• La nekuia

    La nekuia

    C'est Circé qui conseille le héros quant à la marche à suivre pour accomplir la nekuia, cette cérémonie qu'il ne faut pas confondre avec une descente aux Enfers : en effet, à aucun moment, et contrairement à d'autres héros comme Orphée, Ulysse ne franchit le Styx . Toutefois, afin d'attirer le célèbre devin, il va devoir se rendre en un endroit bien précis, en contact direct avec les Enfers mais appartenant au monde des vivants ; aux limites de l'océan, là où vit le peuple des Cimmériens. Le lieu n'a rien d'enviable puisque c'est aux yeux du poète une sorte d'antichambre des Enfers, un endroit dédaigné par la lumière où règnent le brouillard et les ténèbres.

    C'est à cet endroit qu'Ulysse va pouvoir réaliser le rituel qui lui permettra d'attirer les âmes des défunts : celui-ci commence par le creusement d'une fosse sacrificielle : le bothros. Sa valeur est claire : il s'agit à travers elle, d'entre directement en relation avec le monde infernal. Cette fosse constituera une sorte d'entrée ou de sortie pour les âmes qui vont être invoquées. Après son creusement ont lieu trois libations : la première de lait miellé, la deuxième de vin doux et enfin la troisième d'eau pure. Celles-ci ont un double objectif : attirer les âmes des défunts et s'en protéger. Homère leur adjoint de la farine blanche qui sera répandue au-dessus de la fosse. Même si cet acte est encore entouré de mystère, il n'y a aucun doute qu'en le réalisant Ulysse délimite le terrain qui sera concerné par le contact infernal et empêche du même coup que cette souillure ne s'étende.  

    Intervenaient ensuite les prières et les invocations qui précédaient le point culminant de la cérémonie, les sacrifices sanglants de la génisse et du bélier qu'exécute lui-même le roi d'Ithaque. 

    L'épisode se poursuit et on assiste alors à un véritable défilé d'ombres anonymes ou célèbres. Ulysse voit affluer vers lui, dans un mouvement angoissant, l'armée des "têtes sans force" : jeunes femmes, jeunes gens, vieillards usé par la vie, jeunes filles portant au coeur leur premier deuil guerriers nombreux, blessés par les lances de bronze et victimes d'Arès, qui portaient leurs armes sanglantes... Parmi elles, Ulysse reconnait en premier lieu l'âme d'Elpénor, condamné à errer ainsi car il est sans sépulture, puis cette d'Anticlée avant que n'apparaisse enfin Tirésias. Celui-ci va réaliser la prédiction sur la suite du voyage d'Ulysse mentionnant en particulier le châtiment des prétendants et le voyage terrestre en l'honneur de Poséidon.

    La nekuia

    Une nouvelle fois, Ulysse va croiser l'âme de sa mère Anticlée qui va lui faire le récit de ce qui s'est passé à Ithaque en son absence.
    Lui succède la série des "nobles femmes" qu'Ulysse questionne toutes, puis la série des héros de la guerre de Troie : Agamemnon, tout en l'avertissant des dangers qu'il encourt en rentrant chez lui, regrette de ne pas avoir revu son fils Oreste. Quant à Achille, il confesse avoir vainement préféré la gloire immortelle à une vie sans gloire et familiale. Retrouver ses compagnons défunts de la guerre de Troie rappelle alors à Ulysse sa grandeur héroïque mais lui fait prendre conscience en même temps de la valeur de la vie simple et sans exploits.

    Le défilé se termine enfin avec les damnés des Enfers et d'énumération de leurs souffrances, ce qui ne fait que confirmer l'impression laissée par la scène. Car, en définitive, la nekuia se révèle être le contre pied de la vision traditionnelle véhiculée au sujet de la mort : même pour les héros, il n'est plus question de mort glorieuse, de renommée et de félicité éternelle aux champs Elysées. Ulysse va ainsi comprendre ce qu'est la misérable condition des morts et combien est précieuse la vie.  

     

     

     


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