• Ceux qui parlent des langues inconnues

     

    Un événement extraordinaire est sur le point de se produire.
    Le pasteur pentecôtiste prie avec ferveur et communique son enthousiasme à l'assistance. L'église résonne de " Gloire à Dieu ",
    " Béni soit Jésus ! " et " Alleluia ! ".  Soudain une femme se lève.
    Sa voix couvre bientôt toutes les autres. Personne ne comprend le flot inintelligible qui sort de sa bouche. Cependant, chacun sait qu'il s'agit d'une louange du Seigneur. Puis le pasteur et l'assistance entament une série de prières pour remercier le Saint-Esprit de s'être manifesté et d'avoir accordé le " don des langues " à leur sœur.

     Pour assister à ce phénomène, il suffit de se rendre dans une église pentecôtiste. Il faut souvent s'y rendre plusieurs fois, car le " miracle " ne se produit pas automatiquement. De nos jours, le "don des langues " - ou glossolalie - ne concerne que des langues non identifiées. Avant l'invention du magnétophone, on croyait à l'existence réelle de ces langues. On en faisait des langues très rares ou très ancienne. Certains pensaient qu'il s'agissait des '' langues des anges ", que saint Paul mentionne dans la 1er Épître aux Corinthiens.

    Mais le magnétophone et l'ordinateur n'ont jamais permis de découvrir un seul cas de véritable glossolalie. Les sons enregistrés pendant les services pentecôtiste constituent non pas de véritables langues mais des langages types. Un linguiste peut faire la différence entre glossolalie et xénolalie en analysant la structure des " langues " parlées : les " langues pentecôtistes " enregistrées n'ont ni vocabulaire ni syntaxe. On doit donc en conclure que ce ne sont pas des langues humaines. 

    Il reste que le phénomène constitue une forme particulière, mais réelle, d'expression religieuse. Des être, en principe trop timides pour s'exprimer en public, donnent libre cours à leur émotion mystique. 
    L'assemblée parcourue d'un courant extraordinaire, est convaincue que l'Esprit saint est présent, et le glossolaliste éprouve une intense libération psychologique. Cependant, cette forme de communication reste, par sa nature même totalement émotionnelle et n'a qu'une valeur éducative très limitée.

    Dans beaucoup de congrégations, un " interprète " est présent.
    Il parle après le glossolaliste et crois sincèrement qu'il traduit les 
    " langues " en langue de tous les jours. Cette interprétation, qui renforce l'extase de l'assemblée, n'est pas, bien sûr, une traduction en tant que telle.

    Beaucoup de pentecôtistes font remarquer à juste titre, que seul un petit pourcentage de toute les " langues " a été enregistré et analysé. Ils affirment aussi que plus d'un étranger, en simple visite dans leur église, s'est converti parce qu'il avait reconnu sa propre langue. Des convertis témoignent eux-mêmes de leur expérience, parfois appuyés par ceux qui assistèrent au miracle. Ces histoires sont-elles toutes fausses ?

    Il faut garder l'esprit ouvert et continuer à chercher des preuves : par exemple, un enregistrement d'un " discours " où un étranger a reconnu sa langue. Si on trouvait un tel enregistrement, il faudrait aussi faire une enquête sur le glossolaliste pour être sûr qu'il n'avait aucune connaissance de la langue en question et qu'il ne savait rien de la visite de l'étranger. Jusqu'à maintenant, on n'a mené aucune enquête de cet ordre...

    Selon le Nouveau Testament , tout commença lorsque les disciples se rassemblèrent à Jérusalem pour la fête juive annuelle de la Pentecôte.
    Sept semaines s'étaient écoulées depuis la crucifixion de Jésus. 
    Luc rapporte l’événement dans les Actes des Apôtres.

    Les disciples, venus prier au temple, se trouvaient mêlés à la foule de tous les autres juifs venus des quatre coins du monde. C'est alors que le Saint-Esprit se manifesta et leur accorda le pouvoir de célébrer la gloire du Seigneur en d'autres langues que la leur, le pouvoir de parler et de se faire comprendre dans toutes les langues et ainsi de répandre le message du Christ.

    En toute objectivité on peut assez facilement expliquer ce miracle. Selon la loi juive, chaque israélite devait assister à certaines fêtes religieuses. La loi permettait cependant de célébrer certaines parties de la liturgie dans les nombreux dialectes des visiteurs présents. Les disciples avaient sans doute déjà entendu prier et louer le Seigneur dans ces dialectes qu'ils ne parlaient pas, mais que leur subconscient avait enregistrés.

    De plus, le Christ avait promis de leur envoyer son " Consolateur " aux fêtes de la Pentecôte. L'état d'exaltation crée par cette espérance et par leur foi en la Résurrection de Jésus peut expliquer ce premier cas de glossolalie. Luc ne précise pas si les disciples comprenaient ce qu'ils disaient. Il rapporte seulement le miracle et l'étonnement général. 

    La glossolalie n'est pas uniquement un fait religieux. On connait beaucoup de cas de malades souffrant de troubles mentaux qui se sont mis à parler des langues qu'ils avaient connues ou entendues quand ils étaient très jeunes. Il semble qu'un changement d'état de conscience, dû à la maladie ou à l'extase religieuse, puisse rappeler à la mémoire consciente une langue oubliée.

     L'expérience des disciples à la Pentecôte n'est pas unique dans les annales de l'Eglise. Saint Paul, dans le 1er Épître aux Corinthiens, rapporte que la glossolalie faisait partie d'un culte normal à Corinthe et que lui-même était glossolaliste. On ne sait pas si de telles manifestations ne se passaient qu'à Corinthe ou si elles se produisaient fréquemment dans toute l'Eglise primitive.

    Beaucoup de sectes voient dans les références de Paul à la glossolalie corinthienne une preuve du " baptême par le Saint-Esprit ". Les adhérents de ces sectes ne tiennent pas compte de la mise en garde de saint Paul contre une mauvaise utilisation des dons de l'Esprit.
    Il recommande aussi d'autres chemins, " plus excellents ", vers Dieu.

     La glossolalie n'a jamais été entièrement acceptée par les Chrétiens, et cela dès les premiers temps de l'Eglise. Les catholiques romains l'interdirent vers la fin du 1er siècle. Plus tard, ils la considérèrent comme un signe de possession. Sauf pour certains saints !

    Le protestantisme officiel adopta la même attitude. La glossolalie survécut néanmoins, pratiquée par des sectes hérétiques et devint, 
    au XXè siècle, l'élément de base du pentecôtisme. Né aux Etats-Unis, ce mouvement commença modestement, car ses membres étaient issus principalement de minorités ethniques pauvres. On assista au début à de nombreuses manifestations d'hystérie et de fanatisme. Le mouvement grandit et s'étendit à tout le pays. L'Eglise pentecôtiste est maintenant le groupe protestant le plus important d'Amérique latine. Il y a aussi un nombre surprenant d'adeptes dans des pays catholiques comme l'Italie et le Portugal ou dans les pays protestants de Scandinavie. De nos jours, le culte pentecôtiste est beaucoup plus modéré. On insiste moins qu'auparavant sur la glossolalie. On s'y livre plus en privé qu'en public.

    La glossolalie a en fait trouvé un autre développement dans le mouvement charismatique. Ce mouvement influence toutes les églises chrétiennes modernes. De petits groupes d'anglicans, de baptistes, de méthodiste, de presbytériens et même de catholique se rassemblent pour célébrer Dieu en pratiquant la glossolalie. 

    Les pentecôtistes et les charismatiques ne sont pas les seuls à utiliser la glossolalie. Fondé il y a à peu près 160 ans, le spiritisme moderne peut fournir des centaines de cas de glossolalie, écrite ou orale. 
    Ces cas ressemblent aux expériences des saints chrétiens.

     


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