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    Si les fantômes sont les esprits des morts, comme beaucoup le croient, comment peut-on expliquer les apparition « sans âme » - celle de animaux et des objets inanimés – qui ont été vues par maintes personnes dignes de foi ?

    Pour ce qui est des animaux, il nous semble que l’explication est possible et acceptable aujourd’hui que l’« effet Kirlian » est admis. Cet effet est ni plus ni moins ce que les ésotéristes nommaient jadis – et nomment encore – l’aura, c’est-à-dire cette luminosité mouvante qui entoure tous les êtres vivants, même les végétaux . Elle est régulièrement photographiée et même cinématographiée, en noir et en couleur. Or, cette aura peut demeurer après la mort. Les animaux en possèdent une comme nous , il peut donc, après la mort, se manifester un fantôme tout comme pour un être humain.

    Mais, où la logique nous semble en défaut, c’est lorsqu’il se montre ce qu’on est bien obligé de nommer aussi un fantôme, mais qui est l’apparition, la résurgence d’un objet inanimé, d’un objet normalement sans aura, comme ce fut le cas avec un autobus londonien, aux environs des années trente.

    C’était un grand autobus rouge, portant le numéro 7, qui harcela les automobilistes dans le secteur de Kensington Nord. Le point de jonction du boulevard Saint-Marc et des jardins de Cambridge, dans cette zone, passe depuis longtemps pour un coin dangereux – il est « aveugle », c’est-à-dire invisible en venant de l’une comme de l’autre des deux artères – et il a été la cause de nombreux accidents.

    La décision de l’autorité locale de redresser la courbe fut en partie influencée par le témoignage des automobilistes, roulant à une heure avancée de la nuit, qui prétendaient avoir dû faire un brusque écart, à la jonction des deux voies, pour éviter un bus à impériale qui descendit à toute vitesse le boulevard Saint-Marc aux première heure du matin, longtemps après la fin du service des autobus régulier…

    Un rapport à la police de Kensington disait : « Je tournais le coin quand j’ai vu un bus fonçant sur moi. Les lumières des deux étages et les feux avant éclairaient à plein, mais je n’ai pu voir aucune trace ni d’employés ni de passagers. J’ai braqué violemment et je suis monté sur le trottoir, après avoir raclé le bord. Le bus, à ce moment précis, s’est évanoui… »

    A la suite d’un accident fatal, au cours duquel un conducteur avait fait un écart et heurté le mur d’en face, un témoin oculaire dit à l’enquête du magistrat qu’il avait vu le mystérieux autobus foncer sur l’auto avant que le conducteur ait pris le virage. Lorsque le magistrat mit en doute cette affirmation, des douzaines d’habitant du quartier écrivirent à son bureau et au journal local en offrant de témoigner qu’ils avaient bel et bien vu l’autobus fantôme.

    Parmi les plus impressionnant de ces témoignages, il y eut celui d’un employé de la compagnie qui prétendit avoir vu le véhicule rentrer au dépôt des autobus aux premières heures du matin, s’arrêter moteur ronflant pendant un moment, et ensuite disparaître…

    Le mystère ne fut jamais résolu, mais il est peut-être significatif que le bus fantôme ne fut plus jamais revu après que le danger du virage à angle aigu eut été supprimé, et l’on suggéra que la vision était « projetée » à l’endroit même pour dramatiser le danger inhérent à l’intersection des voies . S’il en était ainsi, par qui se faisait cette « projection » ? Serait-ce dans l’esprit des automobilistes eux-mêmes, serait-ce une projection naturelle de leur peur au virage ? S’il en était ainsi, comment s’y prenaient-ils pour la superposer sur la vision des passants ? Et que valait le témoignage de l’employé du dépôt des us qui avait vu le véhicule fantôme d’un angle entièrement différent ?

    Enfin, si les apparitions sont des manifestations d’esprits désincarnés, si un fantôme est l’âme d’un mort, revenue sur terre, quelle explication peut-on trouver pour justifier des autobus fantômes et, du même coup , leur ancêtres, les voitures fantômes, qui tiennent une si large place dans le folklore ?

    La saga des esprits est parsemée d’histoire d’objets inanimés apparaissant soudainement au sens des observateurs, depuis l’accordéon fantôme qu’on a porté au crédit de Daniel Dunglas Home, le grand médium écossais du siècle dernier, jusqu’au poignard de Macbeth. Dans ce dernier cas, William Shakespeare, écrivant à une époque plongée dans la superstition, semble avoir été aussi au courant de l’anomalie des objets spectres qu’il l’était de presque tout autre domaine de l’expérience humaine : Es-tu ô poignard fatal, sensible au toucher comme à la vue, ou n’es-tu qu’un poignard de l’esprit, une fausse création, née du cerveau écrasé de chaleur ? »

    Une des histoires d’apparitions absolument sans âme les plus convaincantes se trouve rapportée dans le Journal de la Tour de Londres, un endroit qui, selon la croyance populaire, est saturé de spectres. L’homme qui écrivit le compte rendu de ce qu’il avait vu un dimanche soir du mois d’octobre 1817 était Edmond Lenthal Swifte, qui fut le gardien des bijoux de la couronne, de 1814 à 1842, soit pendant 28 ans.

    Laissons-lui la parole : « J’étais en train de souper avec ma femme, notre petit garçon et la sœur de ma femme dans le salon de la Maison aux Joyaux, qui a la réputation d’avoir été la triste prison d’Anne Boleyn et des dix évêques qu’Olivier Cromwell logea « pieusement » ici…

    « Les portes étaient toutes fermées, des rideaux lourds et sombres étaient accrochés du haut en bas des fenêtres, et la seule lumière dans la pièce était celle de deux chandelles sur la table. J’étais assis au bas de cette table, mon fils à ma droite, ma femme en face de la cheminée, et sa sœur du côté opposé. J’avais offert un verre de vin et d’eau à ma femme, quand, en le portant à ses lèvres, elle s’arrêta et s’exclama : « Bon Dieu ! Qu’est-ce que c’est que ça ? » Je regardais et vis un objet cylindrique, comme un tube de verre, quelques chose à peu près de l’épaisseur de mon bras et qui se balançait entre le plafond et la table. Son contenu avait l’air d’un fluide dense, blanc et azur pâle, roulant et se mélangeant sans cesse à l’intérieur du cylindre.

    « Cela dura environ deux minutes, jusqu’au moment où cela à commencer de se déplacer devant ma belle-sœur, puis, en suivant la longueur de la table, devant mon fils et moi-même. Passant derrière ma femme, l’objet s’arrêta un instant sur mon épaule droite. Aussitôt, elle se recroquevilla sur elle-même, et, couvrant son épaule de ses deux mains, elle poussa un cri : « Oh !mon Dieu ! Il m’a saisie ! »

    « Encore maintenant, en l’écrivant, je ressens l’horreur de cet instant. J’empoignait ma chaise et frappai sur l’apparition d’un coup qui atteignit la boiserie derrière ma femme. Alors, l’objet traversa le haut de la table et disparut dans le recoin de la fenêtre. »

    Toujours au crédit des fantômes sans âmes, il y a lieu de mentionner la tragique mésaventure du soldat qui mourût de peur à la vue d’un énorme ours noir . Il était de faction, aux alentours de minuit, à l’extérieure de cette même Maison du Joyau, quand il entendit un grognement guttural derrière lui. Se retournant, il vit la bête, dressée sur ses pattes de derrière, ses crocs découverts, ses yeux rouges de rage et ses griffes tendues vers lui. Le soldat enfonça sa baïonnette dans le ventre de l’animal : la pointe le traversa complètement… et l’apparition disparut. Cela se passa quelques années après la mésaventure de la famille Swifte.

    Quelques instants plus tard, une patrouille trouva le soldat sans connaissance, sa baïonnette fichée dans le bois de la porte. Il fut emmené, encore inconscient, à la salle de garde, où un médecin déclara qu’il n’était ni ivre ni endormi. Le matin suivant, ce fut justement Swifte qui l’interrogea . A plusieurs reprises, il raconta son étrange histoire et, au bout de trois jours, il mourut…

    Il y a quelque trois cents ans, la Tour renfermait une ménagerie royale, et parmi les animaux recensés il y avait un grand nombre d’ours. Comme il ne subsiste aucun compte rendu d’une quelconque autopsie du soldat, le fait qu’il soit mort trois jours après sa dramatique expérience pourrait laisser supposer qu’il était déjà malade sans le savoir, et que l’apparition n’était pas autre chose qu’une hallucination causée par sa maladie. D’autre part, des fantômes animaux ne sont pas inadmissible : ils apparaissent exactement comme dans la vie. Le fait que l’homme a perdu la plupart de ses instincts primitifs, tandis que les bêtes ont gardé le leur, peut aussi nous aider à comprendre leur rôle paranormal, inexpliqué jusqu’ici…

    Les histoires de chiens fantôme sont communes aux Etats-Unis, en Europe et dans plusieurs endroits d’Afrique. Chevaux, bétail et même moutons, à l’état d’ »esprits » ont leur place dans le folklore. Bien que, comme dans tous les contes populaires, les récits de leur apparitions aient, sans doute, été dénaturés dans la transmission orale au cours des siècles, quelques-uns d’entre eux gardent une étrange force de conviction.

    En 1908, la Société britannique de recherche psychique fit des enquêtes approfondies et complètes sur l’apparition de ce qui semblait être un porc fantôme dans le village de Hoe Benham, près de Newbury, dans le Berkshire.

    Voici les faits : le 2 décembre 1907, deux jeunes gens, nommé Oswald Pittman et Reginald Waud, étaient en train de peindre dans le jardin de leur maison, la villa Laburnum. A 10 heure du matin, Pittman se leva pour parler au laitier, et vit son amie Miss Clarissa Miles, qui montait le sentier. Elle venait rejoindre les deux hommes pour une séance de peinture. L’accompagnant comme son chien favori, il y avait un grand porc blanc, avec un groin d’une longueur anormale. Quand Pittman en parla à Waud, celui-ci lui demanda de dire à Miss Miles de laisser l’animal dehors et de fermer soigneusement la porte du jardin : Waud était un passionné de jardinage et il ne désirait nullement que cet animal allât lourdement errer au milieu de ses plantations.

    Cependant, quand la jeune fille parvint près d’eux, elle était seule et elle démentit toute connaissance de l’animal. Si une telle bête l’avait suivie, fit-elle remarquer, elle aurait sûrement entendu ses grognements… Néanmoins, elle et Pittman firent en sens inverse le chemin sur le sentier, interrogeant plusieurs enfants sur le parcours, leur demandant s’ils avaient vu un porc ce jour-là : aucun d’eux n’en avait aperçu.

    Le lendemain matin, le laitier, pressé par un Pittman énervé, signa une déclaration comme quoi il n’avait pas vu de porc, et il fit de plus remarquer que l’endroit était en quarantaine à cause de la fièvre porcine et que tout animal errant était abattu…

    Pittman et Waud vinrent à Londres pendant quelques mois. C’est là qu’ils eurent l’occasion de raconter l’étrange incident à un membre de la S.P.R.

    A leur retour en février à Hoe Benham, l’histoire de l’apparition à Pittman s’était largement répandue. Perdant leur réserve naturelle, les gens du village les inondèrent d’histoires de fantômes, antérieures au cochon de Pittman. Tous faisaient remonter ces apparitions au suicide d’un fermier du nom de Tommy Kinh, don’t la ferme était proche du sentier. La recherche dans les archives de la paroisse fit découvrir deux Tommy King, l’un mort en 1741 et l’autre en 1753, mais sans rien qui révélât lequel s’était suicidé. On dut se contenter du témoignage d’un vieillard , du nom de John Barrett : c’était en 1850, alors qu’il n’était que petit garçon.

    Tandis qu’il rentrait avec sept ou huit hommes sur une charrette de foin, la voiture longeait le sentier au cochon. Ce n’est pas un porc qu’il vit, mais une « chose blanche » qui apparut dans l’air. Tous les hommes l’avaient vues, et les chevaux aussi de toute évidence, car ils devinrent bizarres. La chose se mit à monter et descendre, et les chevaux à renâcler, jusqu’à ce que la voiture eût atteint le voisinage de la Ferme du Roi moment où la vision s’évanouit. En 1873, au même endroit, Barrett avait vu une créature, « comme un mouton », piétinant l’herbe de la sente. Il lui lança un coup de bâton, mais le mouton disparut avant que le bâton l’eût atteint.

    La sensibilité des animaux, en particulier chat et chien, au phénomènes paranormaux est presque un truisme. Le docteur Robert Morris, du Kentucky, parapsychologue qui employa des animaux comme « contrôles » de ses expériences dans les années soixante, a raconté ses recherches dans une maison hantée, dans une pièce de laquelle avait eu lieu une tragédie. Il se servit d’un chien, d’un chat, d’un rat et d’un serpent à sonnette.

    On y a fait pénétrer le chien de force. Il ressort aussitôt et refuse d’y rentrer. Le chat, qui est dans les bras de son maître, s’en échappe, lui saute sur les épaules, puis à terre, se dirigeant vers une chaise vide, autour de laquelle, pendant plusieurs minutes, il siffle, il crache, hérisse ses poils. Quand au serpent, il se met aussitôt en posture d’attaque, fixant la même chaise que le chat. Au bout de deux minutes, il avance lentement la tête vers une fenêtre, puis revient en arrière et se remet en posture d’alerte pendant quelques cinq minutes.

    Seul le rat n’eut aucune réaction. Les quatre animaux furent testés dans une autre pièce, un peu plus tard, et leur comportement fut normal.

    Dans le monde ténébreux des apparitions, personne, pas même le chercheur psychique le plus éminent, ne sait tout à fait quelle en est la cause. Ce que nous avons, c’est qu’elles ne se limitent pas aux êtres humains. Les fantômes aussi bien des animaux que des objets inanimés ont été enregistrés avec lucidité au fil des années, jusques et y compris l’âme d’un autobus de Londres…


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  • Les Empires perdus de l’Asie

    Les civilisations perdues laissaient derrière elle des traces passionnantes. L’histoire a montré que le processus d’extinction d’une civilisation est graduel pour peu que les populations concernées soient assez nombreuses. De plus, la tendance naturelle de l’homme face au désastre est de se raccrocher à sa maison et à ses biens le plus longtemps possible et de ne les abandonner que lorsqu’il n’existe plus d’autres solutions.

    Alors, pourquoi ces disparitions brutales ?

    L’invasion et la conquête sont les événement les plus susceptibles d’entrainer un exode brutal. Elles ont certainement joué un rôle dans la « disparition » du peuple d’Angkor, la capitale de l‘empire khmer d’Indochine, et ont également contribué à la ruine de la civilisation de l’Indus, qui se concentrait autour de Mohenjo-Daro et Harappa.

    La civilisation de l’Indus, extrêmement ancienne, est la moins conne. Elle remonte aux environs de 2 500 ans avent J.-C., ce qui la met, après la Mésopotamie, la Chine et l’Egypte, au rang des plus anciennes civilisations du monde. Elle a vu les débuts de l’agriculture dans la péninsule indienne.

    Comme les Khmers à Angkor, les peuples du bassin de l’Indus avaient organisé son existence et fondé son développement économique sur le système de drainage et d’irrigation élaboré. Les canaux d’irrigation et les retenues d’eau, comme les villes elles-mêmes étaient en briques. La dimension des briques était standard, non seulement à Mohenjo-Daro et Harappa, distants de 650 km, mais aussi en d’autres lieux le long des affluents du Gange à l’est, vers la côte méridionale de l’Inde. Cela montre bien la puissance et le rayonnement de cette civilisation. Les poids et mesures étaient aussi normalisés, indiquant qu’un gouvernement central avait juridiction sur ce vaste territoire.

    Il s’agissait d’une civilisation très raffinée. Elle possédait un système sanitaire complexe dans lequel chaque maison était raccordée à un réseau d’égout en briques. Ces deux cités sont, de toute évidence, l’oeuvre d’esprits ordonnés car elles sont bâties selon un plan quadrillé, les rues principales orientées nord-sud, les rues secondaires est-ouest. Le tour du potier était en usage et on y cultivait le coton.

    On a estimé à 35 000 habitants la populations de chacune des villes, ce qui met en évidence le haut niveau de développement de ces cités, fondé en partie sur le commerce, non seulement avec l’intérieur mais aussi l’extérieur.

    On a en effet retrouvé des traces du commerce pratiqué par les sociétés de l’Indus jusque dans le golfe Persique. Les voyages s’effectuaient probablement en logeant les côtes, mais l’entreprise atteste néanmoins du dynamisme et des qualités de marins de ces peuples. Les navires de commerce devaient relâcher dans le bassin de briques de Lothal, à 720 km au sud-est de Mohenjo-Daro, au fond du golfe de Cambay qui fait maintenant partie de l’Etat de Gujerat.

    Le bassin de Lothal était relié par un canal de 4 km à la rivière Narmada. Il faisait 23 mètres de long et 3 mètres de large. On a retrouvé à Lothal les pierres d’ancrage de grands bateaux, ainsi que des milliers de sceaux pour imprimer dans de l’argile : ils servaient, semble-t-il, a marquer les marchandises. Beaucoup de ruines, en particulier à Harappa, sont en très mauvais état et beaucoup d’autres restent encore à exhumer. L’écriture primitive doit être déchiffrée.

    La plupart de nos idées sur la civilisation de l’Indus ne sont donc que des hypothèses. Ceci inclut bien sûr les explications concernant sa fin. Des signes évidents indiquent que celle-ci survint soudainement à Mohenjo-Daro. Dans l’une des maisons, on a retrouvé treize squelettes d’hommes, de femmes et d’enfants, dont deux paraissent avoir été tué avec une hache ou une épée. Deux autres ont été découverts près d’un puits publics et trois autres encore dans une ruelle voisine. Neuf squelettes, dont ceux de cinq enfants, ont été retrouvés gisant dans des postures qui prouvent que la mort a été donnée avec violence.  

    Fait révélateur dans cette tragique histoire, les Aryens, que l’on tient le plus souvent pour responsables, possédaient des armes de bronze qui peuvent bien avoir causé les sévices dont on remarque les traces sur certains des squelettes. Les peuples de l’Indus n’avaient pas de métaux, ce qui leur donnait un énorme désavantage dans la bataille. Néanmoins, la supériorité des armes n’est pas toujours un facteur déterminant dans une guerre et d’autres traces archéologiques permettent de penser que les envahisseurs ont pris possession d’une cité déjà sur son déclin.

    Mohenjo-Daro et Harappa étaient pourvus de systèmes de défense : des citadelles très fortifiées surmontées de tours de guet. Cependant, certains savants sont convaincus que les quelques monuments moins bien conçus et moins bien réalisés suffisent à montrer qu’il y avait affaiblissement du gouvernement central et par conséquent de l’organisation de la défense. A cette époque, la civilisation de l’Indus a pu voir sa fin précipitée par le défrichement qui entraina à l’érosion et le dessèchement des sols.

    La cuisson des briques de construction des cités de l’Indus nécessitait beaucoup d’arbres pour alimenter les fours. Aux environs de 1750 avant J-C, après quelque 750 ans, il se peut bien que ce processus soit allé trop loin. Il est maintenant bien connu que réduire la quantité d’arbres au-dessous d’un certain niveau altère la fertilité des sols et, avec elle, la superficie des terres cultivables. Si cela s’est effectivement passé dans le bassin de l’Indus, ce ne sera ni la première ni la dernière fois que les êtres humains auront commis un suicide écologique.

    Une mauvaise gestion des ressources naturelles a pu jouer également un rôle dans la disparition mystérieuse de la société médiévale cambodgienne d’Angkor. Nous avons des indices beaucoup plus abondants et précis concernant Angkor, mais de nombreux mystères entourent encore sa chute.

    Fondée au IXe siècle, Angkor fût une puissance influente et fabuleusement riche pendant près de 600 ans. Ses ruines conservent encore la marque de la grandeur Khmère. Le temple d’Angkor Vat et ses énormes tours en forme de boutons de lotus émergent encore de la jungle pour stupéfier les visiteurs. Ses dimensions seules sont écrasantes : 1 500 mètres sur 1 200 mètres. Mais la beauté de ses terrasses et de ses pavillons, son fossé large de 60 mètres empli de nénuphars, de fleurs de lotus, d’orchidées sauvages et autres fleurs, ses bas-reliefs et ses sculptures, tout ceci abasourdit. Les vestiges de quelque 600 autres temples ont été retrouvés autour du temple principal et au fond de la jungle gisent les ruines de la capitale khmère, Angkor Thom, ceint d’un mur de 13 km.

    Plus dégradée qu’Angkor Vat qui fut entretenu par les moines bouddhistes errants depuis son abandon. Angkor Thom possède encore des merveilles : la grille d’entrée et la terrasse royale, une pléthore de magnifiques sculptures et la terrasse de l’Eléphant, sur laquelle est sculptée une procession d’éléphants longue de 400 mètres.

    Cependant, depuis l’époque où Henri Mouchot, naturaliste français, découvrit par hasard Angkor, en 1861, la cité fut abandonnée et négligée, reprise rapidement dans l’étau des broussailles et les racines énormes. Que lui est-il donc arrivé ?

    Une partie du processus historique est connue. Angkor est tombée aux mains des Siamois en 1431. Le siège d’Angkor dura sept mois et les destructions et meurtres perpétrés par les Siamois quand elle se rendit furent le dernier acte d’une longue série de coup portés par les voisins belliqueux des Khmers. Cependant, d’autres événements participèrent à sa chute et leur interaction affaiblit Angkor au point d’en faire une proie facile : les querelles sanguinaires entre les membres de la famille royale, une pénurie de riz, l’affaiblissement économique dû au manque d’entretient du système d’irrigation, les crues du Mékong, l’érosion et le dessèchement des sols, la trahison d’un certain nombre d’Etats vassaux de l’empire Khmer.

    Selon une théorie largement répandue, les Siamois revinrent à Angkor l’année suivante en 1432, pour se constituer un plus gros butin t trouvèrent la cité déserte. La population qui avait survécu après l’attaque de 1431, comptait environ un million de personnes, avait apparemment disparu dans la jungle environnante. Cette désertion est l’un des grands mystères sur lesquels se penchent encore ceux qui étudient l’histoire Khmère.

    Des recherches ont montré que les Khmers avaient l’habitude de quitter leurs villes quand elles ne leur convenaient plus. Les raison données pour l’abandon d’Angkor, en dehors de la crainte d’une nouvelle agression de la part des Siamois, font place à une épidémie, à une révolte d’esclaves, à l’impossibilité pour une économie ruinée d’entretenir une noblesse dépensière et des temples, à l’affaiblissement de la volonté entrainé par l’enseignement des doux et fatalistes prédicateurs bouddhistes.

    Ce n’était pourtant pas une mince affaire pour des milliers de personnes que de s’abandonner soudain à la jungle et aux animaux prédateurs qui la peuplent. Il n’était pas davantage facile à de bouddhistes fervents de commettre le sacrilège d’abandonner les temples de leurs dieux et leur profusion d’image religieuse. L’hypothèse avancée par John Audric est que ces obstacles religieux ont perdu de leur pouvoir avant même que le désespoir fût assez grand pour chasser les khmers d’Angkor.

    Selon Audric, l’abandon d’Angkor n’a pu se faire en une année. Il suggère que les Siamois ne sont pas revenus en 1432 mais beaucoup plus tard et que la famille royale Khmer est restée à Angkor avec les prêtres bouddhistes jusque vers 1433. Pendant ces deux années au moins, des efforts vigoureux auraient été fait pour réparer les épouvantables dommages causés par les Siamois au système d’irrigation. La culture sèche, le défrichage de la jungle pour la mise en culture permirent de réaliser un approvisionnement d’urgence en riz. Ces méthodes se révélèrent toutefois inadaptées et les problèmes d’Angkor se virent ensuite aggravés par les fléaux naturels – inondations dévastatrices, épidémie de malaria – et par un violent soulèvement parmi les esclaves. Bien que la rébellion fût maitrisée, le chaos qui en résulta et le désespoir étaient trop grands pour que la vie continuât à Angkor.

    Ce fut alors, soutient Audric, que les Khmers s’en allèrent, dans un premier temps à Bassac (Maintenant Laos) puis près de Phnom Penh, l’actuelle capitale du Cambodge. Ils construisirent un palais royal surmonté d’une tour en forme de cloche typique du sud-est asiatique, sur une montagne, où les Khmers bâtissaient traditionnellement des temples. Il est significatif que Phnom Penh date de 1434, alors qu’un roi nommé Pohea yat y installait sa capitale. Les arguments d’Audric paraissent fondés. Il semble qu’il y ait eu un bref retour du roi Khmer Baron Peachen II à Angkor au XVIIe siècle mais les Khmers s’en retournèrent bientôt à Phnom Penh.

    Les recherches futures pourront peut-être lever le mystère de l’abandon d’Angkor. Elles mettront peut-être en évidence que les fouilles n’on pas été aussi minutieuses que l’estiment généralement les savants. Peut-être quelques Khmers, en nombre très réduit, se sont-ils repliés en cet endroit après que les Siamois eurent achevé leur travail de destruction en 1431. Cependant, dans l’état actuel de notre savoir, l’énigme demeure.

      

     

     


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  • Dark tourism

    Les touristes n'en restent pas moins fascinés par toutes les tragédies qui nourrissent l'histoire des régions Écossaises. Et les agences de voyage l'on bien compris. Les propositions de "ghost tours" fleurissent un peu partout. A Edimbourg, elles sont des dizaine à invoquer les contes sordides pour attirer les chalands : " Partez à la découverte d'endroits devenus légendaires pour leurs meurtres, monstres et carnages !", "Vous entendrez des histoires de sang et de violence "... Un phénomène que le professeur John Lennon, spécialiste du tourisme à l'université de Glasgow, a baptisé le "dark tourism", basé sur une fascination pour les lieux associés à la mort et aux atrocités. Cet attrait morbide semble concerner tous les publics : la plupart de ces macabres balades sont accessibles aux enfant dès l'âge de cinq ans, qui adorent se faire peur dans des ambiances dignes d'Halloween, avec guides costumés et fantômes de carton-pâte. Un véritable business de l'effroi. Mais attention : en Ecosse, on ne plaisante pas top avec les fantômes. On vit avec eux. Richard Falconer organise des visites des lieux historiques de St Andrews, petite ville qui, avec ses deux cents spectres, serait la plus hantée du monde. 

    Cet enfant du pays est un passionné. Depuis trente ans, il a collecté des centaines de témoignages sur les phénomènes paranormaux de la région. Et ce n'est pas le seul guide qui prenne au sérieux ces apparitions. Sylvie Havart a publié en 2014 "L'Ecosse hantée, guide à l'usage de chasseurs de fantômes", un voyage à travers l'histoire et les légendes de ces sombres bâtisses écossaises. Lors de ses nombreux périples, elle a eu l'occasion d'échanger avec les employés des sites historiques. Beaucoup disent avoir entendu des bruits de pas, des sanglots, ou même avoir vu des guéridons se renverser. Des conditions de travail particulières, qui peuvent être mal vécues :
    " Il n'est pas rare, lors d'une visite, raconte-t-elle, de voir un guide mal à l'aise rester sur le seuil d'une pièce. 
    J'ai même rencontré une femme si terrifiée après un an et demi de service qu'elle avait décidé de quitter son emploi. "

    Les impressions des touristes sont, elles aussi, troublantes :
    "Les manifestations sont souvent les mêmes, poursuit Sylvie Havart. Les batteries des appareils photos et des portables se déchargent d'un coup, on ressent un sentiment d'oppression et de malaise, une soudaine tristesse, voire, assez fréquemment, des nausées. Je pense être quelqu’un de plutôt rationnel. Il n'en demeure pas moins que j'ai vécu des expériences que je ne m'explique toujours pas. "

    En 2008, alors qu'elle passait la nuit dans une tour de Dalhousi Castle, au sud d'Edimbourg - un endroit supposément hanté par une "dame grise" autrefois emmurée dans les épais murs du château -, Sylvie Havart eut la frayeur de sa vie : " Dans la nuit, j'ai entendu gratter à plusieurs reprises à la porte qui séparait la chambre de la salle de bain. Lorsque j'ai allumé, j'ai vu la poignée tourner lentement ", raconte-t-elle. mais lorsque, les genoux tremblants, elle est allée ouvrir, la pièce était vide !   

     

     

     

     

     


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