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    Les biologistes s'interrogent sur le comportement altruiste de certains animaux. Doit-on y voir une simple programmation génétique destinée à assurer la survie de l'espèce ou doit-on l'interpréter différemment ?

    Tous le monde à Édimbourg connait la statue de Greyfriars Bobby, qui s'élève au centre de la ville. Pendant quatorze ans, ce petit skye-terrier monta la garde chaque nuit près de la tombe de son maître. Menaces ou suppliques, rien n'ébranla jamais son émouvante constance. Devant tant de loyauté, les habitants d’Édimbourg n'hésitèrent pas à lui dédier une statue.

    L'histoire de Greyfriars Bobby n'est pas unique en son genre. D'autres chiens " héroïques " sont restés
    célèbres : Dox, le berger allemand qui, en Italie, défendit son maître contre des bandits ; Beddgelert, au pays de Galles, qui sauva un bébé attaqué par les loups, et tant d'autres immortalisés dans des romans. Mais les chiens ne sont pas les seuls animaux " héroïques ". Les chevaux, les lions, les loups et surtout les dauphins se sont aussi révélés à l'occasion des amis de l'homme. On connaît le cas de Pelorus Jack, le dauphins qui, en Nouvelles-Zélande, guidait les navires à travers un détroit particulièrement dangereux.

    De tels comportement " altruistes " ne peuvent manquer de surprendre lorsqu'on connait la dure loi de la nature. Pas de sentimentalisme dans le monde animal. Le chat joue avec la souris avant de la tuer et les renards étranglent les poules qu'ils n'ont aucune intention de manger. Pas de code moral non plus, et le cannibalisme, est fréquent : les chenilles de certains papillons ne peuvent se rencontrer sans que l'une dévore l'autre ; les araignées et les mantes religieuses mangent leur partenaire pendant la copulation.

    C'est en observant cette lutte continuelle que Charles Darwin élabora sa théorie de la sélection naturelle : seuls les plus forts survivent et s'adaptent. La nature toute entière est régie par cette loi implacable. D'où le mystère : comment expliquer que certains animaux se sacrifient pour sauver d'autres animaux ?N'est-ce pas plutôt une erreur d'interprétation de notre part, ce que nous prenons pour de l'altruisme obéissant en fait à des mobiles cachés ?

    Ce débat biologique est aussi d'un intérêt philosophique fondamental. Si on arrive à prouver que les animaux peuvent être bons, on prouve du même coup que le sens du bien est inscrit dans la nature même de l'homme, et qu'il n'est pas un simple fait de culture.

      En premier lieu, nous devons nous demander si l'idée même de la bonté animal n'est pas une simple vision anthropomorphique. Prenons l'exemple des chenilles cannibales dont nous parlions. Lorsqu'elles tombent des feuilles de thym sauvage sur lesquelles elles vivent, elles se retrouvent à terre sans défense et deviennent la proie de n'importe quel prédateur. Heureusement, les fourmis d'une espèce déterminée surviennent souvent à ce moment-là et les sauvent d'une mort certaine en les transportant dans leur nid. Cas de comportement altruiste, jugera-t-on, surtout lorsque l'on sait qu'une fois dans la fourmilière la chenille s'empresse de dévorer les larves des fourmis. La réalité est plus complexe.. La fourmi n'agit pas par " bonté ", mais... par
    gourmandise ! Pour se délecter du lait produit par certaines glandes placées sous l'abdomen de la chenille, les fourmis consentent à tout, même au massacre de leurs petits.

    On pourrait citer de nombreux exemples similaire. Il faut se rendre à l'évidence : l'altruisme n'esxiste pas dans les relations d'espèce à espèce.

    Cependant, il est tout autrement des relations entre membres d'une même espèce. Les loutres femelles, par exemple, défendent farouchement leurs petits au mépris de leur propre sécurité. Comportement très fréquent dans le monde animal. Chez les oiseaux, tout particulièrement, où les petits sont soumis à tant de dangers. Enfin des cas de dévouement véritable ? Non, répondront les biologistes. Ce que nous interprétons comme le sacrifice d'amour d'une mère pour ses petits n'est que l'application d'une loi essentielle du monde animal : celle de la survie de l'espèce. C'est le rôle fondamental de la mère, l'instinct auquel elle obéit en procréant, mais aussi en défendant ses petits pour assurer à tout pris leur survie.

    Si on pense, comme Charles Darwin, qu' " aucun instinct n'a été créé pour le bien d'autres animaux ", que penser des femelles qui prennent soin d'autres petits que les leurs ? Par un phénomène encore mal expliqué, on a remarqué que, dans un groupe de renards, une seule femelle à la fois donne naissance à des petits. Ses compagnes, stériles, l'aident à les élever et à trouver la nourriture nécessaire. Le même phénomène se produit chez les chacals. Et, bien sûr, on connaît l'exemple extrême des abeilles et des fourmis chez lesquelles les fonctions sont totalement différenciées. Est-ce un hasard si, dans leur ovopositeur, les abeilles stériles portent un poison qui constitue une arme très efficace . Arme fatale pour l'abeille, qui meurt déchirée par le dard.

    Comment cette technique " kamikaze ", véritablement altruiste, a-t-elle pu, se développer dans ce monde impitoyable ?

    Il y a, à ce sujet, deux écoles de pensée. la première théorie, élaborée par V.C. Wynne Edwards, de l'université d'Abberdeen, et popularisée par le journaliste Robert Ardrey, affirme que l'individu est moins important que le groupe et que, par conséquent, c'est l’intérêt du groupe ou de l'espèce qui détermine le cours de l'évolution. Ce qui expliquerait que, parmi les renardes, celle qui sont stériles aident leurs compagnes fertiles à élever leurs petits et que, chez les abeilles, les ouvrière se chargent de la défense de la ruche.

    Toutefois, la réalité est plus complexe. Le bien de la communauté semble une notion bien étrangère au monde  , animal. Plus important encore, la sélection naturelle n'agit que sur l'individu et sur les gènes dont il est dépositaire, non sur le groupe. Comme beaucoup d'autres caractéristiques, le dard est transmis par les gènes et, bien qu'ils représente un avantage certain pour le groupe, il se perd quand l'individu disparaît. Comment se transmettent les caractéristiques qui intéressent le groupe ? Le professeur Wynne Edwards n'a aucune réponse satisfaisante à apporter à ce sujet. Le mécanisme de l'altruisme reste pour lui aussi un mystère.

    La seconde école de pensée se rapproche du darwinisme classique, avec toutefois, une différence fondamentale. D'après certains penseurs de cette école, la sélection naturelle n'agit pas sur les individus, mais sur les gènes.
    Selon Richard Dawkins, auteur du Gène égoïste, nos corps ne sont que des enveloppes nécessaires à la survie de notre code génétique. Ce n'est pas l'individu qui cherche à laisser autant de gènes que possible, mais chaque gène qui cherche à se reproduire au maximum.

    Cette théorie peut s'appliquer au cas des renardes stériles. Leur intense désir de procréation expliquerait leur comportement " désintéressé ". D'autre part, appartenant au même groupe, elles ont certainement des gènes en commun avec la mère et les renardeaux.

     Proportion qui peut être calculée : dans des circonstances normales, les neveux et les nièces partageront 25 % des gènes d'un individu donné, ses enfants 50 %. Ce qui signifie statistiquement que si cet individu, par ses actions, assure la survie, ou, mieux encore, double le nombre de ses neveux et nièces, il aura transmis autant, sinon plus, de gènes que s'il avait eu des enfants. Le même but est atteint d'une façon différente.

     

     

     

     

     

     


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    Le XXIIIe siècle...Imaginez 25 hommes et 25 femmes embarqués à bord du plus extraordinaire des vaisseaux spatiaux, le Leonora Christina, une nef capable de puiser son énergie au cœur même de l'espace et de se déplacer aux frontières de la vitesse de la lumière. Sa destination : une étoile située à environ 30 années-lumière de la Terre. 

    Si, du point de vue terrestre, le voyage durera 33 ans, du fait de la dilatation temporelle liée aux vitesses relativistes atteintes, pour les membres d'équipage, le périple ne prendra que 5 années. Oui. Sauf que lors de la première partie du voyage, le système de décélération du vaisseau est gravement endommagé par un nuage de poussières interstellaires. Incapable de décélérer, le Leonora Christina se trouve condamné à une fuite en avant terrifiante, une plongée vers l'inexorable, la vitesse de la lumière, le Tau Zéro. Dès lors, ce ne sont plus les secondes qui s'écoulent en un clin d’œil, mais les siècles, les millénaires, les éons, bientôt, alors que le vaisseau traverse les galaxies et s'enfonce toujours plus avant, au cœur de l'univers...

    Au-delà du temps et de l'espace, est-il encore seulement possible d'envisager le moindre retour ? 

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    Tau Zéro est un roman majeur du paysage de la science-fiction. Il est considéré par David Pringle comme l'un des cent livres de SF les plus importants jamais écrits et par James Blish comme un récit de science-fiction " ultime ". Tau Zéro est une référence incontestée de la hard SF moderne.

    Poul Anderson met magnifiquement en scène de nombreuses théories scientifiques et faits avérés.
    Théorie de la relativité, effet Doppler, facteur de Lorentz, Big Crush, Collecteur Bussard... les grandes idées de l'époque et d'autres plus anciennes y sont développées avec efficacité.

    On a une terrible envie de savoir ce qu'il va arriver à tous ces passagers et comment leur voyage en accélération constante va bien pouvoir se solder. Le reste devient accessoire tant le côté scientifique du récit est prépondérant et surtout bien mené.

    Poul Anderson est parti d'une trame classique : le vaisseau lancé dans l'espace, sans contrôle, porteur des derniers survivants de l'espèce humaine. On pense bien entendu à Croisière sans escale de Brian Aldiss. Son originalité tient de la volonté d'être plausible, tant dans la peinture du groupe et de ses réactions qu'au niveau de la crédibilité scientifique des hypothèses qui sont à la base de ce roman.

    Tau Zéro n'a été publié en France que quarante ans après sa sortie américaine. Un oubli incompréhensible heureusement comblée et orchestrée par Jean-Daniel Brèque, l'un des plus grand spécialiste français de Poul Anderson qui nous livre ici une traduction impeccable et illustrée par une postface limpide de l'astrophysicien Roland Lehoucp qui vient nous éclairer sur certains point scientifiques mis en scène par Poul Anderson  

    Ce livre est une ode au voyage et à la beauté de la science. 

     


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  • Poul Anderson nous emmène au Danemark, à l'époque du Haut Moyen-Âge et s'il s'inspire de l'histoire, des écrits et des mythes il se permet quelques largesses qu'il aborde en avant-propos. Une saga particulièrement haletante autour du plus grand prince Danois, Hrolf Kraki . Tenez fermement votre bouclier et raffermissez votre esprit, apprêtez-vous à recevoir de plein fouet une époque sauvage au pas de charge !

    Il est l'héritier des ténèbres.
    Son père est mort dans un odieux complot. Son grand-père a péri de la main même de son propre frère...
    Il est le fils du pouvoir. Dans ses veines coule le sang des Skjodumg, souverains d'un Danemark impitoyable et sauvage. Il est Hrolf Kraki, le plus grand prince danois du Haut Moyen Âge, né d'un amour incestueux, en guerre pour accéder au trône. Voici le récit d'une époque où régnait la magie des runes, où les êtres surnaturels marchaient aux côtés des hommes, où l'Histoire s'appelait Destinée et avait pour couleur celle du sang versé.

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    Poul Anderson - La saga de Hrolf Kraki

    Poul Anderson s'est donné pour objectif de nous conter la saga de Hrolf, roi légendaire du Danemark au VIème siècle et de retranscrire cette saga typiquement nordique en un roman capable de " concilier le plaisir de lecture et la fidélité aux modèles originaux ". Pour le plaisir, il prend quelques libertés en confiant la narration à une femme scandinave du Xème siècle, afin d'adoucir le style habituellement laconique des saga, d'y ajouter plus de sensibilité voire quelques anachronismes et surtout d'y introduire l'élément surnaturel dont les mythes se parent au cours des siècles.

    La saga de Hrolf Kraki ne doit rien en effet à Tolkien, pas plus qu'à Howard. Hrolf est un simple roi, puissant certes, mais rien d'un surhomme quasi invincible qu'est Conan. Sa place dans la saga est d'ailleurs assez mineurs : il ne naît qu'à la page 102 et même ensuite, les exploits de ses compagnons ou d'autres protagonistes surpassent souvent les siens.

    Voici un roman qui nous donne une pure jouissance de lecture, rendue disponible par une traduction remarquable qui parvient à préserver le rythme des chants, mais aussi la modernité du style Anderson.

    Poul Anderson - La saga de Hrolf Kraki

    Poul Anderson a ce talent d'émerveiller avec un soupçon de fantasy et de charmer les curieux des légendes scandinaves.Sa version de la saga de Hrolf Kraki, des plus convaincantes, est une ravissante découverte pour ceux dont les contrées des Pays du Nord sont inconnues ou qui d'ordinaire aime à vivre les légendes des contrées de Grande-Bretagne.

    La magie, les sorcières et les dieux sont omniprésents, imprégnant l’ambiance de vie de ces être d'un passé révolu mais qu'on touche ici du doigts avec une force impressionnante grâce à un auteur de grand talent.

    Pour Anderson nous offre une saga pleine de poésie ou les mots chantent à nos oreilles. Nul besoin d'aimer la fantasy pour apprécier ce livre qu'il faut (re)découvrir de toute urgence pour tous les amateurs du genre et ceux qui hésitent à franchir le pas. N'ayez pas peur. Ouvrez ce livre, lisez-e les premières pages et vous ne le lâcherez plus. 


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  • La Terre se meurt sous la menace du Soleil sur le point d'exploser. À sa surface s'étend une immense jungle peuplée de végétaux qui se sont peu à peu adaptés à cet environnement hostile. Les derniers descendants de l'espèce humaine tentent tant bien que mal d'échapper aux nombreux périls qui les entourent. Gren, un enfant-homme séparé de son clan, part à l'aventure et, en affrontant diverses espèces végétales, le plus souvent mortelles, découvrira certains des secrets de ce nouveau monde, intégralement vert...

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    Il est rare de voir un auteur de science fiction doué d'autant d'imagination. Il y a dans la science-fiction des années 1960 un esprit bien plus imaginatif, bien moins pollué par le cinéma qu'à notre époque. Il a créé un monde dans lequel on n'aurait certes pas envie de vivre, un enfer végétal où la flore est toute puissante, cruelle, intelligente et... affamée. Un monde riche, rempli de créatures époustouflantes qui défient l'imagination.

    L'imagination de Brian Aldiss n'a semble-t-il aucune limite. Son monde est étonnant, et pourtant crédible. Tous les êtres rencontrés sont plus époustouflants et étonnants les uns que les autres. Certains sont sympathiques, gentils, d'autres beaucoup moins. Au fil des pages, certaines évolutions sont expliquées, et paraissent tout à fait plausibles. 

    De deux choses l'une : ou bien ce texte émerveille les lecteurs par cet univers fascinant, extraordinaire et curieux ou il bien il l'ennuie par des termes et un vocabulaire tout à fait improbable. Dans ce cas le livre sera bientôt fermé. Ce roman tourne autour d'une quête personnelle ; celle du savoir et du passage à l'âge adulte. Le clan de Gren va se disloquer, et il va se retrouver seul. Il va rencontrer d'autres humains, et d'autres êtres vivant, qui vont l'aider à trouver enfin un endroit pour vivre heureux. De multiples aventures vont émailler leur recherche de l'endroit idéal, dans ce monde hostile, luxuriant, violent, étonnant.

     


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    Roy Complain est un chasseur de la tribu des Greene, bénéficiant du fait de sa profession d'un statut privilégié. En tant que tel, il dispose d'une épouse et d'une cabine individuel et fait partie des seuls membres à se confronter régulièrement à la jungle qui occupe les parties du Vaisseau non occupées. 
    Il apparaît ainsi rapidement que les membres de la tribu sont les occupants d'un vaisseau générationnel, ancien équipage ayant décliné et perdu au fil des générations toute connaissance technologique ainsi que la nature de leur environnement. Les religions ont disparues remplacées par un amalgame de concepts psychologiques dévoyés.

    Tout bascule pour Roy quand sa femme est enlevée par des membres d'une autre tribu.

     

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    Ce texte soigné est paru en 1956 et non seulement il n'a pas pris une ride, mais encore, c'est tout simplement un classique du genre. Ce livre de 40 ans mérite de figurer parmi les classiques de la SF. Aldiss a brillamment exploité une idée très présente dans la SF des années 40 à 60 - celle du vaisseau stellaire lancé dans un voyage long de plusieurs générations, et dont les occupants perdent et le souvenir de leur mission et les connaissances nécessaires à maîtriser leur environnement.

    Une réflexion sur le passé, sur la mémoire d'une communauté qui a tout oublié de son histoire  et s'est recréée un ensemble de rites et une mythologie pour pouvoir simplement donner un but et une raison à son existence.

     

    Le savoir s'est perdu, il s'est envolé et les descendants de l'équipage en sont au point ou les habitants de ce vaisseaux monde ne savent plus que leur univers est un vaisseau spatial. Pour eux, les coursives et les différents niveaux de ce vaisseau, sont devenus des jungles ou bien des corridors dangereux, un véritable milieu naturel. 

    Là ou certains écrivains de science-fiction mettent un point d'honneur à ne pas réponde à toutes les interrogations du lecteur (peut-être n'ont-ils pas la réponse eux-même), Brian Aldiss répond à toutes les questions importantes que pose l'histoire.

    Un classique incontestable de la science-fiction qui nous révèle petit à petit un mystère terrible. Le lecteur découvre en même temps que Complain le pourquoi de ce monde, ce qu'il est réellement, ce qui se cache derrière les apparences.  

     


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