• Les Empires perdus de l’Asie

    Les Empires perdus de l’Asie

    Les civilisations perdues laissaient derrière elle des traces passionnantes. L’histoire a montré que le processus d’extinction d’une civilisation est graduel pour peu que les populations concernées soient assez nombreuses. De plus, la tendance naturelle de l’homme face au désastre est de se raccrocher à sa maison et à ses biens le plus longtemps possible et de ne les abandonner que lorsqu’il n’existe plus d’autres solutions.

    Alors, pourquoi ces disparitions brutales ?

    L’invasion et la conquête sont les événement les plus susceptibles d’entrainer un exode brutal. Elles ont certainement joué un rôle dans la « disparition » du peuple d’Angkor, la capitale de l‘empire khmer d’Indochine, et ont également contribué à la ruine de la civilisation de l’Indus, qui se concentrait autour de Mohenjo-Daro et Harappa.

    La civilisation de l’Indus, extrêmement ancienne, est la moins conne. Elle remonte aux environs de 2 500 ans avent J.-C., ce qui la met, après la Mésopotamie, la Chine et l’Egypte, au rang des plus anciennes civilisations du monde. Elle a vu les débuts de l’agriculture dans la péninsule indienne.

    Comme les Khmers à Angkor, les peuples du bassin de l’Indus avaient organisé son existence et fondé son développement économique sur le système de drainage et d’irrigation élaboré. Les canaux d’irrigation et les retenues d’eau, comme les villes elles-mêmes étaient en briques. La dimension des briques était standard, non seulement à Mohenjo-Daro et Harappa, distants de 650 km, mais aussi en d’autres lieux le long des affluents du Gange à l’est, vers la côte méridionale de l’Inde. Cela montre bien la puissance et le rayonnement de cette civilisation. Les poids et mesures étaient aussi normalisés, indiquant qu’un gouvernement central avait juridiction sur ce vaste territoire.

    Il s’agissait d’une civilisation très raffinée. Elle possédait un système sanitaire complexe dans lequel chaque maison était raccordée à un réseau d’égout en briques. Ces deux cités sont, de toute évidence, l’oeuvre d’esprits ordonnés car elles sont bâties selon un plan quadrillé, les rues principales orientées nord-sud, les rues secondaires est-ouest. Le tour du potier était en usage et on y cultivait le coton.

    On a estimé à 35 000 habitants la populations de chacune des villes, ce qui met en évidence le haut niveau de développement de ces cités, fondé en partie sur le commerce, non seulement avec l’intérieur mais aussi l’extérieur.

    On a en effet retrouvé des traces du commerce pratiqué par les sociétés de l’Indus jusque dans le golfe Persique. Les voyages s’effectuaient probablement en logeant les côtes, mais l’entreprise atteste néanmoins du dynamisme et des qualités de marins de ces peuples. Les navires de commerce devaient relâcher dans le bassin de briques de Lothal, à 720 km au sud-est de Mohenjo-Daro, au fond du golfe de Cambay qui fait maintenant partie de l’Etat de Gujerat.

    Le bassin de Lothal était relié par un canal de 4 km à la rivière Narmada. Il faisait 23 mètres de long et 3 mètres de large. On a retrouvé à Lothal les pierres d’ancrage de grands bateaux, ainsi que des milliers de sceaux pour imprimer dans de l’argile : ils servaient, semble-t-il, a marquer les marchandises. Beaucoup de ruines, en particulier à Harappa, sont en très mauvais état et beaucoup d’autres restent encore à exhumer. L’écriture primitive doit être déchiffrée.

    La plupart de nos idées sur la civilisation de l’Indus ne sont donc que des hypothèses. Ceci inclut bien sûr les explications concernant sa fin. Des signes évidents indiquent que celle-ci survint soudainement à Mohenjo-Daro. Dans l’une des maisons, on a retrouvé treize squelettes d’hommes, de femmes et d’enfants, dont deux paraissent avoir été tué avec une hache ou une épée. Deux autres ont été découverts près d’un puits publics et trois autres encore dans une ruelle voisine. Neuf squelettes, dont ceux de cinq enfants, ont été retrouvés gisant dans des postures qui prouvent que la mort a été donnée avec violence.  

    Fait révélateur dans cette tragique histoire, les Aryens, que l’on tient le plus souvent pour responsables, possédaient des armes de bronze qui peuvent bien avoir causé les sévices dont on remarque les traces sur certains des squelettes. Les peuples de l’Indus n’avaient pas de métaux, ce qui leur donnait un énorme désavantage dans la bataille. Néanmoins, la supériorité des armes n’est pas toujours un facteur déterminant dans une guerre et d’autres traces archéologiques permettent de penser que les envahisseurs ont pris possession d’une cité déjà sur son déclin.

    Mohenjo-Daro et Harappa étaient pourvus de systèmes de défense : des citadelles très fortifiées surmontées de tours de guet. Cependant, certains savants sont convaincus que les quelques monuments moins bien conçus et moins bien réalisés suffisent à montrer qu’il y avait affaiblissement du gouvernement central et par conséquent de l’organisation de la défense. A cette époque, la civilisation de l’Indus a pu voir sa fin précipitée par le défrichement qui entraina à l’érosion et le dessèchement des sols.

    La cuisson des briques de construction des cités de l’Indus nécessitait beaucoup d’arbres pour alimenter les fours. Aux environs de 1750 avant J-C, après quelque 750 ans, il se peut bien que ce processus soit allé trop loin. Il est maintenant bien connu que réduire la quantité d’arbres au-dessous d’un certain niveau altère la fertilité des sols et, avec elle, la superficie des terres cultivables. Si cela s’est effectivement passé dans le bassin de l’Indus, ce ne sera ni la première ni la dernière fois que les êtres humains auront commis un suicide écologique.

    Une mauvaise gestion des ressources naturelles a pu jouer également un rôle dans la disparition mystérieuse de la société médiévale cambodgienne d’Angkor. Nous avons des indices beaucoup plus abondants et précis concernant Angkor, mais de nombreux mystères entourent encore sa chute.

    Fondée au IXe siècle, Angkor fût une puissance influente et fabuleusement riche pendant près de 600 ans. Ses ruines conservent encore la marque de la grandeur Khmère. Le temple d’Angkor Vat et ses énormes tours en forme de boutons de lotus émergent encore de la jungle pour stupéfier les visiteurs. Ses dimensions seules sont écrasantes : 1 500 mètres sur 1 200 mètres. Mais la beauté de ses terrasses et de ses pavillons, son fossé large de 60 mètres empli de nénuphars, de fleurs de lotus, d’orchidées sauvages et autres fleurs, ses bas-reliefs et ses sculptures, tout ceci abasourdit. Les vestiges de quelque 600 autres temples ont été retrouvés autour du temple principal et au fond de la jungle gisent les ruines de la capitale khmère, Angkor Thom, ceint d’un mur de 13 km.

    Plus dégradée qu’Angkor Vat qui fut entretenu par les moines bouddhistes errants depuis son abandon. Angkor Thom possède encore des merveilles : la grille d’entrée et la terrasse royale, une pléthore de magnifiques sculptures et la terrasse de l’Eléphant, sur laquelle est sculptée une procession d’éléphants longue de 400 mètres.

    Cependant, depuis l’époque où Henri Mouchot, naturaliste français, découvrit par hasard Angkor, en 1861, la cité fut abandonnée et négligée, reprise rapidement dans l’étau des broussailles et les racines énormes. Que lui est-il donc arrivé ?

    Une partie du processus historique est connue. Angkor est tombée aux mains des Siamois en 1431. Le siège d’Angkor dura sept mois et les destructions et meurtres perpétrés par les Siamois quand elle se rendit furent le dernier acte d’une longue série de coup portés par les voisins belliqueux des Khmers. Cependant, d’autres événements participèrent à sa chute et leur interaction affaiblit Angkor au point d’en faire une proie facile : les querelles sanguinaires entre les membres de la famille royale, une pénurie de riz, l’affaiblissement économique dû au manque d’entretient du système d’irrigation, les crues du Mékong, l’érosion et le dessèchement des sols, la trahison d’un certain nombre d’Etats vassaux de l’empire Khmer.

    Selon une théorie largement répandue, les Siamois revinrent à Angkor l’année suivante en 1432, pour se constituer un plus gros butin t trouvèrent la cité déserte. La population qui avait survécu après l’attaque de 1431, comptait environ un million de personnes, avait apparemment disparu dans la jungle environnante. Cette désertion est l’un des grands mystères sur lesquels se penchent encore ceux qui étudient l’histoire Khmère.

    Des recherches ont montré que les Khmers avaient l’habitude de quitter leurs villes quand elles ne leur convenaient plus. Les raison données pour l’abandon d’Angkor, en dehors de la crainte d’une nouvelle agression de la part des Siamois, font place à une épidémie, à une révolte d’esclaves, à l’impossibilité pour une économie ruinée d’entretenir une noblesse dépensière et des temples, à l’affaiblissement de la volonté entrainé par l’enseignement des doux et fatalistes prédicateurs bouddhistes.

    Ce n’était pourtant pas une mince affaire pour des milliers de personnes que de s’abandonner soudain à la jungle et aux animaux prédateurs qui la peuplent. Il n’était pas davantage facile à de bouddhistes fervents de commettre le sacrilège d’abandonner les temples de leurs dieux et leur profusion d’image religieuse. L’hypothèse avancée par John Audric est que ces obstacles religieux ont perdu de leur pouvoir avant même que le désespoir fût assez grand pour chasser les khmers d’Angkor.

    Selon Audric, l’abandon d’Angkor n’a pu se faire en une année. Il suggère que les Siamois ne sont pas revenus en 1432 mais beaucoup plus tard et que la famille royale Khmer est restée à Angkor avec les prêtres bouddhistes jusque vers 1433. Pendant ces deux années au moins, des efforts vigoureux auraient été fait pour réparer les épouvantables dommages causés par les Siamois au système d’irrigation. La culture sèche, le défrichage de la jungle pour la mise en culture permirent de réaliser un approvisionnement d’urgence en riz. Ces méthodes se révélèrent toutefois inadaptées et les problèmes d’Angkor se virent ensuite aggravés par les fléaux naturels – inondations dévastatrices, épidémie de malaria – et par un violent soulèvement parmi les esclaves. Bien que la rébellion fût maitrisée, le chaos qui en résulta et le désespoir étaient trop grands pour que la vie continuât à Angkor.

    Ce fut alors, soutient Audric, que les Khmers s’en allèrent, dans un premier temps à Bassac (Maintenant Laos) puis près de Phnom Penh, l’actuelle capitale du Cambodge. Ils construisirent un palais royal surmonté d’une tour en forme de cloche typique du sud-est asiatique, sur une montagne, où les Khmers bâtissaient traditionnellement des temples. Il est significatif que Phnom Penh date de 1434, alors qu’un roi nommé Pohea yat y installait sa capitale. Les arguments d’Audric paraissent fondés. Il semble qu’il y ait eu un bref retour du roi Khmer Baron Peachen II à Angkor au XVIIe siècle mais les Khmers s’en retournèrent bientôt à Phnom Penh.

    Les recherches futures pourront peut-être lever le mystère de l’abandon d’Angkor. Elles mettront peut-être en évidence que les fouilles n’on pas été aussi minutieuses que l’estiment généralement les savants. Peut-être quelques Khmers, en nombre très réduit, se sont-ils repliés en cet endroit après que les Siamois eurent achevé leur travail de destruction en 1431. Cependant, dans l’état actuel de notre savoir, l’énigme demeure.

      

     

     


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