• Glozel - Les Preuves de l'authenticité

     

    Glozel - Les Preuves de l'authenticité

    Les malheurs de Glozel commencent avec la publication de la brochure du docteur Morlet sur le site. Une autorité régionale en matière de préhistoire, le docteur Capitan, vexé de ne pas avoir été associé à la découverte, manifeste son mécontentement en répandant un bruit sournois : Emile Fradin aurait fabriqué lui-même les vases, les tablettes et les briques d'argile. Il aurait lui-même gravé les galets du site et, dans son ignorance des données de l'archéologie, il aurait dessiné un renne, animal réputé disparu à l'époque néolithique.

    La guerre de Glozel est lancée. Elle va se poursuivre jusqu'à nos jours, avec des épisodes restés fameux dans l'histoire de l'archéologie. Le célèbre abbé Breuil, connu dans le monde entier pour ses travaux sur la Préhistoire, se déclare convaincu de l'authenticité du site. Dans un premier temps, du moins : le docteur Morlet refusant absolument de l'associer à la découverte, il finira par mettre en doute son propre jugement sur Glozel.

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    Des savants venus de toute l'Europe se pressent au champs Duranthon. Pour les convaincre de l'interêt du site, le docteur Morlet les laisse fouiller au hasard : tous ceux qui sont de bonne foi sont stupéfaits par ce qu'ils découvrent.

    Un maitre de conférence de l'université de Louvain, M. Tricot-Royer, a laissé un bilan des deux premières années de fouilles :

    " Une quinzaine de briques avec empreintes de main ; une véritable bibliothèque néolithique de plus de cent tablettes à caractère alphabétiformes ; des objets en pierre éclatée, d'autres en pierres polies ; une céramique curieuse, tant par sa variété que par sa nature, et dont le type le plus interessant porte un masque muet et des signes d'écriture ; des symboles sexuels avec ou sans masque muet ; des galets gravés de signes avec des représentations animales, dont certaines témoignent d'un art consommé, défiant toute imitation ; des objets en verre ; enfin, la série des objets en os ou en bois de cervidé, que l'on rencontre dans tous les musées de préhistoire. "

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    Comme devait l'écrire un journaliste, si Glozel était l'oeuvre d'un faussaire, Emile Fradin était l'un des plus grands artistes du XXè siècle...

    Dans Le Mercure de France s'ouvre alors la " chronique de Glozel ". Elle passionne la France et tous les mileux scientifiques. On voit quelques grands noms de l'époque arriver sceptique et repartir enthousiastes. D'autres condamnent Glozel a priori, sans même prendre la peine de se déplacer jusqu'au champ Duranthon pour juger. On en voit aussi se déclarer partisants de l'authenticité du site après des fouilles sur les lieux, et renier ensuite leur engagement, quand leurs interêts personnels ou leur carrière paraîtront souffrir de cette reconnaissance.

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    En août 1926, Emile Fradin recevra même la visite du... roi de Roumanie, Ferdinant 1er, à qui il fera visité l'embryon de " musée " qu'il a constitué, en étalant dans de pauvres vitrines le fruit des fouilles de deux années.

    Ce modeste musée vaudra d'ailleurs beaucoup d'ennuis à Emile Fradin. Il commencera par provoquer la jalousie de Denis Peyrony, le conservateur du musée des Eyzies, qui passait, de son temps, pour être une des plus grandes figures de la Préhistoire. La oule se pressait à Glozel, pour voir les objets retrouvés dans le fameux champs. Par contre, Les Eyzies étaient, à l'époque, une station peu fréquentée par les touristes. Il n'en fallait pas plus pour que Denis Perony, rejoigne le clan des " anti-glozéliens ".

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    Le musée intentera ensuite une action en justice contre Emile Fradin, que l'on accusait d' " escroquerie " - n'avait-il pas demandé 4 francs pour faire visité une pièce où s'entassaient des objets réputés faux.
    Cette fois, la " guerre des briques " était portée devant les tribunaux.
    Lentement mais sûrement, la cour d'appel de Riom finira par rendre justice aux Fradin et par condamner leurs détracteurs.

    En septembre 1927, le congrès de l'institut international d'anthropologie décide de mettre sur pied une commission internationale pour étudier le site de Glozel. Au cours des premières fouilles de cette commission, on découvre plusieurs objets, dont un poinçon en bois de renne et une tête de renne gravée sur un gallet, avec des " lettres " gloziennes tout autour.
    A la fin de chaque journée, le front des tranchées de fouilles est recouvert de plâtre : on craint qu'Emile Fradin ne vienne, la nuit, introduire des objets dans le site !

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    Ce n'est pas lui qui sera prit en flagrant délit de fraude, mais un des membres de la commission, Miss Garrod, une archéologue anglaise.
    Le docteur Morlet la surprend en train de pratiquer un trou dans le chantier de fouille, avec son doigt, pour faire croire à l'intervention d'un faussaire. Confondue, elle avouera son intention. On comprendra que la commission se soit forgé une opinion avant même de venir à Glozel : publié deux mois après les fouilles, son rapport sera défavorable et conclura à la non-authenticité du site. Comme le dira malicieusement Salomon Reinach : " Si la commission n'a pas bien travaillé pendant deux mois, on a bien travaillé la commission. "

    Indignés par ce rapport, un groupe de savants qui avaient tous eu l'occasion de fouiller le champ des Fradin, décide alors de se constituer en comité d'études de Glozel. Ils sont douze, parmi les plus grands noms de la Préhistoire, dans les année 1920 : le docteur Arcelin, président de l'Association de préhistoire et de paléontologie humaine de Lyon, le " père " du fameux gisement de Solutré : Auguste Audollent, doyen de la faculté des lettres de Clermont et correspondant de l'Institut ; le docteur Bayet, membre de l'Académie belge de médecine et profeseur à l'université de Bruxelles ; C. Depéret, membre de l'Académie des sciences et doyen de la faculté des sciences de Lyon ; le docteur Foat, épigraphiste ; Joseph Loth, professeur au Collège de France et membre de l'institut ; W. Loth, ingénieur et physicien : Salomon Reinach, conservateur des musées nationaux et membre de l'Institut ; S. Roman, professeur de géologie à la faculté des sciences de Lyon ; le docteur Södernman, futur directeur en chef de l'Institut international de police de Suède ; le professeur Tricot-Royer, de l'université de Louvain ; Arnold Van Gennep, le célèbre folkloriste et ancien professeur d'ethnographie à l'université de Neuchâtel.

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    En quelques jours, avec un sérieux irréprochable, ils procèdent à une série de fouilles et de test divers, qui les conduisent à se déclarer " convaincus que les trouvailles faites dans le champs dit Duranthon se rapportent nettement au début de l'âge néolithique sans mélange d'objets postérieurs.

    Hormis cette éclatante confirmation, un certain nombre d'indices auraient dû convaincre tous ceux qui n'étaient pas de mauvaise fois. Les arguments de bon sens, tout d'abord : comment Emile Fradin et ses parents, agriculteurs sans instruction supérieur, auraient-ils pu " inventer " avec une telle minutie un gisement préhistorique ?
    Comment auraient-ils pu le faire sans que ses voisins ne s'en aperçoivent ? Et quand auraient-ils le temps de jouer les faussaire pris comme il l'était par les travaux de la ferme ?

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    Les arguments techniques, ensuite : les objets en os retrouvés dans le fameux champ étaient bien recouverts d'une inimitable patine, et leur fossilisation a pu être établie en laboratoire. Leur facture elle-même est typique de la culture magdaléiènne ( paléolithique ) ainsi que leur décoration : reste à expliquer pourquoi ces objets paléolithiques se retrouvent dans un site néolithique. Cela, les préhistoriens nous le diront un jour.

    Les objets glozéliens en pierre sont également patinés et leur authenticité ne fait plus aucun doute. Pour les objet en terre, une preuve de leur ancienneté a été fournie en laboratoire : modelés dans l'argile même du champ des Fradin, ils sont de teinte rougeâtre, ce qui indique qu'ils ont été cuits à une température de 450°C environ. Pourquoi étaient-ils mous quand ils ont été arrachés à la terre ? Tout simplement parce qu'ils ont subi, au cours de milliers d'années, une lente réhydratation.

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    Détail curieux : datées par le prcédé de thermoluminescence, certaines poteries ont été situées dans une fourchette de 700 ans avant notre ère et 100 ans après notre ère ! Ce qui laisse très loin du Néolithique...
    D'autres, par contre, remontent à 2 500 ou 2 000 ans avant notre ère : une fois de plus Glozel recèle une série de mystères archéologiques.

    Pour en terminer avec l'authenticité des objets en terre, aujourd'hui largement confirmée en laboratoire, notons qu'un argument de bon sens aurait pu se montrer suffisant : n'avait-on pas retrouvé de nombreuses petites racines , qui transperçaient quelques vases et quelques tablettes, certaines étant même fossilisées ? Quel gaussaire de génie pourrait ainsi imiter ce que la nature met des centaines d'années à accomplir ?

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     Viennent ensuite les arguments esthétiques : les représentations animales trouvées à Glozel ont paru terriblement " vraie " à de nombreux spécialistes de l'art préhistorique. On a pu comparer les artistes de Glozel aux plus grands artistes des deux derniers siècles. Dans L'affaire de Glozel (1978), Nicole Torchet, Patrick Ferryn et jacques Gossart citent des opinions de critiques qui rapprochent ces artistes de Picasso, de Bourdelle ou de Rodin, voire de Léonard de Vinci.

    Et le renne de Glozel ? Il est si bien fait qu'on le croirait pris sur le vif. Un détail anatomique ne trompe pas : quand il marche, un renne a un renflement très caractéristique sur le cou. Emile Fradin pouvait-il le savoir ? Ou bien faut-il admettre, comme le suggèrent ironiquement les auteurs de L'Affaire de Glozel, qu'il est allé passer ses vacances en Norvège ?

    Restent les arguments historiques : les vases de Glozel ne sont pas particuliers à ce site. On a pu, comme le professeur Gordon Childe, les rapprocher de certaines céramiques trouvées à Troie et datées de 2 500 ans avant notre ère.

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    Surtout les signes alphabétiformes de Glozels ne sont pas les seuls connus. D'autres " lettres " identiques ont été retrouvée dans plusieurs sites préhistoriques du Bourbonnais, non loin de Glozel, comme au Mayet-de-Montagne, à Chez-Guerrier, à Moulin-Piat ou dans la grotte du Puy-Ravel. D'autres part, des signes absolument similaires ont été découverts sur les fragments de poteries préhistorique espagnoles ou portugaises, venant confirmer, après coup, les trouvailles d'Emile Fradin et du docteur Morlet.

    Justement... La haine inexplicable soulevée dans le milieu scientifique, chez certains savants du moins, ne viendrait-elle pas de cette écriture ? Plus le docteur Morlet comparait les '' lettres " de Glozel aux alphabets archaïques proche-orientaux, plus il trouvait de ressemblances. On peut considérer que sa découverte, qui remettrait en cause toutes les théories officiellement professées sur les origines de l'écriture, dérangeait terriblement.

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    Mais, aujourd'hui, où en est-on avec cette curieuse écriture préhistorique ?
    Et si l'Europe avait été le berceau d'une très ancienne civilisation, aussi originale que méconnue ?

      

    1ère parie - La découverte

    2ème partie : La grande aventure de l'écriture

    4ème parie : La querelle des archéologues


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