• Le pélican des cathares

     

    Une autre influence s'exerça particulièrement sur le catharisme occitan : celle des Celtes et du vieux fond druidique. Le culte de Belen, l'équivalent de l’Apollon romain, à toujours été très populaire dans la région pyrénéenne ; cette divinité celtique, devenue, par transformation, Abelio. On retrouve cette trace lumineuse dans la ville d'Albi, qui a donné son nom aux cathares méridionaux devenus les albigeois.

    Près de Montségur, dans les montagnes ariégeoises, se trouve le lac des Druides, qui, par déformation, est devenu " lac des truites ". Or la tradition veut que les Tolosates, tribu celte qui pilla le trésor de Delphes, aient jeté cet or dans le lac pyrénéen.

    A Carcassone, citadelle de l'hérésie cathare, s'élevait, jadis sur la colline rocheuse, un bosquet de chênes, qui n'était autre que le nom de la ville.

    Sur le château de Foix, autre bastion du catharisme, la tribu celte des Sotiates avait construit un oppidum. Les vassaux du comte de Foix, au Moyen Age, n'avaient pas oublié leurs lointains origines, puisqu'ils se faisaient appeler " fils de la Lune " ou '' fils de Belissena ". Ils prétendaient descendre de Belissena, déesse de la Lune, l'Astarté celtique. Dans leur armoiries figuraient le Poisson, la Lune, et la Tour, emblèmes de la déesse lunaire, du dieu du Soleil et de la puissance chevaleresque.

    Nous retrouvons ainsi la Lune et le Soleil, les deux polarités complémentaires, féminin-masculin, qui permettent de concevoir la créature parfaite : l'androgyne spirituel.

    Mais revenons un instant sur le symbole d'Apollon-Abellio, le dieu Hélios. Dans l'Antiquité, le dieu de la Pure Lumière solaire délivre au printemps la Terre de la prison hivernale, c'est pourquoi on l'appelle aussi le Sauveur (Sôter), comme, plus tard, le Christ. Comme le Christ également, il purifie le pécheur, le même à la Rédemption, à l'entrée du pays lumineux des âmes. Chaque années, nous dit la légende, sur un char attelé de cygnes, il gagnait le pays des Hyperboréens. L'arbre d'Apollon est le laurier, ce même laurier évoqué par les troubadours cathares, qui chantaient :

    Au bout de sept cents ans
    le laurier reverdira.

    Les Hyperboréens étaient le peuples élu d'apollon. Les auteurs grecs précisent que c'est dans un calice d'or que le " Rayonnant " venait à eux, " semblable à une étoile, en sorte que son éclat montait jusqu'au ciel ". Cette coupe nous ramène au Graal pyrénéen dont Montségur fut l'écrin : le Graal, coupe lunaire qui contient la lumière du Soleil spirituel. C'est là que les légendes laissées par les cathares pour transmettre leur messages prennent le relais de la mythologie.

    Une légende dans la région ariégeoise précise qu'à la chute de Montségur, en 1244, tous les cathares périrent par le feu, sauf Esclamonde de Foix, la princesse cathare. Quand elle sut le Graal en lieu sûr, elle monta au sommet du Thabor, se mua en colombe blanche et s'envola vers les montagnes de l'Asie.

    Le Graal symbolise ici la connaissance, la Lumière spirituelle retournant vers ses sources orientales ; mais un autre mythe éclaire le premier. D'après celui-ci, le Graal est l'émeraude taillée sur 144 faces tombées du front de Lucifer, l'archange déchu, lors de sa chute. La pierre tomba sur la montagne sacrée de Montségur qui se fendit en deux pour servir d'écrin au joyau. L'allégorie est ici transparente : l'émeraude tombée du front de Lucifer est le troisième œil, ou l’œil "tout voyant", qui permet de voir le passé, le présent l'avenir. Sur un plan littéral, le mythe est également vrai puisque la couronne solaire, analysée au spectrographe, se révèle comme un halo vert. Il faut songer aux aurores boréales, à l'arc-en-ciel, à l'écharpe d'Iris, ce qui nous ramène à Hyperborée. Comme quoi tout se tient...

    On retrouve dans d'autres contes et légendes, mis en place par les cathares ou véhiculés par eux, un échos de cette tradition solaire qui se manifeste dans le Veda, le zoroastrisme, la gnose manichéenne et, enfin, le catharisme. 

    Voici le conte du pélican tel qu'il est parvenu jusqu'à notre époque :

    " Le pélican était un oiseau aussi clair que le Soleil et qui suivait le Soleil dans sa course. Il laissait donc souvent ses petits seuls dans le nid. C'est pendant son absence qu'intervenait la bête diabolique. Lorsque le pélican revenait, il trouvait ses enfants tout déchiquetés. Il les soignait aussitôt et les ressuscitait. Mais comme les pélicans avaient été déjà mis à mort et ressuscités plusieurs fois, leur père décida un jour d'occulter sa lumière et de demeurer dans les ténèbres à côté d'eux. Quand la bête survint, il la vainquit, et la mit hors d'état de nuire. "

    Le sens dualiste de ce conte symbolique est évident et nos rapproche de cet oiseau lié aux rose-croix. Dans la franc-maçonnerie, le pélican est associé au 18è degré du rite écossais, celui de " Sublime Prince Rose-Croix ". Cet animal symbolise Jésus-Christ. Certains ont pu voir à Utelle une hampe de bannière utilisée depuis la Renaissance par les pénitents et surmontés d'un pélican en bois sculpté. Jadis, il y avait là deux congrégations : les pénitents noirs et les pénitents blancs. Lorsqu'on sait qu'Utelle abritait au Moyen Age une maison de l'ordre du Temple, on comprendra que le noir et le blanc figurent le binaire présent dans le beauceant des templiers, de même que le pélican est le gage d'une haute initiation.

    Cette parenthèse fermée, revenons au catharisme, si toutefois nous l'avons quitté vraiment. Il est question, dans un autre conte populaire occitan, le Roi des Corbeaux, d'un homme vert, un géant, qui a un oeil au milieu du front. Le Peuple des Corbeaux est présentée comme une humanité obligée de s'incarner dans le corps de ces animaux. Enchaînés à la matière, ils ne peuvent parler. La rédemption féminine permet au roi des Corbeaux de retrouver la lumière et l'apparence humaine. 

    Le roman de Barlaam et Josaphat n'est pas proprement cathare, bien qu'il ait été traduit en vieil occitan dès le Xè siècle, mais un récit d'origine nettement bouddhique venu de l'Inde à travers l'Iran et Byzance, où il prit sa forme définitive. C'est un conte manichéen, c'est pourquoi il eut tant de succès chez les cathares, qui le traduisirent du grec. C'est un roman très riche en symboles, on y retrouve notamment la licorne alchimique. René Nelli, le grand spécialiste du catharisme occitan, a découvert à Raguse un plat cathare (bogomile) dont la gravure s'inspire d'une légende de cet ouvrage ; on y voit l'homme et la licorne.

    Cet animal légendaire est le symbole de la pureté recherchée par les Parfait cathares. Par sa corne unique au milieu du front, il symbolise aussi la " flèche spirituelle ", le " rayon solaire ", " l'épée de Dieu ". 
    La licorne est hermaphrodite, mais transcende la sexualité, ce qui l'a fait adopter par les albigeois, qui préconisaient la chasteté.

    En définitive, c'est à Simone Hannedouche que nous laisserons la parole, car elle répond aux objections de ceux qui dénient aux cathares une forme de croyance originale ou qui contestent le symbolisme solaire des albigeois, comme si toute les grande religions n'était pas un avatar du mythe solaire ; cet article, paru dans les Cahiers d'études cathares,
    s'intitule  : Montségur, temple solaire. Nous en donnerons seulement la conclusion :

    " Au cours de l'évolution décadente de la pensée religieuse, l'Eglise a nié l'Esprit humain en 869 au Concile de Constantinople, les cathares avaient maintenu depuis Manès la connaissance de l'Esprit créateur, le Verbe, dont parle l’Évangile de Jean... Aujourd'hui, faute d'attribuer les phénomènes de la vie à un créateur divin, on dit couramment :
    " La nature... nous a faits tels que nous sommes... " en recréant ainsi une personnalisation à la manière des peuples primitifs. A vrai dire, on pense aux Lois de la nature, dont on est fort en peine de préciser l'intelligence qui les a inventées : ce n'est pas l'homme puisqu'il les cherche !
    Les cathares, sans en étudier les manifestations chimiques, comme les alchimistes à leur époque, attribuaient la vie à l'action solaire de la lumière et de la chaleur, sans lesquelles il n'y aurait pas de vie sur terre, ce que nous reconnaissons aujourd'hui. Mais derrière les énergies solaires, auxquelles la sciences a dû ajouter celle de la Lune et même des rayons cosmiques, qui sont soumises à des rythmes et à des lois, ils ont placé l'Etre spirituel qui les dirigeait, le "Créateur" du monde terrestre, le Verbe en qui était la Vie, qui devint la lumière du monde et que les ténèbres ne comprennent pas. "

    Mais il serait vraiment borné de penser que des hommes intelligents, même au Moyen Age, aient pu adorer la boule de feu que la science actuelle appelle : le soleil physique. Les " sauvages '' eux-même voyaient en lui une apparence prise par une divinité. Tant qu'on se refuse à admettre qu'à l'origine de la matière se trouve l'Esprit des entités spirituelles, c'est-à-dire, des forces spirituelles actives dans la nature, on ne peut concevoir qu'un Soleil physiques. Mais l'action de ces forces physiques à travers l'immense espace qui le sépare de la Terre reste difficilement compréhensible ''physiquement". Pourquoi la lumière et la chaleur ne diminuent-elles pas en traversant cette distance ? Pourquoi cette source de feu ne se consume-t-elles pas au cours des temps ? Qui l'alimente ?

    L'Esprit divin, qui, pour les cathares, se manifeste dans le Christ et qui rayonne des astres, du Soleil, des étoiles et des constellations zodiacales, agit extérieurement indépendamment de l'espace et du temps. La Lumière et la chaleur sont sa manifestation physique et bienfaisante. S'il est venu s'incorporer en l'homme, c'est pour que celui-ci puisse disposer librement de ses forces, personnellement et intérieurement, où elles se transforment en intelligence et en amour.

    La conception solaire du Christ est pour le moins plus cohérente que celle de la science, qui fait notre Univers et de la vie qui l'anime le résultat du hasard dans le jeu de forces telluriques et qui se contente de cette hypothèse, en attendant de tout démolir en cherchant à démonter un mécanisme qu'elle n'arrive pas à comprendre.

    Le Christ dispensant les forces solaires avec une richesse qui se nuance selon les douze aspects du zodiaque était au centre du christianisme de Manès et des cathares, et il n'est nullement impossible ni "bouffon" que le château de Montségur, et sans doute d'autres, ait été, en même temps qu'une forteresse défensive contre les armées des croisés, un temple solaire.

     


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