• Les cathares - Les rites inconnus

     

    Apparue des le XIè siècle dans la péninsule italienne, l'hérésie dualiste se répandit grâce aux échanges intellectuels nombreux entre Venise et le monde byzantin.

    Le mouvement, inspiré par les bogomiles, rejetais la tutelle de l'Eglise et prêchait le retour à la pureté. Il recueillait très vite une large audience, surtout en Italie du Nord, à Milan, en Lombardie et jusqu'à Florence.

    Les Etats pontificaux eux-mêmes n'échappèrent pas aux ravages de l'hérésie, puisqu'on des cathares à Viterbe, près de Rome, au XIIè siècle.
    Dans les marches latines, le dualisme manichéen, en révolte contre le dogmatisme et la richesse matérielle des évêques romains, s'accompagnait d'un sentiment gibelin très prononcé, qui donnait raison à l'empereur contre le pape. 

    L'idée d'un Saint Empire romain germanique, réunissant les deux tronçons du Glaive ( pouvoir temporel et spirituel ) et rétablissant la liberté religieuse, faisait partie du " grand dessein " gibelin soutenu par les cathares. Au Moyen Age, l'Italie fut déchirée entre deux factions qui se partageaient la population, la noblesse, les villes et même les foyers.

    Dans ce climat de violence, les cathares n'éprouvaient pas le besoin de se cacher, sûrs qu'ils étaient de trouver appui auprès de quelque cité ou seigneur. 

    Au XIIIè siècle, les diacres cathares se comptaient par milliers et les croyants par plusieurs centaines de mille. Des villes entières, comme Plaisance ou Crémone, passèrent à l'hérésie. A Florence, de puissantes familles se convertirent à la nouvelle croyance. Des séminaires destinés à la formation spirituelle des élus s'ouvrirent à Florence et à Poggibonsi, en Toscane.

    L'historien Léo rapporte ainsi à propos des progrès du catharisme en Italie : " Quand, en 1209, Othon IV vint à Rome pour se faire couronner, bien qu'Innocent III fût un maître vigilant, les ecclésiastiques qui accompagnaient l'empereur découvrirent à leur grand scandale des écoles où étaient professé ouvertement des doctrines manichéennes...

    " A Ferrare, Othon fut obligé d'ordonner aux magistrats de mettre au ban de la cité les cathares qui, résistant aux injonctions de l’évêque, refusaient de revenir à la foi de l'Eglise, ainsi que les personnages qui protégeaient publiquement les rebelles... Etienne de Bourbon rapporte qu'au dire d'un hérétique converti il n'y avait pas à Milan moins de dix-sept sectes hétérodoxes... "

    La répression pontificale fut à la mesure de l'ampleur de l'hérésie : elle commença sur une grande échelle en 1220, et Honorius III en chargea les dominicains, spécialistes en la matière. Le règne de ce pape ne fut que l'histoire d'un long combat contre l'hétérodoxie et le parti gibelin. Les légats du Saint-Siège et leurs enquêteurs rencontrèrent les pires difficultés auprès de nombreuses cités, qui voyaient d'un mauvais œil ces entorses aux libertés traditionnelles des communes. La lutte fut chaude et ne fut pas exempte de combats armés, les nobles soutenant souvent les hérétiques. Finalement, le catholicisme fut le plus fort. Mais les cathares ne disparurent pas pour autant. Des château furent mis à leur disposition par des familles aristocratiques , et après les terribles poursuites dont ils furent victimes, ils fondèrent une organisation secrète unissant toutes les villes d'Italie qui existait encore à la fin du XIVè siècle.

    Cela est tellement vrai que le nouveau pontife, Gregoire IX, pourtant âgé de 88 ans, poursuivit la répression avec acharnement, jetant les bases de la future Inquisition, cette sinistre institution qui durera jusqu'au XIXè siècle. Les enquêtes, les procès et les bûchers se multiplièrent. 
    La révolte de l'esprit flamba pourtant jusqu'au XVè siècle, puisqu'en 1486 Alexandre VI Borgia, connu pour ses vices et ses crimes, fit brûler vif le moine Savonarole, coupable de prêcher le retour à la pureté évangélique.
    La Renaissance devait apporter aux hérétiques une éclatante revanche en faisant souffler sur Rome le vent de la Réforme.

    Entre-temps, le catharisme, sous une forme très proche de l'hérésie italienne, s'est répandu jusqu'en Provence et dans le comté de Toulouse et, plus loin encore, jusque sur le Rhin et la Tamise.

    En pays d'Oc, on donna aux dualistes le nom d'albigeois par référence à la ville d'Albi, et le souvenir de la résistance qu'ils opposèrent à la croisade menée par Simon de Monfort en 1209 laissa de terrible traces, où Minerve, Béziers, Carcassonne, Montségur enfin sont autant de haltes sanglantes.

    Sur le fond, le catharisme occitan diffère peu de la doctrine bogomile et du dualisme italien ; il s'agit du même arbre dont chacun est un des rameaux et qui plonge ses racines dans la filiation solaire, laquelle, par l'intermédiaire du manichéisme  et de la gnose, traverse les siècles parce qu'elle transcende le temps. Quand à la division traditionnelle en Parfaits, ou Consolés, d'une part, et Croyants, d'autre part, elle est trop connue pour que nous insistions davantage.

    Les Purs menaient une vie ascétique et prêchaient par l'exemple. Pratiquant la chasteté, nécessaire à la méditation, les Parfaits s'abstenaient de viande et de toute nourriture animale jugée impure.
    A l'instar des pythagoriciens et des esséniens, ils croyaient à la réincarnation, c'est-à-dire à la migration de l'âme dans un corps physique, avant la libération totale.

    Surtout, ils possédaient une doctrine ésotérique à base cosmique, dont on parle peu parce qu'elle gêne et qu'elle amène à se poser certaines questions concernant les templiers, le Graal et toute une mythologie que l'on veut ignorer.

    Dans ce domaine, l'un des rares textes qui nous soient parvenus fait état d'un monde " hypercosmique" parallèle au nôtre, demeure d'un Dieu bon par opposition à cette Terre, dominée par le Démiurge. Cette croyance, issue d'une tradition très ancienne, était confirmée chez les cathares par un phénomène expérimental : au moment d'un réveil matinal, leur être intérieur restait quelques instants suspendu au-dessus de leur corps physique et du monde sensible, sans contact avec lui, dans la région où le Bien et le Mal s'affrontaient. Tel est du moins l'avis des ésotéristes. Cet état suscitait '' bien des questions et des réflexions sur les forces profondes qui déchaînent le Bien et le Mal dans l'âme humaine.
    Cette situation de l'âme dans un monde où les puissances du Bien et celles du Mal se combattaient leur posait un problème douloureux et difficile à résoudre ". 

    L'attachement des cathares au Christ solaire et au docétisme se traduit par cette croyance : " Le Christ n'aurait pas réellement vécu ailleurs que dans un monde double du nôtre, il aurait visité sept terres, d'autres disent sept cieux - pour libérer son peuple. "

    Autre phénomène lié à des pouvoirs secrets : le consolamentum, ce sacrement unique accordé aux mourants et à ceux qui suivaient la voie, c'est-à-dire aux candidats à l'adeptat des Parfaits.

    Imposition des mains, le consolamentrum mettait en oeuvre l'énergie cosmique, selon des techniques liées à l' " éveil " des mains par des procédés aujourd'hui perdus.

    Dans le doux pays occitan, l'arianisme wisigothique avait laissé une empreinte profonde qui facilita l'implantation de la doctrine albigeoise et explique son succès. L'hérésie se répandit grâce aux troubadours qui en furent les ardents propagandistes, et les cours d'amour furent presque toujours des cours hérétiques.

    Sous le voile de la poésie et du symbole, on y prêchait l'amour de la dame idéale, l'amour chaste pour la sagesse, la rose parfaite, la sophia des gnostiques, union purement spirituelle entre les deux principes pour une quête de l'immortalité. Et dans cette recherche de l'éternel féminin, Esclarmonde, la princesse cathare qui monta sur le bûcher de Montségur et dans les flammes se transforma en colombe, l'oiseau du Saint-Esprit, se trouva ainsi réintégrée dans ses origines, elle dont le prénom gothique signifiait " lune de cristal ".

    Symboliquement, l'astre de la nuit, la femme s'unissait au soleil du Graal pour l'accomplissement de ses noces mystiques avec le principe divin. On retrouve la même transposition spirituelle dans le roman de la Table ronde, avec Perceval et Lancelot.

    Dans le même courant spiritualiste et antipontifical s'inscrivent les vaudois, qui prêchaient la pauvreté et la pureté évangélique. Leur chef était Valdès, riche commerçant lyonnais qui renonça à la fortune pour devenir prédicateur.

    Parmi les autres sectes hétérodoxes, il faut citer, aux Pays-Bas et dans les Flandres, les béghards et les béguines, dont la particularité réside dans le recrutement féminin de ses membres. Ces communautés de femmes pieuses vivant hors des cloîtres échappèrent à la tutelle de l'Eglise par le mysticisme et les phénomènes extatiques dont elles étaient affectées.
    Le nom de béguine vient du catharisme : on le fait dériver tantôt
    de " béguin ", le bonnet de laine que portaient les ascètes errants, tantôt d' ''albigenses " 

    L'influence de la littérature issue des béguinages fut grande sur les johannites et les grands mystiques du Moyen Age. Le meilleur exemple de cette floraison de l'Esprit et du symbolisme le plus élevé est la Divine Comédie de Dante, chef d'oeuvre incomparable dont le message ésotérique ne sera jamais épuisé.

     


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