• Les sirènes

     

    Les sirènes

     

    Depuis l’Antiquité, les hommes racontent l’étrange histoire des sirènes, ces femmes venues de la mer pour les séduire et les emporter. Tous les enfants de pêcheurs connaissent leur existence. D’où viennent ces belles créatures, qui enferment dans leurs longs cheveux blonds les rêves de tant d’aventuriers ?

    C’est Homère qui nous a laissé le premier témoignage littéraire sur les sirènes. Dans L’Odyssée, il nous raconte comment Ulysse a pu échapper aux chants merveilleux de ces créatures. Averti du danger par la magicienne Circé, il ne voulait pourtant pas manquer un aussi rare concert on sait qu’il a demandé à ses compagnons de l’attacher solidement au mât du navire, tandis qu’eux-mêmes se bouchaient les oreilles à la cire pour ne pas être victimes de ce sortilège.

    Les sirènes

    Ces Sirènes homériques sont trois sœurs. Leur aspect est bien différent des sirènes que nous « connaissons aujourd’hui elles n’ont pas d’écailles, mais des ailes et un corps d’oiseau. Rien, chez elles, n’évoque le monstre marin. Leur seul pouvoir miraculeux est dans les modulations de leurs voix.

    Pourtant, elles ont donné leur nom à toutes les créatures féminines qui hantent les mers. La confusion date du Moyen Age. Le nom latin de siren est issu du grec seiren sa racine est Ber (de Beira, la corde). Il est ainsi probable que le nom de seiren a été formé après la mésaventure d’Ulysse, en souvenir des liens qui ont empêché le héros de suivre les femmes-oiseaux. A moins qu’il ne dérive du chant « attachant » de ces trois sœurs. Peut-être faut-il envisager de faire dériver sérénade de cet épisode mythologique.

    Les sirènes

    Au Moyen Age, on confond l’affaire des Sirènes avec celle des Néréides. Mais ces Néréides étaient des jeunes filles tout à fait normales, sans écaille ni queues-de-poisson.

    Déjà, sous l’Empire romain, on avait confondu les Néréides avec les Tritons, leur équivalent mâle. Pline désigne indifféremment toutes les créatures marines insolites sous le nom de Tritons ou de Néréides.
     
    Il écrit :
    " La conformation des Néréides n'est pas non plus imaginaire. Seulement des écailles hérissent leur corps, même dans la partie où elle ont figure humaine. En effet, on en a trouvé une et, alors qu'elle agonisait, les riverains ont entendu au loin son chant lugubre...
    Des brillants personnages, chevaliers romains, m'ont certifié avoir vu dans l'océan de Cadix un homme marin absolument semblable à un humain pour tout le corps, qui montait à bord des navires où il était assis s'enfonçait et même coulait s'il restait plus longtemps. "

    Au IIe siècle de notre ère, Pausanias a décrit ces mêmes Tritons comme des êtres à chevelure de goémon, au corps couvert d’écailles dures, pourvus d’ouïes derrière les oreilles, d’une bouche largement fendue et de jambes unies en forme de queue de dauphin.

    II ne restait plus aux chroniqueurs du Moyen Age qu’à réunir les deux légendes pour donner naissance aux sirènes à buste de femme et à queue de poisson.

    Ils devaient être aidés dans cette tâche par l’importance accordée
    aux « femmes de la mer » dans l’imaginaire populaire celtique. Sur les côtes de la grande mer celtique, entre l’Irlande, la Grande-Bretagne et la Bretagne, il n’est pas un marin qui n’ait vu, au moins une fois dans sa vie, ces « déesses de la mer ».

     Les sirènes
     
    Dans son "Folklore de la Bretagne" P.Y. Sébillot décrit ces sirènes :
    « Elles sont belles comme le jour. Leur occupation favorite semble être de démêler leurs longs et épais cheveux blonds avec un peigne d’or. On vante aussi la douceur pénétrante de leurs voix, la puissance de séduction de leurs chants.  Elles connaissent de merveilleux " soniou", qui feraient oublier père, mère, femme et enfant si on s'attardait à les écouter. »

    Selon la tradition bretonne, la première sirène a été Ahès, la fille du roi Gradlon, celle qui a livré la ville d’Ys à la mer et au diable. Sa punition aurait été de se jeter dans la mer, où elle aurait donné naissance à toutes les sirènes connues. Brandan, le célèbre moine-navigateur celte, ne doutait de rien : apercevant des sirènes au large de Guernesey, il les baptise...
     

    Les sirènes


    Depuis, sur toutes les côtes de l’ancien monde celte, on signale la présence de familles de sirènes en 1870, un groupe apparaît sur le littoral trégorrois. En 1897, des marins en aperçoivent dans le chenal de l’île de Sein. On en voit dans la baie de la Fresnaye, de Noirmoutier et sur les plages de Vendée. On imagine même qu’elles ont une île, l’île des Sirènes, quelque part en mer, bâtie de châteaux d’algues et de concrétions marines.

    Ces belles dames de la mer ne sont pas à confondre avec la Morgane, la « Marie fille de la mer », qui est dépourvue d’écailles et de queue de poisson. La Morgane est une mauvaise fée de la mer elle entraîne sous les eaux les jeunes gens, en les charmant par ses maléfices ou par l’irrésistible mouvement de son peigne d’or sur ses longues mèches blondes... Les Morganes, que l'on appelle aussi Marie-Morganes, peuvent avoir des enfants avec les hommes, des filles, qui deviendront à leur tour Morganes.


     Les sirènes
     
    Elles récompensent bien leurs amants. Mais gare à celui qui ouvre trop vite son " petit cadeau " : il ne trouve que du goémon sec !
    Celui qui a la patience d'attendre son retour à la maison entre en possession d'un inaltérable trésor. Tous les Bretons connaissent quelques exemples de familles enrichies par cette agréable rencontre avec une Morgane...
     
    Il est probable que la tradition des Morganes s'enracine dans le souvenir des prêtresses druidiques, qui se retiraient volontiers dans des îlots perdus en mer. Quand la '' nouvelle religion " du Christ aura supplanté l'antique religion des Celtes, les " bonnes fées " païennes seront transformées en " mauvaises fées " des eaux...
     
    Il existe, chez tous les autres peuples marins de l'Europe, une même tradition de ces créatures de la mer. Une chronique islandaise de 1215 décrit un Masgugue :
     
    " Il était formé jusqu'à la ceinture comme le corps d'une femme. Il avait de gros seins, la chevelure éparse, de grosses mains au bout de ses tronçons de bras et de longs doigts attachés ensemble comme le sont les pieds d'une oie (palmés). On l'a vu tenant des poissons dans ses mains et les mangeant. Ce fantôme a toujours précédé quelque grande tempête. "

    En Allemagne, les humains de la mer sont les Nix-mâles et femelles. Ils ne sont méchants que par désespoir : ils sont condamnés à expier éternellement un mystérieux péché originel. Là encore, une analyse du mythe fait ressortir tout le regret de l’ancien ordre païen qui y est enfermé. Seule une conduite exemplaire pourrait délivrer les Nix. Mais, comme ils souffrent trop, ils ne peuvent pas s’empêcher de se venger sur les humains.

    Les sirènes

     En Angleterre, on parle des mermaids. En Scandinavie, des merminnes.
    Ce terme est repris par les Néerlandais, qui voient plutôt les sirènes comme les Néréides antiques ou comme les Morganes bretonnes, sans queue de poisson. Dans les îles frisonnes, on considère qu'elles sont sept, servies par des jeunes marins qui doivent faire le serment de ne jamais
    " quitter la mer " ni leur service auprès d'elles. Quand un de ces jeunes gens trahit, les merminnes sortent de la mer, l'arrachent à son foyer et l’entraînent sous les flots.
     
     
    Dans La mer magique, A. Van Hageland rapporte le cas d'une malheureuse merminne, plus connue sous le nom de " sirène de Purmermeer ". En 1403, près d'Edam, aux Pays-Bas, deux jeunes filles parties chercher du lait trouvent une sirène dans la vase d'un canal.
    Elle était " toute velue, couverte de mousse et de plantes vertes, ne disait pas un mot, mais paraissait soupirer ".
    L'auteur poursuit :
    " On la nettoya, on l'habilla. Elle mangeait et buvait comme un être humain, mais cherchait toujours à regagner l'élément liquide. On la transporta d'Edam à Haarlem. Elle apprit à coudre, mais resta muette. Quand elle mourut, au bout de 17 ans, on l'enterra dans un cimetière parce qu'elle avait manifesté quelques sentiments pieux, comme l'avait remarqué une certaine veuve chez qui elle habitait. "
     
    Pour les sceptiques, il existe une peinture de cette sirène, représentée à la cour princière des Pays-Bas. Il existe également un monument à sa mémoire, sur le Purmerpoort. On peut voir l'inscription suivante :
    " Cette statue fut érigée un jour en souvenir de ce qui fut pris dans le Purmermeer. "

    Le folklore européen n’est pas le seul à rapporter l’existence de ces dames de la mer. Sur tous les continents, à toutes les époques,elles se sont trouvées sur la piste de l’homme. A commencer par celles que Christophe Colomb aperçoit, quand il arrive aux Antilles ses trois sirènes dansent dans l’eau, mais elles sont muettes et d’une grande laideur. Le navigateur estime qu’elles ont « l’air de regretter la Grèce »...
     
    Faisons maintenant un petit tour du monde des apparitions des sirènes dans le prochain article : " Les sirènes et leurs maléfices ".
      

     

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  • Commentaires

    1
    Hrod R
    Mardi 5 Juin 2012 à 19:06

    Chapeau ! Belle initiative d'avoir rassemblé autant d'informations... Si tu as des sites intéressants à me passer, merci ;) ! Bonne continuations...

    2
    giova35 Profil de giova35
    Dimanche 1er Juillet 2012 à 23:55

    Un grand merci pour tes encouragements. C'est un long travail et c'est loin d'être terminé. Il y a encore au moins 200 sujets en réserve. Merci de partager.

    3
    Noctalys
    Samedi 8 Septembre 2012 à 03:46

    Salut, pour la partie sur Christophe Colomb, je viens de Martinique et pour nous, aucune doute, les sirènes hideuses dont il parle sont en fait des lamentins, ils pullullaient dans les antilles avant et leur peau blanche peut porter à confusion.

    4
    Adl252
    Dimanche 8 Février 2015 à 14:25

    Salut tout le monde, je sais que je suis un peu en retard mais je trouve cet article très intéressant. Donc les sirènes sont apparues dès l'antiquité? juste un petit commentaire en passant: je n'ai pas bien compris la partie sur les Mari-morganes... Pouvez-vous m'expliquer?

    5
    marie antoinette
    Jeudi 12 Janvier 2017 à 16:51

    Faut!!!!!!!!!!!!

    Les vrai sirène on un cor d aigle et un buste et tete de femme.

    6
    marie antoinette
    Jeudi 12 Janvier 2017 à 16:53

    j ai quand meme adoré cette article

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