• Kaspar Hauser - Le destin tragique

     

    Par une étrange ironie du sort, Kaspar Hauser, ce pauvre être qui a connu le dénuement le plus extrême et l'isolement le plus rigoureux aux cours de ses premières années, devient une des personnalité les plus en vue de la bonne société et la coqueluche des salons élégants. Toute maîtresse de maison qui se respecte doit l'avoir invité au moins une fois à ses réceptions Cette célébrité ambiguë peut se comparer à celle que connut John Merrick, le célèbre Elephant Man anglais, a qui sa tragique difformité valut les faveurs de la société Victorienne.

    Les avis sont partagés quant aux origines de Kaspar. Ceux qui croient sans réserve à son histoire insinuent maintenant ouvertement qu'il serait un héritier illégitime de la famille royale de Bavière, l'enfant bâtard de la grande-duchesse de Bade. A l'appui de cette hypothèse, ils citent les étonnantes capacités montrée par l'élève du professeur Daumer : un rejeton de paysans n'aurait certes pas présenté de telles facultés intellectuelles. D'ailleurs, pourquoi de simples fermiers auraient-ils entouré une naissance de tant de mystère ?

    mais nous avons vu que les incrédules sont également nombreux. Ceux-ci prennent pour argent comptant la fameuse lettre d'introduction présentée par Kaspar le jour de son apparition dans la ville, affirmant que rien ne doit étonner de la part de paysans surchargés d'enfants. pour eux, les vêtement grossiers dont le jeune homme était revêtu sont un argument de plus, et ses prétendus progrès étonnants ne sont en fait remarquable que dans leur contexte particulier.

    D'autres enfin, considèrent qu'il s'agit là, d'un bout à l'autre, d'une mystification : on aurait beaucoup exagéré, disent-ils, la singulière ignorance de Kaspar, et son élocution inintelligible  pouvait être due au fait qu'il était d'origine étrangère.


    Maison de Kaspar Hauser, Nuremberg

    Le professeur Daumer est conscient qu'il faut établir indubitablement les faits afin de convaincre les détracteurs. Durant l'été 1829, il encourage Kaspar Hauser à écrire son autobiographie. Ce récit sera publié au mois d'août. Mais les habitants de la bonne ville de Nuremberg, qui espéraient des révélations sensationnelles, seront quelque peu désappointés : aucun élément nouveau n'apparaît de nature à élucider le mystère des origines de Kaspar Hauser.

    Le héros de cette narration y donne seulement plus de détails sur sa vie quotidienne au temps de sa réclusion. En fait, la légende de Kaspar, telle qu'elle était colportée par le public, s'était déjà agrémentée de développements beaucoup plus romanesques, si bien que la description de la réalité semblait plutôt terne par comparaison...

    Mais si le Bavarois étaient déçus, leur frustration devait être de courte durée car une nouvelle péripétie dramatique allait épaissir le mystère : le 7 octobre 1829, Kaspar échappe de peu à un attentat. Ce jour-là, le jeune homme est trouvé inanimé dans la cave de la maison Daumer. Il porte une large blessure au front, qui ne met heureusement pas ses jours en danger. On le porte aussitôt dans son lit. Ce tragique épisode ne sera pas élucidé, Kaspar est seulement capable de dire qu'il a été agressé par un " homme au visage noir " (c'est-à-dire un homme masqué)

     

    La ville entière est frappée de stupeur et de consternation. Chacun voit dans cet attentat la preuve que Kaspar a des ennemis en haut lieu. Ceux-ci veulent assurément empêcher à tout prix le jeune homme de divulguer les secrets de son passé. Il importe donc de prévenir toute tentative et de protéger la vie de celui qui est désormais le plus célèbre habitant de Nuremberg. C'est pourquoi Kaspar est transféré en un autre lieu, dont l'adresse est tenue secrète et où il est gardé nuit et jour par la police. 

    Ainsi s'achève pour Kaspar, la période la plus heureuse de sa vie, celle qu'il a passée chez le bon professeur Daumer. Pendant deux ans, il va désormais vivre dans la seule compagnie de ses anges gardiens policiers. Par ailleurs, les bons bourgeois de la ville commencent à récriminer : voilà une célébrité qui leur coûte cher, d'autant que cette garde spéciale est financée avec leurs impôts !

    Fort heureusement, une autre solution est alors envisagée, qui va peut-être éviter à Kaspar d'être loué à quelques cirque : Lord Stanhope, célèbre homme politique et historien anglais, qui a toujours montré le plus grand intérêt pour tout ce qui concerne l'étrange jeune homme, est désireux de l'adopter. Voilà qui réglerait l'épineux problème financier, à la satisfaction générale. Les hommes de loi préparent donc les documents qui confieront Kaspar à la tutelle temporaire de l'aristocrate anglais qui remboursera en échange à la ville les frais de son entretien.

    Stanhope, pour qui Kaspar ne semble être qu'un jouet à la mode destiné à divertir son entourage, l'emmène alors dans ses bagages et entreprend un petit " tour d'Europe " : il va présenter le " phénomène " dans toutes les petites principautés et les maisons royales où il séjourne tour à tour. Bien que Kaspar représente indéniablement une attraction de choix, dont la nouveauté n'est pas encore émoussée, le périple ne connaît pas le succès escompté.

    Certains membres de la famille royale bavaroise menacent même d'entamer des poursuites judiciaires si on continue à faire ouvertement allusion aux liens de parenté qui les uniraient à l'enfant trouvé.

    Kaspar et Stanhope se querellent fréquemment au cours de ce voyage, et l'engouement de l'excentrique Anglais commence à faiblir. Finalement, en 1833, Stanhope demande aux autorité de Nuremberg l'autorisation d'installer Kaspar à demeure dans la petite ville d'Ansbach, distante de 40 km, sous la garde de son ami le docteur Meyer. Les Nurembergeois, un peu hésitant à l'idée de trancher le dernier lien les rattachant encore à leur célèbre protégé, finiront cependant par accepter, peu désireux de contrarier un homme aussi influent que le Lord.

    S'ouvre alors pour Kaspar des mois moroses, sous la tutelle du docteur Meyer. Celui-ci, qui l'a instruit dans la religion protestante, commence à lui enseigner le latin et l'histoire, ainsi que diverses autres matières. Sans grand succès. Le garçon devient morose et renfermé ; le maître et l'élève ne s'entendent pas très bien. 

    Il est possible que Kaspar, ne se sentant plus le point de mire d'une foule d'admirateurs, ait simplement refusé d'apprendre. Quoi qu'il en soit, Meyer, rebuté, déclare que le jeune homme a l'âge mental d'un enfant de huit ans et que ses capacités intellectuelles ont été grandement exagérées par ses prédécesseurs. Lord Stanhope commence alors à se désintéresser de son pupille.

    Kaspar, quant à lui, se languit de Nuremberg et des amis qu'il y a laissés. Au cours de 1833, il y fera une brève visite, accomplissant ainsi son désir le plus cher avant d'être à nouveau le jouet d'un destin tragique...

     

     

     

     


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