• Les Mystères de Paris

     

    Les Mystères de Paris

    De fait, la Ville lumière a incontestablement deux histoires : celle que l'on apprend dans les manuels, à travers les guides et les promenades que proposent les prospectus touristiques - celle des monuments officiels et des grands musées - , et l'autre, aussi vieille que la ville et toute de ténèbres, celle des événements insolites ou maudits, des sortilèges, des crimes mystérieux, des magiciens et des alchimistes, des fantômes, des sorciers et des messes noires...

    Les Mystères de Paris

    Elle remonte à l'aube de notre ère voire au-delà, quand la tribu des Parisii décontenançait déjà Pline le naturaliste par l'étrangeté de ses croyances. Nous en vivons encore largement aujourd'hui : la statistique dénombre à Paris une pythonisse, un sorcier ou un thaumaturge pour moins de 150 habitants !

    Les lieux gardent trace des mystères ou des sombres faits auxquels ils ont servi de décor. Aussi, le promeneur un tant soit peu averti retrouve-t-il çà et là les témoins de ce mystérieux passé.

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    Un mascaron grimaçant de la rue de la Huchette rappelle qu'on adorait dans la périphérie le diable tout en cornes qu'il représente : la tour astrologique du mage Ruggièri se dresse toujours près de la Bourse du commerce ; dans la cour très protégée de la rue du Cherche-Midi, un sphinx verdâtre à tête de femme demeure, vestige des cultes d'Isis et des messes  d'or qui s'y célébrèrent au siècle dernier et au début de celui-ci ; les démons de Notre-Dame témoignent d'un pacte que fit avec Satan le serrurier Biscornet, afin de pouvoir forger les grands portails en une seule nuits...

    Les origines elles-même de la capitale sont mystérieuses.
    A Argenteuil, à Choisy-le-Roi, à Orly... Tout autour de Paris, on a découvert des sépultures qui prouvent que les Celtes y étaient installés depuis le deuxième âge de fer. La tradition nous assure d'ailleurs que des pierres dressées auraient été découvertes par le passé rue Lobeau, dans le IVè arrondissement, rue Haute-Borne, à Ménilmontant, ou, comme le nom l'indique, rue Pierre-Levée, dans le XIè arrondissement.

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    Plusieurs historiens ont écrit que l’île de la Cité avait été spécifiquement choisie par les druides gaulois comme emplacement privilégié de célébrations de leurs cultes. L'exhumation, entre autres, de plusieurs représentations du dieu Cernunnos vient à l'appui de cette thèse.

    On sait que les prêtres du celtisme déterminaient les lieux sacrés en fonction d'une géographie secrète qui tenait grand compte de certaines lois telluriques, aujourd'hui perdues. Il est tentant de penser que l'emplacement du futur Paris a ainsi fait l'objet d'une sorte de triangulaire magique lui assurant gloire et pérennité.

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    Les religions de Rome, dans une moindre mesure, mais surtout, par la suite, le christianisme triomphant, réduisirent les croyances druidiques à la clandestinité. Elles survécurent cependant sous forme de sorcellerie et de rites dont certains ont traversé les siècles jusqu'à nous. Il y a aujourd'hui dans la capitale près d'une dizaine d'associations religieuses celtisantes qui ne sont pas toutes fantaisistes. Deux ou trois d'entre elles célèbrent à Vincennes ou dans le bois de Meudon les grandes fêtes annuelles du calendrier druidique, dans la plus stricte tradition de la Gaule antique.

    En ce qui concerne la sorcellerie celtique proprement dite, on sera étonné d'apprendre que, pour être fort discrète, et donc très peu connue, elle a traversé les siècles jusqu'à nos jours depuis les temps lointains de Cernunnos et d'une certaine déesse noire qu'on aurait adorée à l'emplacement actuel de Notre-Dame.

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    C'est précisément cette sorcellerie que tenta d'extirper en 742 le roi Chilpéric III en interdisant " toutes formes de sortilèges, de philtres amoureux, augures et enchantement ". Il n'y parvint pas davantage que Charlemagne, dont un des capitulaires ordonne " qu"il n'y ait plus ni sorciers ni enchanteurs, pythonisses, fabricants de philtres ou faiseurs de tempêtes "... Ces derniers, surtout, sont des survivances de l'époque celtique de la ville. On sait que les druides connaissaient les mots et les sons déchaînant les orages et provoquant la grêle au dessus des récoltes.

    Par la suite, d'autre formes de magie gagnèrent apparemment la faveur du public parisien des officines réprouvées. Avec la Renaissance, elles virent surtout d'Italie, où l'on savait si bien conjuguer le savoir occulte, l'astrologue et la manipulation politique des substances vénéneuses. On en retrouvera la trace chez des occultistes comme Eliphas Lévi ou Stanislas de Guaïta au XIXè siècle.

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    Aujourd'hui, il existe un groupement ésotérique de la capitale qui affirme être en possession de ce savoir depuis les premières décennies de notre ère. A dates fixes, ses membres, par ailleurs gens en place et hauts responsables, se réunissent dans la crypte de Notre-Dame, où l'on a jadis adoré les dieux celtes.

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    La mystérieuse Dame noire de l'île de la Cité a fait naître une autre hypothèse sur les origines initiatiques de Paris. Cette déesse ne serait autre qu'Isis, figure pratiquement universelle de la Grande Mère dont les noms et les attributs diffèrent d'ailleurs selon temps et lieux et dont le culte aurait été apporté jusqu'à l'emplacement de Paris par les navigateurs phéniciens. Le nom de la capitale viendrait de cette grande figure du panthéon égyptien et, par extension, universelle.
    " Paris " découlerait de Bar-Isis ( la barque d'Isis ), parce que la première représentation de la Dame noire serait arrivée sur un navire remontant la Seine jusqu'à l'Ile de la Cité. Cela expliquerait, de plus, pourquoi le blason de la ville porte un bateau dans ses armes.

    On a pu mettre en doute cette théorie : " L'on ne peut raisonnablement douter, écrit pourtant l'Encyclopédie, qu'il n'y eu à Paris ou dans son voisinage un fameux temple dédié à la grande déesse des Égyptiens. Les anciennes chartes de Sainte-Geneviève et de Saint-Germains-des-Pré en font mention : elles disent que Clovis et Childebert, leurs fondateurs, leur ont assigné les dépouilles d'Isis et de son temple... "

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    Il est souvent signifié, dans les chroniques les plus anciennes de la capitale, qu'Isis, maîtresse de la doctrine ésotérique et de tous les arts de la magie, a été vénérée à Paris, soit d'abord dans l'île de la Cité même, à l'emplacement de Notre-Dame, soit sur les lieux où fut édifiée par la suite l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le moine Abbon, de ce cloître, considère Isis comme la première protectrice des Parisiens dans un poème écrit au IXè siècle sur le siège de la ville par les Normands. D'ailleurs, le maître d'oeuvre de la cathédrale n'omettra point par la suite de la représenter en bonne place, au portail Saint-Anne, sous les traits d'une femme portant le thyrse. La Vierge, autre Grande Mère mythique, n'aurait donc fait que remplacer la magicienne de la vallée du Nil.

    Selon Jacques de Breul, dans son Théâtre des antiquités de Paris : " Au lieu où le roi Childebert fit construire l'église de Saint-Vincent, dite à présent de Saint-Germain, et à laquelle il donna son fief d'Issy, la commune opinion est qu'il y avait un temple d'Isis, femme d'Osiris, et que d'icelle le village d'Issy prit son nom..."

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    Jusqu'aux premières années du XVIè siècle, " on pouvait voir, écrit Gilette Ziegler dans son Histoire secrète de Paris (1980), sous le porche de Saint-Germains-des-Prés, une étrange statue devant laquelle les femmes du quartier faisaient brûler des cierges pour retrouver les objets perdus... ".
    Elle a été décrite comme une représentation de la maîtresse des arts de la magie : " maigre, haute, droite et noire pour son antiquité, nue, sinon quelque linge autour de ses membres ". Elle était située contre la muraille septentrionale, et, pour une obscure raison, on la fit abattre en l'an 1514 pour faire mettre à sa place une grande croix rouge.

    Ce dernier détail est hautement significatif. Il permet d'avancer qu'on détruisit l'image parce que justement elle donnait lieu à certaine manifestations sacrilèges, sans aucun doute de basse sorcellerie. Il était en effet d'usage de dresser une croix ocre ou rouge aux emplacements qui avaient été exorcisés.

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    L'histoire secrète et l'etymologie de Paris sont-elles, oui ou non liées à la grande magicienne ? Il se pourrait aussi que les cultes isiaques aient été apportés bien après la fondation de la ville dans le village des armées romaines, qui véhiculèrent dans leurs bagages, comme on le sait, nombre de croyance et de rites en provenance de tout le Bassin méditerranéen.

    Quoi qu'il en soit, cette vénération pour Isis se retrouve périodiquement d'un siècle à l'autre tout au long de l'histoire insolite de la capitale. En 1643, on arrêta deux sorcières en train de pratiquer nuitamment des envoûtements dans le cimetière de Saint-Sulpice, à l'aide d'une figurine représentant la déesse pourvue de tous ses attributs occultes.
    En 1720, il existait une chapelle mortuaire au cimetière des innocents, dans laquelle se réunissaient les sectateurs d'un culte isiaque pratiquant la nécromancie. Après 1850, sans doute à cause du décryptage des hiéroglyphes par Champollion et des nombreuses campagnes de fouilles organisées dans la vallée du Nil, une véritable mode d’égyptologie sacrée s'empara de " l'occultisme parisien ". Même l'architecture en porte trace, avec ses innombrables sphinx et l'E
    gyptien hiératique qui verse l'eau d'une fontaine de la rue de Sèvre... Les Papus, Eliphas Lévis et autre de Guaïta retrouvent, ou croient retrouver les grands secrets de la magie pharaonique. On adore Isis à Montparnasse, et même, pour une petite secte qui sera démantelée à cause de ses excès en 1891, dans une salle des catacombes, où l'arsenal morbide des os et des crânes savamment disposés favorise tous les débordements.

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    De nos jours, il y a plusieurs groupement initiatique à Paris qui se réclament de la magicienne, qui fut peut-être la déesse tutélaire de la ville.
    Sont-ils, comme ils le prétendent, en possession des secrets de sorcellerie qui lui permirent de constituer et de faire revivre le corps de son époux Osiris, coupé en morceaux par Seth, le dieu rouge du désert ?

    Il est permit d'en douter.
    On retrouvera d'ailleurs ces éléments insolites des cultes isiaque parisiens dans les autres directions, parfois simplement surprenante, mais bien souvent sinistres, prises par l' "autre histoire" de la capitale. En pourchassant les rites druidiques et toutes les croyance de l'Antiquité, le christianisme apporta avec lui une entité qui fera une étonnante carrière à Paris : le diable....

     


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