• De la vie sur Vénus ?

    22 octobre 1975, région ouest de Guinevere Planitia. Pour la première fois dans l'histoire, un engin de conception terrestre réalise une image panoramique monochrome depuis la surface d'une autre planète. In situ, point d'accueil en fanfare ni de villes futuristes, mais un sol morne et plat parsemé de roches. Et des espoirs radicalement brisés. Les données transmises par l'atterrisseur soviétique de 560 kg Vénéra 9 - qui va fonctionner 53 minutes dans des conditions extrêmes - sont hélas sans équivoques : Vénus n'est pas la sœur jumelle e la Terre. Avec un air saturé de dioxyde de carbone (96,5%) une température au sol proche de 470°C, conséquence d'un important effet de serre, il s'agit de la plus chaude planète du système solaire. Pour couronner le tout, la pression atmosphérique y étant presque 90 fois plus forte que chez nous, oubliez l'idée d'y gambader un jour : vous y ressentiriez les mêmes effets que d'être immergé en maillot de bain à plus de 900 mètres sous l'eau ! L'enfer de Dante, en pire ! Que la vie ne puisse pas prospérer dans ces conditions hostiles est parfaitement concevable, mais plus haut, dans les nuages ? En fait, c'est au-dessus de sa tête de métal que le module Vénéra 9 aurait dû regarder... 

       

    De la vie sur Vénus ?

    Nous sommes le lundi 14 septembre 2020, il est 17 heures. Dans le cadre d'une conférence de presse par écrans interposés, des astrobiologistes et planétologues américano-britanniques affilées à la très sérieuse Société royale d'astronomie, s'apprêtent à faire une annonce "bouleversante" (disent les réseaux sociaux). Trois, deux, un... La surprise est effectivement de taille : dans l'atmosphère de Vénus, à une altitude où règnent des températures et des pressions similaires à celle du niveau de la mer sur Terre, les scientifiques ont isolé - par deux fois et à deux ans d'intervalle - la signature spectrale d'une molécule rare, la phosphine. Ce gaz inorganique, composé  du phosphore et de l'hydrogène, on le retrouve chez nous de deux manières : soit produit synthétiquement en laboratoire et utilisé comme pesticide, soit rejeté par des micro-organismes qui évoluent dans un environnement sans oxygène. Le journaliste scientifique Brice Bouvet explique : "Evidemment, les chercheurs n'excluent as une photochimie ou une géochimie encore inconnue... mais ils penchent pour une origine biologique. Les extrêmophiles terrestres capables de fabriquer cette molécule, disent-ils, n'aurait sur Vénus besoin de travailler qu'à environ 10 % de leur productivité maximale. Si l'on arrive pas à expliquer par des réactions chimiques la production du gaz, il faudra ouvrir la porte à l'hypothèse d'une production biotique, c'est-à-dire issue de micro-organisme extrêmophiles vivant dans les gouttelettes des nuages de "l'étoile du Berger".

    De la vie sur Vénus ?

    Levée de boucliers immédiate. En premier lieu de la part du professeur d'astrochimie français Hervé Cottin :
    " Qu'il ait des phénomènes inconnus sur Vénus, c'est une évidence. Que l'on ne puisse pas expliquer  la présence de tels ou tels composés aussi. Donc dire que ce qu'on ne comprend pas est un signe de vie est très exagéré. On dirait qu'ils ont voulu faire le buzz..." A ce point ? Son collègue François Forget, astrophysicien et directeur de recherche au CNRS, d'appuyer : "Ca pourrait être une autre molécule compliquée qu'on imagine pas et qui aurait exactement une vrai signature de la phosphine, sans que cela en soit vraiment. J'ai pas mal de collègues sceptiques sur cette observation. Et puis une fois qu'on aura confirmé qu'il y a de la phosphine, si c'est le cas, on ne va pas conclure pour autant qu'il y a de la vie. Beaucoup de chercheurs spécialistes du sujet vont essayer d'imaginer les processus pour créer de la phosphine dans des conditions sans vie, sans biologie."   

    Ce que l'on pourrait résumer par : tout sauf la vie. Etonnant pour des scientifiques... Surtout que les membres des deux équipes de la Société royale d'astronomie, qui appartiennent à des organismes de recherche prestigieux, sont loin d'être des débutants qui auraient besoin d'une leçon de chimie ou autre. L'existence d'une vie extra-terrestre ferait-elle peur ? L'homme est un être insaisissable. Comme les Martiens et les Vénusiens...

      

     

     


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