• Alésia, capitale géodésique de l'Europe

     

     

    Non loin de la frontière Suisse, la petite ville de Salins-les-Bains apparaît blottie dans les contreforts du Jura. Pour le voyageur qui arrive par le sud, la route semble s’arrêter là : à droite et à gauche se dressent des falaises abruptes, couronnées d'anciens forts en ruines. La ville s'étend sur les rives d'une rivière torrentueuse au nom évocateur, la Furieuse, et ses maisons semble monter à l’assaut des pentes escarpées. 

    La principale ressource de la région fut longtemps le sel. Au Moyen Age, en effet cette denrée étai synonyme de prospérité. Les seigneurs des lieux, apparentés aux Comtes de Mâcon, exploitaient le précieux minéral extrait des sources salines dont la ville tire son nom. Notons que les substantiels bénéficies de cette industrie leur permirent de développer les caves de Beaune et de donner de l’extension aux célèbres vignobles. 

    Mais vous ne trouverez personne pour évoquer un passé beaucoup plus reculé, dont il subsiste pourtant bien des témoignages archéologiques : de nombreux menhirs et des dizaines de sépultures anciennes sur les pentes du mont Poupet. Il est également peu probable que l'on vous rappelle que le village voisin d'Alaise eut son heure de célébrité au siècle dernier et fit l'objet d'une vive controverse historique : plusieurs érudits, en effet, voyaient là l'emplacement de la véritable Alésia, le camp retranché qui vit la dernière défaite de Vercingétorix devant Jules César.
    Il est vrai que les diverses fouilles entreprises sous le Second Empire, en localisant définitivement la citadelle gauloise à Alise-Sainte-Reine, en Côte-d'or, ont vite fait oublier cette prétention.

    A plus forte raison n'entendrez-vous guère parler de l'hypothèse beaucoup plus aventureuse émise par le philosophe Xavier Guichard vers 1935, toujours à propos d'Alaise. Selon cette théorie audacieuse, toute la zone située au nord de Salins aurait été le véritable berceau de notre science moderne. Un centre vital d'où auraient été calculés les premières mesures de notre planète, où auraient été effectués les premiers relevés topographiques et où les mathématiques auraient atteint un niveau très avancé.

    Alaise est aujourd'hui un petit village paisible, a une vingtaine de km au nord de Salins. L'agglomération actuelle est construite à l'ouest de l'ancienne cité gauloise, qui s'élevait sur les hauteurs bordant la Lison. Encore un peu plus à l'ouest on trouve le village de Myon, situé exactement au nord du mont Poupet. 

    Le Mont Poupet, Myon, Alaise : Guichard a consacré une grande partie de sa vie à démontrer que ces lieux étaient au centre d'un vaste réseau de lignes géométriques recouvrant toute l'Europe et assez comparables à nos méridiens et à nos parallèles. Selon lui les anciens peuples européens qui ont établi ce premier système de mesure ne connaissaient pas encore l'écriture et ignoraient les cartes. C'est pourquoi ils ont utilisé des repères pour baliser ce réseau, un peu à la manière dont nous marquons nos frontières - en fonction de leur signification topographique.

    C'est par l'intermédiaire de la philologie que Guichard a été amené à s’intéresser à la géographie préhistorique et à l'archéologie.
    Mais ses premiers intuitions allaient se heurter à la théorie généralement admise alors, qui voulait que le Moyen-Orient ait été le berceau de toute science et de toute civilisation, dont les germes auraient été introduits en Europe par les Grecs et les Romains.

    En étudiant les anciennes langues européennes antérieures à la conquête romaine, Guichard nota que les racines et les différents vocables témoignaient d'un sens étonnant de l'abstraction et de connaissance très étendues. Il fallait donc supposer l'existence d'une culture homogène, de rites funéraires et de traditions religieuses profondément enracinés.
    Culture sans aucun doute en partie détruite par les invasions barbares antérieures à la domination romaine.

    En tant que philologue, Guichard était un familier des auteurs de l'Antiquité, dans les écrits desquels, il recherchait tout particulièrement les références géographiques. Mais c'est un géographe français de la fin du XVIIIè siècle qui allait être sa source la plus précieuse d'information : Pascal Gosselin, auteur d'une Géographie des Grecs et de Recherches sur la géographie systématique et positive des Anciens, avait comparé les écrits de deux auteurs grecs, Strabon et Ptolémée, qui vivaient respectivement au Ier et au IIè siècle après J.-C. 

    Il en avait conclut : "La plupart des mesures géodésiques qui nous ont été transmises par les Anciens témoignent d'une remarquable science astronomique. Nous ignorons à quelle époque reculée remontent ces gigantesques travaux de mesure, mais il est sur que sous le règne d'Alexandre le Grand le souvenir s'en était déjà à demi effacé et ne survivait plus dans les mémoires que comme une tradition
    fort ancienne. "

    Guichard entreprit de sélectionner les anciens toponymes les plus employés - sous une forme plus ou moins équivalente - dans toutes les régions d'Europe. Il en retint d'abord trois : Bourg, Antia et Alaise. Dès les temps préhistoriques, Bourg était l'un des suffixes les plus répandus pour désigner des lieux habités par les hommes ; mais cette désinence se retrouve tout aussi fréquemment à la période dite historique, aussi ce terme ne fut-il finalement pas retenu.  
    Antia, qui entre dans des noms tels que Florentia et Valentia (Florence et Valence), a été plus rarement employé aux temps historiques, mais était en usage chez les Grecs, si bien que Guichard abandonna cet élément toponymique.

    En revanche, Alaise réunissait toutes les conditions recherchées : très ancien, largement répandu dans toute l'Europe et apparemment non usité à la période historique. Dans un premier temps, Guichard dénombra 382 noms de lieux qu'il assimila à Alaise, auxquels vinrent s'ajouter 47 toponymes formés à partir de Calais ; puis encore 37 autres dérivant de Versaille. Un second groupe, moins important, se composait de noms apparentés à Myon. Guichard se convainquit bientôt que ce nom d'Alaise n'était autre que l'ancienne forme européenne du grec Eleusis, ces deux termes dérivant eux-mêmes du mot hal, sel.

    En joignant sur la carte tous les toponymes assimilable à Alaise, Guichard obtint des résultats stupéfiants. Il lui apparut en effet que les lignes ainsi tracées dessinaient une rose des vents ayant pour centre alaise dans le Doubs. Rappelons qu'autrefois avant que l'on exprime la position d'un point en latitude et en longitude, la rose des vents constituait le principal système d'orientation et, jusqu'au XVIIè siècle, la plupart des cartes étaient basées sur ce principe : d'un point choisi coïncidant avec le centre de la rose, rayonnaient, dans toute les directions, des lignes régulièrement espacées, au nombre de 16 ou de 32 formant donc entre elles des angles approximativement égaux à 22 ou 11 degrés.

    Dans cette perspective, alaise se révèle être le centre de l'Europe ! C'est là que se croiseraient les lignes joignant l'Ecosse à l'Italie et le Portugal à la Pologne. Selon Guichard, 24 grands axes directionnels, soit 48 rayons de la rose des vents, se recouperaient au mont Poupet.

    L'une de ces lignes passe par Carliste et Ely, en Grande-Bretagne, puis par Calais et huit autres villes ou villages français dont l'appellation est voisine d'Alaise, avant de traverser Aliso en Corse. D'autres rayons passent par des localité plus que troublantes. 

    S'agissait-il d'une coïncidence ? Avait-on retrouvé un secret oublié ? Les mystères d'Alaise ne faisaient que commencer...

      


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