Sur le bateau prêté par son frère pour un après midi en mer, le publicitaire Robert Scott Carey traverse un nuage d'origine inconnue. Six mois plus tard, le malheureux constate avec stupeur que son corps s'amenuise. Nitrogène, calcium et phosphore l'abandonnent, tandis que ses molécules cellulaires subissent une inexplicable mutation. Réduit à des proportion dérisoire en moins de temps qu'il ne faut pour le pire, l’apprenti lilliputien bascule sans tarder dans un cauchemar minuscule. Et d'errer dans un environnement hostile où son char, une fuite d'eau et une araignée constituent de redoutables ennemis. Pour l'infortuné perdu entre géant et néant, survivre exige désormais de chercher l'infime.
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Le long métrage de Jack Arnold brave le temps qui passe avec panache. L'ingéniosité fiévreuse de sa mise en scène, prompte à exploiter le dépouillement et à dilater l'espace, y contribue. L'auguste prestance de décors soucieux d’accommoder gigantisme et suggestivité, comme en témoignent une portion de gâteau aux allure de roche granitique ou une épingle devenue épée, bâtit en outre une esthétique où le matérialisme transfiguré côtoie la poésie des ruines. Ajoutons que des éclairages élégants, ménagés avec une dextérité aiguë à l'approche du dénouement, composant une atmosphère crépusculaire, en parfait accord avec les vacillantes espérances du héros.
Dans les années 50, la peur atomique provoque une véritable psychose. Hollywood s'empare du sujet avec quelques réussites à la clé comme cet homme qui rétrécit réalisé par Jack Arnold qui a également réalisé
" L’Étrange créature du lac noir "
Ce qui fait la force de ce film de science fiction, c'est sa dimension philosophique clairement assumée lors du dénouement.
Cet homme, Scott Carey, est peu à peu dépouillé de son existence en tant qu'homme puis qu'être humain : sa taille, ses vêtements habituels, sa femme, sa maison. Il est bientôt réduit à l'état d'enfant, puis de petit animal, puis d'insecte.
Les effets spéciaux utilisés dans ce film étaient tout simplement spectaculaire à l'époque. Récupérer la nourriture d'un piège à souris, affronter un chat ou une araignée... En changeant d'échelle, le monde familier devient monstrueux.
La voix off nous fait partager les angoisses, la lucidité pathétique et, enfin, la sérénité philosophique de Carey, seul face à une tragédie sans espoir de retour.
L'araignée de la cave est certifiée 100% arachnide véritable, et ça se voit à sa manière de courir.
" Je voulais créer un climat qui vous laisserait imaginer ce que ce serait si vous deveniez à ce point minuscule, que les choses banales et courante de la vie quotidienne deviennent bizarres et menaçantes. Un chat que vous adorez devient un monstre hideux, une araignée devient terrifiante, je voulais que la public s'identifie à cet homme et ressente les mêmes choses que lui... " Jack Arnold
Scott réalise quelle est la place de l'Homme, alors que l'infiniment grand et l'infiniment petit se rejoignent dans un dernier plan où l'on peut observer les étoiles : à l'échelle de l'univers, la taille de l'homme n'a pas de sens ;
c'est simplement l'existence qui compte. Il ne disparaît pas, il se contente de découvrir de nouveau défis dans l'infiniment petit, et de peut-être devenir l'homme du futur.
Petite merveille du cinéma de science-fiction des années cinquante, L’homme qui rétrécit n’a rien perdu de son efficacité et reste probablement l’œuvre la plus remarquable sur ce thème indémodable de l’infiniment petit et du gigantisme. Jack Arnold met très habilement en scène les jeux sur le changement de taille des décors, en relation avec le rétrécissement physique du héros. Alors que la production exigeait un happy-end, le cinéaste réussit à imposer sa conception de l’histoire et une fin (différente de celle imaginée par Matheson) qui s’ouvre sur une vertigineuse réflexion métaphysique.
Un pur chef-d'œuvre