• Les Incorruptibles

     

    Les Incorruptibles

    De toutes les manifestations miraculeuses liées à la sainteté, l'incorruptibilité physique est sans doute l'une des plus troublantes.
    Un peu partout dans le monde, on relève en effet la même croyance populaire spontanée et instinctive : Les corps des saints, après la mort, échappent à la loi commune de la dissolution de la chair. Croyance fortement enracinée si l'on en croit Dostoïevski qui évoque, dans les frères Karamazov, le scandale qui éclata lorsque la dépouille mortelle d'un saint ermite, vénérée par le peuple russe, commença à se putréfier.

    Cette propriété miraculeuse a été énoncée par saint Cyrille, évêque de Jérusalem, au IVè siècle de notre ère :
    " Même lorsque l'âme s'est enfuie, sa vertu et sa sainteté imprègnent encore le corps qui l'a hébergée. "

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    En vérité, si l'on étudie la vie des saints de la chrétienté, on constate pourtant que cette marque de la faveur divine a été refusée à de nombreux bienheureux, aussi vertueusement exemplaire qu'ait été leur vie. De même, ce phénomène d'incorruptibilité a été observé en l'absence de béatification ou de canonisation.

    Il faut noter, par ailleurs, que cette étrange pérennité de la chair répugnait à certaines âmes pieuses. C'est ainsi que sainte Thérèse de Lisieux, sur son lit de mort, répondait à la jeune novice qui lui assurait que la miséricorde divine lui épargnerait la corruption du corps : " Oh non ! Je ne souhaite pas ce miracle... " Son vœu fut exaucé.

    Mais on peut s'étonner qu'un phénomène aussi extraordinaire n'ait pas suscité plus d'études approfondies. Surtout si l'on songe aux enquêtes minutieuses et aux preuves irréfutables exigées par la très sérieuse Congrégation des rites lors des procès de canonisation. Sans nul doute, les documents et les rapports ecclésiastiques méritent d'être pris en considération, car les exhumations et les examens anatomiques ont toujours eu lieu en présence de nombreux témoins, y compris des membres du corps médical et des scientifiques. Et il semble à peine croyable que des faits aussi rigoureusement établis n'aient pas davantage retenu l'attention des savants.

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    A la fin du XIXè siècle, le père Herbert Thurston, à qui l'on doit la première étude systématique des cas d'incorruptibilités à noté que les corps inexplicablement conservés présentaient six phénomènes caractéristiques, qui ne se manifestent toutefois pas toujours simultanément. En premier lieu, les témoins mentionnent fréquemment un parfum suave émanant de la dépouille mortelle : On constate par ailleurs l'absence de rigidité cadavérique et le corps peut conserver assez longtemps une certaine tiédeur, de même qu'il est épargné par la putréfaction.

    Parfois encore, on remarque des saignements anormaux, même plusieurs jours après la mort effective. Dans quelques cas enfin, on a signalé post mortem d'étranges mouvements du cadavre, qui ne pouvaient être attribués à des contractions musculaires purement mécaniques.

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    A ces manifestations " physiologiques " concrètes, on peut ajouter toute une série de phénomènes mystérieux, d'ordre surnaturel, qui sont souvent associés à l'incorruptibilité du cadavre. Ainsi, bien souvent, le lieu de sépulture inconnu, ou oublié, de quelque saint a été révélé grâce à un rêve ou une vision. Quelquefois, l'inhumation elle-même s'est accompagnée de prodiges révélateurs, comme les étranges lumières qui sont apparues près du tombeau de saint Charbel Makhlouf. Il arrive encore que les restes du saint - ou de la sainte - exultent une huile odorante et limpide, parfois abondante, dont on ignore l'origine et la composition. C'est la cas de sainte Walpurgis, morte en 779 et dont les os n'ont cessé de distiller une huile réputée miraculeuse.

    Le seul recensement dont nous disposions est due à une Américaine de la Nouvelle-Orléans, Joan Cruz, qui a entrepris de compléter les travaux du père Thurston, à l'aide de toutes les sources ecclésiastiques connues.
    Dans un ouvrage publié en 1977 et intitulé The Incorruptibles, elle signale ainsi 102 cas authentifiés par la Congrégation des rites de l'Eglise catholique romaine. Mais, ajoute-t-elle, il est probable qu'il en existe bien d'autres, dont le tombeau a conservé le secret, ou qui n'ont jamais été rendus publics par le Vatican. Là encore, on peut s'étonner que tous les cas troublants recensés par la littérature hagiographique n'aient suscité aucune étude scientifique véritable, si l'on excepte les examens ordonnés par les par les autorités ecclésiastiques.

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    L'exemple que nous allons citer est typique : la bienheureuse Maria Anna Ladroni mourut à Madrid en 1624. Cent sept ans plus tard exactement, sa dépouille mortelle fut exhumée sur l'ordre des autorités religieuses lors de son procès de béatification. Voici quelle furent les conclusions de cet examen :

    " Il n'y eu pas moins de 11 docteurs et chirurgiens, et parmi les plus réputés de la Cour de la ville de Madrid, pour procéder à l'examen de la dépouille mortelle et pour déposer en tant que témoins. Ils ont pratiqués, à l'aide de leurs instruments, diverses incisions sur le cadavre. Les uns se sont penchés sur la poitrine, les autres sur les divers organes internes, d'autres encore scrutèrent tout particulièrement les orifices par où l'on aurait pu introduire des substances aromatiques destinées à prévenir la corruption des chairs. Toutes ces recherches aboutirent ainsi à une dissection quasi complète de ce corps innocent : les viscères, les organes et les tissus apparurent dans un parfait état de conservation, encore humides, fermes et élastiques au toucher. Le cadavre tout entier était imprégné d'une sorte de fluide odorant, qui répandait des effluves d'autant plus pénétrants que les incisions étaient plus profondes..."

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    Le plus confondant, dans les cas évoqués, n'est pas l'incorruptibilité elle-même, mais le fait que cette incorruptibilité se manifeste dans des conditions qui auraient dû normalement entraîner le processus habituel de putréfaction. Par exemple, lorsque la mort est causée par une maladie, ou lorsque le corps est inhumé en compagnie d'autres cadavres ayant subi une décomposition avancée.

    Certains saints, comme saint Charbel, sainte Catherine de Bologne ou saint Pacifique de Cerano, ont été inhumés directement dans le sol, sans que l'on ait constaté aucune dégradation de leur cadavres, à l'exception d'une légère déformation due à la pression de la terre. D'autres corps ont survécu - si tant est que l'on puisse employer ce mot - dans des terrains particulièrement humides, tandis que leurs vêtements se désagrégeaient sur leur chair intacte, comme sainte Thérèse d'Avila et sainte Catherine de Gênes. Le cercueil de sainte Catherine de Sienne ( morte en 1380 ) fut laissé quelques temps exposé à la pluie avant d'être enfermé dans une crypte. Et lorsque le corps de sainte Catherine Labouré fut exhumé à Paris en 1933,cinquante-sept ans après sa mort, on trouva son corps intact bien que son triple cercueil ait été rongé par la moisissure.

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    Certains de ces saints au corps miraculeusement préservé présentaient des stigmates de leur vivant, et certaines blessures ont été généralement conservées par-delà la mort.  A moins que le trépas ne les fasse subitement surgir, au contraire : sainte Catherine de Sienne prétendait porter les marques invisible de la passion du christ ; après sa mort, on vit apparaître les traces de la crucifixion sur ses mains et ses pieds, ainsi qu'une blessure au côté. Lors de la translation de ses restes en 1597 ( son corps fut séparé en diverse parties qui devinrent autant de reliques ), on pouvait toujours voir, sur son pied gauche, l'une de ces marques parfaitement conservée. De même la dépouille mortelle de sainte Osanna de Mantoue ( morte en 1505 ), qui est toujours exposée trois fois par an dans la cathédrale de cette ville, présente des stigmates plus accentués que du vivant de la bienheureuses. Les témoins qui ont vu le corps en 1965 l'ont décrit comme " desséché, bruni et recroquevillé, mais ne montrant aucun symptôme de putréfaction ".

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    Un cas beaucoup plus récent est celui de saint Charbel Makhlouf, qui mourut en 1898 à l'ermitage Saint-Pierre et Saint-Paul du monastère maronite d'Annaya, au Liban. Selon la coutume de cet ordre, son corps fut déposé directement dans la terre, sans cercueil. Pendant plusieurs semaines, d'étranges lumière apparurent près de sa tombe ( comme ce fut le cas pour saint Jean de la Croix, mort en 1591, et dont le corps, exposé pour la dernière fois en public en 1955 à Ségovie, était toujours souple et ferme, quoique légèrement décoloré ).

    Ces lumières insolites poussèrent les autorités monastique à ordonner l'exhumation, et la fosse fut ouverte 45 jours plus tard. Le corps de saint Charbel était parfaitement intacte, en dépit de la pluie et des inondations  qui avaient transformé la tombe en bourbier. La cadavre fut alors lavé et revêtu de vêtements neufs avant d'être placé dans un cercueil de bois dans la chapelle du monastère. Au bout d'un certain temps, un liquide huileux ayant l'odeur du sang frais commença à sourdre des pores du saint. Cet épanchement devint bientôt si abondant que les vêtements durent être changés deux fois par semaine, et les lambeaux de linge ainsi imbibés furent gardés comme autant de précieuses reliques auxquelles on attribua nombre de guérisons miraculeuses.

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    Les reste de saint Charbel demeurèrent en cet état jusqu'en 1927, date à laquelle un examen médical fut ordonné. Le corps fut placé dans un autre cerceuil de bois doublé de zinc, et un document contenant les observations faites par les médecins fut scellé dans un tube de zinc et déposé aux pieds du saint.  Puis le cerceuil fut lui-même emmuré au milieu d'une paroi du monastère.

    Vingt-trois ans plus tard, en 1950, des pèlerins venus visiter le sanctuaire remarquèrent qu'un curieux liquide suintait hors du mur renfermant le cercueil, qui fut à nouveau ouvert, toujours en présence d'autorités religieuses et médicales. Saint Charbel restait parfaitement conservé : son corps, souple, gardait toutes les apparences de la vie, alors que ses vêtement, imbibés par l’étrange fluide, tombaient en lambeaux.
    Le tube de zinc, par contre, apparaissait fortement corrodé.
    Depuis cette date, la tombe a été ouverte chaque année et le corps très soigneusement examiné. Chaque fois, il est apparu dans un inexplicable état de fraîcheur, et le fluide huileux est précieusement recueilli en vue d'obtenir des guérisons miraculeuses.

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    La nature de l'incorruptibilité est-elle toujours d'origine religieuse ?

     


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