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    Un jour de 1947, un gros manuscrit, qui était déjà passé entre de nombreuses mains, fut posé sur le bureau du responsable de la maison Macmillan à New York. Mondes en collision était le livre de cet ouvrage à la documentation impressionnante. Un psychiatre, Emmanuel Velikovsky, l'avait signé. 

    Quelle motivation pouvait pousser un psychiatre à écrire sur les plantes, les comètes et la naissance du système solaire ? A en juger par l'état du manuscrit, d'autres éditeurs s'étaient déjà poser la question. Toutefois, l'éditeur Macmillan fut frappé par l'originalité de l'ouvrage et vit tout de suite l’intérêt qu'il pourrait en tirer. Cet auteur était peut-être fou, mais il avait du génie. Il prétendait par exemple, que les miracles mentionnés dans la Bible - du partage des eaux de la mer Rouge à la chute des murs de Jéricho -, loin d'être une affabulation, étaient, en fait, l'écho des cataclysmes qui avaient ébranlé la Terre à une époque lointaine.  

    Entreprise d'édition respectable, spécialisée dans les manuels scientifiques tout à fait sérieux, la maison Macmillan resta d'abord sur ses gardes. Fallait-il vraiment prendre tous les risques que comportait la publication de cet ouvrage ? L'éditeur opta pour un compromis  il offrit une avance à l'auteur ainsi qu'un contrat qui leur liait Velikovsky sans lui donner toutefois la garantie de publier son ouvrage. L'auteur accepta et, quelques mois plus tard, la Macmillan Company franchit le pas  le contrat final fut signé et le livre publié. 

    Juif russe, Velikovsky était né à Vitebsk en juin 1895. Il étudia d'abord les mathématiques à Moscou, puis la médecine. Diplômé en 1921, il partit pour Vienne étudier la psychiatrie avec Wilhelm Stekel, le disciple de Freud. En 1924, il s'installa en Palestine. En plus de ses activités de psychiatre, il dirigea des fouilles archéologiques dans la patrie de ses ancêtres.

    La lecture du livre de Freud "Moïse et le monothéisme" allait maquer un tournant décisif dans sa carrière. Dans cet ouvrage, Freud affirmait que Moïse était en fait un prêtre égyptien adepte de la nouvelle religion solaire que le pharaon Akhénaton avait tenté d'imposer. Toujours selon Freud, lorsque le pharaon avait été renversé, et sans doute assassiné, Moïse s'était enfui d'Egypte et avait transmis au peuple juif la nouvelle religion monothéiste.

     Les relations relatives à cet ouvrage ne s'étaient pas fait attendre. Freud fut vivement critiqué. Les historiens lui reprochèrent de mélanger mythe et réalité en faisant vivre Moïse et Akhenaton au même siècle. Cela n'empêcha pas Velikovsky de continuer des recherches dans le même sens... et d'arriver à la conclusion que le pharaon Akhenaton et Oedipe n'étaient en fait qu'un seul et même personnage. Akhenaton, comme Oedipe, n'avait-il pas épouser sa propre mère ?

    Lancé sur cette piste , Velikovsky en vint à formuler sa thèse majeure du grand bouleversement cosmique qui aurait accompagné la fuite des juifs hors d'Egypte  le passage de la mer Rouge, les flots gigantesques qui déferlèrent sur les armées égyptienne, le nuage qui obscurcit le jour, la manne tombée du ciel...

    A la recherche de documents consolidant son hypothèse, Velikovsky trouva, par un heureux hasard, un ancien papyrus, oeuvre d'un sage égyptien du nom d'Ipuwer, mentionnant les catastrophes décrites par la Bible. 

    En 1939, Velikovsky vint s'installer aux Etats-Unis. Il consacra les cinq ans qui suivirent à un étonnant travail de recherche en bibliothèque pour se constituer une documentation solide. La question qu'il se posait était la suivante  qu'avait-il pu se passer dans le ciel pour entraîner de tels bouleversements ? L'explosion d' "autres" lunes qui comme le prétendait l'Allemand Hans Horbiger, tournaient autour de la Terre à une époque reculée ? Velikovsky délaissa cette thèse pour une piste beaucoup plus inintéressante.   

    Au cours de ses recherches, il s'était aperçu qu'avant le second millénaire les astronomes n'incluaient pas Vénus dans les planètes. Très intrigué, il en vint à se demander si cela ne signifiait pas tout simplement que cet astre, à une époque reculée, n'avait pas le comportement d'une planète. Il arriva à la conclusion qu'un objet de masse planétaire, auquel il donna le nom de "comète", s'était formé à l'intérieur du système de Jupiter. Cette "comète", qui devint plus tard la planète Vénus, avait croisé plusieurs fois la route de la Terre.

    A l'appuis de cette hypothèse, Velikovsky cite plusieurs documents de l'Antiquité qui, selon lui, font référence aux catastrophes qu’entraîne l'approche d'une comète  gigantesques tremblements de terre, éruptions volcaniques, villes rasées, pays entiers dévastés... Bref, tout ce que raconte la Bible.

    Mais l'histoire de la comète ne s’arrête pas là. Sept siècles plus tard, elle rencontra Mars, dont elle fit dévier la trajectoire, ce qui provoqua de terribles bouleversements sur cette planète, mais aussi sur la Terre. Arrêtée dans sa course par cette rencontre, la comète s'installa sur une orbite fixe et devint la plante Vénus 

    Velikovsky savait qu'il exposait une théorie nouvelle qui allait bouleverser toutes les notions acquise. Toutefois, comme ses hypothèses n'engageaient que lui, il espérait que les preuves qu'ils fournissait et le sérieux de sa documentation allaient ouvrir la voie à d'autres travaux. Avant la publication de son livre, il avait soumis le manuscrit à l'astronome Harlow Shapley. Il comptait beaucoup sur l'avis de cet homme qui, lui aussi, avait défié la science officielle en soulevant l'idée que notre système solaire se situait à la périphérie de notre galaxie, et non pas près du noyau, comme on l'admettait communément.

    Harlow Shapley se montra poli, mais répondit que, trop occupé pour lire le manuscrit, il préférait pour l'instant le confier à un de ses amis, le sociologue Horace Kallen. Il promit toutefois de lui faire parvenir l'analyse spectroscopique de l'atmosphère martienne et celle de Vénus, dont il avait besoin. 

    Horace kallen lut Monde en collision et se déclara très impressionné. ce livre était peut-être une hérésie, mais la thèse était audacieuse. Shapley, cependant, ne se laissa pas convaincre : selon lui, les fondements de la thèse de Velikovsky étaient "erronés". Shapley, prouvait par là sa mauvaise foi, puisqu'il n'avait pas lu l'ouvrage. De plus, il refusa de donner l'analyse spectrographique comme il l'avait promis.

    L'hostilité de Shapley envers Velikovsky ne se démentit plus. En janvier 1950 parut dans le magazine Harper un long article sur le livre qu'Eric Larrabee allait bientôt faire paraître. L'article provoqua un vif intérêt. Shapley adressa alors une bien curieuse lettre aux éditions Macmillan, où il félicitait ses dirigeants d'avoir décidé de ne pas publier le livre de Velikovsky, en ajoutant que nombre de ses collègues s'étonnaient qu'une maison aussi sérieuse puisse s'aventurer dans le domaine des sciences occultes. L'éditeur répondit qu'il était conscient de l’accueil réservé qu'allait rencontrer Velikovsky, mais qu'il estimait néanmoins qu'elle valait la peine d'être diffusée, car elle ouvrait la voie à de nouvelles recherches. 

    Irrité au plus haut point, Shapley menaça de quitter les éditions Macmillan si Mondes en collision était publié ; ouvrage qui, à l'entendre, n'était qu'un "tissu d'absurdités destinés à faire la fortune de son auteur".

    La maison Macmillan passa outre. Mondes en collision parut le 3 avril 1950. Le succès fut immédiat. Succès qui s'explique en partie par un vaste public de "fondamentalistes" américains, pour lesquels la Bible doit s'interpréter dans son sens littéral.

    A tous les fondamentalistes qui se précipitèrent pour acheter cet ouvrage, qui démontrait scientifiquement la réalité des "miracles" de la Bible, se joignirent tous ceux que l'aventure d'une théorie nouvelle enchantait. Et, du jour au lendemain, Velikovsky devint célèbre.

      Seul à refuser l'aventure intellectuelle, le monde savant en voulut terriblement aux éditions Macmillan d'avoir publié un ouvrage si peu classique. Les règlements de compte ne tardèrent pas. Gordon A. Water, directeur de la section d'astronomie au musée d'histoire naturelle de New York, fut renvoyé pour avoir osé dire que les savants se refusaient à considérer le livre de Velikovsky avec l'ouverture d'esprit nécessaire. James Putnam, l'éditeur qui avait pris la responsabilité de publier Mondes en collision fut lui aussi renvoyé.

    Cédant aux pressions d'éminents professeurs qui menaçaient de boycotter leur manuels si le livre de Velikovsky n'était pas retiré de la vente, Macmillan passa l'ouvrage aux éditions Doubleday, qui avaient l'avantage d'être moins connues. Rien n'y fit. Les ventes continuèrent à grimper régulièrement. Ce qui n'était pas fait pour calmer le monde savant !

    Fred Whipple, le successeur de Shapley à l'observatoire de Havard, exigea que son livre Terre, lune et planètes soit retiré de la vente si la maison Doubleday persistait à publier Mondes en collision. Heureusement, l'éditeur refusa de céder à ce chantage. Vingt ans plus tard, dans le Village Voice, Whipple nia être jamais intervenu de cette façon. Comment se fait-il alors que ces deux lettres figurent dans l'ouvrage de Norman Storer Velikovsky reconcidered ?

    Toute cette polémique étonna grandement Velikovsky, qui ne s'attendait pas à un tel déchaînement d'hostilité non déguisée. Tous ceux qui l'avait rencontré reconnaissaient en lui un chercheur sérieux et sincère. Loin de refuser la critique si elle était fondée, il ne faisait toutefois pour lui aucun doute que "quelque chose" s'était passé. Pourquoi le monde scientifique cherchait-il à nier une telle évidence ?

    Une seule solution se présenta à son esprit : trouver et accumuler des preuves supplémentaires pour défendre encore plus efficacement ses idées et forcer les hommes de science à les prendre en considération...

     

     


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  • Histoire comique des États et Empires de la Lune - Extrait

    " A l'ouverture de la boite, je trouvais dedans un je ne sais quoi de métal quasi tout semblable à nos horloges, plein d'un nombre infini de petits ressorts et de machines imperceptibles. C'est un livre à la vérité, mais c'est un livre miraculeux qui n'a ni feuillets ni caractères ; enfin c'est un livre où, pour apprendre, les yeux sont inutile ; on a besoin que d'oreilles. Quand quelqu'un donc souhaite lire, il bande, avec une grande quantité de toutes sortes de clefs, cette machine, puis il tourne l'aiguille sur le chapitre qu'il désire écouter, et au même temps il sort de cette noix comme de la bouche d'un homme, ou d'un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent, entre les grands lunaires, à l'expression du langage. "

    « Lorsque j’eus réfléchi sur cette miraculeuse invention de faire des livres, je ne m’étonnai plus de voir que les jeunes hommes de ce pays-là possédaient davantage de connaissance à seize et à dix-huit ans que les barbes grises du nôtre ; car, sachant lire aussitôt que parler, ils ne sont jamais sans lecture ; dans la chambre, à la promenade, en ville, en voyage, à pied, à cheval, ils peuvent avoir dans la poche, ou pendus à l’arçon de leurs selles, une trentaine de ces livres dont ils n’ont qu’à bander un ressort pour en ouïr un chapitre seulement, ou bien plusieurs, s’ils sont en humeur d’écouter tout un livre : ainsi vous avez éternellement autour de vous tous les grands hommes et morts et vivants qui vous entretiennent de vive voix. »


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  • Michael Kane, un physicien américain, invente un transmetteur de matière. Mais l'appareil se dérègle... Il est projeté sur la planète Mars où héros et barbares s'affrontent en des combats terribles ! L'épée de Kane trace un chemin sanglant ! Géants bleus, monstres voraces, princes pervers des cités décadentes, rien ni personne ne peut l'arrêter car il est à la recherche de sa bien-aimée, la princesse de Varnal, la belle Shizala !

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    En introduction de ce cycle, Moorcock explique qu'il a appris le métier en se mettant dans les pas de Burroughs, le créateur de Tarzan et du "Guerrier de Mars", dont il est redevable pour la simplicité et l'efficacité de sa technique d'écriture.

    Les deux premiers romans du cycle "La Cité de la bête" et "Le Seigneur des araignées" racontent plus ou moins la même histoire ; il sauve la princesse à mainte reprise dans La Cité de la bête et, de retour sur Terre, il construit un nouveau transmetteur et traverse le temps et l'espace afin de rejoindre Shizala sur la planète Mars. Dans "Les Maîtres de la fosse", dernier volet de la trilogie, et le plus originale et le meilleur des trois, nous le retrouvons marié et devenu prince de Varnal. Il doit chercher un remède à une épidémie qui décime son peuple d'adoption.

    Au fil du cycle, les obstacles et les dangers vont crescendo. Géants bleus, monstres aux pieds velus, princes vicieux de cités pourries par la luxure, animaux trangéniques, guerriers fous, conquérants démoniaques, tous les ingrédients de l'héroic fantasy sont bel et bien présent.

    De l'aveu de l'auteur, il ne faut pas chercher autre chose dans ces trois romans que l'évasion, le délassement. Il est vrai que tout concourt  une lecture facile et rapide.      

     


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    Les enfants rois du récit de Bernard Lenteric sont les sept enfants les plus intelligents du monde, rien que ça. Ils ont réussi avec brio les épreuves conduites par Jimbo Farrar dans le plus grand secret depuis plusieurs années, et seul celui-ci peut concevoir l’importance de ses résultats. Jimbo Farrar, lui-même désigné comme un homme d’une très grande intelligence, se prendra de pitié pour ces sept petits génies qu’il sait inévitablement condamnés à la solitude parce qu’ils ne peuvent supporter les esprits limités de ceux qui les entourent. C’est pourquoi, toutes les années, il fera une brève apparition dans leur vie pour leur rappeler qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils seront bientôt réunis pour former l’entité la plus intelligente de ce monde. Ceci se produira avec l’ouverture d’une école qui, au terme du programme, regroupera quelques centaines d’enfants parmi ceux ayant obtenus les meilleurs scores aux épreuves.

    Le viol et le passage à tabac de l'un d'entre eux va mettre le feu aux poudres. A partir de ce moment-là, la belle mécanique imaginée par Jimbo Farrar se détraque et les sept petits génies, une fois regroupés, deviennent aussi hargneux et crétins qu'une bande de hyènes décidées à tout décimer sur leur passage, à la différence près que leur meilleure arme sera leur intelligence hors du commun.

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    Ce livre nous plonge dans l'univers extraordinaire des surdoués. Bien que l'on sache que les sept ne sont pas fréquentables, ils restent néanmoins attachants. L'histoire est captivante avec beaucoup de suspense et l'humour n'y est pas absent.

    La nuit des enfants rois est aussi un roman sur l'adolescence et ses conséquences sur le passage à l'âge adulte. Ils sont au cœur d'une violence générée par leur changement caractérisé par le passage de l'adolescence. Cette période sera marquée par une haine destructrice qui va les mener jusqu'au meurtre. Ce passage, considéré généralement comme difficile, est ici amplifié jusqu'à être complètement destructeur. Ce traumatisme généré par une nuit de violet d passage à tabac déclenche ce processus de destruction. Mais bien qu'ils tuent froidement, ils restent humains. Cela peut paraître paradoxale mais c'est ainsi.

    La narration nous permet de suivre l'évolution de ces enfants, comprendre ce qui fait qu'ils deviennent ce qu'ils deviennent. Nous suivons dans des chapitres court mais prenant, leurs plans ainsi que leurs raisonnements malins et intelligents. Une constatation s'impose : ils sont intelligents, cruels, et impitoyablement logique dans leurs raisonnement. 

    Un message effrayant, une enquête terrifiante, un grand suspense et un bon moment de lecture. 


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  • Albert Jons Morrison est un neurophysicien américain rejeté par ses collègues qui n'acceptent pas ses théories et le prennent pour un fou. Mais les russes le considèrent comme l'homme de la situation pour les aider à mener à bien un projet menacé d'être supprimé par le gouvernement soviétique en l'absence de résultats immédiats. Or Chapirov, le neurophysicien russe à l'origine de cette recherche, se trouve dans le coma.

    Devant le refus de A. J. Morrison de coopérer avec eux, les russes l'enlèvent et l'emmènent en URSS. Leur but : demander à celui-ci d'aller récupérer les pensées de Chapirov à l'intérieur du cerveau de celui-ci. A contrecœur Morrison sera membre d'une équipe d'expédition russe qui sera miniaturisée avec un sous marin, puis introduite dans les cellules nerveuses en question...

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    Isaac Asimov n'aimait pas trop le "Voyage fantastique" qu'il avait écrit sur commande sur base du script du film. En 1987, il a donc décidé de faire son propre voyage dans le corps humain : Destination cerveau

    Le film "Le Voyage fantastique" remporta l'Oscar des Meilleurs effets spéciaux visuels et celui des Meilleurs décors. Il fut également nominé pour la Meilleure photo, Meilleurs effets spéciaux sonores et meilleur montage. Il fut aussi nominé au pris Hugo de science-fiction. Mais parlons du livre...

    D'emblée, Destination cerveau se distingue par sa taille : là où l’original faisait environ 250 pages, le remake en fait 500. Il est plus fouillé, plus exacte scientifiquement et les personnages sont plus travaillé. La progression est lente du à un bavardage propre à Asimov. Ce roman peut être qualifier de hard-science, mais le grand talent d'Asimov est de rendre particulièrement digeste tout ses écrits et "Destination cerveau" ne fait pas exception à la règle. La majeure partie des descriptions et explications données par Asimov servent parfaitement le récit du voyage, passant au crible, toutes les interrogations et incohérences qui pourraient amener la technologie de la miniaturisation.

    L'idée est géniale, le texte a été créé en 1986, et est quasi visionnaire : la justesse dans la description des neurone, de la liaison synaptique, la reconnaissance électromagnétique des structures moléculaires... pensons que tout cela se passe à chaque seconde en chacune de nos cellules et qui nous permet d'être en vie.  

     


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