• L’Afrique des civilisations perdues

     

    Le « continent noir » : cette expression forgée par les Européens évoquait non seulement leur ignorance de l’intérieur de l’Afrique et de son passé, mais soulignait aussi leur conviction qu’il n’existait aucune civilisation intéressante à connaitre, ni aucune histoire méritant ce nom. Le mystère ne venait pas, croyaient-ils, de la myopie des étranger, mais plutôt du voile sombre qui obscurcissait les esprits des de ce continent, plongés depuis des temps immémoriaux dans la barbarie, l’idolâtrie et la misère.

    Le fait que l’on n’ait pas retrouvé en Afrique, sauf dans les régions devenues musulmanes, la chronologie d’événements historiques et les lignées qui font l’histoire de l’Europe lettrée, a contribué, dans une large mesure, à ce que cette vision de l’histoire africaine persiste. Les sociétés de l’Afrique antique n’ont pas laissé de narration écrites. Les inscriptions dans la pierre qui donnèrent en d’autres lieux tant de renseignements intéressants aux archéologues sont absente de la partie de l’Afrique qui s’étend au sud du Soudan, et les Egyptiens on peu parlé de l’Afrique au-delà du Nil.

    Les archives archéologiques africaines sont minces et manquent d’authenticité. Il est impossible de dire combien de vestiges ont été détruits dans les sites antiques par ces ennemis naturels du savoir historique que sont les légions d’insectes et les climats impitoyablement érosifs.

    Les épidémies qui ont ravagé ces régions ont peut-être aussi une part de responsabilité dans notre méconnaissance de l’histoire de l’ancienne Afrique. En effet, il s’est révélé    impossible, dans la plupart des régions au sud du Nil, d’élever des animaux de trait qui résistent aux maladies, sauf en Ethiopie, où le climat plus sain des hauts plateaux à permis l’élevage des chevaux.

    Dans le reste du continent, l’absence d’animaux de trait a privé les Africains de l’Antiquité de l’usage de la charrue et, du même coup, d’une agriculture prospère. Beaucoup ont été contraints de se déplacer constamment à la recherche de pâturages nouveau et meilleurs. Comme toujours, lorsque l’existence se réduit à une lutte pour la survie, ces peuples n’ont pour ainsi dire laissé aucune trace de leur passage et n’ont pas eu l’opportunité de développer une écriture.

    Toutefois en dépit de ces obstacles, quelques régions ont vu se développer des sociétés sédentaires et riches. De puissants empires se sont édifiés et ont étendu leur suprématie sur de vaste territoires : ils ont prospéré puis ont décliné, sans être connus des chroniqueurs de l’Europe. Des routes de commerce ont traversé forêts et déserts vers les côtes ou l’arrière-pays. Des objets de facture chinoise, exhumés en Afrique orientale, sont là pour attester qu’il y a eu contact entre l’Afrique et la Chine. Au XIIe siècle, les riches Cantonais possédaient des esclaves africains.

    Les voyageurs arabes de l’époque médiévale revenant d’Afrique occidentale ont fait mention du riche Etat du Ghana, qu’ils appelaient la « terre de l’or ».
    Plus tard s’épanouit le royaume du Mali, à propos duquel les Arabes contèrent leurs émois à la vue de femmes et de jeunes filles se promenant nues en public.

    Au XVIe siècle, les Portugais établirent des comptoirs sur la côte est de l’Afrique après avoir retrouvé la route maritime de l’Europe à l’Inde par le Cap de Bonne-Espérance. Ils rapportèrent l’existence de royaumes, de celui du Congo notamment dans la région des grands lacs de l’Afrique orientale. Nombre de ces royaumes décrits par les Portugais furent éphémères, peut-être en raison de l’insuffisance de leurs ressources ou du pouvoir limité de leur dirigeants. On ne peut dire combien s’étaient effondrés et avaient disparu à l’époque où les explorateurs européens pénétrèrent en Afrique.

    Les lacunes de l’histoire africaine ont été imparfaitement comblées par la tradition orale, largement enluminée de nombreux mythes et légendes colorés. L’histoire du Ghana en est un exemple : aux environs de 1680, le chef des Ashanti, Osei Tutu, décida de rassembler son peuple contre leur puissant voisin Denkera. Son ministre-prêtre Anokye fit descendre du ciel sur les genoux d’Osei un siège en or qui devint par la suite le symbole sacré de l’unité Ashanti.

    De telles légendes, qui donnent un caractère magique aux événements et à la politique, tendent à s’inscrire dans la voie d’une donnée historique tout comme la légende du roi Arthur, épisode mal connu de l’histoire de la Grande-Bretagne, dans la période qui suivit la fin de l’occupation romaine, vers 426.

    En outre, en Afrique come en Amérique précolombienne, l’essentiel des témoignages les plus anciens ont été ceux d’étrangers. Inévitablement, peut-être, beaucoup de ces observateurs sont venus en Afrique avec tous leur préjugés. Le « scandale » des jeunes filles nues du Mali, tel qu’il apparut au travers du regard puritain des musulmans, n’en est qu’un exemple.

    Le royaume de Koush échappa aux préjugés habituels des historiens européens. Ses villes étaient construites en grès. Si maintenant elles s’effondrent, elles se sont néanmoins conservées plus longtemps que les constructions de bois, de paille et d’argile de la plupart des sociétés africaines. Sa langue était écrite sous deux formes, l’une formelle et hiéroglyphique, l’autre informelle et cursive, mais ni l’une ni l’autre n’ont livré tous leurs secrets aux linguistes. Le plus important, du point de vue de l’archéologie classique, est que Koush était en relation étroite avec l’ancienne Egypte, dont on connait beaucoup de choses. Koush a été en quelque sorte la petite-fille de l’ancienne Égypte.  

    Ce royaume fut édifié par un peuple africain subissant fortement la domination égyptienne. A l’origine, les Egyptiens y avaient leur garnisons. Cependant, vers 1000 avant J-C, Koush parait avoir été indépendant. Sa capitale, à cette époque, était Napata, située juste en dessous de la quatrième cataracte du Nil. Moins de trois siècles plus tard, vers 730 avant J-C, Koush fut assez puissant pour rompre ses liens avec l’Egypte. Le roi Koushite, Piankhi qui devait être âgé d’à peine 20 ou 21 ans, envahit et conquit l’Egypte et fonda ainsi la XXVe dynastie au règne court et malheureux.

    Cependant, l’Egypte était déjà sur son déclin et les cinq pharaons Koushites se révélèrent incapables de l’arrêter. En fait, leur dynastie ne dura que 74 ans.
    Vers 656 avant J-C, les Assyriens, conduits par Assurbanipal, envahirent l’Egypte et les Koushites furent chassés. Vers 590 avant J-C, Koush fut attaqué et Napata mis à sac par le pharaon Psamtik II de la dynastie Saissan qui prit la succession. Les Koushites furent contraints de reculer leurs frontières plus au sud. A ce moment critique, Méroé qui était le centre administratif du sud du royaume depuis 750 avant J-C, devint la capital. La population de Koush en devint plus négroïde, et les liens avec l’Egypte et la culture égyptienne commencèrent à se relâcher dès que les contacts cessèrent.

    A défaite devant les Assyriens


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