• Kaspar Hauser - L'Assassinat

     

     

    Le 14 décembre 1833, Kaspar Hauser s'engouffre en chancelant dans la demeure du docteur Meyer en pressant sa main sur son flanc.

    Il a juste le temps de murmurer : " Un homme m'a frappé ! Le couteau ! Dans le parc ! Il m'a donné une
    bourse ! " avant de s'écrouler sur le sol, baignant dans son sang.

    Pendant trois jours, les habitants de Nuremberg et d'Ansbach vont vivre un douloureux suspense. Kaspar est grièvement blessé : l'arme, qui a pénétré profondément dans le côté gauche de la poitrine, a atteint le poumon et le foie. Le moribond, pressé de questions, peut néanmoins fournir quelques détails sur son agresseur : un étranger - grand, avec des favoris bruns et un manteau noir - l'a abordé au cours de sa promenade habituelle en lui demandant s'il était bien Kaspar Hauser.

    Le jeune homme lui ayant répondu affirmativement, l'inconnu lui demanda de le suivre dans le parc en lui promettant des révélations sur sa naissance. Parvenu dans un endroit isolé, l'homme lui tendit alors une bourse. Tandis que Kaspar l'ouvrait, son interlocuteur le poignarda et s'enfuit.

    La police déploya tous ses efforts pour s'emparer du mystérieux agresseur. Sans résultat. Par contre, la bourse fut trouvée là ou Kaspar l'avait laissé tomber. Mais elle contenait seulement un billet plié en triangle, tracé au crayon en écriture spéculaire (en lettres renversées qu'on ne pouvait lire que dans un miroir ou par transparence devant la lumière). Sur le billet plié était inscrit un mot, en lettres minuscules : nebeguzba, c'est-à-dire abzugeben ( " à remettre " ).

    En voici le contenu : " Hauser pourra vous le raconter très exactement comment je suis et d'où je suis. Pour épargner la peine à Hauser je veux vous le dire moi-même d'où je viens. Je viens de... sur la frontière de Bavière... sur le fleuve... Je veux vous dire encore mon nom est M. L. OE. "

    La forme sibylline de ce message incita certains à penser que Kaspar l'avait fabriqué de toutes pièces. Le capitaine Hickel, de la police d'Ansbach, interrogea lui-même le blessé. Celui-ci lui répéta plusieurs fois :
    " Je ne l'ai pas fait moi-même. "  Ce furent là ses derniers mots. Des complications étant intervenues, Kaspar mourut des suites de ses blessures, le 17 décembre.

    Ce décès brutal causa une grande émotion dans toute la Bavière et de fortes récompenses furent offertes en échange de toute information concernant le meurtrier. Mais personne n'avait rien vu. une foule immense suivit Kaspar jusqu'au lieu de son dernier repos, sous une dalle sur laquelle on inscrivit ces mot : " Ci-gît Kaspar Hauser, énigme de son temps. Naissance inconnue, mort mystérieuse. "

    Dans le parc d'Ansbach, à l'endroit où il fut prappé, on lui éleva un monument, avec cette inscription latine : Hic occultus occulto occisus est, c'est-à-dire : " Ici un inconnu a été tué par un inconnu ", texte ambigu pouvant aussi bien signifier le suicide que l'assassinat. Les circonstances de la mort de Kaspar Hauser ne contribuaient pas en effet à dissiper le mystère qui avait entouré sa vie. Le docteur Meyer, pour sa part, resta convaincu que le garçon s'était infligé lui-même sa blessure, afin d'attirer l'attention sur lui. Peut-être dans le but obscur de retourner à Nuremberg où il avait été fêté. Mais le poignard aurait causé plus de dégâts qu'il ne l'avait prévu. Hypothèse partiale sans doute.

    Il n'en reste pas moins qu'aucun des autres attentats commis contre Kaspar n'a eu de témoins : médicalement parlant, les deux blessures auraient pu être volontaires. De plus, lors de l'enquête de police effectuée dans le parc d'Ansbach, on ne put découvrir d'autres empreintes de pas que celles de Kaspar. Il faut ajouter que les deux agressions eurent lieu à une période significative et vinrent à point nommé attirer à nouveau l'attention du public sur le jeune homme : la première tentative fit rapidement oublier la déception causée par l'autobiographie et la seconde rappela tragiquement son existence aux yeux d'un monde qui commençait à l'oublier.

    Aucune preuve, toutefois, n'existe d'une telle simulation. Et il est fort possible que Kaspar ait eu des ennemis puissants. La plupart de ses amis pensèrent qu'il avait été la victime d'une conspiration. Des inconnus ayant un terrible secret à préserver, auraient alors ordonné le premier attentat pour discréditer Kaspar auprès de ses contemporains ou, plus vraisemblablement, pour l'avertir d'avoir à se taire ; le second l'aurait rendu muet à jamais. Si les deux agressions sont effectivement liées, il faut alors supposé des intérêts bien puissants pour expliquer une telle persévérance (4 ans) à atteindre son but. La première attaque, dans la cave de la maison Daumer, fut peut-être une tentative criminelle avortée, l'assassin éventuel ayant pris la fuite lorsque Kaspar se mit à crier.

    On peu également imaginer que les occasions étaient rares, le jeune homme se trouvait rarement seul, si bien que l'assassin a dû attendre des années le moment propice. Ainsi s'expliquerait le laps de temps important qui sépare les deux entreprises. Enfin, si vraiment les attentats avaient pour but de réduire Kaspar au silence, il nous faut encore mentionner le fait que plusieurs éminents citoyens de Nuremberg sont mort dans des circonstances assez mystérieuses pendant les années qui ont suivi le décès du jeune homme. On peut alors se demander ce que leur avait confié Kaspar.

    Il ne faut pas non plus exclure l'hypothèse que Kaspar hauser ait été assassiné par l'homme qui l'avait élevé, quel qu'il soit en réalité. Les descriptions que le garçon donna de ses assaillants étaient certes assez vagues, mais on peut néanmoins rapprocher l'homme à face noire qui le blessa dans la maison Daumer de l'homme masqué qui le nourrissait dans son enfance et de l'inconnu au manteau noire et aux favoris sombres qui le frappa mortellement dans le parc.

    Il est cependant difficile d'imaginer alors quel mobile l'aurait fait agir. Si le jeune garçon était d'extraction commune, pourquoi avoir pris la peine de le nourrir pendant tant d'année pour l'abandonner et ensuite le tuer ? Et quelle signification donner à l'énigmatique billet prétendument laissé par le meurtrier ? Faut-il voir là l'existence d'un assassin à la solde de la famille royale ? Ou ayant appartenu au 6ème régiment de cavalerie ? S'agissait-il d'une fausse piste destinée à égarer les recherches policières ? Aucune explication rationnelle satisfaisante n'a été trouvée jusqu'ici.

    Nous ne saurons sans doute jamais élucider le profond mystère qui entoura la vie trop brève de Kaspar Hauser et notamment les cinq années qu'il passa dans la société des hommes. De nombreux historiens se sont penchés jusqu'ici sur les faits connus, sans pouvoir en éclaircir les contradictions. Certains n'ont pas craint d'avancer les théories les plus audacieuses, comme Anselm von Feuerbach.

    Pour l'éminent juriste, qui présidait alors la cour d'appel d'Ansbach, l'étrange garçon n'appartenait pas à notre monde : " Kaspar Hauser montrait de telles lacunes de vocabulaire et de concepts, une ignorance si totale des choses de la Nature, une répugnance si marquée pour toutes les coutumes, les contraintes et les bienséances de la vie civilisée, jointes à de telles singularités mentales et physiques, qu'il était dès lors impossible de ne pas songer qu'il s'agissait d'un citoyen d'une autre planète, arrivé sur notre monde par quelque miracle inconcevable. "

    La question reste d'autant plus fascinante que nous savons aujourd'hui qu'elle n'aura jamais de réponse : mais qui était Kaspar Hauser ? 

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :