• Le Mngwa, terreur en Tanzanie

     

    Connu sous le nom de mngwa (bête étrange), l'animal aurait l'allure d'un félin aussi grand qu'un âne adulte, serait doté d'oreilles minuscules, d'une longue et large queue et d'un pelage ras. Tacheté au niveau du dos et de la tête, rayé de noir sur les flancs et les pattes, on dit qu'il "ronronnerait" pendant ses repas... Bizarre. Les mâles mesureraient plus d'1,70 mètre de long avec une queue d'environ 90 centimètres (pour un poids de 120 kg). Bien que nettement plus grandes, ses empreintes sont semblables à celles du léopard. D'après les traces répertoriées justement, ainsi que les touffes de poils récoltées sur les cadavres de ses victimes, nous serions en présence d'un chat tabby ("tigré") que feu le zoologue belge Bernard Heuvelmans rapprochait d'une forme gigantesque de chat doré africain. Une certitude : l'animal est très dangereux pour l'homme. 

    Historiquement, le mngwa fait partie du folklore local de l'Ouganda, l'Ethiopie et Madagascar . Ses "exploits" sont chantés par la littérature swahilie depuis plus de 900 ans, depuis que les chasseurs sont entrés en concurrences avec les grands carnivores pour s'attribuer les herbivores. C'est en 1922 qu'il va vraiment se faire connaître au Tanganyika, la Tanzanie moderne lorsque les autochtones vont rapporter l'enlèvement de femmes, d'enfants et même de valeureux guerriers. Le scénario est toujours le même : tombée de la nuit, rugissement lugubres proches des villages et à l'aube, constatations de traces de lutte avec la découverte de corps déchiquetés tenant parfois dans leurs mains des touffes de poils gris ne correspondant pas à ceux d'un quelconque lion. Le premier européen qui récolta des indices probants sur l'existence de la bête est le naturaliste britannique Franck W; Lane. Il écrit : " Une série d'événements survenus dans certains villages de pêcheurs sur la côte de Tanganyika eurent pour effet de transférer le mngwa du royaume de la fantaisie indigène à celui des rapports gouvernementaux. " Bernard Heuvelmans nous a transmis les rapports de William Hitchens, attaché aux Services administratifs de renseignement du Kenya. Au début de son enquête, Hitchens pensa que les attaques étaient dues à des lions malades ou trop âgés pour chasser leurs proies favorites. Mais les indigènes savaient faire la différence entre un lion et un Mngwa...Dans les villages où il séjourna un temps, on lui fit le récit d'attaques nocturnes. Le Liwali (homme vénérable cultivé) du petit bourg de Lindi lui assura que l'animal chassait en meute, qu'il ne s'agissait pas d'un lion mais plutôt d'un énorme chat au pelage tigré. Hitchens rapporte également qu'il vit un habitant du village Mchinga sur une civière, affreusement blessé. il s'agissait d'un pisteur, chasseur de léopards et de lions. C'était bien le Mngwa qui l'avait attaqué, il en était certain et n'aurait jamais confondu les espèces entre-elles.

    En 1938, une discussion concernant l'identité de la bête anima les colonnes du très sérieux British Scientific Journal Discovery. Quelques part, ses méfaits étaient à rapprocher furieusement de ceux commis dans le Gévaudan en France, de 1764 à 1767, car on assistait à une incapacité totale des populations à réagir efficacement face aux carnages à répétition... L'armée intervint à plusieurs reprises car des villages étaient clairement menacés. Et il fallait absolument trouver un coupable. mais rien n'en ressortit si ce n'est les conclusions du chasseur professionnel Patrick Bowen : un gros lion semblait être le coupable idéal bien que des empreinte bien dessinées découvertes dans un sol dur et sablonneux ne ressemblèrent à rien de connu. Un léopard, peut-être, mais alors d'une taille résolument monstrueuse... Et au très mauvais caractère. 

    Au regard du caractère étrangement insaisissable du Mngwa, certains observateurs n'ont pas tardé à incriminer les sanguinaires agissements des " hommes-léopards " ou secte de l'Aniota, une société secrète qui a semé la terreur en Afrique de l'Ouest au cours des années 1940. Revêtus de peaux de léopards, ou d'un costume singeant la robe du fauve, ses membres imaginaient en acquérir la puissance et attaquaient puis lacéraient les villageois à l'aide de griffes en métal qui occasionnaient d'atroces blessures. Le plus souvent, ils mangeaient la poitrine de leur victimes... A l'époque, bon nombre de ces attaques furent mises sur le compte d'un être surnaturel mi-homme mi-léopard, si ce n'est du Mngwa en personne. Si des chercheurs comme l'ornithologue français Jean-Jacques Barloy penche pour l'hypothèse de la secte, on ne peut être d'accord étant donné que l'examen des victimes montre des traces de dents et de déchirures que seul un animal carnassier est capable d'occasionner au niveau corporel.

    Maintenant le Mngwa est-il réellement un léopard ? En fait très peu de ces félins sont anthropophages et il ne semble pas exister de spécimens qui arborent un pelage gris, à moins qu'il ne s'agisse de cas modérés de mélanisme (mutation génétique qui apporte un surplus de pigments et rend la peau ou la fourrure d'un animal noire). Une panthère ? Comme le souligne avec justesse le regretté cryptozoologue Bertrand Cèbe, " les ravages du Mngwa ne s'observent que sur la côte tanzanienne. Pour quelle raison ou déraison les panthères seraient-elles devenues mangeuses d'hommes là et pas ailleurs ? Et selon quelle variation ou mutation obscures atteindraient-elles la taille d'un lion ? " Ni lion, ni léopard , ni panthère donc... Cèbe d'ajouter néanmoins : "Oserai-je pour mon compte avancer une timide suggestion ? La bête étrange pourrait être une forme africaine et géante de la panthère nébuleuse de Malaisie. " C'est une possibilité. 

    Nous l'avons vu, Heuvelmans identifiait le Mngwa à un colossal chat doré africain. Cet élégant félin, qui fait normalement deux fois la taille d'un chat domestique adulte est d'une coloration variable qui peut, chez certains spécimens, être entièrement mélanique. C'est un premier trait commun avec notre "monstre". On observe également que sa robe possède des touffes de poils sur le dos du cou et l'avant des épaules. Seconde concordance. Le chat doré africain est extrêmement vigoureux, ses pattes sont puissantes et agiles. Il est en outre solitaire et s'active la nuit, à l'aube ou au crépuscule. Comme le Mngwa. Cinquième et dernière similarité, il vit dans la forêt humide. Par contre, la distribution géographique de ce félin est propre à l'Afrique de l'ouest... Alors ? Une forme de caracal géant pourrait éventuellement convenir. Espèce distincte qui mène une existence solitaire, de mœurs nocturnes et très discrète dans ses déplacements, il possède le corps du puma et les pattes du guépard. Las ! Sa robe de texture rude, n'est jamais tachetée ou rayée. Bien entendu, nous pourrions passer en revue tous les félins qui vivent en Afrique, leur attribuer une taille démesurée  et en faire des Mngwa. Pourquoi ne pas imaginer dans ce cas qu'il puisse s'agir d'un serval habitant typique des forêts montagneuses, agile sauteur, bon coureur et remarquable grimpeur ? Lui aussi, dont la distribution géographique sur le continent est immense, chasse de préférence à l’aube ou au crépuscule en prenant ses proies en embuscade. Un serval d'une taille exceptionnelle ? Non, le mngwa est un cas unique, peut-être un félin unique, pourquoi pas un gigantesque hybride distinct du lion et du léopard ? Car les habitants de l'est africain n'affirmeraient jamais que ce sot des animaux qu'ils connaissent parfaitement qui les terrorisent à ce point. On peut leur faire confiance à ce point. On peut leur faire confiance : il n'y a absolument aucune confusion dans leur esprit.               

       


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