• J.H. Rosny Aîné

    J.H. Rosny Aîné

     

    Quoi de plus agaçant, pour un professeur, qu'un élève qui comprend tout avant les autres et qui est capable de résoudre des problèmes mathématiques ou scientifiques d'un niveau très largement supérieur à celui de son âge ?

    Quoi de plus agaçant, pour un père, qu'un enfant qui écrit en secret des contes où il est question d'une "association des enfants libres", qui se seraient retirés du monde pour fuir la "persécution" de leur parents ?

    Cet enfant, c'était J.H. Rosny Aîné à l'âge de onze ans. Toute sa vie, il allait rester fidèle à cette double image de "précurseur" scientifique et de passionné d'écriture. Né à Bruxelles en 1856, il s'appelle en réalité Joseph-Henri Boex et il s'enracine dans une lignée d'honnêtes bourgeois belges francophones. Plus tard, pour se distinguer d'un frère prénommé Séraphin-Justin, avec lequel il avait signé ses premiers ouvrages, il prendra le pseudonyme de J.H. Rosny Aîné.

    J.H. Rosny Aîné

    "Précurseur" Rosny Aîné l'est incontestablement, même si le grand public persiste à le méconnaître. De l'avis quasi unanime des spécialistes, il est l'un des plus grands auteurs de science-fiction et de fantastique de notre temps. Pour certains, il surclasserait même Jules Verne. Pour d'autres, il serait tout simplement... le fondateur de la science-fiction moderne !

    Une chose est certaine : c'est à J.H. Rosny Aîné que la langue française doit le mot "astronautique", inventé en 1928 au cour d'une réunion avec des homes de sciences qui considéraient cet écrivain comme un des leurs beaucoup plus que comme un banal romancier.

    Un autre signe qui ne trompe pas : on ne pille jamais que les trésors, et il existe de troublantes coïncidences entre certains sujets de J.H. Rosny Aîné et certains romans du britannique H.G. Wells...

    Enfin, et c'est incontestable, la science-fiction lui doit la première oeuvre où des intelligences extérieures à l'humanité sont pensées et pensent d'une manière non humaine. Jusqu'à la parution des Xipéhuz (1887), la littérature d'anticipation n'avait guère imaginé les extraterrestres que sous une forme plus ou moins humaine. Après les Xipéhuz, il faudra attendre les années trente pour qu'un écrivain de science-fiction rompe avec cet anthropomorphe tenace !

    J.H. Rosny Aîné

    Curieusement, ce n'est pas pour cette partie-là de son oeuvre que Rosny Aîné est le plus connu, mais pour ses "romans préhistorique" : La Guerre du feu (1909), constamment réédité depuis, mais aussi Le Félin géant (1918), ou Helgvor du fleuve Bleu (1930).

    Servis par un style tour à tour rude, presque brutal, et flamboyant, un peu à la manière de Victor Hugo, ces romans expriment parfaitement une des idées majeures de l'auteur : l'homme d'aujourd'hui, qui se croit le maître du monde, n'est qu'une des nombreuses formes de vie jaillies du grand bouillonnement de l'Univers. Son règne n'est qu'une fugace parenthèse dans le grand flot de l'immensité.

    De même qu'il y a eu des premiers hommes, très différent de nous, il y aura le dernier homme, celui qui clora notre cycle. La description de sa fin reste un des plus beaux fleurons de l'oeuvre de J.H. Rosny Aîné : "Un frisson secoua sa douleur, écrit-il dans La Mort de la Terre (1910). Il songea que ce qui subsistait encore de sa chair s'était transmis, sans arrêt, depuis les origines. Quelque chose qui avait vécu dans la mer primitive, sur les limons naissants, dans les marécages, dans les forets, au sein des savanes et parmi les cités innombrables de l'homme ne s'était jamais interrompu jusqu'à lui... Et voilà ! Il était le seul homme qui palpitât sur la face, redevenue immense, de la Terre. "

    Les dernières lignes de l'ouvrage sont admirables de grandeur et de concision : " Il eut un dernier sanglot. La mort entra dans son cœur et, se refusant l'euthanasie, il sortit des ruines, il alla s'étendre dans l'oasis. Ensuite, humblement, quelques parcelles de la dernière vie humaine entrèrent dans la Vie Nouvelle... "

    J.H. Rosny Aîné

    D'autres "vies" sont donc possible. Dans les Xipéhuz, Rosny Ainé a décrit le combat entre des hommes et des créatures électriques. Dans La Mort de la Terre, ce sont des "ferromagnétaux" qui ont eu raison de l'humanité. Dans Les Navigateurs de l'infini (1925), des Terriens rencontrent des Martiens, qui ont trois pieds et six yeux, mais qui sont d'une beauté enchanteresse. Dans Les Astronautes, un Terrien s'éprend d'une Martienne qu'il aide contre ses ennemis Zoomorphes.

    Dans le domaine du fantastique, J.H. Rosny Aîné mettra en scène une vampire (La Jeune Vampire (1920), qui n'est pas sans annoncer le Rosemary's baby d'Iran Levin. Il campera également des doubles et des clairvoyants, et avec le même bonheur.

    J.H. Rosny Aîné

    Avec un vocabulaire concret, accrocheur, où des mots comme "terrible", "gigantesque", "sauvage" reviennent à la manière du refrain d'un hymne, avec son sens du rythme et du récit, J.H. Rosny Aîné aura été bien plus qu'un touche à tout de génie : rarement, l'esprit rationnel des scientifiques aura autant servi l'imagination propre aux bond romanciers. Rarement on aura chanté avec tant de force et de conviction le devenir du monde et de la vie. 

    Cette oeuvre, qui, du conte bref au roman-fleuve, comprend une cinquantaine d'ouvrages, pourrait paraître vieillie. En fit, comme toutes les grandes créations, elle s'est bonifiée en prenant de l'âge : si elle paraissent désuètes, certaines scènes ne font que renforcer l'aspect visionnaire de l'ensemble.

    J.H. Rosny Aîné , l'homme qui a réinventé l'histoire des hommes, de la préhistoire aux astronautes, est mort en 1940 : il n'avait jamais vu un médecin de sa vie... A la réflexion, son oeuvre lui ressemble : elle se suffit à elle-même. Elle n'a besoin ni de purges, ni de béquille !


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