• Patience Worth et ses inexplicables poèmes

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    Sur la table tournante, les deux dames respectables ont placé leurs mains. Elles attendent patiemment quelques messages de leurs parents, récemment décédés. La scène se passe en mai 1913, dans le sud des Etats-Unis, à Saint Louis.

    Mme Hutchings et son amie Mme Pearl Curran se concentrent... Le pied de la table se met soudain à bouger. Par terre, on dirait qu'il dessine des lettres. Comme s'il tentait d'épeler un nom : " Pat-C " Un esprit se manifeste t-il ? Les deux femmes essaient de deviner qui peut bien être ce " Pat-C ". Elles ne reconnaissent pas le nom.

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    John, le mari de Mme Curran, qui assistait à la séance, se décide à intervenir et suggère qu'il doit s'agir d'un Irlandais. Il ajoute que, autrefois, il a connu un certain MacQuillan... C'est une sorte de boutade. Pourtant, immédiatement, l'esprit de feu Pat MacQuillan intervient et investit la pièce en jurant doucement, comme un vrai râleur irlandais !

    John Curran s'amuse bien devant l'étonnement des deux femmes. Il rit encore plus quand l' " esprit " se met à injurier les deux malheureuses.
    Méprisant ce rire, l' " esprit " redouble de sarcasmes. Personne ne le sait encore : le plus étonnant des " écrivains " d'outre-tombe vient d'intervenir.

     

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    Le 22 juin, " Pat-C "se manifeste encore et épèle un paragraphe lutôt obscur :

    Oh ! Pourquoi le chagrin alourdit-il mon cœur ?Ce sein est celui d'une mère adoptive.
    Le monde est son berceau et son foyer sa tombe.

    Cette fois, il ne s'agit pas de la réponse d'un irlandais acariâtre. C'est le début prometteur d'une longue coopération, suivie et reconnue un peu partout à travers le monde, entre Mme Curran et un " écrivain " inconnu.
    Un peu plus tard, " Pat-C " s'annoncera elle-même sous le nom de Patience Worth, au milieu des soubresauts d'une table tournante devenue comme folle.

    Au début, Patience Worth hésite à donner des informations sur sa vie terrestre. Elle n'est guère loquace de sa vie dans l'au-delà : ordinairement, les " esprits " ne se privent pas de décrire aux malheureux mortels les délices de la vie post mortem. Non ! Patience Worth se contente d'épeler des sortes de charades ou des proverbes. Un de ses favoris : " Si un de tes sacs de blé a des charançons, ils irons se mettre dans les sacs du voisin. "

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    Ces messages fascinent Pearl Curran, qui s'étonne pourtant des références rurales de ces proverbes et qui ne cessent de supplier Patience Worth de parler dans une langue compréhensible et de clarifier ses messages.

    Patience Worth finira par raconter son histoire. Née au XVIIè siècle, dans le Dorset, en Angleterre, elle fut éduquée par une bonne qui était membre de la secte des quakers. Aux champs, elle s'occupait de différentes corvées et de menus travaux, jusqu'à ce que ses parents se décident à émigrer vers les Etats-Unis. Peu de temps après son arrivée, elle sera tuée par les Indiens...

    Patience Worth ne donnera jamais beaucoup plus de détails sur sa vie terrestre : ne l'ayant pas aimée, s'en souvenir représentait pour elle un effort douloureux. D'autant que, comme elle le laissait souvent entendre, une telle vie, brève et inachevée, ne valait pas le temps que Pearl Curran voulait lui consacrer. Il était plus important, toujours selon l' " esprit ", de rattraper le temps perdu !

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    Ce temps perdu sera rattrapé... en poèmes et en textes divers.
    De 1913 à 1938, année de la mort de Mme Curran, Patience Worth dictera un nombre impressionnant de poèmes pour la plupart révélateur d'un petit talent littéraire. Au début, beaucoup seront transmis dans une langue un peu archaïque. Par la suite, le style sera plus moderne et plus lisible.

    Une chose stupéfie ; la vitesse à laquelle Patience Worth a ainsi dicté ses œuvres. Certains soirs, elle a produit jusqu'à 22 poésies. En cinq ans, on a calculé qu'elle avait fourni plus d'un millions et demi de vers rimés !

    Le plus étonnant reste cependant l'incroyable variété et la qualité des textes qu'elles à écrits. On lui attribue des poèmes, des romans et des pièces de théâtre. Hope Trueblood, un de ses roman, signé " Patience Worth, a été publié en Angleterre et a connu une certaine faveur auprès des critiques et des lecteurs, mais sans jamais susciter le moindre intérêt pour la personnalité de l'auteur.

    Ce roman est d'ailleurs un très émouvant document sur les épreuves d'une enfant illégitime dans la terrible Angleterre victorienne.
    Pour le Sheffield Independant : " Patience Worth devrait gagner un large public par la qualité de son roman et ses personnages merveilleusement bien travaillés, qui pourraient alimenter une demi-douzaine d'autres romans ".  Plus ambigu, le Yorkshire Post notera :
    " L'écrivain, dont c'est le premier roman, fait un retour au temps des Brontë pour dresser un tableau particulièrement juste d'un enfant perdu. "

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     Au mieux de sa forme, Patience Worth écrira Telka, un poème fleuve de plus de soixante mille mots en langue de tous les jours. The sorry tale, un autre de ses livres, raconte en trois cent mille mots l'histoire d'un contemporain du Christ, dont la vie sera parallèle à cette de Jésus et qui finira à côté de lui sur la croix.

    The sorry tale sera écrit très rapidement : en deux heures de séance, Patience Worth pouvait dicter jusqu'à trois mille mots ! Et quasiment tous les détails étaient exacts : elle avait reconstituée avec minutie la vie quotidienne et l'ambiance politique de la Palestine occupée par les légionnaires de Rome, ainsi que les différentes coutumes religieuses et familiales des nombreuses sectes juives de Jérusalem. De tels détails n'auraient d'ailleurs pu être donnés que par des historiens assez spécialisé...

    Ce qui n'était pas le cas de Pearl Curran ! Les seules connaissances que ce médium improvisé avait de la Palestine d'il y a deux mille ans remontaient à ses cours de catéchisme... Pearl Curran lisait en outre très peu et elle avait quitté l'école à quinze ans.

    Elle n'était jamais parue à l'étranger et n'avait pratiquement pas quitté la ville de Saint Louis. Jusqu'à l'intervention de Patricia Worth dans ses pensées, Pearl Curran avait mis tout son cœur et toute son énergie dans la tenue de son ménage. C'est à peine si elle s'abandonnait parfois à son plaisir favori : la chanson.

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    Si elle possédait un petit talent de chanteuse, Mme Curran ne connaissait presque rien à la poésie : comme toute les jeunes filles, elle avait bien composé quelques vers romantique pendant son adolescence, mais ils n'étaient ni meilleurs ni pires que les poèmes habituellement écrits à cet âge-là. Et son orthographe se révélait parfois un peu déficiente !

     En tout cas, Pearl Curran n'a jamais produit quoi que ce soit qui approche, même de loins, les œuvres nombreuses et variées de Patience Worth, à propos desquelles le chercheur psi Henry Holt a pu parler
    de " quasi chef-d'œuvre ". On pourrait, bien entendu, penser que Perl Curran a eu une sorte de vocation poétique tardive : le seul volume et la qualité des poèmes reçus de l'au-delà rendent cette hypothèse peu probable.

     Naturellement, de nombreux chercheurs se sont penchés sur le cas déroutant de Patience Worth, auquel plusieurs livres ont été consacrés. Des enquêtes ont été faites au domicile des époux Curran, notamment pour vérifier si leur bibliothèque ne renfermait pas des livres qui, inconsciemment ou non, auraient pu relier Pearl Curran à ceux dictés par Patience Worth ; ces recherches - non officielles, bien entendu - n'ont rien donné.

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    Par contre, les chercheurs qui ont étudié les livres de Curran ont noté que plusieurs volumes de poésie se trouvaient dans la bibliothèque.
    Le seul problème est qu'ils n'avaient pas toujours été lus et que, dans plusieurs cas, leurs pages n'étaient même pas coupées ! En discutant poésie avec Pearl Curran, les enquêteurs devaient également remarquer un certain flou et de nombreuse erreurs dans ses références littéraires et son bagage culturel.

    De même, après avoir soumis le médium à des tests de rédactions, pour éprouver sa capacité à mettre en forme des phrases et des idées, ils devaient s'apercevoir que cette honnête femme de lettres !  Les résultats de ces tests devaient, de plus, bien marquer la différence de qualité entre l'imagination naturel de Pearl Curran et l'imagination sévère et corsetée de Patience Worth, restée prisonnière de son rigorisme de quaker.

    Alors, faut-il admettre que Patience Worth a bien existé et que ses poésies étaient dictées depuis l'au-delà ? Ou bien faut-il considérer que le " cas Patience Worth " ,n'a été qu'une supercherie spirite de plus ?

    Le débat reste ouvert !

     

     

     


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