• Les enfants sauvages

     

    Les enfants sauvages

    L'historien grec Hérodote nous rapporte, dès le Vè siècle avant notre ère, qu'un pharaon, Psammétique, désirant découvrir le langage que les enfants parleraient spontanément, avait tenté une étrange expérience. Il s'agissait en réalité de connaitre quelle était la " langue première " de l'humanité. On prit donc deux nouveaux-nés à leurs parents et on les confia à un berger pour qu'il les élevât avec ses chèvres.

    Le pharaon avait ordonné que personne ne leur dise un mot et qu'ils vivent dans une cabane isolée du monde extérieur. Au moment voulu, ils devaient être allaités par les chèvres et ils devaient recevoir tous les soins dont ils auraient besoin. Malheureusement, Hérodote ne nous dit rien sur les résultats de cette curieuse expérience.

    Les enfants sauvages

    Il est plus que probable que les enfants soient restés complètement muets : l'enfant apprend la langue en entendant parler ses parents.

    Au moyen-Age, l'empereur allemand Frédéric II de Hohenstaufen chercha lui aussi à savoir quelle sorte de langage et quelle façon de parler adopteraient des enfants élevés sans jamais parler à qui que ce fut.
    " Aussi - nous dit, dans sa chronique, le moine franciscain Salimbene - demanda t-il à des nourrices d'élever les enfants, de les baigner, de les laver, mais en aucune façon de babiller avec eux ou de leur parler, car il voulait savoir s'ils parleraient l'hébreu, le plus ancien des langages ( c'est tout au moins ce quel'on croyait à l'époque ) ou le latin, ou l'arabe, ou peut-être encore le langage des parents dont ils étaient issus.

    " Mais il œuvra pour rien, car tous les enfants moururent... En effet, ils ne pouvaient pas survivre sans les visages souriants, les caresses et les paroles pleines d'amour de leurs nourrices. "

    Le XVIIè siècle reprendra ce thème de l'enfant sauvage et, dans une pièce de théâtre, La Dispute, Marivaux mettra en scène un prince qui tente de renouveler l'expérience de Frédéric II

    Les enfants sauvages

    Tous ces auteurs ne faisaient d'ailleurs que reprendre le mythe des anciens peuples, où l'on voit Romulus et Remus teter la louve et le jeune Jupiter boire le lait de la chèvre Amalthée. A l'époque historique, c'est par dizaine que l'on dénombre les enfants élevés par des animaux, loups ou autre mammifères. Au point que les philosophes des Lumières s’intéressent fort à ces cas étranges. Bufon et Condillac parlent d'eux, et Jean Jacques Rousseau écrit : 

    " Les enfants commencent à marcher à quatre pattes et ont besoin de notre exemple et de nos leçons pour apprendre à se tenir debout. L'enfant de Hesse avait été sauvé par des loups. Il avait tellement prix l'habitude de marcher comme des animaux qu'il fallut lui attacher des pièces de bois qui le forçaient à se tenir en équilibre sur ses deux pieds. 

    " Il en était de même de l'enfant qu'on trouva près de la forêt de Lituanie et qui vivait parmi les ours. Il ne donnait dit M. de Condillac, aucune marque de raison, marchait sur ses pieds et sur ses mains, n'avait aucun langage et formait des sons qui ne ressemblaient en rien à ceux de l'homme. Le petit sauvage d'Hanovre, qu'on mena il y a plusieurs années à la cours d'Angleterre, avait toute les peines du monde à s’assujettir à marcher sur deux pieds ; et l'on trouve deux autres sauvages dans les Pyrénées qui couraient par la montagne à la manière des quadrupèdes. "

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    L'enfant loup de Wetteravie trouvé en 1544 près d'Echzel, dans la forêt de Hardt en Bavière, fut l'un des premiers dont l'histoire ait retenu le nom. Il avait environ 12 ans lorsqu'il fut capturé par des hommes. Cette même année, un autre enfant était découvert, en Hesse, parmi les loups.
    L'historien Philippe Camerarius rapporte que ce garçon avait été enlevé à l'âge de trois ans par ces animaux et qu'il marchait à quatre pattes. Les loups, dit-ils, s'étaient pris de tant d'affection pour qu'ils le nourrirent des meilleurs morceaux de leur proie, et l’exercèrent à la course jusqu'à ce qu'il fut en état de les suivre au trot et de faire les plus grands sauts.

    Ils prenaient grand soin de son bien-être, puisqu'ils avaient creusé une fosse pour l'abriter pendant la nuit et l'avaient garnie de feuilles. Ils se couchaient tous autour de lui pour le protéger du froid. Le naïf chroniqueur s'écrie : " Si c'est vrai, cela est digne d'admiration. "
    Faut-il s'étonner si, hébergé à la cour du Landgrave, Henri de Hesse, l'enfant-loup, avait dit qu'il préférait encore retourner avec les loups plutôt que de vivre parmi les hommes ?

    Les enfants sauvages

    Un beau jour de 1661, un enfant bien proportionné, à la peau très blanche, les cheveux blonds et les traits du visage agréables, fut trouvé par des chasseurs dans la forêt de Lituanie. Il vivait au milieu des ours, et se défendit avec les ongles et les dents contre ceux qui voulaient l'attraper. Il avait avec lui un compagnon de son âge, mais qui eut le temps de s'enfuir avant d'être capturé.

    A la fin du siècle et toujours en Lituanie, on prit un autre enfant parmi des ours : il avait une dizaine d'année, était couvert de poils et ne donnait, raconte-t-on, aucune marque de raison. Il n'articulait aucun langage humain. On parvint cependant à lui apprendre à se tenir debout, à se nourrir normalement et à prononcer quelques mots, mais lorsqu'il fut en mesure de s'exprimer, il ne put se souvenir de son passé.

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    L'enfant mouton, trouvé dans une forêt d’Irlande, en 1672, mangeait de l'herbe et du foin qu'il choisissait à l'odorat. Il courait très vite et était fort agile. On le connait bien, car il fut décrit par le célèbre professeur Nicolas Tulp, qui servit de modèle à Rembrandt lorsque celui-ci peignit sa Leçon d'anatomie, oeuvre qui fait toujours la gloire du musée d'Amsterdam. D'après lui, il avait le front plat, l'arrière de la tête allongé, la langue épaisse et le ventre enfoncé, particularité due, d'après le professeur, à son habitude de marcher à quatre pattes. Enfin il bêlait au lieu de parler.

    Un cas semblable existait à la fin du XVIè siècle à Bamberg en Allemagne. Il s'agissait cette fois d'un enfant qui avait été élevé parmi les bœufs et qui se battait à coups de dents avec les plus grands chiens, qu'il parvenait ainsi à mettre en fuite.

      

      

      


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