• « La troisième nuit vit disparaître les dernières communications électriques : les piles donnaient des courants dérisoires, l'induction dynamique semblait abolie, aucun appareil ne produisait plus d'ondes hertziennes. Au matin, les hommes se trouvèrent privés de ce système nerveux qui les unissait innombrablement à travers la planète. Le soir, ils s'avérèrent inférieurs aux peuples des vieux âges : la vapeur les abandonnait à son tour. Les alcools, les pétroles et plus encore le bois ou le charbon étaient devenus inertes. Pour produire un peu de feu, il fallait recourir à des produits rares, qui, on en avait la certitude, ne tarderaient pas à sombrer dans la mort chimique. »

    **********

    Un roman de science-fiction catastrophe rare dans lequel la science, le thriller et la réflexion font bon ménage.

    Deux scientifiques s'aperçoivent que le spectres lumineux se modifie, tandis que des troubles d'une grande violence éclatent un peu partout dans le monde. les deux phénomènes sont-ils liés ? On va intéresser à cette modification du spectre et à ses effets. Pourquoi cette modification et cette violence ? Les héros de cette histoire nous donnent plusieurs hypothèses mais Rosny ainé s'attarde sur les conséquence de cette modification du spectres et de la montée de l'agressivité sur l'humanité et notre monde dans une analyse jouissive.

    Un roman bien moderne quoique publié en 1913. J. H. Rosny ainé fut le premier et le plus grand auteur de science-fiction en France et " La force mystérieuse " restera un oeuvre majeure.

    J. H. Rosny ainé - La force mystérieuse

    Notons au passage une similitude entre deux textes fort connu des amateurs :
    " La force mystérieuse " de J. H. Rosny Ainé et " Le ciel empoisonné " de Sir Arthur Conan Doyle. Les deux romans datent tout deux de 1913. Toutefois celui de Rosny Ainé étant antérieur, on peut aisément se poser quelques questions quant aux fortes ressemblance qui existent entre les deux romans.

    Voici l'avertissement de Rosny Ainé en préface de " La Force mystérieuse "

    Le 11 mars 1913, un ami américain m’adressait le billet suivant :

    « Avez-vous cédé à un écrivain anglais – et des plus célèbres – le droit de refaire votre roman qui paraît actuellement dans Je sais tout ; lui avez-vous donné le droit de prendre la thèse et les détails, comme le trouble des lignes du spectre, l’excitation des populations, les discussions sur une anomalie possible de l’éther, l’empoisonnement de l’humanité – tout ?

    « Le célèbre écrivain anglais publie cela en ce moment sans vous nommer, sans aucune  référence à Rosny Aîné, en plaçant la scène en Angleterre. »

    À la suite de cette lettre, je parcourus le numéro du Strand Magazine, où mon confrère britannique, M. Conan Doyle, commençait la publication d’un roman intitulé : The Poison Belt. Effectivement, il y avait entre le thème de son récit et le thème du mien des coïncidences fâcheuses, entre autres le trouble de la lumière, les phases d’exaltation et de dépression des hommes, etc. – coïncidences qui apparaîtront clairement à tout lecteur des deux œuvres.

    J’avoue que je ne pus, vu l’extrême particularité de la thèse, refréner quelques soupçons, d’autant plus que, en Angleterre, il arrive assez fréquemment que des écrivains achètent une idée, qu’ils exploitent ensuite à leur guise : quelqu’un avait pu proposer mon sujet à M. Conan Doyle. Certes, une coïncidence est toujours possible et, pour  mon compte, je suis enclin à une large confiance. Ainsi, j’ai toujours été persuadé que Wells n’avait pas lu mes Xipéhuz, ma Légende sceptique, mon Cataclysme, qui parurent bien avant ses beaux récits. C’est qu’il y a dans Wells je ne sais quel sceau personnel, qui manque à M. Conan Doyle. N’importe, mon but n’est pas de réclamer. Je tiens pour possible une rencontre d’idées entre M. Conan Doyle et moi ; mais comme je sais, par une expérience déjà longue, qu’on est souvent accusé de suivre ceux qui vous suivent, j’estime utile de prendre date et de faire remarquer que Je saistout avait fait paraître les deux premières parties de La Force mystérieuse quand The Poison Belt commença à paraître dans le Strand Magazine.

     

    Et si vous vous fassiez votre propre idée en lisant ces deux romans ?

     


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  • " Le 27 novembre dernier, une vieille femme appelée madame Guérin, âgée de 70 ans et demeurant rue des Fossés-du-Temple, 34, au quatrième, était malade d'une maladie qui paraissait peu grave, et que le médecin avait qualifiée d'indigestion . Il était cinq heure du matin. Sa fille, veuve, nommée madame Guérard, qui logeait avec elle, s'était levée de bonne heure, avait allumée sa lampe, et travaillait, assise au coin du feu, près du lit de sa mère : - Tiens, dit-elle, madame Lanne doit être revenue de la campagne. Il faudra, ajouta madame Guérard, que j'aille la voir aujourd'hui. - C'est inutile dit la mère. - Pourquoi donc ? - C'est qu'elle est morte il y a une heure ! - Bah ! ma mère, que dites-vous là ? Rêvez-vous ? - Non, je suis bien éveillée, je n'ai pas dormi de la nuit, et comme quatre heure du matin sonnaient, j'ai vu madame Lanne qui m'a dit : " Je m'en vais ; venez-vous ? "

    " La fille crut que sa mère avait fait un mauvais rêve.

    Le jour vint, elle alla voir madame Lanne. Cette femme était morte dans la nuit, à quatre heures du matin. Le même soir, madame Guérin fut prise d'un vomissement de sang. Le médecin appelé dit : " Elle ne passera pas vingt-quatre heure. " En effet, le lendemain à midi, un second vomissement de sang la prit, et elle mourut.

    J'ai connu madame Guérin et je tiens le fait de madame Guérard, femme pieuse et honnête, qui n'a menti de sa vie. "

     

    **********

    Flammarion cite un récit confié par la baronne de Boislève dont le fils, lieutenant de chasseur à cheval parti en expédition au Mexique, n'avait pas donné de nouvelle depuis quelques temps. 
    Le 17 mars 1863, alors qu'elle recevait quelques notables à diner dans son appartement de la rue Pasquier, à  Paris, elle passa un instant au salon pour préparer le café. Ce qu'elle y vit lui arracha un cri et la fit tombée évanouie. Ses convives se précipitèrent aussitôt pour lui porter secours.

    " Ranimée, elle leur raconta une histoire extraordinaire. En franchissant la porte du salon, son fils Honoré debout, en uniforme, mais sans arme et sans képi. Le visage de l'officier était d'une pâleur spectrale, et, de son œil gauche changé en un trou hideux, un filet de sang coulait sur sa joue et sur les broderies de son collet. Telle avait été l'épouvante de la pauvre femme qu'elle avait pensé mourir. On s'empressa de la rassurer en lui représentant qu'elle avait été le jouet d'une hallucination, qu'elle avait rêvée toute éveillée, mais comme elle se sentait inexprimablement faible, on appela d'urgence le médecin de la famille qui était l'illustre Nélaton...

    " Au bout d'un semaine, elle fut officiellement avertie que le 17 mars 1863, à deux heures et cinquante minutes de l'après-midi, l'assaut de Puebla, Honoré de Boislève avait été tué d'une balle mexicaine qui l'avait atteint à l'oeil gauche et lui avait traversé la tête. La différence des méridiens étant compensée, l'heure de sa mort correspondait exactement avec l'instant de son apparition dans le salon de la rue Pasquier. "


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    Écrit dans la plus pure tradition des « romans de mondes perdus », l'auteur de La Guerre du feu invite le lecteur à explorer une terre vierge en Afrique en compagnie de Hareton Ironcastle. Hareton est intrigué par le contenu d'une lettre qu'il reçoit de son ami Samuel Darney qui affirme avoir découvert une terre unique où les plantes et les animaux n'ont rien à voir avec ce que l'on connait. En compagnie de sa fille et de quelques personnes, Ironcastle part en expédition pour rejoindre son ami, mais jamais il n'aurait pensé que ce voyage lui réserverait autant de surprises aussi merveilleuses qu'angoissantes, voire particulièrement dangereuses...

     

    **********

    L'expédition que conduit Haréton Ironcastle s'enfonce avec précaution dans un territoire semblant tout droit surgi des rêves les plus fantasmagoriques. Et pourtant, il s'agit bien d'une terre inexplorée, peuplée de créatures étranges qui n'ont que peu de rapport avec l'espèce humaine. Cet autre monde, inquiétant et fantastique, serait-il issus d'un rameau divergent de l'évolution ?

    Présenté comme un roman d'aventure, l'Etonnant voyage de Harenton Ironcastle est le seul ouvrage qui opère une synthèse de tous les genres abordés par Rosny, des thèmes essentiels qui constituent son univers littéraire car il ressortit à la fois de la science-fiction, au récit préhistorique et, d'une certaine manière, au roman de mœurs. Ainsi pour la première fois, Rosny met en scène ensemble et sur le même plan, des hommes civilisés originaire d'Europe et d'Amérique du Nord, des créatures primitives et des êtres dont les structure biologiques n'ont que de très lointains rapports avec l'espèce humaine telle que nous la connaissons. 

    Avec Rosny Aîné il faut accepter l'idée d'hommes bleus, ou à la tête triangulaire, ou carrée, mais qu'importe, puisqu'il nous balade dans des paysages - imaginaires bien sûr - superbement décrits et qu'on se laisse porter par son verbe et son imagination.

    Un chef-d'oeuvre unique dans la littérature mi-fantasy, mi-fantastique et mi-science-fiction dont l'unique caractère flamboyant garde, soixante ans après sa publication, une saveur inimitable.

     


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    Une date : 734. Un homme : Charles Martel. peut-être une légende, surtout une mémoire. 

    Les arabes venaient de se heurter à la résistance européenne. Ils reculaient  à tout jamais et s’effaçaient de nos mémoires. Quelques années plus tard, en 800, Charlemagne se faisait couronner empereur du Saint Empire romain germanique. L'empire auquel il venait de donner le jour allait permettre le développement d'une forme originale de civilisation. Dès lors, le monde ne serait plus tout à fait le même.

    Cette histoire, qui d'entre noue ne la connaît ? Elle pêche pourtant par une étrange lacune : en effet, ce triomphe incontestable de l'Occident ne noue est imputable qu'en partie. Sans le puissant Empire Khazar, dont le territoire immense s'étendait à l'extrémité orientale de l'Europe, pendant la période qui va du VIIè au Xè siècle, l'Europe aurait dû subir les assauts répétés des Arabes, à la fois par le Sud et par l'Est. Y aurions-nous résisté ? Tous les historiens s'accordent pour en douter.

     

    Quel était cet Empire Khazar ? Une puissante civilisation qui opta tout d'un coup pour la religion juive en devenant la treizième tribu. Sa disparition subite demeure un mystère.

    Son importance ne peut nullement être mise en doute. Le Livre des cérémonies tenu par l'empereur historien de Byzance, Constantin VII Porphyrogénète, suffit pour s'en convaincre. Il y mentionnent qu'à sa Cour, le protocole voulait que toute lettre adressée au pape de Rome ou à l'empereur d'Occident portât un sceau de deux sous d'or, et celle adressée au roi des Khazars en portât un de trois sous d'or. Cette distinction de hiérarchie et de déférence s'explique plus facilement par l'implantation stratégique de l'empire, entre la Caspienne et la mer Noire : toute tentative de pénétration de l'Europe devait emprunter ce chemin.

    On suppose que les Khazars étaient une ethnie turque nomade qui vivait de la guerre. C'est ainsi, très certainement, qu'ils fondèrent cet empire guerrier constitué par une trentaine de tribus soumises qui leur payaient la taxe. L'empereur de Constantinople savait tout cela et faisait tout pour être agréable au " khan ", le chef des Khazars, pour qu'il contienne loin de l'Occident les Bulgares, les Magyars, les Petchenègues et autre "barbare" russes. 

         L'historien Dunlop résume parfaitement la situation : " Les guerres des Arabes et des Khazars, qui durèrent plus de cent ans, si méconnues qu'elles soient, ont ainsi une importance historique considérable. Dans la campagne de Tours, les Francs de Charles Martel mirent un terme à l'invasion arabe. Vers la même époque, les menaces qui pesaient sur l'Europe de l'Est n'étaient guère moins graves... Les musulmans victorieux furent arrêtés et contenus par les armées du royaume Khazars.

    " Il est peu douteux que, s'il n'y avait eu les Khazars dans la région du nord du Caucase, Byzance, rempart de la civilisation européenne à l'Orient, se serait trouvé débordée par les Arabes. Il est probable que l'histoire de la chrétienté et de l'islam aurait été, ensuite, bien différente de ce que nous en savons. "

    Cette domination Khazars ne fut effective qu'après un raid mené contre Arabes,  qui  mit les Khazars, à mi-chemin de Damas. La capitale du califat se serait effondrée si un dernier sursaut arabe n'avait inversé le cours des événements. Ce sursaut fut tel que l'on cru un moment, les Khazars perdus. Finalement, ils triomphèrent à Ardabil. Toute l'Europe avait tremblé : ce n'est pas un hasard si Constantin V épousa une princesse Khazars et en eut un fils qui régna sur l'empire d'Orient sous le nom de Léon V le Khazar. Tous les autres royaumes firent de même, et envoyèrent de très nombreuses embrassades pour assurer les Khazars de leur soutien. Les jeux diplomatiques auraient été " normaux " - alliances au gré des victoires et ruptures au gré des défaites - si en 740, cet empire n'avait décidé de se convertir au judaïsme.

     

     


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  • Arnould Galopin

    1. Arnould Galopin - Bio
    2. Le Bacille

     


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