• L'Egypte ésotérique

     

    L'Egypte ésotérique

     

    La terre des pharaons et des pyramides a toujours exercé une grande fascination sur les imaginations. Et de nombreux adeptes des sciences occultes ont cherché à pénétrer les arcanes de la religion égyptienne. 
    Ainsi, lorsque le célèbre mage Aleister Crowley publia un ouvrage ésotérique à propos du jeu de tarots, il l'intitula Le Livre de Thot. N'est-ce pas suggérer qu'il détenait les secrets des anciens dieux ?

    Le dieu Thot tenait un rôle fort important dans le tribunal des morts. Cette assemblée présidée par Osiris et composée de quarante-deux autres divinités, régissait le passage des défunts dans l'autre monde. Thot, assisté d'Horus et d'Anubis, procédait à la pesée du cœur, rite essentiel de ce jugement : le cœur du mort était déposé sur l'un des plateaux de la balance des dieux, tandis que sur l'autre était placée une plume représentant la justice et la vérité. Le dieu à tête d'oiseau notait alors dans son registre les résultats de la pesée.

    Mais cette fonction de greffier divin n'était pas la seule attribution de Thot, qui était surtout considéré comme le dieu de l'Ecriture et de la Connaissance, et qui devint, par extension, le dieu de la Magie. Il aurait ainsi rassemblé, croyaient les anciens Égyptiens, l'essence de son savoir et les secrets fondamentaux qui président aux destinées de l'univers dans les livres sacrés " écrits de sa propre main ".

    Crowley et les nécromanciens modernes continuent à révérer Thot comme le grand initiateur et le maître des connaissances occultes, ce qui explique que les figures symboliques et les rites secrets des prêtres égyptiens aient conservé toute leur fascination.

    Dès 1781, le français Antoine Court de Gébelin prétendait, guidé, il est vrai, par sa seule imagination, que les vingt-deux atouts du jeu de tarots véhiculaient, depuis des millénaires, l'enseignement secret des anciens sages égyptiens - connaissances transmises sous une forme codée, afin d'éviter qu'elles ne fussent dévoilées aux non-initiés.  

    Vers la même époque, le comte de Cagliostro instituait le rite maçonnique égyptien : les membres de la loge se réunissaient dans une salle décorée comme un temple et ornée de statues d'Isis et d'Anubis ; et Mozart, dont l'opéra La Flûte enchantée recèle de nombreux symboles maçonniques aux mystères d'Isis. Plus tard, de nombreux occultistes comme Eliphas Levi, reprendront à leur compte cette assimilation entre les sciences ésotériques et la religion égyptienne.

    Même à notre époque, où la plupart des civilisations antiques ont livré leurs secrets, l'ancienne Egypte reste auréolée de mystère. Ne serait-ce que par le caractère gigantesque et proprement surhumain de ses réalisations. La construction des pyramides ou des grands temples des bords du Nil défie encore l'imagination, car elle implique une ampleur de moyen et de maîtrise stupéfiantes, même pour notre siècle hautement technologique.

    Nous sommes fascinés par ailleurs par le rôle prédominant joué par la mort dans la vie quotidienne des anciens Égyptiens - et notamment par les rites majeurs du passage dans l'eau-delà, sorte d'accession à une seconde vie, d'où l'importance du cérémonial funéraire. Quant aux hiéroglyphes, qui ont gardé si longtemps leur mystère, nous imaginerions facilement qu'il ne s'agit pas seulement d'un simple alphabet, mais de formules magiques.

    Enfin, la religion égyptienne se révèle d'une très riche complexité, alliant harmonieusement les divinités tutélaires locales et les démiurges qui régissent les éléments. Les dieux égyptiens, de ce fait, ont souvent une personnalité multiforme et de nombreux attributs différents. S'ils gouvernent les grandes forces cosmiques, ils restent cependant étroitement mêlés aux affaires des hommes. Les rois se réclamaient des plus hautes divinités ; les pharaons étaient désignés sous le nom de " fils de Rê " : le dieu-soleil Rê régnait à la fois sur les autres dieux et sur l'humanité.

     On lui assimila par la suite des divinités locales primitives : ainsi le dieu thébain Amon devint Amon-Rê, et les prêtres de Memphis identifièrent le dieu local Ptah, patron tutélaire des artistes et des artisans, à un fils de Rê.

    Selon les mythes cosmogoniques égyptiens, Rê aurait engendré de sa propre substance Geb et Nout, divinités du Ciel et de la terre, qui, à leur tour, donnèrent naissance à Osiris, Isis, Seth et Nephtys . Osiris, dieu de la Fertilité et de la Résurrection des morts, était l'époux d'Isis, qui donna naissance à Horus, dieu à tête de
    faucon ; avec Nephthys , qui était la compagne de Seth, Osiris engendra Anubis.

    Divinité bienfaisante, Osiris enseigna aux Égyptiens l'art de la culture et institua les lois et les rituels religieux.
    Seth, puissance maléfique, en conçut de la jalousie et résolut de se défaire de son frère. Il s'empara d'Osiris et le tua, puis dépeça son corps, dispersant ses membres à travers toute la terre d'Egypte. Mais Isis parvint à rassembler les dépouilles de son frère et époux, qu'elle recousit et enveloppa de bandelettes (Osiris ainsi la première momie), après quoi elle réussit à le ramener à la vie. C'est alors que le couple divin conçut Horus, qui devait combattre victorieusement Seth. 

    L'invocation suivante, adressée par un pharaon à Osiris, montre bien la nature multiple, à la fois lumineuse et féconde, de la divinité : 

    " Ô toi Osiris, qui est d'une essence plus secrète que les autres dieux ! Toi qui symbolise l’éternelle jeunesse !
    Là où tu apparais les ténèbres se dissipent. Les autres dieux et les mages n'existent que pour glorifier ta majesté et exterminer tes ennemis. "

    Les divinités secondaires de l'ancienne Egypte étaient plus directement liées aux activités quotidiennes.
    Thouéris, l'une des plus anciennes déesses, favorisait la maternité. Toutes les femmes égyptiennes lui adressaient des offrandes ou portaient une amulette à son image : Thouéris était représentée avec un corps d’hippopotame, une tête de crocodile, des pattes de lion et des mains humaines. Son époux, le génie Bès, avait également un rôle protecteur et bienfaisant, en dépit de son apparence terrifiante.  

     Le peuple égyptien sollicitait ces divinités tutélaires pour ses affaires courantes, un peu comme, aujourd'hui, nous demanderions à une voyante de nous dire la bonne aventure ou d'interpréter nos rêves avant de prendre une décision importante. Quiconque avait besoin de conseils passaient la nuit dans l'enceinte du temple dans l'espoir que le dieu ou la déesse lui apparaîtrait en songe pour lui donner son avis. Toutes sortes de magiciens, de devins proposant l'interprétation des songes, se pressaient aux abords du temple, prêts à monnayer leurs services.

    Voici quelle était la meilleure recette préconisée pour que Bès se manifestât en songe : il fallait d'abord écrire une supplique à la divinité à l'aide d'une ancre bien particulière, dans la composition de laquelle entrait notamment le sang d'une colombe blanche ; puis il fallait " dessiner l'image du dieu sur sa main gauche, que l'on enveloppait ensuite dans une bande d'étoffe noire, consacrée auparavant à Isis, et, enfin, s'étendre et attendre le sommeil sans prononcer une seule parole, pas même pour répondre à une question ".

    L'un des aspects de la civilisation de l'ancienne Egypte qui a le plus frappé notre imagination concerne les rites funéraire : il s'agit des momies et de l'aménagement intérieur des mausolées. Les sujets du pharaons étaient convaincus que l'existence se poursuivait après la mort. C'est pourquoi chaque défunt était pourvu d'une sorte de recueil de conseils pratiques, le Livre des morts, véritable guide illustré destiné à lui faciliter ses premiers pas dans l'au-delà. Il pouvait s'agir d'une fresque peinte directement sur les murs du mausolée ou sur les parois du cercueil, ou, plus modestement, d'un simple papyrus glissé aux côtés du corps, dans la tombe.

    Le Livre des morts enseignait aux Égyptiens comment subir dans les meilleures conditions possibles le jugement des dieux ; comment, par exemple, déjouer les pièges qui leur seraient rendus ou se disculper des fautes qui leur seraient imputées, afin que le tribunal divin tranchât en leur faveur. Parmi les scènes représentées pour l'édification du défunt figurent généralement la "pesée du cœur" et les supplices réservés aux plus coupables. 

      Par ailleurs, pour parvenir sans encombre au royaume d'Osiris, le corps devait être rendu indestructible par la momification et par un embaumement plus ou moins raffiné, selon les moyens du défunt. Les momies égyptiennes ont toujours fasciné les voyageurs étrangers. Au Moyen Age, les médecins arabes considéraient la
    " poudre de momie " comme une panacée, capable de soulager de nombreux maux. Cette croyance fut par la suite transmise en Europe et, aux XVIè et XVIIè siècles, certains négociants s'enrichirent en faisant commerce de cette macabre matière première.

    Au XIXè siècle, le " déshabillage " public d'une momie constituait l'un des divertissements les plus goûtés de la bonne société. En 1827, dix ans exactement après le Frankenstein de Mary Shelley, Jane Webb 
    publie La Momie, roman fantastique dont les deux héros entreprennent de ramener à la vie la dépouille du roi Chéops au moyen d'un courant électrique galvanisant : 

    " Alors qu'un roulement de tonnerre retentissait, la momie se dressa lentement hors de son sarcophage. Elric  la vit étendre dans sa direction sa main griffue et recroquevillée, comme pour le saisir. Il sentit soudain la terrifiante étreinte, puis les ténèbres se firent... "

    Le récit de Jane Webb allait être la source d'inspiration d'une longue série d'ouvrages fantastiques sur le même thème et fournir un argument à de nombreux films, dont le plus célèbre reste La Momie de Karl Freund (1932), avec Boris Karloff. Sans oublier La Malédiction des pharaons de Terence Fisher (1959), avec Christopher Lee, ni Deux Nigauds et la momie (1955), avatar comique sur le thème, avec Abbott et Costello.

    Depuis l'Antiquité, la terre des pharaons a été considérée comme un royaume mystérieux au sujet duquel couraient les légendes les plus extravagantes. Les Grecs et les Romains, qui occupaient le pays au cours des derniers siècles précédant notre ère, évoquaient déjà ses insondables mystères. Les Arabes, qui conquirent ensuite l’Égypte, répandirent les contes les plus fabuleux au sujet des merveilles et des trésors accumulés par les anciens rois. Il était question de coffres emplis d'or, d'armes forgées dans un prodigieux métal inaltérable, d'un verre extraordinaire que l'on pouvait ployer sans le rompre, de livres sacrés, aux pages faites de feuilles d'or, renfermant les chroniques des temps anciens et les prophéties concernant les siècles à venir.

    Toutes ces rumeurs parvinrent jusqu'aux voyageurs européens qui s'aventuraient dans ces contrées, enflamment leur imagination. Au XVIIIè siècle, l'Egypte est fort à la mode. Les artistes peignent des paysages fantastiques dans lesquels ils placent des pyramides, des obélisques et des sphinx. Sir Isaac Newton réinvente une nouvelle chronologie égyptienne en s’efforçant de faire coïncider les dynasties pharaoniques et les êtres bibliques.

    De son côté, l'érudit français Jean terrasson, rassemblant toutes les références bibliographiques grecques et latines au sujet de l'Egypte, en tire un roman philosophique intitulé Séthos (1731). Savants ou amateurs éclairés se penchent sur l'énigme des hiéroglyphes proposant les interprétations les plus ingénieuses, sinon les plus pertinentes. Ainsi, le chirurgien anglais Thomas Greenhil publie en 1705 un essai sur L'Art de l'embaumement ; il y affirme notamment que le signe représentant un crocodile symbolise la malice, l’œil signifie la justice, tandis que la main droite ouverte désigne une grande quantité.    

    La campagne d'Egypte dirigée par Bonaparte allait donner une base scientifique à toutes ces spéculations plus ou moins hasardeuses, et les hiéroglyphes livrèrent enfin leur secret. En 1799, en effet, un détachement militaire effectuant des travaux de fortification dans le petit port de Rosette mit au jour un fragment de stèle de basalte noir portant une série de trois inscriptions, en caractères grecs, hiéroglyphiques et démotiques. Champollion, l'un des savants accompagnant l'expédition, observant que certains noms propres revenaient dans les trois textes, eut l'intuition qu'il s'agissait de trois versions du même texte. On disposait désormais d'une base d'étude concrète, mais il faudra encore plus de vingt ans pour que l'écriture hiéroglyphique perde tous ses mystères. 

    Dès lors, l’intérêt suscité par la civilisation égyptienne ne cesse de croître et les expéditions archéologiques se succèdent. Le pillage des sites commence. Des statues monumentales, des bas-reliefs viennent décorer les capitales européennes. L'influence égyptienne s'étend à l'ameublement (pattes de sphinx caractéristiques du style Empire). On s'inspire même des monuments égyptiens pour construire certains bâtiments industriels. Les sociétés d’égyptologie se multiplient et les sectes ésotériques s’intéressent bientôt à cette source d'information inédites. Ce nouveau domaine est également exploité par les romanciers. Dans les années 1880, Ridder Haggard utilise comme toile de fond les fastes funéraires de l'Egypte ancienne, les embaumements et les résurrections dans les ouvrages comme Cléopâtre et She.

    Pour le célèbre occultiste Aleister Crowley, la source originelle de toute sagesse et de toute connaissance était Seth, qui deviendrait plus tard Satan.

    Seth, prétendait-il lui était apparu en 1904, alors qu'il se trouvait au Caire, sous la forme d'un esprit désincarné appelé Aiwass et lui avait dicté les trois chapitres qui deviendraient Le Livre de la Loi, ouvrage exposant la doctrine de Crowley et dont les principes essentiels pourraient se résumer par la formule " Fais ce qu tu veux ".

    Crowley, qui devait par la suite désigner lui-même ses disciples féminins sous le nom de " guenons de Thot " attendait de sa visite au musée du Caire des révélations fort importantes. Il se considérait en effet comme l'incarnation de la Bête citée dans l'Apocalypse et symbolisée par le nombre 666. Comme par hasard, la pièce n° 666 exposée au musée du Caire était une tablette commémorative d'un prêtre égyptien nommé
    Ankh-f-n-Khonsu, Crowley en déduisit qu'il avait été Ankh-f-n-Khonsu lors d'une existence antérieure. Il annonça également l'avènement du nouvel âge d'Horus et la fin de l'actuel âge d'Osiris marqué par la foi chrétienne en la résurrection.

     Les anciens Égyptiens portaient, croit-on, des amulettes protectrices, l'une des plus fréquentes étant 
    " l'oeil d'Horus ", et l'un de leurs plus anciens symboles bénéfiques l' "ankh", où la croix ansée, signe de vie, est à l'âge de la conquête spatiale, toujours utilisé comme breloque porte-bonheur !

     

     


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