• Le Juif errant

     

    Le Juif errant

    ‎1228 : On parle pour la première fois du Juif errant.
    Cette année là, un évêque de la Grande Arménie s’arrêta au monastère de Saint-Alban en Angleterre. Il parlait un langage qu'aucun moines ne comprenait. La présence d'un chevalier d'Antioches, qui savait l'arménien, permit de traduire les récits du prélat qui, peu d'années plus tard, firent partie de l'Historia major rédigée par un des religieux de Saint-Alban.


    Selon l'évêque, quand les juifs sortirent Jésus-Christ du prétoire, il s'écroula sur le seuil. C'est alors que le portier du tribunal, un nommé Cartaphilus, lui donna un fort coup de poing en lui disant : " Va donc plus vite Jésus...Pourquoi t’arrêtes tu ? "


    Le Sauveur se releva et répondit par cette sentence, à la fois toute simple et effroyable : " Je vais...et toi, tu attendras jusqu'à ce que je revienne ! ".

     

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    Depuis lors, d'après l'évêque, Cartaphilus attend. Il était encore jeune à l'époque de la Passion du Christ, et chaque fois qu'il est sur le point d'atteindre sa centième année, il est est saisi par une infirmité qui se termine par une léthargie a la suite de laquelle il redevient aussi jeune qu'il était au temps où mourut le Christ.


    L'évêque poursuivait : "Cartaphilus s'est fait chrétien, il habite l'Arménie. Je le connais bien et l'ai souvent admis à ma table : c'est un homme de grande piété, très frugal et parlant peu, quoique l'on vienne pour le voir et l'interroger. "


    Inutile d'ajouter que cette histoire fit le tour de l'Europe.
    Les gens se contentaient de peu de chose. Quelques indices suffisaient pour construire une légende. On ne concevait pas qu'on put les tromper et il ne se trouva pas le moindre curieux pour faire le voyage jusqu'en Arménie et voir le Juif errant de ses propres yeux.

     

    Le Juif errant


    Trois siècle passèrent sans plus aucune nouvelle du Juif errant. 
     Nous sommes en 1542, dans une église de Hambourg, un jeune théologien, Paulus d'Eitzen, aperçoit un homme à la physionomie insolite. Il s'agit d'un vieillard portant long les cheveux et la barbe, se tenant debout, les pieds nu et il écoute le sermon avec une grande attention, comme fasciné. Chose surprenante, chaque fois que le nom de Jésus-Christ est prononcé, le vieil homme s'incline, se frappe la poitrine et soupire.


    A la sortie de l'église, Paulus d'Eitzen  s'approche de l'étranger et peut constater que ce misérable, en dépit de sa tournure, ne parait pas avoir dépassé la cinquantaine. On fait cercle autour de lui, on le questionne et fini par répondre, non sans se forcer : il se nomme Ahasverus et était cordonnier à Jérusalem. Il a assisté au procès du Christ et en raconte les circonstance par le détail.


    Il était du nombre qui avait mené Jésus-Christ devant le grand prêtre.
    Il entendit prononcer la sentence et, tout joyeux, il courut jusqu'à sa maison pour l'apprendre à sa femme et à ses enfants, les invitant à sortir de la boutique et à se placer sur le seuil, pour ne pas manquer le passage du condamné qu'on menait au supplice. Il prit dans ses bras un des petits garçons qu'il avait, afin que le marmot pût le voir.

     

    Le Juif errant

     

     Le condamné parait au milieu des lazzis et des invectives de la foule ; pliant sous le poids de sa croix. Il chancelle et s'appuie pour reprendre haleine contre la maison du cordonnier. Celui-ci le prend par le bras et le repousse durement. Alors Jésus le fixe d'un regard dur d'où ne perce aucun éclair de bonté, et lui dit : " Je m’arrêterai et me reposerai; et toi, tu chemineras ".


    Aussitôt Ahasverus pose à terre l'enfant qu'il tenait sur son bras, et se met à marcher : il suit le supplicié jusqu'au Calvaire, le voit mettre à mort et, la nuit venue, ne retourne pas jusqu’à sa demeure. Il rôde autour des murs de la ville, sans s’arrêter, marche jusqu’à l'aube et, depuis lors, il est toujours errant.

    Voici donc le récit de la rencontre de Hambourg, où il est noté que Paulus d'Eitzen devint par la suite docteur en théologie et fut toujours considéré comme un " homme de bonne foi et recommandable ".
    Mais il n'avait pas été le seul à interroger Ahasvérus et bon nombre d'habitants de la ville de Hambourg s'étaient entretenus avec le cordonnier quinze fois centenaire.

    Le Juif errant

    Tous étaient d'accord pour rapporter qu'il s'agissait d'un homme peu communicatif , et même plutôt taciturne : de tout le temps qu'il passa dans la ville, personne ne le vit rire, pas même une seule fois !
    Quand quelqu'un lui offrait de l'argent, il n'acceptait jamais que deux ou trois sols pour les distribuer immédiatement aux pauvres.

      

    Il faut remarquer que si la version du théologien de Hambourg diffère sur certains points de celle de l'évêque arménien, elles restent néanmoins très similaires. Dans la première, notre homme s'appelle Cartaphilus alors que, dans la seconde, on le désigne sous le nom d'Ahasvérus.
    Il faut bien admettre que c'est un élément tout à fait mineur, d'autant que le nom peut très bien avoir été mal retranscrit par le chroniqueur de l'Historia major

    En 1582, il traverse Strasbourg et comme on s'étonne qu' il parle le dialecte alsacien, il explique que, par la miséricorde de Dieu, il possède le don de parler toutes les langues et idiomes des pays qu'il traverse dans son voyage sans but et sans fin.

      

     On le voit à Moscou, en Perse, en Arménie, en Italie, en France.
    Il faut attendre 40 ans après son passage a Strasbourg pour un autre épisode.

     

    Le Juif errant


    Au printemps 1623, dans une ville de Flandre, les bourgeois virent passer un homme très âgé, portant longue barbe grise et un tablier, comme les cordonniers. Aux questions posées, il répondit qu'il était le Juif errant. Le bruit de sa venue se répandit dans toute la contrée. Il fut reçu par les plus grands et invité aux plus belles tables jusqu'au jour ou une femme se présenta chez l'évêque chez qui il dînait en se présentant comme..... l'épouse du prétendu Juif errant. La supercherie était démasquée.
    Il fut arrêté pour délit de vagabondage et condamné par le tribunal a être pendu haut et court en punition de son sacrilège.


    Le 22 avril 1774, dans un faubourg de Bruxelles un groupe de bourgeois aperçoit le Juif Errant. Sa barbe est prodigieusement longue, il parait fatigué. Il accepte une invitation mais refuse de s’asseoir pour ne pas désobéir à l'ordre divin. Puis il se confie : il avait 12 ans à la naissance du christ, c'est à donc à 45 ans qu'il a commencé son voyage. Voici la 5ème fois qu'il fait le tour du monde. Nulle part sur terre il ne possède le moindre bien, la moindre maison, mais il trouve cinq sous dans sa poche chaque fois que, sans ressources, il y plonge la main. Ces petites somme n'étant pas capitalisable, il lui est impossible de s'enrichir. De plus, tant qu'il n'a pas dépensé les cinq sous, sa poche reste vide.

    Le Juif errant
    Une fois de plus, il raconte son histoire qui a été immortalisée sous forme de complainte.

    Moi, brutal et cruel,
    Je lui dis, sans raison :
    " Ote toi criminel,
    De devant ma maison.
    Avance et marche donc,
    Car tu ma fais affront. "

    Alors Jésus lui dit : " Tu marcheras toi-même même pendant plus de mille ans ! "
    Reprenant son bâton, le Juif errant salua les auditeurs et disparut pour toujours.  La chanson fut tirée a les milliers d'exemplaires et connu un immense succès. Du Rhin à l'Yser, toutes les chaumières l’affichèrent, avec le portrait du Juif errant portant sont tablier de cuir, les souliers percés laissant dépasser des orteils tordus, la besace sur le dos et cinq sous à la main.

    Le Juif errant


    Il a disparu mais il y a des paysans en Flandre qu'aucun raisonnement ne guérira de cette conviction qu'il reviendra, car le Juif errant apporte la tragédie, et qu'est-ce que le monde sinon une tragédie

                                                                             Adaptation de " Inexpliqué " 1981

     


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