• Jules Verne

     

    La popularité de Jules Verne est une des rares constantes de la littérature, au point que l'on peut se demander pour quelles raisons cet écrivain, qui n'est ni un grand philosophe ni un styliste de premier ordre, trône au royaume des grands, quelque part entre Balzac et Dostoïevski, lui qui ne voulait écrire que des romans d'aventures et qui y trouvait son plaisir.

    Certains esthètes pourront cependant rétorquer : " Est-il pour cela un véritable écrivain, mérite-t-il donc ce succès international, ce maniaque de la plume atteint d'une paranoïa prolifique, éperdument amoureux de n'importe laquelle de ses plus grotesques petites machines ? " A ceux-là il faut répondre qu'une dimension fondamentale de l'oeuvre de Jules Verne leur échappe, qui pourtant se conjugue extraordinairement bien avec le " grand voyage " qu'est la lecture de tous ses romans. Abrupte et brûlante, enivrante comme un vieil alcool, cette dimension s'appelle poésie.

    Bien qu'un de ses plus fascinants romans, Les Cinq Cents Millions de la Bégum, prophétise le premier satellite artificiel, et que le Nautilus préfigure, dix ans à l'avance, les sous-marins de l'ingénieur Laubeuf, Jules Verne n'est pas un scientifique. C'est moins la science que sa puissante poésie qu'il incarne dans de redoutables mythes en acier, pressentant les noces de l'homme et de la machine, voyant l'ossature métallique du XXè siècle prendre forme et se développer, déterminant la marche en avant du monde pour dix siècles d'histoire.

    Ainsi, on a pu écrire que " Jules Verne vibre et crée à l'intersection du présent et de l'avenir ".

    Jules Verne est né à Nantes, en 1828, dans une famille aisée. Installé à Paris pour y terminer ses études, il mène la vie d'un jeune étudiant sans le sou : il veut tout savoir, tout lire, tout connaitre. Il jeûnera trois jours pour s'acheter le théâtre de Shakespeare. En 1849, il fait la connaissance d'Alexandre Dumas. L'année suivante, il passe sa thèse de droit. Pour obéir à son père, il doit s'inscrire au barreau de Nantes et prendre sa charge d'avoué.

    Jules Verne ne l'entend pas de cette oreille. Il a trop fréquenté le milieu des écrivains et des poètes : c'est décidé, il sera écrivain. Dès 1852, il publie deux récits déjà marqués de sa patte de grand romancier d'aventures : Les Premiers Navires de la marine mexicaine et Un voyage en ballon. La même année, il se fait remarquer en publiant Martin Paz, un court roman historique qui se voit se déchirer, au Pérou, des Espagnols, des Indiens et des métis, tandis que se déroule une très belle intrigue sentimentale. Il semble que le monde dans lequel il coulera la plupart de ses quelques quatre-vingts romans est déjà creusé, avec ce balancement idéal entre les grandes vision historiques et géographiques, et l'expression des sentiments et des passions.

    Il n'a pas assez de nuit pour apaiser sa fringale de savoir. Les connaissances théoriques ne lui suffisant pas, il commence à voyager : Angleterre, Ecosse, Scandinavie. C'est en 1862 que tout va se décider : Il propose à Hetzel, le célèbre éditeur parisien, son nouveau roman Cinq Semaines en Ballon, et signe avec ce dernier un contrat pour vingt ans. Le succès du roman est complet, d'abord en France, puis à l'étranger : le livre est bientôt traduit dans toutes les langues européennes Désormais, les Romans de Jules Verne, qui passionnent  la fois les parents et les enfants, vont se succéder à un rythme rapide.

    Dans les Aventures du capitaine Hatteras, qui transporte le lecteur dans les froides étendues polaires, il écrit : " Je ne crois pas aux contrées inhabitables ; à force de sacrifices et avec les ressources de la science, l'homme finira par fertiliser même un tel pays. " Son nouveau héros, le minéralogiste Lidenbrok, s'enfonce dans les entrailles de la Terre et y découvre les espèces antédiluviennes et les végétations pétrifiées du monde préhistorique.

    Puis ce sont Les Enfants du capitaine Grant et Vingt mille Lieues sous les mers, roman hanté par la vision de ces profondeurs qui restent calmes, même quand la tempête se déchaîne. L'auteur compose son récit avec une sorte de jouissance frénétique : " Je suis en plein dans mon voyage sous les eaux et je m'y plonge avec un plaisir inouï. " L'édition illustrée du roman paraît pour les étrennes de l'année 1870.

    Le Temps publie Le Tour du monde en quatre-vingts jours et le tirage du journal se met soudain à grimper vertigineusement. Chaque jour, les correspondants des journaux américains câblent dans leur pays les péripéties d'une aventure que tout le monde s'accorde à trouver incroyable. Les plus grandes compagnies maritimes font à Jules Verne des ponts d'or afin qu'il consente à embarquer son héros sur un de leurs navires. Le succès atteindra son point culminant avec Michel Strogoff. Désormais, il est riche, immensément riche. Il va pouvoir voyager.

    A bord de son Yacht, le Saint Michel III, Jules Verne visite l'Espagne, le Maroc, l'Algérie, la Norvège, l'Irlande et l'Ecosse, dont les mines inspireront 
    Les Indes noires. Passant devant la rade de Kiel, il pressent, de ce don presque prophétique que personne n'a jamais vraiment pu expliquer, les futures machines de guerre, les canons à longue portée et les gaz mortels.

    Pour écrire Mathias Sandorf, il s'embarque pour le Portugal, visite l'Italie, où il est reçu par le pape Léon XIII. Quand il revient d'Italie, il a déjà écrit le plan complet de son livre, enrichi de tous les personnages pittoresques qu'il a rencontrés.

    Les adolescents qui furent enchantés par ses premiers romans et passèrent des nuits blanches pour connaitre plus rapidement la conclusion de ses aventures sont, en cette fin de XIXè siècle, devenus des hommes : certains vont transposer dans le réel ses plus géniales inventions. Les premiers aéronautes, les grands explorateurs des pôles, les constructeurs de sous-marins affirmeront tous que Jules Verne leur a donné l'idée de tenter l'impensable. L'Américain Simon Lake crée un Nautilus qui, lui aussi, explosera le fond des océans. Au même moment, la France commence à construire sa flotte sous-marine.

    Jules Verne avait raison d'écrire : " Tout ce qu'un homme est capable d'imaginer, d'autres seront capables de le réaliser. "

    Tandis que son dernier ouvrage, L'Invasion de la mer, paraît au tout début de 1905, en même temps que les premiers essais de vol aéroplane, une crise de diabète emporte l'écrivain. Quatre années avant sa mort, le cinéma avait commencé à s'occuper de ses romans : Les Enfants du capitaine Grant furent réalisés en 1901 par Fredinand Zecca, pour Charles Pathé ; puis, l'année suivante parut sur les écrans le fameux Voyage dans la Lune de Georges Mélies

    Dans ses lettres du Tonkin et de Madagascar, Lyautey rapporte une de ses conversations avec un fonctionnaire aux conceptions attardées.
    C'est sans doute le plus bel hommage qu'on puisse rendre à Jules Verne :
    " - Mais oui, mon bon monsieur, c'est du Jules Verne, parce que, depuis vingt ans, les peuples qui marchent ne font plus que du Jules Verne ! "


  • Commentaires

    1
    Denis thevenin
    Jeudi 11 Février 2016 à 14:29

    un exposé génial ,seul un être extraordinaire pouvais imaginer et écrire de tel romans ,

     

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