• La vengeance de Toutankhamon

     

    La vengeance de Toutankhamon

    Inscrite sur une stèle de la XVIIIè dynastie, une formule de malédiction averti le pilleur de tombes :

    " Tout ennemi qui ferai un acte hostile à ce tombeau, ainsi qu'à ce qu'il contient, qui endommagerait ses inscriptions ou qui détruirait la statue dans la montagne de Siout, sa vie sera perturbée par des maladies cruelles. Il souffrira de la faim, de la soif et de la morsure des animaux. On ne lui portera pas secours quand il sera en danger. Sa fortune ne sera pas pour son héritier. Son nom ne sera pas honoré parmi les hommes. Son souvenir ne sera pas auprès de ceux qui sont sur terre. On ne lui fera pas de cérémonies. Les offrandes ne viendront pas remplir sa tombe. Il ne suivra pas Osiris dans son périple céleste et son temps sur terre ne s'accomplira pas. "

    Malgré de tels avertissements, pratiquement tous les tombeaux, tous les mausolées et tous les monuments funéraires de l'ancienne Egypte nous sont parvenus abondamment pillés, voire saccagés ou franchement démembrés.

    La vengeance de Toutankhamon

    On comprend la surprise qui a saisi le monde entier quand au mois de novembre 1922, tous les journaux ont annoncé la découverte, dans la Vallée des Rois, d'une sépulture pharaonique quasiment inviolée, avec près de cinq mille œuvres d'arts, dont l'enlèvement prendra près de dix ans, parvenue jusqu'à nous dans l'état exact où, 3265 année auparavant, les prêtres avaient préparé le " voyage d'éternité " du jeune Toutankhamon...

    Jamais on avait vu un tel trésors. Pour Howard Carter, un égyptologue anglais formé " sur le tas " , c'était l'aubaine inespérée. Depuis plusieurs années, il cherchait le tombeau de Toutankhamon, un pharaon de la XVIIIè dynastie qu'on ne connaissait que très mal : on savait que, entre le règne d'Akhenaton ( 1367 - 1346 avant notre ère ) et celui d'Horemheb, il y avait un " trou " de neuf années. C'était tout. Le nom même de Toutankhamon était incertain : ses successeurs, dont la légitimité était plus suspectes, avaient volontairement détruit les moindres traces de son règne.

    La vengeance de Toutankhamon

    Pourtant, Howard Carter cherchait. Ce pharaon sans nom et sans tombe connue excitait sa curiosité. Il avait même réussi à communiquer sa fièvre à Lord Carnavon, un richissime aristocrate anglais passionné d'archéologie. Pourtant, comme les deux hommes n'avaient rien trouvé de très intéressant depuis plusieurs années et que tout le monde croyait la Vallée des Rois parfaitement connue, il avait fallut un grand talent de persuasion à Howard Carter pour que Lord Carnavon accepte de financer une nouvelle campagne de fouilles.

    Ce serai la bonne. En fait, l'entrée du tombeau de Toutankhamon avait été recouverte par les déblais accumulés, un peu après son règne, par les travaux de construction d'une autre tombe. Et le 28 octobre 1925, Howard Carter pourra enfin contempler, sur un lit de bois doré, le sarcophage d'or massif du jeune souverain au sourire énigmatique. Soit 110 kg de métal précieux !

    La vengeance de Toutankhamon

    Lord Carnavon ne verra pas ce triomphe. Quelques mois après l'ouverture de la tombe, en mars 1923, il se sent un peu faible. Depuis quelques jours, il porte un pansement sur la joue : en se rasant, il a été piqué par un moustique et la plaie n'a pas cessé de suppurer. Il confie à Howard Carter : " Je ne suis pas très en forme ces temps-ci. Je vais consulter un médecin "

    Le 27 mars, il s'écroule, victime d'une syncope, sur le seuil du tombeau de Toutankamon. Il a près de 40° de fièvre. Transporté d'urgence dans son appartement du Caire, il ne cesse de délirer. Le médecin affirme qu'il s'agit d'une congestion pulmonaire. Quelque soit la maladie, l'état du jeune Lord ne cesse d'empirer ; la nuit, il est victime de cauchemars effroyables.

    La vengeance de Toutankhamon

    Le diagnostique du médecin laisse sceptique les vieux égyptologues.
    Howard Carter lui-même, qui n'est pas superstitieux, a été frappé par un incident : le chercheur avait un animal fétiche, un canari. Un serviteur a surprit un serpent, un cobra en train de dévorer le petit oiseau. L'anecdote a fait le tour des chantiers voisins :
    " C'est le cobra du pharaon, affirment les manœuvres égyptiens. Il s'est vengé par ce que l'oiseau à trahi l'endroit où se trouvait la sépulture du pharaon. Maintenant, il va arriver un malheur épouvantable. "
    Jusque là, le canari passait pour porter bonheur !

    La vengeance de Toutankhamon

    Au Caire, Lord Carnavon est au plus bas. Il ne cesse de repérer :
    " Un oiseau me griffe la figure. Un oiseau me griffe la figure "
    Lord Carnavon connaissait-il la formule funéraire classique :
    " Que l'oiseau de Nekhen déchire le visage de tous ceux qui marchent sur une tombe ! " Ces délires ne cacheraient-ils pas une autre réalité, bien plus terrible. Une seule chose est certaine : Lord Carnavon avait les textes funéraires en horreur. Il est donc probable qu'il ne connaissait pas la malédiction...

    Ce n'est pas tout : au moment de mourir, les dernières paroles du jeune aristocrate concernaient le jeune pharaon. Il lança :
    " J'ai entendu l'appel de Toutankhamon. "
    Mieux : à l'instant précis de la mort de Lord Carnavon, tout les quartier de son appartement, dans les étages de l'hôtel Continental, fut plongé dans l'obscurité par une inexplicable panne d'électricité. Enfin, toujours à l'heure précise de la mort de Lord Carnavon, dans le château familial de Highclere, en Angleterre, sa petite chienne se mit à geindre et tomba, raide morte...

    La vengeance de Toutankhamon

    Il n'en fallait pas plus pour que la presse du monde entier s'emparât de cette affaire : aujourd'hui encore, la malédiction de Toutankhamon reste plus connue que le trésor archéologique laissé par le jeune pharaon !
    L'émotion internationale sera d'autant plus vive que les décès d'égyptologues n'allaient pas tarder à se succéder, à un rythme un peu trop élevé pour être parfaitement naturel. Il y avait déjà eu des cas d'étranges maladies contractées dans les tombes des rois de l'ancienne Egypte : cette fois, à la suite de la mort de Lord Carnavon, il y en aura trop pour qu'on ne se pose pas de questions.

    Conan Doyle, le père du célèbre Sherlock Holmes et le zèle propagandiste de la religion spirite en Angleterre, annonce au monde entier que le pharaon a décidé de frapper. Dans les journaux, on voit fleurir des témoignages surprenants : les fausses formules de malédiction, que quelques plaisantins affirment avoir trouvées sur des objets du tombeau, font passer des frissons dans le dos. Chacun y va de son hypothèse : on croit que Lord Carnavon s'est piqué la joue avec une flèche empoisonnée 3 200 ans plus tôt. On parle de tombe protégée par des radiations mortelles. On évoque de mystérieux microbes.

    La vengeance de Toutankhamon

    En Angleterre, l'opinion est prise de panique : les veuves des vieux majors des troupes coloniales se hâtent de renvoyer au British Muséum les souvenirs acquis en Egypte. Un bras de momie parvient ainsi à la direction du musée. Au Etats-Unis, les parlementaires s'interpellent sur le danger présenté par les momies des collections publiques... La malédiction sera tellement à la mode que Hergé, le père de Tintin, consacrera un album aux méfaits posthumes des pharaons.

    Pendant ce temps, les victimes de cette curieuse " épidémie " s'accumulent. Il semblerait que toutes aient eu un rapport, de près ou de loin avec la tombe de Toutankhamon. En 1923, année de la mort de Lord Carnavon, on voit disparaître son frère, le colonel Audrey Herbert, un archéologue égyptien, Ahmed Kamal, et un égyptologue américain, Douglas Reed Goodyear. De même, un ami d'Howard Carter, l'archéologue canadien La Fleur, tombe malade quelques semaines après son arrivée.

    La vengeance de Toutankhamon

    L'archéologue anglais Arthur C. Mace, qui a aidé Howard Carter à percer les murs de la tombe, est à son tour pris de maladies. Peu après le décès de Lord Carnavon, il s'éteint - lui aussi à l'hotel Continental - sans que la cause de sa mort soit clairement établie.

    La presse remarque encore la disparition du milliardaire américain George Jay Gould, un des plus vieux amis de Lord Carnavon, pris de fièvre le lendemain de sa visite à la sépulture du pharaon, celle du radiologue Archibald Douglas Reed, venu radiographier le cerceuil du jeune souverain, et celle du docteur Hugh Evelyn-White, proche collaborateur d'Howard Carter, qui s'est suicidé par pendaison en laissant une lettre d'adieu : " J'ai succombé à la malédiction qui m'a forcé à disparaître. "

    La vengeance de Toutankhamon

    Les deux savants qui participent à l'autopsie de la momie de Toutankhamon meurent peu après d'un infarctus du myocarde.
    Bientôt, la presse annonce le décès subit de Lady Almna, la veuve de Lord Carnavon. Des suites d'une piqûre d'insecte, selon les médecins...
    Plus la série noire continue, plus on se penche sur les annales de l'égyptologie. Le résultat est stupéfiant.

    Depuis moins d'un siècle, les décès étranges n'ont pas cessé de se succéder. Même si quelques éminents égyptologues ont pu vivre jusqu'à un âge avancé, il existe une anormale proportion de chercheurs morts avant la quarantaine : citons Joseph Galtier, le bibliothécaire du musée du Caire, Prosper Marilhat, un de ceux qui ont ramené à Paris l'obélisque de Louqsor, Champollion ( mort à 41 ans ), l'Américain Henry Goringe, qui a ramené à New York l'obélisque d'Alexandrie, l'Allemand Georg Möller, spécialiste de la découverte des tombes, ou encore le fameux italien Belzonni, mort en 1823 en lançant des injures au pharaon Sethi 1er.
    Avec ce commentaire d'un sorcier égyptien qui le soignait :
    " Les pharaons se sont vengés "

    La vengeance de Toutankhamon

    En 1935, d'après les journaux, on comptera près d'une trentaine de décès d'égyptologues liés de près ou de loin à Toutankhamon ou à Lord Carnavon.

    Depuis, la série continue. Toutankhamon encore : le docteur Zakaria Goneim, inspecteur en chef des antiquités de Haute-Egypte, se suicide en 1959. L'archéologue britannique Walter Bryan Emery meurt brutalement en 1971, après avoir exhumé une statue d'Osiris. Un quotidien égyptien ne se privera pas de conclure : " Cet événement étrange nous fait croire que la malédiction légendaire des pharaons a agi une fois de plus... "

    La vengeance de Toutankhamon

     La victime la plus récente semble être le docteur Omal Mahrez, directeur général du musée du Caire, mort d'une hémorragie cérébrale après avoir signé avec le British Muséum un accord pour l'organisation d'une exposition à Londres d'objets provenant de la tombe maudite. Il avait succédé à son poste de direction, à Mohamed Mehdi, mort lui aussi d'une hémorragie cérébrale, peu après avoir signé un même accord, avec Paris cette fois...

    La vengeance de Toutankhamon

    Et Howard Carter ? Il sera un des seuls à se tirer indemne de cette vague de morts aussi subites qu'inexpliquées. Alors que les descendant de Lord Carnavon avouent croire à la malédiction, le vrai découvreur de la tombe voit cette " superstition " un " roman pour journaliste en mal de copie ".

    Dans La tribune de Genève, en 1933, il a pu écrire :
    " En ce qui nous concerne, nous n'avons pu que rire de ces légendes et nous sommes encore incapables, à l'heure actuelle, de déterminer les motifs qui peuvent inciter les gens à croire en des histoires aussi ridicules. "

    Il ne manque pourtant pas de motifs d'interrogation sur cette étrange série noire de décès dans les milieux de l'égyptologie. Reste à connaître les réponses apportées par tous ceux qui se sont penchés sur cette malédiction. Leur théories sont les plus variées. Et des plus étranges.

    La vengeance de Toutankhamon

    Qui a tort et qui a raison dans cette affaire ?

                                                                                  Extrait de " Inexpliqué " 1981

    1ère partie : La malédiction des Pharaons

    3ème partie : Le Cancer des égyptologues

    Le Trésor de toutankhamon

      


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