• Les SS à Montségur

     

    Dans toutes les légendes, il est fait mention d'un objet aux vertus extraordinaires qui, à partir d'une certaine époque, aurait disparu mystérieusement. L'interprétation symbolique du Graal la plus communément admise est celle qui consiste à l'assimiler à la coupe qui servit à Jésus, lors de la Cène, et où Joseph d'Arimathie recueillit le sang du Sauveur provenant de la blessure au côté due au coup de lance du centurion Longin. Cela nous permet de faire remarquer que la coupe est très souvent associée à la lance, mais l'étude de la complémentarité des symboles nous entraînerait trop loin de notre sujet.

    Pour en revenir à la coupe, indiquons que nous étudierons sa signification antique dans les chapitres suivants, concernant la Grande Tradition. Cependant, sans déflorer notre sujet, remarquons que la perte du Graal (vase de la Connaissance), ou de l'un des symboles équivalents, peut être assimilée à la perte de la Tradition avec tout ce que cela comporte d'appauvrissement spirituel.

    Ainsi, pour les traditionalistes, le mythe du Graal est le reflet d'un enseignement perdu. ce fut l'interprétation des nationaux socialistes, qui développèrent leur pensée en voyant dans le Graal-pierre une loi de vie seulement valable pour certaines races.

    Dans son Roi du monde, René Guénon n'a pas voulu trancher le débat quand il déclare  que le  Graal serait à la fois un "vase" (de l'occitan grasale) et un "livre" (gradale ou graduale) ".

    Pour nous, le national-socialisme est un phénomène à la fois plus simple et plus complexe à expliciter dans son essence. 
    Le Graal est le Livre sacré des Aryens, perdu et retrouvé, caché enfin à Montségur par les cathares, qui sont restés incapables de le déchiffrer correctement. Le reste semble, dès lors, couler de source : il appartenait aux savants, aux chercheurs, aux spécialistes de l'écriture païenne enchevêtrée de redécouvrir le Graal-pierre et le traduire en langage clair, afin que la tradition aryenne ne soit pas perdue et que, ainsi, le secret de la genèse du monde parvenant à la connaissance des maîtres du IIIè Reich, il vienne justifier leurs théories politiques par la caution d'une écriture millénaires.

    C'est à ce titre qu'Otto Rahn, le grand spécialiste du catharisme, fut envoyé par les pontifes du nazisme dans le pays albigeois, afin d'y découvrir ce fameux Graal-pierre, évoqué dans ses poésies par Wolfram von Eschenbach, qui parle d'une pierre précieuse. Or les manichéens originaires de la Perse associaient le mot "Goor" (pierre précieuse) au mot "Al" (éclat), ce qui donnerait le Graal par contraction, dans le sens de "pierre précieuse gravée", et serait la notion historique la plus fondée de par son origine étymologique.

    Cela nous permet de comprendre tout l’intérêt que les dirigeants hitlériens, au premier desquels Rosenberg, portaient à cette recherche.

    L'emblème choisi par Hitler, le svastika, ou croix gammée, revêt, dans cette même mythologie une signification ésotérique. Le fondateur du parti national-socialisme voulait renouer par là avec toutes les religions et toutes les magies qui reposent sur le symbolisme ; de même, les ordres de chevalerie (comme celui du Temple) étaient à l'origine des sociétés initiatiques, les devises féodales étant choisies par les chefs qui possédaient les connaissances occultes nécessaires. En suivant ce courant, Hitler s'affirmait comme le continuateur d'une certaine tradition concrétisée avant lui par le groupe Thulé.

    Quant au Graal, puisqu'il est au centre de notre sujet, de par sa signification, il présente un rapport étroit avec le svastika.
    Montsalvat, la montagne du Graal, peut-être assimilée au Paradeshâ du sanscrit, qui signifie "contrée suprême" ou "centre spirituel" par excellence. Les familiers de René Guénon auront fait aussitôt le rapprochement : il est facile de voir que la montagne Polaire, dont il est question sous des noms divers dans presque toutes les traditions, est la fameuse hyperborée. René Guénon est d'ailleurs très affirmatif sur ce sujet, contrairement à ce qu'il écrit à propos du Graal, puisque selon lui 
    " il s'agit toujours d'une région qui, comme le paradis terrestre, est devenue inaccessible à l'humanité ordinaire, et qui est située hors de l'atteinte de tous les cataclysmes qui bouleversent le monde humain à la fin de certaines périodes cycliques. "

    Rien ne manquait désormais à la nouvelle religion nazie  : le mythe du sang de la tradition ésotérique, les voix des innombrables prophètes, dont nous allons faire état, la croix gammée comme signe de reconnaissance, l'ensemble noyé dans la musique liturgique de Wagner.
    Louis Bertrand, académicien français rallié à cette "religion", nous a décrit dans son livre consacré à son dieu : Adolf Hitler, une de ces manifestations religieuses du IIIè Reich à Nuremberg.

     

    Les SS à Montségur

     " Au centre de cette esplanade géante, entièrement recouverte par des troupes en armes, une avenue large comme le lit d'un fleuve qui se perd dans les lointains de l'horizon. Tout à coup, un orchestre wagnérien invisible remplit tout l'espace de sonorités triomphales : c'est la marche des Nibelungen... Et voici que, du fond de la prairie, tout au bout de l'avenue qui conduit à la tribune du Führer, une bande pourpre se lève, comme celle qui annonce le soleil dans un ciel matinal. Ce sont les vingt mille étendards qui s'ébranlent. Rythmé par la musique triomphale, le flot monte, déferle, s'étale en une vaste nappe rouge, s'arrête brusquement d'un seul mouvement. Et, d'un seul mouvement, les vingt mille étendards se dressent, grandes fleurs pourpre, et s'abaissent en une salutation unanime devant la minuscule silhouette en chemise brune, à peine discernable là-haut, au sommet de la tribune, et qui représente le maître de la Troisième Allemagne... Et je me demande quel souverain, quels héros national a été acclamé, adulé, chéri et idolâtré autant que cet homme, ce petit homme en chemise brune qui, suivi de son cortège, comme un souvenir, a toujours l'air d'un ouvrier. C'est bien autre chose que la popularité, c'est de la religion. Hitler, aux yeux de ses admirateurs, est un prophète, il participe de la divinité "

    Quant aux Tables de la Loi, Hitler les enviait au peuple juif qui, lui, pouvait suivre une ligne de conduite unique depuis le fond des âges, c'est pourquoi on imagine facilement sa fureur lorsqu'il évoquait Moïse et le peuple hébreu qui, depuis des siècles et malgré toutes les persécutions, gardaient intacte la tradition judaïque et la religion de ses pères. Quelle victoire aux yeux du monde entier que la possession du Graal par Adolf Hitler, et quelle revanche en même temps sur l'éternel ennemi ! Il serait alors apparu, lui, le Führer, comme le messie de la religion éternelle, le chef théocratique d'une Europe nouvelle ayant l'Allemagne pour pivot et... principale bénéficiaire de la connaissance absolue dans l'éternel devenir de la race blanche.

    Hitler avait fait sienne la légende germanique qui, de Charlemagne à Frédéric Barberousse, enfiévrait les imaginations allemande : nous voulons parler de la légende de l'empereur endormi au sein d'une grotte de Thuringe, et qui ne se réveillera que pour proclamer le Reich de 1 000 ans établi sur toute l'Europe et la supériorité de l'Allemagne sur tous les autres peuples du monde par la volonté de Dieu.

     

    Les SS à Montségur

    Mais le maître du IIIè Reich était trop versé dans les questions ésotériques pour oublier que la légende de l'empereur endormi s'appuie sur la transposition germanique du mythe du Graal et l'exploitation qu'en a faite Wolfram von Eschenbach à la fin du XIIè siècle. C'est probablement lors du sacre de Henri VI en 1190, à Mayence, que Guyot de Provence devait rencontrer l'Allemand Wolfram von Eschenbach, celui-ci faisait du Perceval occitan le Parzival germanique magnifié par Richard Wagner.

    On a trop répété les mêmes histoires sur Adolf Hitler, "le peintre en bâtiment, le petit bourgeois nationaliste et déçu repêché par un groupe surgi on ne sait d'où", pour être satisfait de pareils clichés. De la même façon, on a mis le groupe Thulé à toute les sauces pour expliquer l'ascension foudroyante d'Adolf Hitler. Une telle attitude méconnaît une grande partie de l'histoire allemande, car, comment, dans un tel cas, donner une solution aux problèmes posés par un pareil phénomène : par quel sortilège un homme parti de rien a-t-il pu, en l'espace de dix années, franchir les obstacles énormes qui le séparaient du pouvoir et capter la confiance de millions d'hommes, chômeurs, ouvriers, bourgeois et intellectuels ? Pourquoi la crise de 1929 n'a-t-elle pas profité au parti communiste allemand ?

    Il faut voir dans le succès personnel de Hitler un signe de reconnaissance par lequel s'établissait une espèce de communication mystique entre le 
    " Volk" (c'est-à-dire la communauté du sang) et son Führer, au contact des grands mythes germaniques agitant l'inconscient collectif de ce grand peuple. Depuis des temps immémoriaux, les Germains avaient pris conscience de la destruction de leurs anciennes divinités, et au 
    Crépuscule des Dieux de Wagner répondait en écho le Crépuscule des Idoles de Nietzsche.  

    C'était, de plus, en Allemagne, et, en Bavière, que la légende du Graal s'était transportée, transmise de siècle en siècle jusqu'aux illuminés de Bavière. Le culte solaire transmis aux cathares par les manichéens a été repris par les rose-croix et les illuminés pour parvenir, sous la forme du svastika, au IIIè Reich.

    Pour apporter une confirmation aux thèses des dirigeants nationaux-socialistes, il fallait toutefois remonter le cours de l'histoire occidentale, et les Allemands de 1933 n'étaient pas incultes au point d'ignorer que la légende du Graal provenait de ce Midi cathare qui les fascinait. Le choix d'Otto Rahn pour accomplir cette quête marque le soucis de s'entourer des meilleurs garanties, puisque  ce dernier joignait à une profonde connaissance de la Romanie, une parfaite maîtrise de la langue française et possédait des dons de spéléologue et de sportif.

    Avant de partir pour une neuvième croisade, Otto Rahn avait longuement étudié l'histoire et la doctrine des cathares dans laquelle il espérait trouver la Clef des choses cachées, pour reprendre le titre d'un ouvrage de Maurice Magre, célèbre écrivain languedocien.

     


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