• La fin de l'Empire minoen

     

    Les historiens restent perplexes devant l'effondrement de l'Empire Minoen. Les différentes hypothèses communément envisagées (invasion étrangère, séisme) restent peu satisfaisantes. La solution de cette énigme se trouve peut-être dans l'île voisine de Thêra. On a découvert en 1930 que cette île, située à 120 km au nord-est de la Crète, fut dévastée au IIè millénaire par une éruption volcanique d'une violence extrême. Cette explosion est sans doute à l'origine de la disparition de la civilisation crétoise.

    Les grands tremblements de terre, comme à Pompéi, détruisent toutes les constructions en l'espace de quelques secondes. Aux effets déjà terribles d'un tremblement de terre, une explosion volcanique, comme celle de Krakatoa en 1883, ajoute toute une succession d'autres catastrophes : rideaux de fumées noires, poussières de pierres ponces et de laves. Sans oublier les raz de marée.

    Les spécialistes tendent aujourd'hui à bannir l'expression " raz de marée " pour lui préférer le terme japonais tsunami, qui signifie " vague d'orage ". Les tsunamis sont de puissantes ondes marines dues aux tremblement de terre sous-marins. Ces ondes se propagent à près de 800 km/h. Leur langueur sont très grandes, de 400 à 500 km, ce qui les rend imperceptibles en haute mer. Mais lorsque les fonds remontent, l'onde croît
    jusqu'à 30 ou 40 m et provoque, à l'approche des côtes, une vague déferlante et effroyablement destructrice. Un tsunami ravagea Messine et Reggio de Calabre en 1908, faisant des milliers de victimes.

     Comparons le cataclysme de Thêra à l'éruption de Krakatoa, pour nous donner une idée de l'ampleur du désastre. L'îlot volcanique de Krakatoa est situé entre Java et Sumatra, dans le détroit de la Sonde. Au cours de l'été 1883, l'activité volcanique ne cessa d'augmenter. On enregistra de fortes secousses sismiques, dont certaines furent ressenties jusqu'en Australie du Nord. A la mi-août , toute végétation avait disparu de la montagne volcanique. Et, le 26, les premières secousses ébranlèrent le volcan. A intervalles de plus en plus courts, il cracha de grandes quantités de cendres, de laves et de pierres ponces. Le 27 août au matin, quatre formidables explosions déchirèrent les entrailles du volcan et déchiquetèrent les deux tiers de l'île. La moité nord de Krakatoa, qui s'élevait jusqu'à 500 m au-dessus du niveau de la mer, s'effondra dans l'abîme Elle est maintenant à 300 m sous la mer.

    Des tsunamis dévastèrent les côtes de Sumatra et de Java, les 26 et 27 août, faisant plus de 35 000 victimes. La force des vagues était si violente qu'on retrouvera un navire de guerre perché sur une colline à 3 km du port d'où il avait été arraché. 

    Les vagues continuèrent leur course folle jusqu’à Ceylan, où elles atteignaient encore 2,5 m de hauteur, et au-delà, puisque les flots de la Manche étaient encore anormalement agités  trente-deux heures après l'explosion. 

    Les ondes de choc atmosphériques firent trois fois le tour du globe, se télescopant les unes les autres. Conséquence : des milliers de vitres brisées, des murs qui s’effondrèrent, des gazomètres arrachés de leurs puits et de multiples incendies... La cendre du volcan recouvrit près d'un millions de km². Dans les années qui suivirent, la poussière accumulée dans l'atmosphère fut la cause d'aubes et de crépuscules spectaculaires.

     

    Toute une série de catastrophes semblables suivit certainement la destruction de Thêra. Mais à plus grande échelle encore. Au cours des quarante dernières années, océanographes, vulcanologues, géologues et archéologues ont reconstitué l'histoire de Thêra et ses conséquences sur le monde méditerranéen. Ils ont calculé l'amplitude des explosions en évaluant les mouvements de la croûte terrestre. Le cratère du volcan de Krakatoa était égal en profondeur à la hauteur de l'île avant l'explosion, c'est-à-dire 300 m. Sous la violence du choc, équivalant à l'énergie libérée par 100 bombes H, une surface de 23 km² (300 m d'épaisseur) s'était effondrée sur une distance de 600 m. Avec l'explosion de Thêra, c'est une surface trois fois plus importante, d'au moins 400 m d'épaisseur, qui s'effondra sur une distance de 700 m. L'énergie libérée équivaut à l'explosion de six Krakatoa ! 

    La Crète et toutes les îles des Cyclades vécurent véritablement la fin du monde. Secousses sismiques, ondes de choc atmosphériques, tsunamis ou chutes de pierres semèrent la mort et la désolation. Puis le soleil disparut pendant des jours...

    Spyridon Maritanos fut, en 1939, le premier à faire un lien entre le cataclysme de Thêra et la disparition brutale de la civilisation minoenne. Alors qu'il faisait des fouilles dans une villa du port minoen d'Amnisos, il fut intrigué par d'énormes blocs de pierre déplacer de leur position d'origine. Seul un tsunami pouvait expliquer ce mystère (l'hypothèse du tremblement de terre était exclue). A la suite de ses recherches, l'archéologue conclut :
    " La dévastation des côtes de Crète minoenne s'explique vraisemblablement par les vagues qui déferlèrent après l'éruption de Thêra. "

    Voici comment Maritanos envisage les conséquences du cataclysme :

    " Les Égyptiens apprirent certainement  qu'une île avait été submergée. Ils pensèrent qu'il s'agissait de la Crète, car Thêra n'était qu'un îlot inconnu. " C'est peut-être ainsi qu'au cours des siècles prit forme la légende des Atlantes et du terrible cataclysme qui engloutit leur île merveilleuse. Les documents égyptiens font mention des Minoen dès le IIIè millénaire avant notre ère. Puis silence total à partir de 1400. Des survivants du désastre trouvèrent vraisemblablement refuge en Egypte, amenant avec eux divers objets. Parmi ces objets se trouvait peut-être un globe céleste que les prêtres égyptiens gardèrent précieusement dans leurs archives. Ce qui expliquerait que, lorsque Eudoxe le ramena en Grèce, les données astronomiques aient été décalées dans le temps.

    Les fouilles continuent. Peut-être découvrira-t-on bientôt une villa crétoise d'Akrotiri ou de Thêra, un globe céleste semblable à celui d'Eudoxe... 

     


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