• Objets et animaux fantômes

     

     

    Si les fantômes sont les esprits des morts, comme beaucoup le croient, comment peut-on expliquer les apparition « sans âme » - celle de animaux et des objets inanimés – qui ont été vues par maintes personnes dignes de foi ?

    Pour ce qui est des animaux, il nous semble que l’explication est possible et acceptable aujourd’hui que l’« effet Kirlian » est admis. Cet effet est ni plus ni moins ce que les ésotéristes nommaient jadis – et nomment encore – l’aura, c’est-à-dire cette luminosité mouvante qui entoure tous les êtres vivants, même les végétaux . Elle est régulièrement photographiée et même cinématographiée, en noir et en couleur. Or, cette aura peut demeurer après la mort. Les animaux en possèdent une comme nous , il peut donc, après la mort, se manifester un fantôme tout comme pour un être humain.

    Mais, où la logique nous semble en défaut, c’est lorsqu’il se montre ce qu’on est bien obligé de nommer aussi un fantôme, mais qui est l’apparition, la résurgence d’un objet inanimé, d’un objet normalement sans aura, comme ce fut le cas avec un autobus londonien, aux environs des années trente.

    C’était un grand autobus rouge, portant le numéro 7, qui harcela les automobilistes dans le secteur de Kensington Nord. Le point de jonction du boulevard Saint-Marc et des jardins de Cambridge, dans cette zone, passe depuis longtemps pour un coin dangereux – il est « aveugle », c’est-à-dire invisible en venant de l’une comme de l’autre des deux artères – et il a été la cause de nombreux accidents.

    La décision de l’autorité locale de redresser la courbe fut en partie influencée par le témoignage des automobilistes, roulant à une heure avancée de la nuit, qui prétendaient avoir dû faire un brusque écart, à la jonction des deux voies, pour éviter un bus à impériale qui descendit à toute vitesse le boulevard Saint-Marc aux première heure du matin, longtemps après la fin du service des autobus régulier…

    Un rapport à la police de Kensington disait : « Je tournais le coin quand j’ai vu un bus fonçant sur moi. Les lumières des deux étages et les feux avant éclairaient à plein, mais je n’ai pu voir aucune trace ni d’employés ni de passagers. J’ai braqué violemment et je suis monté sur le trottoir, après avoir raclé le bord. Le bus, à ce moment précis, s’est évanoui… »

    A la suite d’un accident fatal, au cours duquel un conducteur avait fait un écart et heurté le mur d’en face, un témoin oculaire dit à l’enquête du magistrat qu’il avait vu le mystérieux autobus foncer sur l’auto avant que le conducteur ait pris le virage. Lorsque le magistrat mit en doute cette affirmation, des douzaines d’habitant du quartier écrivirent à son bureau et au journal local en offrant de témoigner qu’ils avaient bel et bien vu l’autobus fantôme.

    Parmi les plus impressionnant de ces témoignages, il y eut celui d’un employé de la compagnie qui prétendit avoir vu le véhicule rentrer au dépôt des autobus aux premières heures du matin, s’arrêter moteur ronflant pendant un moment, et ensuite disparaître…

    Le mystère ne fut jamais résolu, mais il est peut-être significatif que le bus fantôme ne fut plus jamais revu après que le danger du virage à angle aigu eut été supprimé, et l’on suggéra que la vision était « projetée » à l’endroit même pour dramatiser le danger inhérent à l’intersection des voies . S’il en était ainsi, par qui se faisait cette « projection » ? Serait-ce dans l’esprit des automobilistes eux-mêmes, serait-ce une projection naturelle de leur peur au virage ? S’il en était ainsi, comment s’y prenaient-ils pour la superposer sur la vision des passants ? Et que valait le témoignage de l’employé du dépôt des us qui avait vu le véhicule fantôme d’un angle entièrement différent ?

    Enfin, si les apparitions sont des manifestations d’esprits désincarnés, si un fantôme est l’âme d’un mort, revenue sur terre, quelle explication peut-on trouver pour justifier des autobus fantômes et, du même coup , leur ancêtres, les voitures fantômes, qui tiennent une si large place dans le folklore ?

    La saga des esprits est parsemée d’histoire d’objets inanimés apparaissant soudainement au sens des observateurs, depuis l’accordéon fantôme qu’on a porté au crédit de Daniel Dunglas Home, le grand médium écossais du siècle dernier, jusqu’au poignard de Macbeth. Dans ce dernier cas, William Shakespeare, écrivant à une époque plongée dans la superstition, semble avoir été aussi au courant de l’anomalie des objets spectres qu’il l’était de presque tout autre domaine de l’expérience humaine : Es-tu ô poignard fatal, sensible au toucher comme à la vue, ou n’es-tu qu’un poignard de l’esprit, une fausse création, née du cerveau écrasé de chaleur ? »

    Une des histoires d’apparitions absolument sans âme les plus convaincantes se trouve rapportée dans le Journal de la Tour de Londres, un endroit qui, selon la croyance populaire, est saturé de spectres. L’homme qui écrivit le compte rendu de ce qu’il avait vu un dimanche soir du mois d’octobre 1817 était Edmond Lenthal Swifte, qui fut le gardien des bijoux de la couronne, de 1814 à 1842, soit pendant 28 ans.

    Laissons-lui la parole : « J’étais en train de souper avec ma femme, notre petit garçon et la sœur de ma femme dans le salon de la Maison aux Joyaux, qui a la réputation d’avoir été la triste prison d’Anne Boleyn et des dix évêques qu’Olivier Cromwell logea « pieusement » ici…

    « Les portes étaient toutes fermées, des rideaux lourds et sombres étaient accrochés du haut en bas des fenêtres, et la seule lumière dans la pièce était celle de deux chandelles sur la table. J’étais assis au bas de cette table, mon fils à ma droite, ma femme en face de la cheminée, et sa sœur du côté opposé. J’avais offert un verre de vin et d’eau à ma femme, quand, en le portant à ses lèvres, elle s’arrêta et s’exclama : « Bon Dieu ! Qu’est-ce que c’est que ça ? » Je regardais et vis un objet cylindrique, comme un tube de verre, quelques chose à peu près de l’épaisseur de mon bras et qui se balançait entre le plafond et la table. Son contenu avait l’air d’un fluide dense, blanc et azur pâle, roulant et se mélangeant sans cesse à l’intérieur du cylindre.

    « Cela dura environ deux minutes, jusqu’au moment où cela à commencer de se déplacer devant ma belle-sœur, puis, en suivant la longueur de la table, devant mon fils et moi-même. Passant derrière ma femme, l’objet s’arrêta un instant sur mon épaule droite. Aussitôt, elle se recroquevilla sur elle-même, et, couvrant son épaule de ses deux mains, elle poussa un cri : « Oh !mon Dieu ! Il m’a saisie ! »

    « Encore maintenant, en l’écrivant, je ressens l’horreur de cet instant. J’empoignait ma chaise et frappai sur l’apparition d’un coup qui atteignit la boiserie derrière ma femme. Alors, l’objet traversa le haut de la table et disparut dans le recoin de la fenêtre. »

    Toujours au crédit des fantômes sans âmes, il y a lieu de mentionner la tragique mésaventure du soldat qui mourût de peur à la vue d’un énorme ours noir . Il était de faction, aux alentours de minuit, à l’extérieure de cette même Maison du Joyau, quand il entendit un grognement guttural derrière lui. Se retournant, il vit la bête, dressée sur ses pattes de derrière, ses crocs découverts, ses yeux rouges de rage et ses griffes tendues vers lui. Le soldat enfonça sa baïonnette dans le ventre de l’animal : la pointe le traversa complètement… et l’apparition disparut. Cela se passa quelques années après la mésaventure de la famille Swifte.

    Quelques instants plus tard, une patrouille trouva le soldat sans connaissance, sa baïonnette fichée dans le bois de la porte. Il fut emmené, encore inconscient, à la salle de garde, où un médecin déclara qu’il n’était ni ivre ni endormi. Le matin suivant, ce fut justement Swifte qui l’interrogea . A plusieurs reprises, il raconta son étrange histoire et, au bout de trois jours, il mourut…

    Il y a quelque trois cents ans, la Tour renfermait une ménagerie royale, et parmi les animaux recensés il y avait un grand nombre d’ours. Comme il ne subsiste aucun compte rendu d’une quelconque autopsie du soldat, le fait qu’il soit mort trois jours après sa dramatique expérience pourrait laisser supposer qu’il était déjà malade sans le savoir, et que l’apparition n’était pas autre chose qu’une hallucination causée par sa maladie. D’autre part, des fantômes animaux ne sont pas inadmissible : ils apparaissent exactement comme dans la vie. Le fait que l’homme a perdu la plupart de ses instincts primitifs, tandis que les bêtes ont gardé le leur, peut aussi nous aider à comprendre leur rôle paranormal, inexpliqué jusqu’ici…

    Les histoires de chiens fantôme sont communes aux Etats-Unis, en Europe et dans plusieurs endroits d’Afrique. Chevaux, bétail et même moutons, à l’état d’ »esprits » ont leur place dans le folklore. Bien que, comme dans tous les contes populaires, les récits de leur apparitions aient, sans doute, été dénaturés dans la transmission orale au cours des siècles, quelques-uns d’entre eux gardent une étrange force de conviction.

    En 1908, la Société britannique de recherche psychique fit des enquêtes approfondies et complètes sur l’apparition de ce qui semblait être un porc fantôme dans le village de Hoe Benham, près de Newbury, dans le Berkshire.

    Voici les faits : le 2 décembre 1907, deux jeunes gens, nommé Oswald Pittman et Reginald Waud, étaient en train de peindre dans le jardin de leur maison, la villa Laburnum. A 10 heure du matin, Pittman se leva pour parler au laitier, et vit son amie Miss Clarissa Miles, qui montait le sentier. Elle venait rejoindre les deux hommes pour une séance de peinture. L’accompagnant comme son chien favori, il y avait un grand porc blanc, avec un groin d’une longueur anormale. Quand Pittman en parla à Waud, celui-ci lui demanda de dire à Miss Miles de laisser l’animal dehors et de fermer soigneusement la porte du jardin : Waud était un passionné de jardinage et il ne désirait nullement que cet animal allât lourdement errer au milieu de ses plantations.

    Cependant, quand la jeune fille parvint près d’eux, elle était seule et elle démentit toute connaissance de l’animal. Si une telle bête l’avait suivie, fit-elle remarquer, elle aurait sûrement entendu ses grognements… Néanmoins, elle et Pittman firent en sens inverse le chemin sur le sentier, interrogeant plusieurs enfants sur le parcours, leur demandant s’ils avaient vu un porc ce jour-là : aucun d’eux n’en avait aperçu.

    Le lendemain matin, le laitier, pressé par un Pittman énervé, signa une déclaration comme quoi il n’avait pas vu de porc, et il fit de plus remarquer que l’endroit était en quarantaine à cause de la fièvre porcine et que tout animal errant était abattu…

    Pittman et Waud vinrent à Londres pendant quelques mois. C’est là qu’ils eurent l’occasion de raconter l’étrange incident à un membre de la S.P.R.

    A leur retour en février à Hoe Benham, l’histoire de l’apparition à Pittman s’était largement répandue. Perdant leur réserve naturelle, les gens du village les inondèrent d’histoires de fantômes, antérieures au cochon de Pittman. Tous faisaient remonter ces apparitions au suicide d’un fermier du nom de Tommy Kinh, don’t la ferme était proche du sentier. La recherche dans les archives de la paroisse fit découvrir deux Tommy King, l’un mort en 1741 et l’autre en 1753, mais sans rien qui révélât lequel s’était suicidé. On dut se contenter du témoignage d’un vieillard , du nom de John Barrett : c’était en 1850, alors qu’il n’était que petit garçon.

    Tandis qu’il rentrait avec sept ou huit hommes sur une charrette de foin, la voiture longeait le sentier au cochon. Ce n’est pas un porc qu’il vit, mais une « chose blanche » qui apparut dans l’air. Tous les hommes l’avaient vues, et les chevaux aussi de toute évidence, car ils devinrent bizarres. La chose se mit à monter et descendre, et les chevaux à renâcler, jusqu’à ce que la voiture eût atteint le voisinage de la Ferme du Roi moment où la vision s’évanouit. En 1873, au même endroit, Barrett avait vu une créature, « comme un mouton », piétinant l’herbe de la sente. Il lui lança un coup de bâton, mais le mouton disparut avant que le bâton l’eût atteint.

    La sensibilité des animaux, en particulier chat et chien, au phénomènes paranormaux est presque un truisme. Le docteur Robert Morris, du Kentucky, parapsychologue qui employa des animaux comme « contrôles » de ses expériences dans les années soixante, a raconté ses recherches dans une maison hantée, dans une pièce de laquelle avait eu lieu une tragédie. Il se servit d’un chien, d’un chat, d’un rat et d’un serpent à sonnette.

    On y a fait pénétrer le chien de force. Il ressort aussitôt et refuse d’y rentrer. Le chat, qui est dans les bras de son maître, s’en échappe, lui saute sur les épaules, puis à terre, se dirigeant vers une chaise vide, autour de laquelle, pendant plusieurs minutes, il siffle, il crache, hérisse ses poils. Quand au serpent, il se met aussitôt en posture d’attaque, fixant la même chaise que le chat. Au bout de deux minutes, il avance lentement la tête vers une fenêtre, puis revient en arrière et se remet en posture d’alerte pendant quelques cinq minutes.

    Seul le rat n’eut aucune réaction. Les quatre animaux furent testés dans une autre pièce, un peu plus tard, et leur comportement fut normal.

    Dans le monde ténébreux des apparitions, personne, pas même le chercheur psychique le plus éminent, ne sait tout à fait quelle en est la cause. Ce que nous avons, c’est qu’elles ne se limitent pas aux êtres humains. Les fantômes aussi bien des animaux que des objets inanimés ont été enregistrés avec lucidité au fil des années, jusques et y compris l’âme d’un autobus de Londres…


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