• Les jumeaux de la parapsychologie

     

    Ronald Kray est un pensionnaire parmi d'autre du Lunatic asylum (asile psychiatrique)  de Longrave, en Angleterre. Une maison de santé plutôt huppée pour malades au psychisme plus ou moins trouble, mais où les bonnes manières du gentleman d'outre-Manche ne se perdent jamais que très discrètement... au fond de certaines cellules capitonnées.

    De prime abord, Kray paraît en fait absolument normal. Il est, en dehors de ses crises, avenant et d'une éducation exquise. Mais quand la démence s'empare de lui, en revanche, il devient capable des pires violences. C'est un assassin qui a bénéficié, du fait des graves troubles psychologiques qu'il ressent, de circonstances dites " atténuantes" C'est la raison pour laquelle il se trouve encore dans cet établissement feutré, dans lequel il passera sans doute le reste de son existence.

    Kray a un frère jumeau parfaitement normal, Reg, qui vient le visiter tous les lundis, avec une régularité d'horloge britannique. Et, à chaque fois, le directeur de l'asile fait accompagner et surveiller de près le frère de Ronald par un gardien particulièrement attentif. En effet, il y  a quelques années, une plaisanterie des deux sosies a failli tourner très mal...

    Le lendemain de la visite hebdomadaire en question, ce ne fut pas Ronald, mais Reg qui vint trouver le directeur de l'asile dans son bureau : " Je suis le frère de Ronald Kray, lui dit-il, Docteur, je n'ai strictement aucune raison de me trouver ici et je vous prie de bien vouloir me laisser sortir. Mon frère s'est éclipsé hier en se faisant passer pour moi, ce en quoi, vous le voyez, il n'a eu aucune peine, et personne dans l'établissement ne s'est opposé à son départ. "

    A cette minute commença une angoissante chasse à l'homme. Ronald, nous le disons pouvait d'un moment à l'autre sombrer dans une crise de démence criminelle. D'autant qu'il ne suivait plus aucun traitement pour l'éviter. Il avait convaincu son frère de jouer un tour aux infirmier et avait prit le large.
    Heureusement, Reg était tellement  " semblable " à son jumeau qu'il pouvait le suivre littéralement en pensée, et rassura le directeur de l'asile et la police jusqu'au bout. Quand Ronald était sur le point d'avoir une crise, Reg la ressentait en profondeur dans sa chair. En l’occurrence, ce n'était pas le cas. Reg n'arrivait pas à le localiser exactement mais il éprouvait son calme à distance. Et il fut à même de prévoir, à une demi-heure près, le moment où Ronald réintégra l'asile de son propre chef...

    Voilà le genre d'affaires qu'étudie le professeur Bouchard, du Département de psychologie de l'université du Minnesota. il a constitué une équipe de onze biologistes, dont la seule préoccupation est d'essayer de résoudre l'énigme que pose les vrais jumeaux. Le centre du problème demeure évidemment le lien mystérieux qui les unit tout au long de leur existence.

    Contrairement à d'autres chercheurs qui, dans le monde, s’intéressent au même phénomène, Bouchard et son staff sont de plus en plus persuadés que ce lien est de nature télépathique, et non de simple identité aboutissant à une répétition strictement parallèle des situations.

    La distinction est d'importance. En effet, dans le premier cas, c'est admettre que les manifestations parapsychologiques sont une réalité qu'il est enfin possible d'étudier d'une manière systématique chez lzs jumeaux. Autrement, on retombe dans la vieille école des prédestinations biologiques, qui ne satisfait plus grand monde. 

    Le professeur Bouchard estime que le cas de deux jumeaux dont il a particulièrement bien étudié le comportement démontre l'existence du lien télépathique gémellaire. Il s'agit de deux frères âgés de 47 ans qu'il appelle, par convention, Oskar et Jack. Ils n'ont pratiquement jamais vécu ensemble, ce qui accroît évidemment l’intérêt de leur identité comportementale. Oskar a été élevé en Allemagne par sa grand-mère dans la religion catholique, et a été affilié aux jeunesses hitlérienne à l'époque du nazisme. Jack pour sa part, a grandi aux Caraïbes, puis a vécu en Israël aux côtés de son père. il est de religion juive. Les deux hommes sont donc strictement différents par l'éducation et les circonstances de l'existence. Tout paraît en fait les séparer.

    Pourtant, l'un et l'autre aiment les mêmes plats cuisinés. L'un et l'autre ont, au même moment de l'année, ce que l'on appelle des " envies " en matière de gastronomie. Ils feront ainsi à des dates identiques, une " cure " de restauration chinoise ou de nourriture andalouse... De même, Oskar et Jack portent le même type de vêtements. Ils ont un goût marqué pour certaine chemises à épaulettes et ils aiment exactement les mêmes chaussures. Ils changent ce genre d'habitude périodiquement, et cela toujours aux mêmes dates, alors qu'ils vivent sous des climats radicalement différents et où la mode n'est pas forcément la même. 

    Jusque-là, on pourrait penser qu'une ressemblance chromosomique ou biologique est responsable de ces réflexes particuliers chez l'un et l'autre. Mais que dire de leur curieuse habitude partagée de tirer la chasse d'eau avant de se servir des toilettes ? De même que lire journaux et magazines en commençant systématiquement par la dernière page, ou de se passer des élastique aux poignets ?

     Ils ont eu des maladies identiques au même moment. Ils ont épousé des femmes portant des prénom extrêmement proches. Leurs enfants ont, de même, été baptisés de manière à peu près identique. Bouchard a même constaté que, en dépit des immenses différences d'éducation, ils ont tendance à aimer les mêmes personnages politiques de dimension internationale et à privilégier chez eux des qualités qui ne sont pas nécessairement celles que mettent en valeur les médias...

    Pour le professeur Bouchard, Oskar et Jack sont liés télépathiquement depuis leur conception. Mais Bouchard et sont équipe sont loin d'être les seuls à intéresser à la question. Les états-majors américains autant que les soviétiques ont des programmes d'expérimentation psi. Ils recherchent, entre autres, des sujets spécialement doués qui permettraient d'exploiter à coup sûr la paranormalité à des fins militaires. L'espionnage, bien sûr, mais aussi tout ce qui concerne les communications d'ordres de consignes ou d'informations stratégiques gagneraient évidemment à l'infinie discrétion du contact télépathique...

    On ignore tout des travaux financé par le Pentagone et la C.I.A. Un crédit spécial avait été alloué à plusieurs universités pour étudier précisément les possibilités d'exploiter les jumeaux qui présentent naturellement des facultés bien parapsychologiques bien supérieures à la normale. Les recherche ont-elles ou non abouti ? Il semblerait qu'elles aient été abandonnées, puis reprises selon la politique du moment.

    Du côté soviétique, en revanche, il est certain que les expériences psi avec des jumeaux ont donné des résultats plus que satisfaisants. Selon le docteur Spirkine, un parapsychologue au mieux avec les autorités militaires de l'Est, les premiers télépathes opérationnels seront certainement des frères ou des sœurs monozygotes, c'est-à-dire, pour les embryologistes, provenant d'un seul œuf fécondé.

    " ...  Il n'est pas très difficile, déclare le docteur Spirkine, de découvrir de bons sujets. Ceux-ci permettent d’intéressantes investigations sur le plan de la recherche pure. On peut grâce à eux en savoir davantage sur le mystère des pouvoirs inexpliqués. mais dès qu'il s'agit de transmettre à coup sûr un message, de manière répétitive et sans risque de mésinterprétation, il faut être certain de son fait. Seul les jumeaux univitellins et monozygotes, quand leurs facultés ont été suffisamment développées, autorisent une marge de succès à peu près absolue.. "

    En 1976, des agents secrets américains ont découvert, derrière le rideau de fer que les Russes entraînaient plusieurs couples de jumeaux à des fins militaires. Ces sujets étaient sélectionnés sur la base de l' " identité sensorielle aux stimuli douloureux ". On notait les couples gémellaires, dont les deux membres ressentaient, quelle que soit la distance, une perturbation physiologique identique au même moment. il est bien connu que deux jumeaux souffrent les même maladies, que le deuxième éprouve une souffrance si l'on agresse le premier, qu'il leur arrive même de mourir de la même chose à des centaines de km l'un de l'autre...

    Les situations de crise affinent incontestablement, on l'a plus d'une fois démontré, les facultés du paranormal. Et dans le cas précis de la gémellité, c'est encore plus évident que partout ailleurs. Ainsi, lorsque l'un des deux jumeaux est, par exemple, blessé à la guerre, l'autre ressent très exactement la douleur provoquée par la balle meurtrière. Sa propre vie pourra être mise en danger sans raison extérieure, uniquement par le fait de cette mystérieuse correspondance biologique et télépathique entre les deux...

    On a démontré ainsi, en Union Soviétique, qu'en anesthésiant chimiquement un jumeau dans un laboratoire moscovite, l'autre éprouvait les effets du sommeil artificiel à des milliers de km de là, dans une salle de l'université de Novossibirks. Si l'on pince le premier jusqu'au sang à un bras, une tache rouge apparaît sur le bras du second. Si l'un prend un médicament précis et suffisamment efficace, l'autre en ressent les effets secondaires...

    Fort de ces constatations, les parapsychologues militaires de l'est ont décidé d'utiliser les facultés gémellaires d'une manière systématique. Fin 1977, au moment de la célèbre affaire d'espionnage parapsychologique à laquelle fut mêlé le journaliste californien Robert Thot, la presse américaine la plus sérieuse a écrit qu'il existait en U.R.S.S. un programme de sélection des jumeaux dès la période scolaire. Ces surdoués du paranormal seraient entraînés dans un laboratoire près de Moscou, qui est contrôlé par l'armée rouge et le K.G.B. ainsi que dans la Cité des savants (Akademgorod), dans la périphérie de Novossibirsk.

     On sait peut-être utiliser les pouvoirs des jumeaux, mais la nature de ces extraordinaires facultés demeure essentiellement mystérieuse. Comme le disait, lors d'une conférence, le professeur Bouchard : " Les jumeaux sont profondément différents des autres humains. il est rare qu'ils aient des destinées véritablement ordinaires. A tout instant de leur existence, qui n'est jamais totalement individuelle, l'étrange peut surgir et ouvrir des portes inattendues sur l’insondable énigme des facultés perdues de l'être humain... "

    Au commencement de l'Homme, et bien souvent dans le passé, les jumeaux étaient soit des dieux, soit des damnés biologiques, mais toujours marqués du sceau de la différence. Dans le futur, ils seront peut-être, en nous permettant de mieux connaitre les pouvoirs méconnus de l'extra-sensoriel, une chance toute particulière d'évolution de l'homme vers une maîtrise globale de ses inimaginables possibilités...

     Un même destin

    Le 27 juillet 1939, dans un hôpital de Londres, Helena Jacobsson, une étudiante finlandaise célibataire, donnait naissance à deux petites jumelles. Elles furent baptisées Daphné - l'aînée de 12 minutes et Barbara. Toutes les deux furent adoptées. Barbara grandit à Londres, sa jumelle à Luton. Elles étaient dans leur 39ème année lorsqu'elles se rencontrèrent en mai 1979, Barbara avait mis 5 ans pour retrouver les traces de sa sœur...

    Barbara Herbert et sa famille vivaient dans le sud de l'Angleterre. Daphné Goodship dans le nord. Leurs mères adoptives respectives étaient mortes alors qu'elles n'étaient encore que des enfants. Les deux fillettes étaient tombées d'un escalier à l'âge de 15 ans. A 16 ans, elles rencontraient leurs futurs maris, qu'elles allaient épouser dans leur 20ème année !

    Elles perdirent toutes deux leur bébé. Ensuite, chacune des jumelles donna naissance à deux garçons, suivis d'une petite fille. Daphné, cependant, devait encore avoir deux enfants. Elles aimaient la sculpture. L'une utilisait du bois, l'autre du savon. Elles avaient des petits doigts recourbés, éprouvaient la hantise du vide et des nausées à la vue du sang. Chacune était affectée d'un petit rire nerveux.

    elles avaient une passion pour les romans d'Alistair MacLean et lisaient le journal féminin My Weekly. 
    Toutes deux souffraient d'un léger souffle cardiaque et d'une dilatation de la glande thyroïde. Aucune des deux n'avait jamais voté, excepté une fois, car elles s'étaient retrouvées secrétaires de scrutin. Lors de cette réunion, elles portaient toutes deux une veste de velours marron, une robe beige et un pardessus blanc. leurs cheveux, q'elles avaient presque blancs, étaient devenus auburn. Une seule différence : Daphné pesait 9 kg de moins que sa jumelle.

     

     

     

     


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