• Le Soleil invaincu des cathares

     

    Le Soleil invaincu des cathares

    On connait l'essentiel de la doctrine cathare : le dualisme, c'est-à-dire l'opposition de deux principes antagonistes et égaux dans la matière, le Bien et le Mal. Ce dernier ne sera vaincu que lorsque le monde mauvais aura été anéanti par Dieu. Sur cette proposition de base qui est celle du manichéisme, le catharisme a ajouté la croyance dans la réincarnation des âmes et leur purification au cours de vies successives. Il s'agit de l'opposition du monde hylique, chaotique ou ténébreux, au monde psychique, organisé et lumineux. Une autre croyance particulière aux cathares était que le Christ ne s'était pas réellement incarné mais s'était seulement adombré dans la Vierge.

    " Alors, dit une prière cathare, Dieu descendit du ciel avec les douze apôtres et s'adombra en la Vierge Marie. "

    Pour les cathares, le Christ cosmique résidait dans la lumière intelligible, dans le soleil spirituel ; et s'il occulte sa lumière, c'est pour triompher de Satan, le prince des Ténèbres.

    Une pratique commune aux albigeois et, de façon impérative, aux Bonhommes ou Parfaits était le végétarisme. Or le rejet de l'alimentation carnée, au-delà de raisons théologiques, a des motifs ésotériques. C'est pourquoi les pythagoriciens, qui avaient une religion " astrale ", étaient végétariens.

    La valeur nutritive des plantes provient de l'énergie solaire transformée par un processus chimique. Il s'agit là d'une transformation directe puisque les animaux se nourrissent de végétaux et absorbent ainsi une énergie solaire qui leur apporte les calories nécessaires. Lorsque nous mangeons de la viande, nous absorbons cette énergie au deuxième degré. Sans connaitre les détails de cette combinaison chimique, les albigeois, ou plutôt les initiés cathares pensaient comme tous les ascètes que la nourriture végétarienne facilitait la méditation en purifiant la corps, qui pouvait être ainsi pénétré par les ondes solaires et cosmiques.

    De même, le sacrement du consolamentum délivré aux Parfaits et aux mourants était administré en imposant les mains sur la tête du consolé. Ce geste, qui ne pouvait être accompli que par les Purs, les membres du sacerdoce, mettait en oeuvre l'énergie cosmique, selon des techniques liées à l'Eveil des Chakras par des procédés aujourd’hui perdus en Occident.

    Si l'on se penche maintenant sur les symboles utilisés par les cathares, bien que l'Inquisition se soit acharnée à en détruire les traces, on trouve le Pentagone et la Colombe. On a retrouvé une colombe en terre cuite dans les grottes d'Ornolac qui servirent de refuge aux albigeois persécutés et une autre, sous forme de moule creusé dans une plaque de plomb, datant aussi du Moyen Age.

    La colombe symbolise le troisième règne, celui du Saint-Esprit, ou Paraclet, et donc le triomphe de la Lumière sur les ténèbres, de l'Esprit sur la Matière après l'Apocalypse.

    Cet anéantissement de la matière, oeuvre du Démiurge, était attendu par les cathares avec ferveur, c'est pourquoi ils vénéraient particulièrement l'esprit de Dieu sous la forme d'une colombe blanche qui représentait en même temps les migrations de l'âme.

    Il faut aussi mentionner ce que l'on appelle les croix cathares, mais qui sont en réalité beaucoup plus anciennes. Les albigeois ont continué à utiliser ce symbole solaire, la croix circonscrite dans un cercle ou la croix à virgules, parce qu'il leur rappelait les cultes gallo-romains d'Abellion-Apollon, dont témoignent les nombreuses stèles retrouvées dans la région pyrénéenne. Parfois cette croix se termine à chacun de ses bras par une triple fourche, utilisée aujourd'hui encore par les coptes d'Egypte.

    La rosace et la rouelle étaient encore utilisées au XVIIè siècle comme signes prophylactiques ou porte-bonheur et gravée sur les portes des maisons pyrénéennes du Pays basque jusqu'à l'Ariège.

    Ces roues du char d'Hélios (le Soleil)  sont présentes aussi bien chez les hittites que chez les zoroastriens, les hindous, les bogomiles et les cathares, ce qui prouve l'unité transcendante des religions et l'origine solaire de la tradition primordiale à laquelle se rattache le catharisme, avatar médiéval d'un culte aussi ancien que l'humanité adamique.

    Savez-vous par exemple, que la croix de Toulouse (entourée de douze perles ) est en réalité une croix nestorienne que l'on retrouve au Tibet sur les stèles du VIè siècle ?

    Or les nestoriens étaient des hérétiques gnostiques, proches parents des manichéens. Ils essaimèrent depuis l'Euphrate jusqu'à l'Iran, l'Afghanistan, et jusqu'au Tibet et en Chine.

    Voilà qui élargit singulièrement l'horizon religieux du catharisme, que certains voudraient limiter à une hérésie chrétienne pure et simple. 

    Quand au symbolisme solaire, il se manifeste aussi chez les cathares dans l'architecture de leurs châteaux qui, tel Montségur, étaient aussi des temples.

    Lorsqu'on évoque les hauts lieux cathares, on pense évidemment à Montségur, dernière citadelle, ultime refuge et temple des derniers albigeois.

    Mais avant d'en venir à parler du Thabor pyrénéen, il faut songer que les château forts cathares étaient nombreux en pays d'oc, obéissant pour la plupart, dans leur symbolisme architectural, à des préoccupations ésotériques qui rejoignent les conceptions mathématiques des pythagoriciens de l'Antiquité. Nous examinerons tour à tour, à la lumière du symbolisme solaire, les châteaux de Peyrepertuse, Cabaret, Queribus et enfin Montségur.

    Peyrepertuse, siué sur une côte rocheuse inaccessible, par son nom signifie " La roche percée " ( pierre = pertuse ). C'est sans conteste la plus vaste forteresse du Midi. Le donjon, partie du château qui nous intéresse, est du XIIIè siècle. C'est une construction à deux étages formée par une tour ronde. La salle du rez-de-chaussée est pourvue de trois grandes archères distribuées au nord, à l'est et au sud. La salle du premier étage forme une demi-circonférence. Elle est voûtée en cul de four. Une seule archère perce la muraille à cet endroit. Pourquoi ce premier étage comporte-t-il une seule archère ? Manifestement une intention particulière a présidé au choix de l'orientation de cette archère. Cette direction est celle du soleil levant au solstice d'été. Le maître d'oeuvre a fait en sorte que le disque solaire vienne s'encadrer dans l'étroite embrasure le jour où l'astre est le plus haut dans le ciel. Il a donc fallu qu'il fût à la fois ingénieur, astronome et initié.

    Le même phénomène peut être observé dans le château de Cabaret, plus communément appelé château de Lastours . Il s'agit de quatre tours formant un ensemble monumental très remarquable en regard de l’architecture médiéval. Chacune porte un nom : Cabaret, Tour Régine, Fleur d'Espine et Quertinheux? Cet édifice fortifié était une des places fortes du vicomté de Carcassonne. Cabaret vient du latin " caput arietis " (la tête du Bêlier). On aperçoit immédiatement la correspondance astrologique avec le " Bélier " signe solaire, et la " Toison d'or ". Cabaret donna son nom à la châtellenie du Cabardès.

    Le château est orienté nord-sud, tel un vaisseau juché sur une crête rocheuse, entouré d'un chemin de ronde supporté par des ogives ( fin du XIII siècle). Le corps de logis et le donjon ont été construits au début du XIè siècle. ce qui est remarquable dans cette dernière partie du château, c'est la forme pentagonale double comprenant une salle basse et une salle en étage couverte d'une magnifique croisée d'ogive à cinq nervures. Il existe un deuxième étage bordé d'archères et couvert de tuiles.

    Mais revenons au rez-de-chaussée, en tous points extraordinaire. D'abord cette forme en pentagone régulier. On peut rappeler sa signification ésotérique dans laquelle s'inscrit le pentagramme ou étoile à cinq branches de la tradition maçonnique. Cette symbolique est fondée sur le nombre 5, et se rattache à l'androgynat (3 = principe mâle ; 2 = principe féminin ) des pythagoriciens. La présence de cette figure hermétique dans les monuments cathares permet de penser à une origine gnostique et pythagoricienne des doctrines initiatiques des Parfaits albigeois. Ajoutons à cela que la salle est éclairée par cinq archères, l'une d'elle ouverte à l'est (orient), qui est la direction du soleil levant au solstice d'hivers. Ce fait prouve encore les hautes connaissances mathématiques qu'astronomiques, des maîtres d’œuvres de ces châteaux.

    Chose encore plus extraordinaire et qui vient confirmer la signification ésotérique de cette architecture, on a retrouvé dans les décombres de cette salle deux pentacles en forme de pentagone, l'un en plomb, l'autre en bronze. Voilà certainement deux objets portés par des croyants cathares de l'époque de la " croisade ".

    M. Gilbert Costeplane a lui-même découvert , dans ce même donjon, une clef ancienne dont la poignée est de forme pentagonale. Qui oserait prétendre qu'il s'agit de pures coïncidences ?

    Ce même chercheur a observé que le donjon était orienté non seulement au soleil levant du solstice d'hiver, mais en opposite, c'est-à-dire au solstice d'hiver du coucher de telle sorte que le château de Cabaret est orienté à la fois dans le temps et dans l'espace par quatre archères. D'autres explications nous entraîneraient trop loin, car il nous faut maintenant dire un mot du château de Queribus, présentant lui-même des dispositions remarquables.

    Les ruines de Queribus se dressent sur un piton escarpé des Corbières, à 25 km environ au nord-ouest de Perpignan. La forteresse, par sa position dominante, regarde à la fois les départements de l'Aude et des Pyrénées-Orientales.

    Le monument est couronné par un magnifique donjon polygonal, pratiquement intact. La " salle gothique " de cette tour est une des merveilles du Languedoc-Roussillon.

    Un unique pilier cylindrique soutient une voûte à quatre croisées d'ogives, dite " en palmier". Les habitants de la région ne s'y sont pas trompés, puisqu'ils appellent cette salle l' " église ". la patine du temps et l'humidité ont donné à la pierre une teinte vert pâle du plus bel effet.

    Premier fait curieux : dans cette salle gothique, le pilier central se trouve en fait déporté de 70 cm par rapport au centre réel. Ce déplacement n'est pas à mettre au compte de la fantaisie ou de l'erreur. On peut faire la même observation en ce qui concerne les murs de la salle, orientés apparemment selon les quatre poins cardinaux, alors qu'il n'est rien. Ils font en réalité un angle de six ou sept degrés par rapport à ces points. Comment expliquer ces particularités ?

    Là encore, il faut faire appel au symbolisme solaire et à l'ésotérisme puisque par l'archère de la salle du donjon on peut observer, le 21 décembre, l'alignement du disque solaire dans l'axe de l'embrasure, formant une croix lumineuse parfaite. Par la projection de l'ombre du pilier central aux différentes heures, on réalise une sorte de "zodiaque" déjà relevé par l'historien Fernand Niel. Si la salle avait été construite sur un plan géométriquement régulier, ce dispositif n'aurait pu être mis en place. Ce pilier central figure symboliquement le Soleil, la salle gothique formant une sorte de temple. Les cathares ne vénéraient donc pas le soleil physique, qu'ils pouvaient regarder tout à loisir sur la montagne, mais le logo solaire, c'est-à-dire l'astre spirituel.

    Il faut enfin évoquer Montségur, montagne sacrée des cathares, pôle mystique où le temple-forteresse des albigeois figure le point d'équilibre entre les forces cosmiques et les forces telluriques. Il faut souligner ici l'importance de Montségur sur le plan religieux, bien avant l'implantation des cathares.

    Depuis la haute Antiquité, en effet, le site grandiose de Montségur, piton rocheux dominant de ses 1 300 m les vallées de l'Ariège, en plein cœur des Pyrénées, n'a cessé d’exercer sur les hommes une attraction magique liée à des phénomènes d'ordre surnaturel.

    Sans doute, à l'époque préhistorique, les chamans y invoquaient-ils déjà les âmes des grands ancêtres au milieu des sacrifices humains, où le sang des victimes s'associait à des orgies hallucinatoires mêlées à des actes de nécromancie.

    Les Celtes, que l'on fait directement descendre la la mystique Atlantide, centre d'initié de haut rang, balayèrent ces cultes ténébreux voués aux divinités chtoniques de la terre mère, fécondée par le sang nourricier. Le culte solaire fit alors son apparition sur le pog de Montségur pour ne plus jamais disparaître de ce lieu. La plate-forme sommitale communiquait avec de profondes cavernes situées dans les flancs de la montagne.

    C'est ce culte rendu à l'astre du jour, sur des autels dressés au sommet de la montagne, qui inspira cette prolifération de croix celtiques dans la région pyrénéenne.

    Lorsque les druides, qui connaissaient la haute valeur du site de Montségur en tant qe point de rencontre des forces cosmiques et souterraines, eurent disparu, une longue nuit s’abattit sur la montagne inspirée cependant que les menhirs dressés dans toute la région comme d'invisibles signes balisaient inutilement le site pour la venue d'éventuels initiés.

    Le catharisme devait reprendre le flambeau de la connaissance et renouer avec la tradition solaire et hyperboréenne de Montségur.

    Il est a noter que le château fut bâti à la demande expresse des Parfaits pour en faire le refuge suprême de la foi cathare, et achevé en 1204. Il recèle, dans son plan, la possibilité de repérer avec précision les principales positions du Soleil à son lever. Sur un plan tracé du château, on peut aisément repérer les alignements donnant la direction du soleil levant au solstice d'hiver. Les archères de la prétendue " forteresse " ne furent percées qu'en fonction de leur utilisation optique, ce qui explique l'absence susceptibles de gêner, par leurs superstructures, le passage en oblique des rayons lumineux.

    Le château est, pour cette raison, orienté est-ouest. Le monument présente les mêmes dispositions que celles observées à Cabaret, mais il permet, en outre, de repérer des levers héliaques, non seulement aux deux solstices, mais également aux équinoxes du printemps et de l'automne. La disposition géométrique de l'édifice permet encore de relever la position du Soleil dans les signes du zodiaques.

    En ce qui concerne le solstice d'été, on peut facilement observer le phénomène du lever du Soleil à travers les archères du donjon. Il suffit de se placer dans l'axe de l'une ou l'autre des embrasures pratiquées dans le mur nord-est. Vers 5 h 15 du matin, le Soleil apparaît exactement dans les embrasures. Ce spectacle peut être contemplé tous les jours du 15 au 28 juin. 

     Montségur est donc bien le temple de la Lumière, de la Lumière de l'Esprit, que Manès voyait présente dans le Christ.

     


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