• L'hypnose face à la science

     

    L'hypnose n'est pas une banale attraction de music-hall ou un jeu de salon désuet. Malgré une controverse qui dure depuis près de deux cents ans entre ses partisans et ses adversaires, la science et, en particulier, la médecine l'admettent de plus en plus volontiers. Elle pourrait même permettre, utilisée, tant dans l'investigation psychologique proprement dite que pour la guérison de certains malades rebelles aux techniques traditionnelles...

    Le premier spécialiste qui introduisit les termes d'hypnose et d'hypnotisme, en le définissant comme un " état particulier du système nerveux, déterminé par des manœuvres artificielles " fut l’Écossais James Braid en 1844.
    On ignorait pas auparavant la transe hypnotique et un certain nombre de moyens pour la produire. Mais à la suite du docteur Mesmer, qui avait défrayé la chronique au XVIIIè  siècle avec son fameux "baquet", on parlait plutôt de " magnétisme animal ". Braid forgea le mot à partir du grec hypnos, qui signifie " sommeil ". 

    En fait, la connaissance de l'hypnotisme est très ancienne. Comme l'écrit l'un de ses spécialistes, l'Italien Charles de Liguori : " Elle fait partie d'un bagage de notions humaines datant de plus de quatre mille ans. L'hypnotisme fut d'abord entendu comme "fascination", concept plutôt vague qu'on appliquait généralement à une substance mystérieuse : l'aimant, auquel on attribuait des propriétés magiques et qui, mis en contact avec le malade, pouvait provoquer la guérison. Cette croyance se prolongea dans le temps..."

    Aimant... Magnétisme... On voit que Mesmer lui-même n'était pas à l'origine du phénomène. A vrai dire, près de 70 ans avant lui, le physicien jésuite Kircher avait constaté que l'on pouvait induire chez certaines personnes ce curieux sommeil artificiel, accompagné de transes, en utilisant les propriétés de l'aimant proprement dit ou en pratiquant sur le patient " des gestes adéquats à libérer le fluide magnétique animal ".

    Pour les spécialistes, l'aventure scientifique de l’hypnose commence avec le médecin lyonnais Chastenet de Puységur, qui s'était intéressé aux travaux de Mesmer, parce que lui-même effectuait depuis 1775 des recherches sur l'électricité, le magnétisme naturel et tous les phénomènes de la nouvelle physique en son temps.

    Puységur eut la chance de découvrir un sujet extraordinaire qui est simplement resté dans l'histoire de l'hypnose sous le nom de Victor. Sous les passes habiles du médecin, il plongeait en quelques minutes dans des transes convulsives, parlais des langues étranges, et, pourtant, obéissait très fidèlement à toutes les injonctions de Puységur. Ce dernier parvint même à de nombreux résultats télépathiques avec son médium...

    A cette époque justement, on discutait, à l'Académie des sciences et de la médecine, des théories de Mesmer et de leur bien fondé. Bailly et Lavoisier acceptaient la réalité des phénomènes produits par les passes gestuelles et le fameux "baquet", mais niaient la présence magnétique ou d'électricité dans tout cela. D'après eux, il n'y avait ni fluide animal ni influence physique mystérieuse dans le somnambulisme provoqué par le médecin viennois. Mesmer n'était peut-être pas un escroc, mais, scientifiquement, sa théorie ne tenait pas debout.

     Stupéfait par les transes de Victor, Puységur passa outre ce désintérêt en publiant un mémoire enthousiaste dans lequel il essaya de trouver d'autres explications. C'est en cela qu'il peut être considéré comme le pionnier de la recherche postérieure.

    Comme nous l'avons dit, il faudra cependant attendre James Braid et les années 1840 - 1850 pour arriver à l'hypnose scientifique. L'écossais démontre alors que le phénomène est produit à travers une démarche psychologique, mais que la transe elle-même est une pure réaction physiologique. Il veut détacher de la notion d'hypnose tout le côté occultiste d'une part et sensationnel d'autre part qui commence à s'y attacher. Il n'y parvient qu'à demi.

    On sait produire le sommeil hypnotique. C'est en fait à la portée de tous, avec un minimum de connaissance et d'entrainement. Les bateleurs de foire et les illusionnistes de scène s'initient aux techniques de passes et de suggestions. Quand ils n'y parviennent pas tout à fait, ou trop lentement, ils ont recours à des acolytes. Mais comme, très souvent, à l'exemple de Mesmer, ils prétendent que leurs activités sont thérapeutiques pour ceux qui q'y prêtent, l'hypnose même inférieure, est vite battue en brèche par les scientifiques de l'époque.

    En voulant trop démontrer, ces derniers d'ailleurs, quand ils croient à la réalité du phénomène, tombent dans le panneau : ils obligent leurs sujets à se prendre pour des singes ou des perroquets sous induction ; ils les font aboyer comme de vulgaire roquets devant de doctes assemblées venues assister aux expériences  : ils montrent qu'en état d'hypnose une femme peut se déshabiller selon leur bon vouloir, ou qu'un sujet est capable de s'emparer sur leur ordre d'un poignard et d'assassiner le premier venu...

    Dans le dernier tiers du XIXè siècle, le très digne docteur Rudolphe Heidenhain, physiologiste et chirurgien allemand connu das toute l'Europe, fait couper à son jeune frère des favoris auxquels ce dernier tenait plus qu'à la prunelle de ses yeux. Il l'oblige aussi à boire de l'encre, en lui suggérant, dans sa transe, qu'il s'agit d'une excellente bière munichoise !

    Quelques chercheurs plus sérieux croient cependant encore en la valeur de la technique hypnotique. Le professeur Charcot réunit le Tout-Paris médical à la Salpêtrière, où il endort des hystériques de son services. Pour lui, l'hypnose est une réalité, mais elle ne fonctionne vraiment qu'avec des malades mentaux comme ceux dont il a la charge.

    Heureusement, un médecin de Nancy, qui, d'ailleurs, former par la suite Freud aux méthodes de l'induction et de la suggestion, démontre le contraire. Pour Bernheim, tout le monde est hypnotisable, même les animaux, qui sont sensibles à des techniques évidemment adaptées à eux. On découvre que plusieurs démarches non contradictoires sont valables pour arriver au phénomène de transe somnambulique. L'aimant et ses dérivés sont à peu près abandonnés, mais on approfondit les résultats divers obtenus par le regard, les passe magnétiques ou dites telles, la suggestion verbale ou simplement sonore, le pendule, etc.

    Avec Bernheim, le docteur Bérillon et quelques autres, l'hypnose va-t-elle enfin prendre sa place parmi les autres sciences de la nature et du comportement ? Non, car le music-hall lui porte toujours un redoutable préjudice. George du Maurier, en 1895, n'arrange pas les choses avec son histoire de Svengali, ce magicien noir qui utilise à des criminelles un pauvre naïf en manipulant son esprit grâce aux méthodes des Bernheim, Braid ou Charcot... 

    Pendant une cinquantaine d'années, la science en place boudera l'hypnose. Même de nos jours, elle n'est pas tout à fait appréciée à sa réelle valeur. 

    A partir de 1945 - 1950, cependant, on note une sensible évolution en la matière. Aux Etats-Unis et en Angleterre, surtout les attitudes changent. Des hôpitaux de Londres et de Glasgow accueillent des hypnotiseurs parmi leur personnel médical. On réalise plusieurs opérations importantes sous hypnose.

     En 1955, la British Medical Association, un groupement professionnel officiel assez proche de notre Ordre des médecins, reconnaît l'interet de ces techniques. Une de ces commission à conclut ses recherches et va jusqu'à recommander aux universités de médecine de poursuivre des études spéciales sur l'hypnose et de
    " l'enseigner " aux étudiants généralistes, avec cours spécialisés pour les dentistes, les anesthésistes et les obstétriciens ". Aux Etats-Unis se crée une fédération de médecins qui pratiquent l'hypnose sous le nom d'American Society of Clinical Hypnosis ". 

    Forte de ces justifications scientifiques, à l'Est comme à l'Ouest, l'hypnose a largement dépassé le cadre de la thérapeutique. Son utilisation dans la police a commencé dès les années 1950. En Californie, au Centre d'étude criminologiques de Los Angeles, on forme des spécialistes de l'interrogatoire sous induction. De nombreuses affaires ont été tirées au clair par l'utilisation de l'hypnose ou de la narco-hypnose, qui joint à la suggestion psychologique traditionnelle l'administration de certaines drogues.

     Cette dernière technique a fait d'ailleurs, depuis  1977, l'objet d'une réglementation beaucoup plus stricte. 
    L'année précédente, en effet, éclatait outre-Atlantique un scandale qui révélait au grand public que l'armée et les services secrets avait essayé plus de 100 substances indubitablement dangereuses sur plus de 10 000 cobayes humains, pas toujours volontaires pour l'expérience...

    En Union Soviétique, les autorités ont longtemps refusés d'admettre que l'on mettait à profit les méthodes  d'induction et de suggestion à des fins d'interrogatoires. Le docteur Karpetz, directeur des services scientifiques de la police, l'a cependant officiellement reconnu en 1980 dans une interview largement diffusée par l'agence Tass.

    Outre la police, le monde du sport utilise aussi de plus en plus l'hypnose. Nombreux sont les champions qui ont réussi à améliorer considérablement leurs performances de cette manière. Le tennisman américain Arthur Ashe, l'Anglais Bob Willis, la championne de saut en hauteur des années 1970 Roslaine Few et bien d'autres reconnaissent qu'ils doivent pour une large part leurs résultats sportifs à des séances d'induction soigneusement mises au point pour leur cas particulier. 

    C'est cependant dans les domaines de la psychologie avancée  que l'hypnose autorise les plus intéressantes perspectives. beaucoup de psychanalystes, dont Freud, l'ont prônée pour faire régresser les sujets jusqu'à leur petite enfance et même jusqu'à leur existence fœtale. Certains sont même allés au-delà, et semblent ainsi avoir fait la preuve qu'on peut atteindre, grâce à ces techniques, ce qui pourrait être des vies antérieures de l'individu. Le chercheur anglais Arnall Bloxham, le psychanalyste et thérapeute Kelsey ont fait remonter à leur médium, Jane Evans ou Joan Grant, les étranges chemins de leur histoire antérieure. 

    S'agit-il de réincarnation, de mémoire génétique ou d'un phénomène purement pathologique ?
    Nous l'ignorons. Pour l'instant, seules nous intéressent les techniques permettent d'explorer ces voies ténébreuses de l'âme humaine. Quand ces techniques permettent aussi de guérir au physique comme au mental, il est évident qu'on saurait les laisser pour compte. 

    Mais l’hypnothérapie est-elle vraiment efficace ?


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