• Ku Klux Klan

     

    Ku Klux Klan

    "L'Amérique ressort ses robes blanches ", écrivait un journaliste du Washington Post dans les années 1970, annonçant ainsi un regain d'activité du Ku Klux Klan. A la vérité, il ne s'était jamais vraiment éteint, mais seulement mis en veilleuse.

    Car le Klan réapparaît toujours pendants les périodes de crise économique, sociale ou raciale, quand l'Américain moyen,
    le " petit Blanc " du Sud, le commerçant frileux de Seattle ou l'agriculteur méfiant de Virginie considèrent comme indispensable la nécessité d'un réarmement moral. Alors, un peu partout, des processions se forment dans la nuit, des croix immenses brûlent dans la campagne, des hommes, des femmes, des jeunes gens revêtent de vases capes blanches, des capuches, et suivent en silence les chevaliers du Ku Klux Klan qui portent les insignes de l'Ordre : la croix de feu et le drapeau américain.

    C'est la croisade pour la sauvegarde du monde blanc et du capitalisme contre les Noirs, les juifs et les communistes.

    Ku Klux Klan

    Nous sommes dans la petite ville de Pulaski, dans le Tennessee, la veille de Noël 1865. Plusieurs camarades, qui tous ont combattu dans l'armée de la Confédération, se réunissent dans la maison de l'un d'eux et évoquent
     le " bon vieux temps ", la fraternité d'armes qui sent la sueur et la poudre, les charges héroïque du début de la guerre, quand le vieux Sud tenait la dragée haute aux sales Yankees : Bull Run, Chattanooga, Wilson's Creeck. Dans l'atmosphère des bivouacs enfin retrouvée, les commentaires vont bon train sur la situation actuelle : après la défaite du Sud, la misère s'installe dans les Etats vaincus, ruinés, ravagés par la guerre.

    Les esclaves sont libres maintenant, et il en résulte partout un véritable chaos économique et social : ils ont par là même conquis des droits électoraux, et la conséquence en est que, dans maints Etats du Sud, une partie de la population qui, auparavant était dénuée de tout droit se trouve du jour au lendemain investie de la majorité, en position d'affirmer son pouvoir et ne se privant pas de le faire sentir parfois durement à ceux qui, la veille encore, étaient les maîtres absolus et incontestés.

    Ku Klux Klan

    Pourtant, quand ces jeunes gens décident de former une association,ils ne pensent pas immédiatement aux querelles raciales : il s'agit avant tout de se retrouver entre compagnons d'arme, de maintenir intact cet esprit du front dont ils ont déjà la nostalgie. La maison qui les abrita en 1865 existe encore de nos jours, et si elle put passer plus de deux siècles sans être démolie, protégée par une force mystérieuse, elle le doit à une plaque encastrée dans l'un de ses murs et où sont gravés ces mots : 

    " Le Klu Kux Klan a été organisé ici, dans le bureau du juge Thomas M. Jones le 24 décembre 1865. Noms des premiers organisateurs : Calvi E. Jones ; Frank O. Maccord ; Richard R. Reed ; John B. Kennedy ; John C. Lester ; Jaes R. Crowe. "

    Ku Klux Klan

    On a voulu a voulu voir dans le nom de l'organisation
    ( " Ku Klux Klan " ) l'onomatopée du claquement métallique produit par le verrouillage d'une culasse de fusil. Une autre hypothèse consiste à attribuer l'origine du mot à une altération du mot latin lux " lumière ". Ces deux interprétations sont d'ailleurs contestées.

    L'explication la plus vraisemblable nous a été donnée par William Peirce Randel dans son maître ouvrage, le Ku Klux Klan, qui est certainement le meilleur livre consacré à la question : " Le jour de la fondation, les six amis décidèrent de s'organiser et de se diviser en deux comités ; l'un choisirait un nom approprié, l'autre réfléchirait aux règlements, titres et activités du club. John Kennedy avait suivi pendant quelque temps les cours du Center College of Kentucky, où il avait pu observer l'organisation des fraternités. de ses études grecques, il se souvint du mot Kuklos, qui signifie " anneau " ou " cercle ". James Crowe proposa de scinder Kuklos en deux, puis de changer les deux lettres finales en ux pour faire Ku Klux. John Lester fit alors observer que les six membres étaient d'origine écossaise et décida d'ajouter " clan " qu'on écrirait Klan pour que tout fût uniforme. Le tout assemblé se prononçait aisément et gardait une nuance insolite certaine. "

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     L'atmosphère du début était, on l'aura compris, celle d'un complot pour rire : " Puisque l'objectif est de s'amuser, autant s'amuser jusqu'au bout " pensa James Crowe, qui eut l'idée de soumettre à ses camarades une proposition très drôle : pourquoi ne pas entourer le mystère de l'organisation d'un voile encore plus épais en se donnant un déguisement ?

    Aussitôt dit, aussitôt fait, et c'est ainsi qu'une nuit les habitants de Pulaski virent déboucher d'un coin de pâté de maisons une curieuse procession de cavaliers fantômes : d'étranges silhouettes enveloppées de longues robes, montées sur des chevaux tout caparaçonné de blanc, défilant silencieusement dans les rue de la ville. Pas un mot n'était prononcé, les ordres nécessaires étaient donnés au sifflet. En file indienne, à un pas d'enterrement, ils firent des marches et des contremarches à travers la ville. 

    Ku Klux Klan

    Il faut dire que, depuis quelques mois, les six membres fondateurs avaient réalisé un travail de recrutement très efficace, ce qui n'était d'ailleurs pas difficile si on tient compte du désarroi et du désœuvrement de beaucoup parmi ceux qui avaient porté l'uniforme gris. Quand une colonne marchait au nord dans la rue, la seconde allait au sud dans une autre. En se dépassant dans des directions différentes, elles donnaient l'apparence d'un flot ininterrompu. 

    D'honorables habitants de la ville, des hommes au jugement précis, pensèrent qu'ils étaient bien 4 000 à défiler dans la nuit. 
    On sait qu'en réalité, il n'y avait pas plus de 400 cavaliers.

    " L'un des résultat inattendus de cette parade, écrit William Pierce Randel, fut d'effrayer les Noirs superstitieux, qui prirent les cavaliers pour les fantômes de soldats confédérés morts au combat. Ainsi, ce qui avait été conçu comme une farce, pour tromper l'ennui général, revêtit tout à coup un aspect nouveau et fit naître dans l'esprit des promoteurs de cette mascarade le raisonnement suivant : si ces fainéants de Noirs pouvaient être si facilement terrorisés, peut-être pourrait-on les persuader de recommencer à travailler ! "

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    Il faut aussi bien être conscient qu'en touchant les Noirs on s'attaquait aussi à toute la racaille des carpetbaggers. Et si les Noirs étaient plus impressionnés par les mises en scène du Ku Klux Klan que par les arguments électoraux de l'Union League ou les propos séditieux des Freedmen's Bureaux, le Sud retrouverait certainement une partie de son hégémonie perdue.

    La doctrine de cette société naissante fut, on s'en doute, tout entière inspirée par cette volonté de renaissance. Son énoncé fut mis au point par le général George W. Gordon et tient en quelques lignes simples mais suffisamment significatives. En préambule, l'ordre affiche son attachement au gouvernement des Etats-Unis, à ses lois constitutionnelles et à l'union de ses Etats. Il se veut une institution de chevalerie, d'humanité, de piété et de patriotisme, incorporant dans ses principes tout ce qui est chevaleresque, noble de sentiment, généreux dans la vérité et patriotique d'intention.

    Ku Klux Klan

    Les buts du Klan se résument en trois points :

    - protéger les faibles, les innocents, les sans-défense des outrages, des torts et des attaques causées par ceux qui s'adonnent à l'anarchie, à la violence et à la brutalité ; aider les opprimer, secourir les souffrants et les malheureux, en particulier les veuves et les orphelins des soldats des confédérés ;

    - défendre la constitution des Etats-Unis et les lois qui lui sont
    conformes ; protéger les Etats et leur populations contre toute invasion quelle que soit son origine ;

    - concourir à l'exécution de toute les lois constitutionnelles, protéger les individus contre toute saisie ou confiscation illégale et contre une justice qui ne serait pas rendue par leurs pairs conformément aux lois du pays.

    Ku Klux Klan

    Mouvement clandestin, le Ku Klux Klan se devait de conserver dans son organisation les marques de cet anonymat : sa zone d'extension géographique, concernant pratiquement tout le Sud, constituait un Invisible Empire gouverné par un Grand Sorcier .
    Au-dessous de ce magistrat suprême se situait la hiérarchie pyramidale des grands vassaux : les Etats mués en Royaume, qui avaient à leur tête des Grands Dragons ; les circonscriptions parlementaire muées en Dominion, où régnaient les Grands Titans ; enfin chaque comté était transformé en Caverne et voyait s’exercer l'autorité d'un Grand Cyclope.

    A ses débuts, le Klan borna son activité à intimider les Noirs par des accoutrements fantastiques, des assemblées nocturnes, des croix de feu, des proclamations sonores, le tout accompagné de quelques tours de magie propres à effrayer les âmes simples.

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     Tout cela était fort inoffensif, mais on cessa bientôt de s'en contenter, et les membres du Klan s'engagèrent rapidement dans la spirale de la violence : des gentilhomme du Sud, tout de blanc vêtus, se mirent à patrouiller sur les routes, frappant à coup de lanière les Noirs qu'ils y rencontraient après un couvre-feu arbitrairement fixé. La répression devenait de plus en plus brutale : des Noirs furent lynchés, d'autres abattus après un simulacre de jugement.

    Ku Klux Klan

    A la nuit tombée, des groupes d'hommes pourchassaient les Noirs qu'ils avaient surpris à glisser leur bulletin de vote en faveur
    des " démagogues ". Dans le meilleur des cas, ils étaient fouettés jusqu'au sang, on les forçait à marcher à quatre pattes, on les assommait à coups de gourdins.

    Ku Klux Klan

    Pour Nathan Bedford Forrest, Grand Sorcier du Klan, cela s'appelle 
    " maintenir l'ordre ". Aussi se démène t-il particulièrement, ses ouailles sont si turbulentes ! Au cours du premier semestre 1868, on le voit parcourir ses Etats dans tous les sens, et chaque fois son passage est suivi, pour la population noire, de violences et de morts de Noirs. C'est ce que Forrest appelle, non sans humour, " traiter les problèmes et les intérêts politiques ".

    Lors d'un entretiens accordé à un journaliste du Cincinati Commercial, il insiste sur le cas des Noirs emprisonnés pour divers délits et que l'on a ensuite relâchés, mais il ne parle pas de ceux que ses propres hommes sont venus chercher en prison pour les pendre à l'arbre le plus proche. 
    L'organisation, s'étendant progressivement sur tous les Etats du Sud, finit par inquiéter le gouvernement fédéral, qui fit voter par le congrès une loi prononçant sa suppression.

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    Mais cet interdit n'aurait probablement pas été suivi d'effet si les circonstances même n'avaient changé. L'esprit de vengeance et de répression avait cessé
    d'animer le Nord, les troupes fédérales avaient été retirées des Etats du Sud. Ces Etats, par des aménagement électoraux, avaient réussi à déposséder les Noirs de leur franchise, les Blancs avaient reconquis leur ancienne prépondérance économique, sociale et politique.
    Le besoin d'un moyen de pression comme le Klan ne se faisait plus sentir. Il fut finalement dissous par son propre chef, le général Forrest.

    Ainsi, l' " invisible empire du Sud " avait vécu, et ne paraissait plus promis à autre chose qu'à faire les délices des historiens et des amateurs de frissons. Mais il était écrit que le Ku Klux Klan ne connaîtrait pas de repos dans sa tombe...


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