• Les constellations

     

     

    " Ceux qui assemblèrent les étoiles en constellations ne semblent pas avoir d'autre but que celui de... semer la confusion ! " s'exclama un jour Sir John Herschel , le grand astronome britannique du siècle dernier. 

    Il faut admettre que l'imagination - plus que la logique - semble avoir inspiré ceux qui peuplèrent le ciel de dragons, de serpents de mer, d'un lion, de deux ourses et d'une chèvre, ainsi que la plupart des dieux et déesse du panthéon grec.

     Qui était ce peuple à l'imagination si fertile ? Les Grecs ? Hypothèse logique de prime abord, puisqu'on y retrouve toute leur mythologie. Mais on retrouve aussi d'autres figures d'inspiration plus ancienne. Alors ?
    Il faut chercher plus loin dans le temps.

     Comme l'histoire ne nous a laissé aucun point de repère, la seule solution est de se tourner vers le
    ciel lui-même. Et pour étudier la distribution des constellations, il faut d'abord comprendre les mouvements du ciel.

     

    On peut comparer les mouvements des étoiles à des points lumineux fixés à une immense sphère invisible. Le ciel semble pivoter d'est en ouest, faisant un tour complet toutes les 24 heures. Pour un observateur de l'hémisphère boréal, la révolution semble s'opérer autour d'un point fixe, invisible dans le ciel : le pôle Nord céleste, alors que, pour un observateur de l'hémisphère austral, elle semble opérer autour d'un point fixe correspondant : le pôle Sud céleste.

    C'est bien sûr, le mouvement de rotation de la Terre d'ouest en est qui crée le mouvement apparent du ciel. les pôles célestes se situent au-dessus des pôles terrestres. La même correspondance existe entre l'équateur terrestre et l'équateur céleste.

    Pour un observateur de l'hémisphère Nord, le pôle Sud céleste et la région avoisinante ne sont jamais visibles. Au pôle Nord le ciel de l'hémisphère Sud disparaît totalement. Mais si un observateur s'installe quelques part sur l'équateur pendant une année entière, il pourra observer l'intégralité du ciel, nord et sud. Pour mener à bien notre étude, nous choisissons un point d'observation situé dans l'hémisphère Nord, à mi-chemin entre le pôle et l'équateur. 

    Chaque nuit, la plupart des étoiles se lèvent à l'est, tournent dans le ciel et se couchent à l'ouest. Seuls deux groupes d'étoiles échappent à ce schéma : les étoiles circumpolaire Nord qu'elles ne franchissent jamais la ligne de l'horizon, et les étoiles circumpolaire sud, si proche du pôle Sud qu'elles ne se " lèvent " jamais.

    N'oublions pas le Soleil. Il reproduit pendant le jour le mouvement est-ouest des étoiles, mais en " déviant ".
    Le cercle qu'il décrit dans le ciel est une réflexion de la révolution annuelle de la Terre.

    Le chemin annuel su Soleil parmi les étoiles s'appelle l'écliptique. L'angle d'inclinaison à l'équateur céleste est de 23"5'. Le parcours de la Lune et des planètes dans le ciel est proche de l'écliptique.

    Quand nous examinons la distribution de la sphère céleste des constellations telle que la connaissent les Grecs, nous remarquons que certaines étoiles ont été laissées de côté. Tout un morceau de ciel de l'hémisphère austral est vide de toute constellation. Une explication simple vient tout de suite à l'idée : le rayon de cette région, en degrés, était égal à la latitude de l'observateur et cette région du ciel lui était invisible. Toutefois, la réalité est plus complexe car la région vide de constellations n'est pas circulaire mais ovale, et son centre n'est pas le pôle Sud.

    Dès le IIè siècle avant notre ère, Hipparque, l'un des plus grand astronome grec avait déjà remarqué cette  anomalie en comparant ses propres observations avec celles d'Eudoxe, un de ses prédécesseurs qui vivait au IVè siècle. Ce dernier possédait un globe astronomique entré dans l’histoire sous le nom de " Sphère d'Eudoxe ".
    C'était un globe de métal ou de pierre où étaient gravées les étoiles les plus brillantes, l'écliptique, l'équateur et les figures des constellations.

     Eudoxe est aussi l'auteur de deux traités importants : Les Phénomènes et l'Enoptron. Bien que ces deux ouvrages soient perdus, l'essentiel des phénomènes nous est parvenu grâce à un poème écrit au IIIè siècle par Aratos, poète qui vivait à la cour du roi de Macédoine.

    Dans un commentaire, Hipparque s'étonne qu'Aratos, dans son poème, décrive des constellations invisibles, et qu'en revanche il laisse de côté d'autres bien visibles. L'histoire ne nous dit pas si c'est grâce à ses observations qu'Hipparque découvrit le phénomène de la précession, découverte pour laquelle il est resté célèbre.

    Les pôles célestes, en effet, ne sont pas fixes. Ils décrivent un cercle complet tous les 26 000 ans environ. Nous appelons étoile Polaire, ou Polaris, l'étoile relativement brillantes qui se trouve à 1 degré du pôle Nord céleste. Elle n'a bougé que très peu pendant la précession actuelle, mais, dans quelques milliers d'années, les astronomes et les voyageurs devront chercher une autre étoile pour leur indiquer le Nord.

    L'équateur céleste accompagne les pôles dans leur mouvement. Les points où il coupe l'écliptique, qui elle, est fixe, bougent aussi. Ce sont les équinoxes. Lorsque le soleil est dans leur alignement, exactement à mi-chemin entre les pôles célestes, le jour est égal à la nuit. Le mouvement conique de la Terre sur son axe s'appelle la précession des équinoxes. On admet communément qu'Hipparque découvrit la précession quand il remarqua que les positions des étoiles par rapport aux équinoxes avait changé au cours des siècles. En fait, ce sont plutôt les commentaires que lui inspirèrent les observations d'Eudoxe, transmises par le poète Aratos, qui le mirent sur la voie.

    Quoi qu'il en soit, cette zone vide de toute constellation peut nous fournir des renseignements très précieux. 
    Dans les année vingt, A.C.D. Crommelin, un historien de l'astronomie, démontra que le rayon de
    cette " Zone vide " était d'environ 36 degré. Ce qui signifie que ceux qui inventèrent les constellations vivaient à environ 36 degré nord de l'équateur. Qui plus est, le centre de cette zone vide coïncide avec l'emplacement du
    pôle Sud céleste 2 500 ans avant notre ère. Ces données se trouvent confirmées par une étude faite par l'astronome Michael Ovenden. En étudiant les orientations des constellations et leur distributions sur le globe, il montra qu'elles étaient liées à la position du pôle Nord céleste 2 500 ans avant notre ère. Tous ces éléments recoupent aussi les travaux de E.W. Maunder. D'après lui, la latitude se situerait entre 35 et 45 degrés et le nombre d'années correct serait de 2 700 ans.

    Ovenden étudia aussi le poème d'Aratos qui décrit, affirme-t-il la voûte céleste d'il y a 2 600 ans. Tout porte à croire que nous tenons là la date de création des constellations. 

    Envisageons la question sous un autre angle. Dans son poème, Aratos parle aussi de l'intersection des constellations et de l'équateur céleste, ainsi que de deux autres cercles fictifs, les tropiques célestes du Cancer et du Capricorne qui sont tous deux parallèles à l'équateur céleste.

    Par trente-deux fois, Aratos mentionne les cercles et leurs relations aux constellations. A cause de la précession, peu de ces positions coïncident avec les positions actuelles. Toutefois, on peut reconstituer le ciel d'origine dans un planétarium. On tenta l'expérience. On soumit les trente-quatre données astronomiques tirées du poème d'Aratos à un chois de dates allant de 2000 à 5000 avant notre ère. On adopta le classement suivant : 0 si c'était faux, 0,5 si c'était vraisemblable et 1 si c'était correct. Résultat : on obtint le score maximal de trente-trois en l'an 2000 avant notre ère.

    De toutes ces recherches diverses, il se dégage donc une concordance dans l'espace et dans le temps. La latitude serait de 30 degrés de latitude nord et la date 2500 à 2000 avant notre ère. On comprend qu'en comparant le ciel de son temps et les indications contenues dans le poème d'Aratos, Hipparque ait remarqué de nettes différences, puisqu'un millénaire s'était déjà écoulé...

    Il nous reste maintenant à découvrir à quel peuple appartenaient les astronomes qui assemblèrent les étoiles en constellations et quel était leur but. Eudoxe comprit que le globe qu'il contemplait représentait un ciel plus ancien, mais il ne parvint pas à expliquer pourquoi il n'avait pas été corrigé. La résolution de cette énigme nous mettra sur la piste des antiques astronomes qui créèrent les constellations.

     

     

     


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