• Jean-Baptiste Van Helmont, un alchimiste extravagant

    Le plus célèbre, le plus connu des alchimistes des provinces belge fut sans conteste Jean-Baptiste Van Helmont, qui mourut à Vilvorde en 1644. Il émerge de la cohorte de ses contemporains qui ne sont plus que des noms sur les tablettes des siècles enfuis : Tassin de Bruxelles, Gilbert de Landen, Ewald Vogel, guillaume Mennens...

    Si René de Cerclaires échappa à l'oubli, ce fut grâce à la place que son protecteur, le comte de Hornes, se ménagea dans l'histoire. Celui qui, aux côté du comte d'Egmont, paya de sa vie l'orgueilleux défi qu'il lança à l'occupant espagnol, avait installé un laboratoire dans son château de Weert et avait confié à Cerclaires cornues et alambics. Hornes fut si enthousiasmé par le savoir-faire de son alchimiste qu'il lui offrit son comté. Après sa décapitation , son héritière contesta cette donation. Cerclaires devança d'éventuelles poursuites judiciaires et pris la clé des champs. Quelques années plus tard, en 1618, on le retrouve au service de l'archiduc Albert. Étonnant ? Que non ! Les transmutations intéressaient les princes pour des raisons évidentes. Le très catholique et tèrs sceptique roi Philippe II n'avait-il pas financé les recherche de Tiberio Della Rocca, qui obtint à Maline 6 onces d"un bel argent ? Van Helmont, lui, fit mieux : 9 onces et 6 gros de mercure se changèrent en or en présence de témoins.

     

    Qui fut au juste cet homme que ne bridèrent ni les remontrances de la raison ni le dogmatisme scientifique ? Un savant génial ? Un illuminé ? Un naïf pris au piège de ses propres miracles ? Tout cela sans doute.

    Issus de la noblesse, Jean Baptiste Van Helmont termina brillamment ses études de philosophie à l'université de Louvain, alors qu'il avait à peine 17 ans. Les conférences que Martin del Rio fit sur la magie, au collège des Jésuites de Louvain, captivèrent ce jeune homme qu'une foi ardente vouait déjà au mysticisme. Son esprit, jamais rassasié, engrangea si bien les connaissances médicales du temps qu'à peine avait-il été proclamé médecin à 22 ans, que s'ouvrait à lui la carrière professorale.

    L'apparition d'un ange l'éloigna de Louvain ! Considérant l'acte médical comme une oeuvre charitable, Van Helmont pérégrina pendant une dizaine d'années. Il perfectionna son art en France, auprès de Paré et de Palissy. En Bavière, il fut admis dans les rangs des Frères de la Rose-Croix qui peut-être éveillèrent son goût pour l’alchimie.

    Son long voyage s'acheva à Vilvorde ; il s'y installa, équipa un laboratoire et s'attela à la rédaction d'ouvrage. Son livre le plus fameux l'Ortus medecinae, ne fut achevé qu'à la veille de sa mort. Un Irlandais nommé Butler, libéré de prison grâce à son intervention, lui offrit en remerciement une pierre étrange que le savant baptisa Drif. Non content d'opérer des guérisons miraculeuses, il utilisa la pierre pour transmuter du mercure en or. Ses succès furent si retentissants que le prince-évêque de Liège, Ernest de Bavière, et l'empereur Rodolphe II voulurent s'attacher ses services d'alchimistes. En vain, Van Helmont demeura à Vilvorde et conjugua l'étude et l'expérimentation en laboratoire. Deux de ses fils furent emportés par une épidémie de peste. Cette fois, la pierre n'avait pas rempli son rôle ! Surmontant sa douleur, le médecin que les drogues du temps réduisaient à l'impuissance observa le fléau, fabriqua les potions qu'il jugeait adéquates et réunit la somme des ses analyses dans un Traité des Fièvres.

    Les avis de Van Helmont sur telle ou telle question différaient souvent de ceux qu'émettaient les facultés de Louvain. D'une manière générale, il tenait la médecine de son siècle pour une charlatanerie, contestant notamment la sacro-sainte théorie des humeurs, refusant la saignée, prescrivant des médications chimiques en lieu et place des drogues d'origine végétale qui prévalaient depuis l'Antiquité.

    Face à la redoutable Inquisition, il fallait du courage pour faire oeuvre originale. Van Helmont n'en manquait pas. Il endura la prison en 1621 pour avoir rédigé une sérieuse propositions sur le magnétisme animal, d'ailleurs publiées à son insu. Son fils François-Mercure, qui édita les œuvres paternelles, connut des affres identiques. Egalement médecin, également tenté par le mysticisme, il dut blanchir devant l'inquisition romaine, en 1662, des propos tenus pour hérétiques. Un curieux homme, lui aussi, que la lecture de la Kabbale inspira dans la mise au point d'une méthode d'éducation pour sourd-muets.

     Il ne convient pas ici de s'étendre sur la carrière scientifique de Jean-Baptiste Van Helmont, mais il importe d'en souligner l'aspect encyclopédique, universel, qui caractérise d'ailleurs les préoccupation des savants de la Renaissance. On doit à Van Helmont d'avoir découvert et mis en évidence le suc gastrique. C'est également lui qui, dans le domaine de la chimie, cerna la notion capitale d'état gazeux, le terme même de "gaz" étant de son invention. L'occultisme fut curieusement à la base de cette découverte, puisque celle-ci combine la théorie de Paracelse sur l'archè (l'esprit vital) à celle du blas (la force impulsive).

    Tout l'attrait qu’exerça l'alchimie sur Van Helmont s'explique par la fascination profonde dont le surnaturel entachait cet esprit par ailleurs critique et éminemment logique. Son adhésion à la philosophie hermétique, très répandue parmi les humanistes, se renforçait d'un mysticisme pour le moins extravagant. Ne prétendait-il pas avoir vu son âme lui apparaître sous la forme d'un cristal resplendissant ? 

    La croyance en la réalité de la transmutation alchimique s'ensemençait donc dans un terrain idéal, et les alliages obtenus en laboratoire, considérés par des yeux pleins de ferveurs, brillaient comme de l'or pur. Pénétré de l'excellence des pratiques magiques et de l'alkaest, le remède universel, Van Helmont poursuivit son "oeuvre de sagesse" auprès de l'athanor, le fourneau des alchimistes

    Il conserva jusqu'à son dernier souffle la certitude d'avoir trouvé la pierre philosophale, se gardant bien d'en révéler la recette et la nature, car, disait-il en se recommandant  Dieu, il ne fallait pas jeter des roses aux pourceaux

     


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