• Un cercueil dans le magasin

    Un cercueil dans le magasin

     

    Eugène Manceau était bourrelier dans un petit village de Bretagne. C'était un homme jovial, aimé de tous, qui vendait avec le sourire. Sa femme Léonie était douce, pieuse et complètement dénuée d'imagination. Elle vivait calmement et les seules questions qu'elle se posait dans la vie concernaient son quotidien. Il devait lui arriver, pourtant, une bien étrange aventure.

    Le soir du 11 novembre 1923, Eugène Manceau, qui a fait la guerre dans l'artillerie, met son plus beau costume, sa belle casquette et s'en va, comme chaque année, participer au banquet des anciens combattants.
    Avant de partir, il dit à sa femme :

    - Couche toi ! Surtout ne m'attend pas, je ne serai certainement pas rentré avant deux heures du matin.

    Ce qu'elle fait après avoir souper et lu le journal.

    Vers une heure du matin, un grand bruit la réveille en sursaut. Cela provient de la boutique qui se trouve située juste au-dessous de la chambre. Léonie entend tomber des objets, tinter des grelots, remuer des meubles. Effrayée par le vacarme, elle pense ensuite que son mari, un peu éméché, s'amuse avec quelques amis. Mais le bruit ne semble pas vouloir cesser. Au contraire, il s’amplifie. Léonie à l'impression que l'on vide littéralement la boutique. Elle entend distinctement des objets traîner sur le sol, des anneaux de bride s'entrechoquer, des colliers tomber avec fracas.

    Et tout à coup, quelque chose la frappe : au milieu de tout ce tapage, elle ne perçoit aucun bruit de voix. Pourquoi son mari et ses amis font-ils ce charivari sans dire un mot ? Sans doute, pense-t-elle, sont-ils ivres au point de ne plus pouvoir parler...

    Un cercueil dans le magasin

    Intriguée, elle enfile son peignoir et descend. Ce qu'elle voit la stupéfie : la boutique est vide. Il n'y a plus rien. Plus un harnais, plus une attelle, plus une courroie. Tout a été décroché.

    " Qu'on-ils pu faire, ces imbéciles ? se demande t-elle

    Elle ouvre la porte et, prudemment, croyant à une farce, elle regarde dans la rue. Il n'y a personne, le village est calme, endormi, silencieux.

    Elle ne comprend pas. Où est Eugène ? Où sont ses amis ? Pourquoi ont-ils vidé la boutique ? Comme ce n'est pas dans ses habitudes de s’inquiéter outre mesure, elle remonte se coucher. 

    Elle est à peine au lit que de nouveaux bruits se font entendre dans la boutique. Cette fois, il est très net que quelqu'un marche, déplace des objets, traîne des chaises. Léonie se relève, remet son peignoir et redescend.

    Quand elle est en bas de l'escalier, elle pousse un cri. Au milieu de la boutique, il y a maintenant, sur deux tréteaux, un cercueil recouvert d'un drap mortuaire et entouré de cierges. 

    Léonie pense aussitôt à une plaisanterie de mauvais goût et furieuse monte se recoucher. Quelques minutes plus tard, elle commence à s'assoupir quand la lumière électrique s'allume. Elle se retourne et voit Eugène qui se déshabille.

    - Alors, dit-elle, on a cuvé son vin... ça va mieux ? Laisse moi quand même te dire que vos blagues ne sont pas drôles.

    - Qu'est-ce qui va mieux ? Quelles blagues ?

    - Ecoute Eugène... vider le magasin pour y mettre un cercueil et des cierges, si tu crois que c'est fin ?

    - Quel cercueil ?

    - Cesse de jouer Eugène... de celui qui est en bas, pardis !

    - Mais il n'y a aucun cercueil dans la boutique !

    - Mon pauvre Eugène, tu es encore plus soul que je ne pensais...

    Puis elle enfile son peignoir et entraîne son mari dans l'escalier. Mais elle s'arrête stupéfaite. Dans la boutique qui a reprit son aspect habituel, il n'y a plus ni cercueil, ni cierges, ni drap mortuaire...

    - Vous avez tout retiré ? Mais comment avez vous eu le temps de raccrocher tous les objets ?

    - Quels objets ? Enfin Léonie, tu vois bien que personne n'a touché à ces objets... tu as rêvé !

    Léonie regarde son mari. Il est un peu congestionné par le bon repas qu'il a fait, mais il n'a pas du tout l'air d'un homme qui a trop bu. Alors, tremblante, elle raconte à Eugène ce qu'elle à entendu et ce qu'elle a vu. 

    - Tu as rêvé, ma pauvre Léonie ! Ils remontent dans leur chambre où ils ne tardent pas à s'endormir.

    Or, un mois plus tard, exactement, Eugène Monceau mourait subitement d'une crise cardiaque. Le jour de l'enterrement, tandis que les employés des pompes funèbres s'affairaient, Léonie, effondrée, pleurait dans sa chambre. Soudain, des bruits lui parvinrent, venant du rez-de-chaussée, tintement de grelot, cliquetis d'objets que l'on décrochait, crissement de meubles. Tout ce qu'elle avait entendu un mois auparavant.

    Alors, elle descendit. Et dans la boutique vide comme elle l'avait vue, il y avait sur deux tréteaux, le cercueil recueil recouvert d'un drap mortuaire entouré de cierge...

     

     

     


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