• Poupées de cire et de mort à Anvers

    Poupée de cire et de mort à Anvers

     

    Le musée anversois du Folklore abonde en objets magiques, dont certains - poussiéreux grimoires, crânes, ivoirins, corbeaux, hiboux et crapauds empaillés ou séchés - firent partie de la panoplie des sorciers de jadis. C'est cependant à la collection des poupées de cire que la palme de l'étrange doit revenir. Un étrange d'autant plus inquiétant que ces simulacres étaient en fait destinés à provoquer à distance le trépas de celui ou celle qu'ils étaient censés représenter.

    Envoûtement et vaudou ressortent à première vue de pratiques étrangères à l'Europe occidentale et la sorcellerie semble avoir rallié aujourd'hui le domaine du fantastique et des contes noirs. Pourtant, le temps n'est pas si lointain où les sorciers jouissaient en Flandre d'une exécrable réputation, qui les faisait craindre et rechercher tout à la fois par le bon peuple, avide d'user de leurs charmes d'amour et de haine. Grâce à eux, il n'y avait point de passion unilatérale, point d'amours impossibles et si d'aventure l'un des partenaires venait à se lasser, le Diable alors scellait la réconciliation ou faisait souffrir mille morts à l'inconstant.

    L'affaire prenait une tournure franchement redoutable lorsque le sorcier, pour parfaire un envoûtement de haine, se servait d'une poupée pétrie de cire vierge à la ressemblance de la personne à persécuter.

    Les traits n'étaient souvent qu'imparfaitement figurés, il importait de " charger " la poupée d'éléments corporels prélevés à l'insu de la future victime : tissu tâché de sang, rognures d'ongles, cheveux, voire même excréments, qui étaient incorporés à la cire, mêlés de fragments d'hostie.

    Selon la tradition, la poupée était baptisée rituellement du nom de la personne à tourmenter et était ensuite transpercée de longues aiguilles chauffées à blanc ou empoisonnées.

    D'horribles imprécations accompagnaient les séances de tortures du simulacre, dont la tête et la poitrine étaient particulièrement malmenées.

    Instantanément, la femme ou l'home visé par cette malveillance magique souffrait les tourments de la poupée et dépérissait jusqu'à en mourir.
    Ces pratiques barbares ont tant épouvanté nos devancier qu'artistes et écrivains les illustrèrent dans leurs œuvres.
    Pierre Verhaeren consacra l'une de ses toiles aux poupées d'envoûtements, et les récits d'Henri Conscience et de Somerset Maugham témoignent de la vitalité de cette fortune de magie dans la conscience populaire.

    Les poupées du musée du Folklore d'Anvers, bien qu'en assez mauvais état, exsudent encore la peur superstitieuse qu'elles engendraient dans les villages enténébrés, livrés aux puissances mauvaises de la nuit.

    En 1938, la revue " Tijdschrift van Geschiedenis en Folklore " se faisait l'écho d'un récit d'envoûtement que nous relatons ici en guise de conclusion :

    " Dans le 'Hoehoek' à Brecht, un petit enfant au berceau ne cessait de pleurer. Une voisine, qui lui faisait de fréquentes visites, piquait chez elle une poupée de cire à limage du bébé et celui-ci ressentait dans sa chair autant de blessures. Un beau soir, les parents firent dans l'âtre un feu d'enfer et invitèrent la sorcière à venir se réchauffer. Lorsque la mégère voulut quitter sa chaise à cause de la chaleur torride, elle ne le put, car la paille du siège dissimulait un objet bénit. En échange de sa délivrance, les parents exigèrent le bris du charme qui accablait leur enfant. La sorcière ayant retiré une à une les aiguilles de la poupée qu'elle serrait dans sa poche, le bébé fut instantanément guéri. "

     


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