• Henri III fut-il ensorcelé ?

     

    Henri III fut-il ensorcelé ?

    Nous sommes à Paris, le 18 août 1572 et c'est la fête dans la capitale. Ce matin-là, Catherine de Médicis a marié sa fille Marguerite, future reine Margot, à Henri de Navarre, futur Henri IV, et on célèbre l’événement en mangeant et en dansant la gigue à tous les carrefours.

    Mais on ne danse pas qu'au carrefours. On danse aussi au Louvre sur une musique plus savante.
    Les salles du palais sont remplies de toute une jeunesse qui sautille avec grâce au son des luths, des violes et des hautbois.

    Il y a là le roi Charles IX (22 ans), la reine Elisabeth (18 ans), le duc d'Anjou, futur Henri III (21 ans), son frère François, duc d'Alençon (18 ans), les jeunes mariés qui ont chacun 19 ans, et quantité de princes, princesses, ducs et duchesses qui n'ont pas 20 ans.

    Parmi ces invités se trouve Henri de Condé et sa femme, Marie de Clève. Ils sont mariés depuis un mois. Lui est laid, bilieux, jaloux. Elle, est ravissante. Il y a là aussi une très jolie blonde nommée Renée de Rieux. C'est une des filles d'honneur de Catherine de Médicis et la maîtresse du duc d'Anjou, futur Henri III. Leur liaison est connue de toute la cour et, depuis le début du bal, ils n'ont pas cessé de danser ensemble. Ils sont beaux, élégants et follement amoureux l'un de l'autre.

     

    .

    Marguerite qui vient d'épouser, sur l'ordre de sa mère, ce Béarnais puant l'ail et est décidée de se refuser dès ce soir, malgré un tempérament qui fera sa renommée, les regarde avec un peu d'envie. Le duc d'Anjou vient justement de faire un signe aux musiciens. C'est le moment de passer aux " danses hautes " qui s'accompagnent de sauts et de cabrioles. Au centre, le duc d'Anjou et Renée de Rieux, serrés l'un contre l'autre sans aucune retenue, gambadent, les yeux dans les yeux, seuls au monde.

    Une farandole est requise et les musiciens attaquent immédiatement un air populaire et tous les danseurs se prennent par la main, s'élancent à travers les salons. Mais il fait chaud et tous les visages sont bientôt écarlates et luisants.

    .

    Marie de Clèves, la première, se détache de la farandole pour aller se changer. Elle est en nage. Elle se rend dans une chambre voisine où elle se déshabille et s'essuie tout le corps. Une demoiselle d'honneur de Catherine de Médicis lui dit alors :

    - Votre chemise est trempée, madame. Laissez-là ici, je vais vous en donner une autre.

    Marie de Clèves enfile la nouvelle chemise, se rhabille et regagne le bal. Le duc D'Anjou, qui lui aussi a chaud vient à son tour dans la chambre pour se donner un coup de peigne er s'essuyer le visage. Croyant prendre une serviette, il s'empare alors de la chemise que vient de quitter Marie et la promène sur sa figure. Aussitôt, quelque chose d'inouï se passe : il est envahi par une émotion intense tandis qu'une force brûlante embrase son corps ; ses sens se troublent et il conçoit subitement un amour sans bornes pour la propriétaire de cette lingerie encore tiède qu'il tient à la main.  

    .

    Chancelant comme sous l'emprise d'une drogue, il rentre dans la salle de bal et, bien que personne ne lui ait dit que la chemise appartenait à Marie, ses yeux se posent immédiatement sur celle-ci. Et voilà que cette femme qu'il connaît depuis six mois, et à laquelle il n'a porté jusqu'alors qu'un intérêt poli, le plonge dans un émoi qu'il n'a jamais ressenti de sa vie.
    Fasciné par Marie de Clèves qui lui semble soudain l'être le plus gracieux, le plus charmant et le plus désirable qui soit au monde, il ne voit plus personne et oublie jusqu'à Renée de Rieux dont il était l'instant d'avant, éperdument amoureux.

    Dès le lendemain, il adresse à la jeune femme une lettre passionnée, et Marie, bouleversée d'apprendre qu'elle a séduit le plus beau prince de France, tombe amoureuse elle aussi.
    Fidèle cependant à son vilain mari, elle décide de ne plus aller au Louvre de peur d'y rencontrer Henri... Alors, celui-ci s'adresse à la duchesse de Nevers, sœur de Marie : " Je vous requiers, les larmes aux yeux et les mains jointes ", écrit-il.

    Et Mme de Nevers sait si bien plaider la cause du soupirant que Marie se laisse aller jusqu'à permettre au duc de porter un petit portrait d'elle. Puis elle accepte un rendez-vous , et tous deux, nous dit un chroniqueur, se croient au paradis "...

    Dès lors, ils se rencontrent régulièrement grâce à la complicité de la duchesse de Nevers, et leur chaste liaison illumine leur vie. Une séparation va les briser. En septembre 1573, Catherine de Médicis l'ayant fait élire roi de Pologne, Henri doit partir pour Cracovie. Il s'en va en pleurant, laissant Marie inconsolable...

    .

    En Pologne, sa passion s'exacerbe encore et frôle la démence. Lorsqu'il écrit à Marie, il se pique l'index avec une aiguille et trempe sa plume dans son sang. Il délire, a de visions.

    Henri, chancelant, déroute les Polonais par ses manières d'agir. Interrompant son conseil pour griffonner un mot tendre qu'un courrier est chargé de porter immédiatement à Paris, contemplant avec amour le portrait de Marie pendant qu'un ministre lui parle, composant des vers au dos des lettres d'ambassadeur, il est bientôt considéré par tout le monde comme un étrange souverain.

    Mais le 15 juin 1574, une lettre apprend à Henri que son frère Charles IX vient de mourir et qu'il est roi de France. Il pleure de joie : il va revoir Marie !

    Quatre jours plus tard, après avoir donné un grand dîner, il se déguise, se met un bandeau sur l'œil et, en compagnie de cinq amis sûrs, s'enfuit du palais.

     

    .

     

    Toute la nuit, il galope vers la frontière, poursuivit par les Polonais. Course folle. Sur le point d'être rattrapé par ses ministres, il envoie une lettre à Marie de Clèves pour lui annoncer son arrivée prochaine.

    Mais sur le chemin du retour, une nouvelle lui parvient, sèche, atroce : Marie est morte subitement.

    Il tombe évanoui. Catherine de Médicis le fait transporter dans sa chambre où il demeure pendant plusieurs jours, prostré, l'œil fixe, au point qu'on se prend à craindre pour sa raison.
    Il refuse de s'alimenter et ne sort de son mutisme que pour éclater en sanglots.
    Ses plaintes ressemblent alors à des râles et la reine mère s'affole.
    Depuis longtemps, cette florentine férue de magie et de sorcellerie est persuadée que son fils est victime d'un sortilège et que la chemise de Marie de Clèves contenait un charme.
    Maintenant, elle pense qu'il va mourir à son tour.

    - Ne porterait-il pas sur lui quelque objet qui aurait appartenu à la princesse ? Demande-t-elle ?

    - En effet, répond le chambellan, je lui ai vu une croix et des pendant d'oreilles qui lui viennent d'elle.

    - Eh bien, faite en sorte qu'il ne les porte plus !

    On retire ces bijoux à Henri ; mais le pauvre, que la douleur a " écorné " à tout jamais, demeure plongé dans l'égarement et son deuil s'accompagne de goûts morbides...
    Au ruban de ses souliers par exemple, il fait broder des petite têtes de mort.
    Et tout le monde pense qu'il a été ensorcelé...

    Il restera en tout cas - et malgré un mariage blanc avec Louise de Vaudémont - indissolublement lié à Marie de Clèves. Lié comme par un enchantement. Lié comme par un philtre magique.

    ... Au point à se détourner à tout jamais des femmes !

    Adapté de " Histoires magiques de l'histoire de France " de Louis Pauwels et Guy Breton

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :