• Le Poison des sorcières de Paris

     

    Le Poison des sorcières de Paris

    D'après les occultistes, le quartier des Maubert, au même, au même titre que le haut de la rue Mauffetard, la rue de la Grange-aux-Belles avec ses vestiges souterrains du gibet de Montfaucon ou la cour du Commerce, ancienne cour des Miracles, serait un des haut lieux stratégiques de la géographie secrète de Paris. Il s'y passe périodiquement des choses, vous diront-ils, qui ponctuent de manière significative l'histoire étrange de la capitale. Rendez-vous mystérieux, crimes inexplicables et d'ailleurs inexpliqués, manifestations surnaturelles, habitants ou encore passant curieux et inclassables...

    Le Poison des sorcières de Paris

    Dans l'impasse qui se souvient des pas d'Albert le Grand et qu'on appelait en ce temps cul-de-sac d'Amboise ( actuellement impasse Maubert )  une petite femme aux grand yeux azur et aux magnifiques cheveux châtains lui battant les épaules, se hâte vers la demeure de sieur de Sainte-Croix.
    Marie Madeleine de Brinvilliers ne court pas de la sorte à un rendez vous galant ordinaire. Certes Sainte-Croix, bâtard d'une bonne maison de Gascogne, est son amant en titre. Mais c'est de plus un sorcier empoisonneur dont le laboratoire de la rue d'Amboise regorge de toutes substances secrètes propres à dispenser amour et haine et surtout de
    ces " poudres de succession " tellement prisée par les grands et les plus humbles de l'époque.

    Elle a ainsi expérimenté sur son propre père, qui prisait peu ses aventures extra-conjugales, une préparation du galant à base d'arsenic, de vitriol et de venin de crapaud qui a fait merveille. Le 10 septembre 1666, le prude a succombé à une crise de vomissements à laquelle les apothicaires n'ont rien compris. La jolie marquise s'est assurée de l’efficacité de la recette sur les malades des hôpitaux qu'elle visite de manière touchante en leur apportant des friandises.

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    Envoûteuse par surcroît, liée à un certain nombre de " faiseuses d'anges " qui lui fournissent la matière première de concoctions bien précises, la belle empoisonnera de la sorte jusqu'en juillet 1672. Le 31 de ce mois, Godin de Sainte-croix meurt - ô miracle ! - de mort naturelle. Le commissaire de police Picard perquisitionne à son cabinet de l'impasse Maubert. On y trouve un four d'alchimiste, tout l'arsenal du sorcier nécromant et surtout une cassette qui contient la preuve des exactions de la marquise de Brinvilliers.

    La célèbre affaire des poisons venais de débuter.

    On n'arrête la marquise que trois jours plus tard, à Liège, avec sur elle une liste manuscrite de tous ses forfaits. Des dizaines d'empoisonnements, des envoûtements au cours desquels elle donnait un coup de main au Diable, des machinations impensables mettant en cause de grands personnages du royaume... Elle avouera tout mais n'en subira pas moins la question et le 16 juillet 1675, elle sera décapitée en place de Grève où tout Paris est accouru pour assister à l’événement.

    " ...C'en est fait, écrit Mme se Sévigné à sa fille, la Brinvilliers est en l'air. Son pauvre petit corps a été jeté, après l'exécution, dans un fort grand feu, et les cendres au vent, de sorte que nous la respirons et, par la communication des petits esprits, il nous prendra quelque humeur empoisonnante dont nous seront tous étonné... "

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    Le lieutenant de police La Reynie, par ailleurs bien connu pour avoir assaini l'inextricable quartier de la cour des Miracles, cherche, depuis 1673, à démanteler un effroyable réseau d'avorteuses, sorcières, empoisonneuses et satanistes dont les mailles s'étirent jusqu'aux plus hautes sphères de la sociétés de Cour.

    Les arrestations commencent dès 1674. On embastille par exemple le chevalier de Rohan ( l'un des grand noms du royaume ) qui pratique l'alchimie et sans doute d'autres arts beaucoup moins inoffensifs avec un érudit hollandais du nom de Van den Enden. Avec Latréaumont et le jeune Cauzé de Nazelles, ils complotaient de plus contre Louis XIV, projetant même un enlèvement du roi dûment envoûté auparavant !

    Le Poison des sorcières de Paris

    On conspire beaucoup à la cour du Roi-Soleil. Et tout ce beau monde se fournit en philtres, poisons et autres statuettes chez les innombrables sorciers de Paris. Ces derniers courent les cimetières pour se procurer les ingrédients nécessaires à leurs préparations. D'atroces trafics de cadavres et même de nouveau-né se sont organisés dans les bas quartiers de la capitale. Il ne se passe guère de mois que les hommes de La Reynie ne mettent la main sur une avorteuse ou une distillatrice de liqueurs perfides. Et avec l'affaire des Poisons, ils n'ont pas fini d'être à la tâche...

    Ne dit-on pas que la marquise de Montespan, a gagné les faveurs du roi par des procédés de basse sorcellerie ? Elle a effectivement fait dire plusieurs messe noires dans la crypte de Saint-Séverin pour demander au Diable de l'aider à remplacer Louise de La Vallière dans le cœur de Louis XIV. Le prêtre de l'église, dont le cimetière sert de rendez-vous à tous les sorciers de Paris en quête d'ossements et de larves sépulcrales, est un fervent sataniste. Il a procédé à une conjuration spéciale avec deux pigeons baptisés Louis et Louise ( du nom des deux personnages qu'on veut amener à se haïr ). Le sortilège a été jeté pendant la messe diabolique au cours de laquelle on a fait réciter à la jeune ambitieuse l'invocation suivante :

    " ...Je demande l'amitié du roi et celle de Monseigneur le dauphin, qu'elle me soit continuée ; que la reine soit stérile, que le roi quitte son lit et sa table pour moi ; que j'obtienne de lui tout ce que je demanderai pour moi et mes parents ; que mes serviteurs et les domestiques lui soient agréables ; que, chérie et respectée des grands seigneurs, je puisse être appelée aux conseils du roi et savoir ce qui s'y passe et que, cette amitié redoublant plus que par le passé, le roi quitte et ne regarde La Vallière et que, la reine étant répudiée, je puisse épouser le roi ! "

    Le Poison des sorcières de Paris

      Tout cela est adressé à Satan par l'intermédiaire de son prêtre renégat officiant sur la femme nue... Le Diable se rendit aux prières de la marquise. Moins d'un an plus tard, elle entrait et pour longtemps dans les bonnes grâces du souverain.

    Mme de Montespan a connu Mariette par une personne peu recommandable qui ne va pas tarder à défrayer la chronique.
    Catherine Voisin exerce le métier de tireuse de cartes et d'avorteuse.
    La nouvelle favorite du roi continuera de la fréquenter pour en obtenir les philtres destinés à éloigner ses rivales.

    Le Poison des sorcières de Paris

    La sorcière organise pour elle maintes nouvelles messes noires, à chaque fois en particulier que le roi suit d'un peu trop près Mme de Soubise ou Mlle de Rochefort-Théobon. Au procès des Poisons, la fille de la Voisin témoignera de cette intense activité sorcière de la marquise. Une activité parfois odieusement criminelle puisqu'une véritable cérémonie satanique exige pour être efficace le sacrifice d'un enfant.

    " ...Ma mère a porté plusieurs fois à Mme de Montespan, à Saint-Germain, à Versaille, à Clagny, des poudres pour l'amour, pour faire prendre au roi, qui avaient passé sous le calice... J'ai été présente à cette sorte de messe et j'ai vu que la dame était étendue toute nue sur un matelas, les jambes pendantes, une serviette sur le ventre et le calice sur la serviette. Le prêtre qui officiait était le vieux Guibourg. Un jour on a présenté à la messe un enfant paraissant né avant terme, qui a été mis dans un bassin et égorgé ; Guibourg versa le sang dans le calice, le consacra avec l'hostie, acheva sa messe puis fit prendre les entrailles de l'enfant. Ma mère porta le lendemain distiller le sang et l'hostie dans une fiole de verre, que Mme de Montespan emporta..."

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    La vie d'un enfant compte peu pour une criminelle comme la Voisin qui distribue quotidiennement des philtres empoisonnés à sa riche clientèle.
    Elle n'était pas la seule à le faire dans le Paris de l'époque où la sorcière donnait volontiers un coup de pouce au Diable.

    Encore trois empoisonnement  et je peux me retirer, fortune faite ! ",
    déclarait un soir à dîner devant toute une société de très grands seigneurs de haute lignée la tireuse de cartes Marie Bosse...

    Maitre Perrin, un avocat convié à sa table s'inquiète de ce genre de propos et en parle à un de ses amis, le capitaine Degrez, qui s'est jadis occupé de l'affaire Brinvilliers. On ouvre une enquête. On tend des chausse-trappes à la bande tandis que deux événements précipitent les choses.

    Le Poison des sorcières de Paris

    Le 5 septembre 1678, dans l'hôtel de la Petite Angleterre, rue d'Anjou-au-Marais, on arrête un groupe d'alchimistes parmi lesquels Pierre Cadelan, secrétaire du roi et banquier, et un aventurier du nom de Vanens sous inculpation d'espionnage. On s'aperçoit très vite que les abstracteurs de quintessence n'ont peut-être pas découvert le secret du Grand Oeuvre mais qu'ils s'adonnent à la magie noire et au poisons. Eux aussi fournissent à la Montespan des recettes infaillibles pour garder la faveur du roi. Ils sont d'ailleurs de près ou de loin liés aux autres fabricants de poudres de succession diaboliques de la capitale.

    On a aussi arrêté la Bosse, une certaine Vigouroux et quelques autres.

    Fin 1678, début de 1679, Mlle de Fontanges vient d'arriver à la cours et menace fort de supplanter la Montespan. Cette fois, les messes noires demeurent sans effet.

    " Ma mère, dira la fille de la Voisin au procès, m'a confié que Mme de Montespan voulait, dans ce moment tout porter à l'extrémité et la voulait engager à des choses où elle avait beaucoup de répugnance. Puisque la magie, aussi noire soit-elle, ne donnait rien, il ne restait qu'à empoisonner la rivale et le roi avec, pour faire bonne mesure. "

    Aveugle de dépit, Mme de Montespan promet 100 000 écus.
    Un conseil de guerre se réunit chez la Voisin, rue Beauregard. On décide d'un plan à suivre. Pour Mlle de Fontanges, des gants de senteur qui l'empoisonneront sans laisser de traces en moins d'une semaine.
    Pour le roi, un placet, lui aussi enduit d'une poudre mortelle. Les sujets de Louis XIV sont en effet autorisés à lui remettre ainsi, en audience publique, une fois par semaine, leurs suppliques et doléances...

    Le Poison des sorcières de Paris

    La Voisin part à la cour qui se trouve à Saint-Germain le dimanche 5 mars.
    Elle ne peut approcher le roi et compte tenter à nouveau sa chance une semaine plus tard. Mais le 10, alors qu'elle revient de
    Notre-Dame-de-la-Bonne-Nouvelle, elle est enfin arrêtée.

    Conduite par La Reynie, l'enquête va révéler un inimaginable réseau de crimes, de sortilèges, de cérémonies sataniques sanglantes, d'avortement clandestins... Les plus hauts personnages du royaume sont mis en cause, des femmes surtout. Que du beau monde. Il fallait être riche pour monnayer les services des prêtres et des " vestales " de Satan !

    Même le poète Racine, académicien et historiographe de Louis XIV, sera inquiété. On le suspecte d'avoir acheté à la Voisin une certaine fiole de liqueur jaune pour empoisonner sa maîtresse, l'actrice Du Parc... 

    Le Poison des sorcières de Paris

    La Voisin est brûlée vive le 22 février 1680 après avoir fait des aveux complets. Malgré le secret imposé aux juges qui instruisent la ténébreuse affaire, le bruit se répand qu'on voulait empoisonner le roi en personne.
    Quand Mlle de Fontanges mourra d'une étrange maladie, on est bien persuadé quoiqu'en disent les médecins, que la Montespan est au moins arrivée à mener à bien une partie de son dessein.

    La chambre ardente, juridiction spéciale pour juger les personnes de naissance élevée, ô combien nombreuses dans cette histoire, siège jusqu'en juillet 1682 ; 210 séances, 319 personnes arrêtées... Puis, le roi veut qu'on oublie.

    Souverain aux ambitions solaires, Louis XIV admet sans doute mal qu'un tel univers chtonien ait pu faire irruption dans son règne. Le Diable et son train retournent à la nuit et à la clandestinité.

    Ce qui n'empêche qu'à la fin du règne, selon les Mémoires de Vaudreuil, il y a " pour le moins quatre fois autant de sorcières et suppôts de Satan en Paris que de prêtres, de religieux ou de boulanger !... ''

      

     


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