• J.R.R. Tolkien

    Il vivait dans un petit cottage, à l'ombre des collèges de la très gothique université d'Oxford. Conservateur convaincu, il accordait une attention distraite aux événements de son temps et négligeait soigneusement la lecture des journaux.
    Le monde contemporain avait pour lui infiniment moins d’intérêt que celui des anciennes littératures saxonnes, germaniques et celtiques qu'il enseignait à Oxford.
    Ces mythologies devaient lui inspirer une oeuvre sans précédent.

    Tous les jeudis soir, dans le courant des années trente, John Ronald Reuel Tolkien retrouvait, en effet, ses amis jeunes érudits et vieux lettrés d'Oxford, pour fumer paisiblement la pipe, évoquer les fabuleuses péripéties des Niebelungen ou la geste immémoriale de Cù Chulainn, le héros mythique de l'Irlande, et lire à haute voix les premiers chapitres de Bilbo le Hobbit ou du Seigneur des anneaux, ces contes qui feraient bientôt de lui l'un des écrivains les plus fameux de la seconde moitié du XXè siècle.

    Traduite partout dans le monde, portée à l'écran par le dessinateur américain Ralph Bakshi, l'oeuvre de Tolkien ressuscite tout un univers enfoui dans le patrimoine légendaire des peuples européens : des magiciens, des elfes, des chevaliers aux armes étincelantes, des fées, des trolls et toutes sortes de créatures folkloriques, dont les plus célèbres demeurent ces délicieux petits " hobbits " auxquels leur créateur s'identifiait volontiers, et qui incarnaient à ses yeux une vieille Angleterre à jamais disparue. C'est que dans ces récits, qui empruntent à la fois aux sagas scandinaves, aux romans de la Table ronde et aux sombres crépuscules de la mythologie germanique, perce la nostalgie de ces campagnes verdoyantes où il faisait si bon raconter des histoires au coin du feu. 

    Né un 3 janvier 1892, J.R.R. Tolkien n'était encore qu'un enfant lorsqu'à Birmingham, où un vieux prêtre l'avait recueilli après la mort de sa mère, il dévorait déjà les anciens poèmes saxons, en particulier le Beowulf, et manifestait de surprenantes aptitudes à l'étude philologique. La langue galloise, qu'il avait découverte au hasard d'une excursion, l'avait ainsi immédiatement fasciné par la beauté et sa complexité poétiques. Et comme il l'écrivait un jour dans un très remarquable essai sur le conte de fées, " la marmite de soupe, le chaudron du conte, a toujours bouilli et on y a constamment ajouté de nouveaux éléments friands ou non ".

    Les " éléments " que Tolkien a jetés personnellement dans le chaudron du conte sont en l’occurrence tout particulièrement
    " friands "  et la lecture de Bilbo le Hobbit, du Seigneur des anneaux ou du Simarillion, ses trois principaux ouvrages, est assurément des plus délectables, car elle noue entraîne à la découverte de royaumes dont la géographie semble obéir à la seule fantaisie du conteur. Mais ces royaumes ne sont peut-être pas aussi " fantastiques " qu'il peut y paraître de prime abord. De judicieux exégètes de l'oeuvre de Tolkien n'ont pas manqué d'observer de tenaces ressemblances entre la Terre-du-Milieu, théâtre des titanesques affrontements du Seigneur des anneaux, et la région de Hallstatt, en Autriche, qui fut le foyer d'origine de la civilisation celtique, au premier âge de fer. Et la forêt qui s'étend au nord-ouest de la Terre-du-Milieu, la Lothlorien, n'évoque-t-elle pas irrésistiblement ces gigantesques forêts danubiennes qui, au nord-ouest de Hallstatt précisément, furent sans doute le point de départ des premières grandes migrations indo-européennes ?

    Ces perspectives vertigineuses, qui nous plongent en des âges où les hommes avaient des pouvoirs que l'on ne reconnait généralement qu'aux dieux, où les arbres parlaient aux bêtes et où les entrailles de la terre étaient peuplées de maléfices et de monstres hideux, hantaient toujours Tolkien le 2 septembre 1973. Ce jours-là, en effet, le merveilleux conteur anglais emportait dans la mort mille et mille histoires, qu'une existence pourtant bien remplie ne lui avait pas laissé le temps de nous raconter.

     

     


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