• Un fantôme ne meurt jamais. En Asie de l'Est et du sud-Est, les histoires d'épouvante ont traversé les époques et les fantômes ont dépassé le cadre moral et explicatif de l'art religieux. Leur iconographie s'est construite dans les formes d'expression plus profanes de la culture populaire. Le retour d'un défunt parmi les vivants résulte souvent d'un destin brisé de manière violente ou anormale et qui va chercher à s'accomplir après la mort. 

    Pour la philosophie bouddhique, toute existence est provisoire. Les enfers sont donc un purgatoire où les défunts expient leurs fautes sous la torture avant de rejoindre le cycle des réincarnations. Les rouleaux illustrés du Sûtra des Dix Rois, retrouvés à Dunhang et datés du Xe siècle restent les plus anciennes représentations connues des enfers. Les moines les utilisaient lors de rituels funéraires pour expliquer le devenir de l'âme dans l'au-delà. La vision des enfers est pédagogique et libératrice. Elle enseigne la loi du Karma, selon laquelle la condition de chaque être, dans cette vie et les suivantes, résulte de ses actes passés. 

    Dans la cosmologie chinoise, le monde humain reflète le monde céleste divin et son administration impériale. Selon le même principe d'analogie, les enfers souterrains reproduisent le système judiciaire médiéval.
    En Asie du Sud-Est, les manuscrits religieux, peintures murales des temples, rouleaux peints détaillent les tortures, comme la fameuse scène de l'arbre à épines auxquels les coupables d'adultère doivent grimper sans relâche en subissant les attaques de démons, de corbeaux et de chien. En Thaïlande, deux autres sources écrites inspirent les représentations des enfers : le traité de cosmologie des Trois Mondes et le récit extracanonique du " Voyage du moine Phra Malai ". La religion populaire associe les Trois Mondes aux enfers, à la terre et au Paradis, soutenus par le mont Meru. Cependant, d'après le texte, ces trois niveaux correspondent respectivement au monde du désir comprenant les enfers et la terre, au monde intermédiaire composé des premiers étages du Paradis, et enfin au monde de l'absence de formes, avec les dernières strates célestes aboutissant à la libération du cycle des renaissances. Les habitants des paradis sont purs et libérés des contingences physiques alors que les êtres du monde intermédiaire sont soumis au désir et à la souffrance . La descente vers les strates souterraines aboutit à la monstruosité des créatures voraces et à l'impureté. La vision de ces atrocités sert de support de médiation aux fidèles afin qu'ils s'élèvent vers d'heureuse renaissances et jusqu'à l'éveil.   

     


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  • Le Proche-Orient ne se montrant pas le plus prodigue en richesse naturelle, le désir d'une terre meilleur que celle où l'on était condamné à vivre ramena vers le Nouveau Monde les Utopistes, les explorateurs et les aventuriers. Et l'on vit alors apparaître un autre mythe : celui d'un Eden laïc nommé Eldorado.

    Rappelons ici que les habitants de plusieurs Paradis terrestres étaient immortelles, où du moins vivaient très longtemps, et que de très nombreux récits mentionnent aussi une source d'éternelle jeunesse. Hérodote avait par exemple déjà parlé d'une source souterraine située en Ethiopie, mais les légendes ultérieures évoquaient une source censée jaillir dans le jardin d'Eden, qui non seulement guérissait les maladies, mais rajeunissait de surcroît ceux qui s'y baignaient. Dans le Roman d'Alexandre, il est question d'une Eau de la Vie, une fontaine mythique qu'on ne pouvait atteindre qu'après avoir dépassé les " Terres obscures " de l'Abkhazie.

    De nombreuses légendes chinoises mentionnent cette source miraculeuse ; dans un conte populaire coréen, deux pauvres paysans lé découvrent par hasard : en y buvant une gorgée d'eau, ils redeviennent aussitôt jeunes. Le mythe survécu tout au long du Moyen-Age, pour se déplacer ensuite en Amérique. Juan Ponce de Leon prétendit y devenir le missionnaire de la source de jeunesse éternelle. Il était en effet à bord des navires conduits par Colomb jusqu'à Hispaniola, l'actuelle Haïti, où les Indiens lui avaient déclaré qu'il existait, sur une île, une fontaine capable de rendre la jeunesse. Sa localisation demeurait toutefois approximative et allait de la côte septentrionale de l'Amérique du Sud à la Floride, en passant par les Caraïbes. Entre 1512 et 1513, Ponce de Leon navigua en vain entre toutes ces régions ; il reprit ensuite ses recherche jusqu'en 1521, date à laquelle il fut blessé, sur les côtes de la Floride, d'une flèche indienne qui provoqua une infection dont il mourut à Cuba.

    Mais le mythe de la source ne disparut pas avec lui : l'Anglais Walter Raleigh (1596) entreprit ainsi plusieurs explorations afin d'identifier cet Eldorado.

    Lorsque de telles recherches n’intéressaient désormais plus personne, le thème fut repris avec ironie par Voltaire dans Candide, pour servir de critique à notre monde.

    L'emplacement de la source donna naissance à de nombreuses lubies sur l'hortus conclusus (jardin enclos), aussi fermé que l'Eden après l'expulsion d'Adam, mais abondant encore en délices. Et l'on retrouve par exemple l'écho du mythe, transformé en fable païenne sensuelle et diabolique, dans La Jérusalem délivrée du Tasse, lorsque l'auteur décrit le jardin où la magicienne Armide retient Renaud prisonnier des liens de l'amour.  

     


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  • Saint Brandan, un moine irlandais, qui vécut vers le VIè siècle, leva l'ancre en direction de l'ouest à bord d'un frêle curragh ; selon la légende, le moine et ses compagnons seraient parvenus jusqu’en Amérique, ou bien auraient retrouvé l'Atlantide.

    Accompagné de ses marins mystiques, saint Brandan toucha de nombreuse îles : celle des oiseaux ; celle de l'Enfer ; celle réduite à l'état de rocher isolé en pleine mer, où est enchaîné Judas ; celle enfin qui avait déjà trompé Sinbad : un jour à peine après l'arrivée du saint, lorsque l'équipage y allume des feux, il s'aperçoit que l'île s'irrite, et qu'il s'agit en réalité d'un terrible monstre marin appelé Jasconius.

    Mais l'île qui excita le plus l'imagination de la postérité est celle des Bienheureux, lieu de toutes les délices et de toutes les suavités, que nos navigateurs abordèrent après sept ans de péripéties.

    Cette île des Bienheureux ne pouvait que provoquer un désir irrépressible, de sorte que tout au long du Moyen-Âge, et encore à la Renaissance, on crut fermement à son existence. Elle apparaît ainsi sur des cartes, par exemple celle que traça Paolo Toscanelli pour le roi du Portugal, ou encore sur la mappemonde d'Ebstorf. Elle se situe parfois à la latitude de l'Irlande, mais descend vers le sud sur les cartes plus modernes, à la hauteur des Canaries, ou îles Fortunées, et il s'établit souvent une confusion entre ces dernières et l'île dite de saint Brandan ; on l'identifie parfois à l'archipel de Madère et parfois à une autre île fantôme, telle la mythique Antilia. Sur le globe de Behain, qui date de 1492, elle est placée beaucoup plus à l'ouest et près de l'équateur. A cette époque, elle avait déjà pris le nom d'île Perdue, insula Perdita.

    Dans son De imagine Mundi, Honoré d'Autun la décrit comme la plus amène des îles : " Il existe, sur l'Océan, une île dite Perdue, la plus belle qui soit sur la Terre par son aménité et sa fertilité ; elle reste inconnue des humains. Et même lorsqu'on la découvre par hasard, on ne la retrouve plus par la suite ; voilà pourquoi on la qualifie de Perdue. " Au XIVé siècle, Pierre Bersuire parle dans les mêmes termes des îles Fortunées, nommées ainsi par certains " parce qu'on n'y a parfois accosté que sous l'effet du hasard et de la fortune, mais si l'on veut ensuite y retourner, on y parviens pas. "

    Beaucoup cherchèrent cette île Perdue et jamais retrouvée, surtout après que la découverte du cap de Bonne-Espérance et de l'Amérique eut enflammé les espits d'une fièvre d'explorations ; certains prétendirent avoir au moins déterminé sa position ; en conséquence, lorsque, le 4 juin 1519, par le traité d'Evora, Emmanuel de Portugal renonça, en faveur de l'Espagne, à tous ses droits sur les Canaries, l'île Perdue ou Cachée fut expressément comprise dans sa renonciation. En 1569, Gérard Mercator la faisait encore figurer sur sa carte.

       


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