sont-elles différentes de nous puisqu'elles nous ressemblent traits pour traits et possèdent nos souvenirs ? Ici l'émotion et la capacité créatrice de l'homme qui font la différence. On retrouve là un thème de prédilection de la science-fiction plus souvent abordée à travers les robots et l'intelligence artificielle que ce soit chez Asimov ou Philip K Dick avec Blade Runner.

    L'écriture est simple et efficace. Le ton est plutôt axé sur la paranoïa comme celle d'un enfant qui raconte que ses parents ne sont pas des vrais parents. Jack Finney fait intervenir un psychanalyste qui rappelle un cas étonnant d'hystérie collective qui avait effrayé la chronique en 1944. La seule issue dont dispose le héros du roman pour échapper aux pièges tendus par son inconscient, c'est de trouver des preuves tangibles de la réalités objective de l'invasion extraterrestre. Le combat contre l'invasion passe dès lors par une lutte acharnée contre soi et contre ses propres doutes, ses convictions et ses préjugés.

    Un récit originale rudement bien mené mais qui fait froid dans le dos... imaginez si vos proches n'étaient pas vos proches...    


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