• Quel jour Jésus-Christ est-il né ?

    Quel jour Jésus-Christ est-il né ?

     

    La date de naissance du Christ est fixée au 25 décembre Il n'en a pourtant pas toujours été ainsi - et les Evangiles ont toujours été fort discrets la dessus. Il semble même que la date la plus ancienne ait été celle du solstice d'été. mais cela la rend-il plus "historique" qu'une autre ?

    Les Évangiles ne racontent pas l'enfance du Christ ; au plus, celui attribué à Matthieu s'étale-t-il sur les circonstances de sa naissance. Au tout début des siècles du christianisme, d'autres évangiles que les quatre que nous connaissons circulaient : certains détaillaient la vie de Jésus enfant, mais, pour la naissance elle-même, ils n'allaient guère plus loin que Matthieu - encore est-ce l'un d'eux, conservé, qui a conservé les noms des trois rois mages : Melkon , Balthasar et Gaspar. Cependant aucun de ces écrits ne mentionnent explicitement une date. 

    Au fur et à mesure que des groupes chrétiens se développaient dans l'Empire romain, le désir apparut d'honorer la naissance du Sauveur. Mais, faute de renseignement précis, chacune y allait de sa propre date : ici, la célébration se produisait en janvier, là en avril et ailleurs en décembre.

    A l'époque, deux autres grand cultes célébraient une naissance le 25 décembre (jour de solstice pour les romains) : le culte impériale Sol Invictus, le Soleil invaincu, depuis qu'au IIe siècle Aurélien en avait décidé ainsi, et les adorateurs du dieu iranien Mithra. Plus le christianisme se développait, plus il avait la force de s'imposer par rapport aux autres cultes, et c'est ainsi qu'en 326 le pape Jules 1er décida qu'on célébrerait, à Rome, la naissance du Christ le 25 décembre. En ce temps, le pape ou évêque de Rome n'avait aucun pouvoir sur la chrétienté, mais la coutume romaine servit de modèle, et s'étendit peu à peu. Le choix du 25 décembre ne constitue donc pas un événement historique, mais relève de la programmation ecclésiale. Est-ce à dire que nous n'avons aucun indice d'une datation antérieure ? Il faut souligner qu'il existe un contraste étonnant entre la date de la Passion du Christ, dûment indiquée dans les évangiles, et la date de sa naissance, événement sur lequel Matthieu et les évangiles apocryphes insistent longuement, sans néanmoins donner de précisions calendaires. Mais peut-être n'est-ce là qu'une illusion...

    Quel jour Jésus-Christ est-il né ?

    Une chercheuse de Lille, Mme Odile Ricoux, a posé sur ce point de bonnes questions. Lorsque les mages arrivent chez  le roi Hérode, ils demandent "Où est le roi des Juifs qui vient de naître , car nous avons vu son étoile en Orient", et ils l'ont suivie pour venir l'adorer. Le texte insiste : " Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici l'étoile qu'ils avaient vue en Orient marchait devant eux " ; et elle les mène à la maison où est né Jésus, à qui ils offrent alors de l'or, de l'encens, de la myrrhe. La question que pose Mme Ricoux est la suivante : cette étoile brillante qui intéressait les mages n'indiquerait-elle pas la date cherchée ? Pour nous, comme pour tous les chrétiens au-delà des auteurs, des tout premiers textes, ce n'est pas le cas ; mais pour les premiers auteurs, la date pourrait avoir été indiquée  par la mention de cette étoile. Et le seul moment de l'année qui pouvait être désigné ainsi est celui de l'étoile la plus brillante du ciel, Sirius, est visible. Cela se produit à divers moments de l'année, mis la période la plus notable est en juillet, car Sirius , le chien, canis en latin, donne son nom à la canicule. Or, l'encens et la myrrhe sont des plantes précisément récoltées en été, en période caniculaire. Enfin, les mages sont des Iraniens, et la religion iranienne ancienne faisait de l'étoile Sirius un grand dieu, Tistrya, vainqueur du Démon. D'ailleurs, selon Manilius (auteur contemporain de l'empereur Octave Auguste et du Christ), tous les mages guettaient le lever de Sirius - vers les 20 - 25 juin - du sommet du mont Taurus

    Un auteur au moins, Origène, antérieur à la date de fixation de la naissance de Jésus par Rome au 25 décembre, la plaçait en été. D'après une homélie qu'il prononça peu après 250, et qui est connue grâce à saint-Jérôme, la naissance de Jésus devait être fêtée le cinquième jour du mois de Tammouz, lequel se situait sur nos mois de juin et de juillet. On notera que le "grand berger du ciel" cité ci-dessous n'est autre que le dieu Tammouz, et que celui-ci mourait chaque année lors de sa fête et ressuscitait au bout de trois jours ! D'ailleurs, jusqu'à la fin de l'Antiquité, la grotte de la nativité à Bethléem était, selon une lettre de saint Jérôme à saint Paulin de Noles... un lieu de culte de Tammouz !

    Quel jour Jésus-Christ est-il né ?

     La démonstration de Mme Ricoux, qui réunit des indices d'une naissance estivale du Christ, poche du solstice d'été, peut donc nous séduire. Il se produit alors un curieux phénomène : puisque les mages ont levé le nez pour regarder l'étoile, faisons-en autant. On observe d'abord que la grande constellation d'Orion, bien visible en été et en automne, comporte, en son centre, un groupe d'étoiles alignées, le Baudrier, appelées aussi les trois mages. Leur alignement, si on le poursuit vers le sud-ouest, aboutit directement à Sirius. Voici bien "trois mages" qui "regardent" et "suivent" Sirius. Quant à cette constellation d'Orion, elle était appelée par les babyloniens "le grand berger du ciel". Cela rappelle un autre passage évangélique où des bergers entourent le nouveau-né, fils de Dieu. Or, dans le même secteur du ciel, on trouve le Taureau, et non loin les Ânes (actuellement dans la constellation du Cancer), et même, à côté d'eux, l’Étable ou Crèche (Mangeoire) actuel amas stellaire M 44 !

    Tout se passe alors comme si, en regardant le ciel, les auteurs des premiers textes du christianisme avaient trouvé non seulement le moyen de suggérer une date de naissance du Christ, grâce à l'étoile, mais aussi l'inspiration qui leur avait fait placer l'Enfant Jésus dans une mangeoire, pendant que les bergers, l'âne et le bœuf se tenaient à côté de lui. 

    Certes, la recherche qu'on vient de résumer ne permet pas d'atteindre une réalité historique : au contraire, la prise en compte de l'étoile qui suggère une date nous fait découvrir de la mythologie dans le texte évangélique !
    Mais il est, précisément utile d'en étudier les aspects mythiques. Il y a ceux qui, à la lecture des Évangiles, sont patents - les miracles, la Résurrection - et, il y a ceux qui ne se décèlent qu'à l'analyse.  On en voit ici un bel exemple.

                                                                                         Extrait de "Contes & légendes"  


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